04/07/06
Le Monde est un journal sérieux, qui respecte son lecteur. La manchette du numéro paru mercredi 28 juin le prouve à l'évidence. "Lattaque d'Israël sur la bande de Gaza", affichait-il en gros caractères
La vérité, à tout le moins l'information équilibrée et le sens des responsabilités - qui n'est bien sûr pas celui des incendiaires - aurait voulu que l'on écrive : "Israël riposte militairement au kidnapping de Gilad Shalit". Libre ensuite au journaliste de trouver disproportionnés les moyens de la riposte, destinée à récupérer vivant le jeune soldat et à s'emparer de ses ravisseurs.
Libre à ce quotidien, aux affinités affichées, d'estimer de peu d'importance la vie d'un jeune homme de dix huit ans, astreint comme tout jeune Israélien au service militaire obligatoire. Une vie de plus ou de moins Est-ce comme cela que l'on raisonne dans ces milieux qui se veulent éclairés ?
Il n'y a plus, en France, de service militaire obligatoire, c'est une régression de la nation en armes, moyen de la démocratie républicaine, selon Jean Jaurès. On a oublié, semble-t-il, au Monde, que cela existait jusqu'à il n'y a pas si longtemps, en France. On a oublié au Monde, et pas seulement là, malheureusement.
On a oublié aussi, semble-t-il, que l'armée - dans laquelle j'ai passé 16 mois de ma jeunesse, seize mois que je ne regrette pas -, avait droit à un pourcentage de pertes humaines, même en temps de paix. Alors, effectivement, il peut paraître étrange qu'une armée nationale, celle de ce minuscule pays qu'est Israël, cherche à éviter à tout prix ses pertes humaines, même en un temps de crise, qui est, de facto, un temps de guerre. Parce que c'est bien un temps de guerre lorsque des combattants, non déclarés comme tels et non liés par les règles du droit de la guerre, creusent un tunnel pour déboucher sur une portion du territoire de l'autre pays, prennent d'assaut un poste de surveillance militaire, tuent deux soldats et en enlèvent un troisième - que la Croix Rouge internationale n'est pas invitée à visiter.
Drôle de guerre en vérité, mais guerre tout de même.
Pour le quotidien Le Monde, riposter c'est attaquer quand il s'agit de Tsahal, bien sûr.
Chaque jour de cette nouvelle crise, c'est certain, verra les manchettes s'étaler en première page du Monde, et de quelques autres comparses : Israël ceci, Israël cela
Pendant ce temps, l'armée de Khartoum et les milices "arabes" Janjawid continuent de massacrer la population soudanaise. Deux millions de tués dans ce pays, en deux décennies. On ne compte même plus les victimes du premier coup d'état islamiste, celui du général Nimeyri, qui a décimé les organisations du mouvement ouvrier, autrefois très puissantes au Soudan, par la prison et les exécutions.
En vingt ans donc, plus de deux cent mille personnes déplacées, entassées dans des camps dans le pays et alentour, sans eau ni ravitaillement, ou presque, camps qui sont des installations de réfugiés où tout manque, des vrais camps de la misère la plus effroyable, camps de la famine, où les enfants sont des squelettes, où l'on meurt de tout et de rien, camps auprès desquels, les "camps palestiniens", dont on continue de nous rebattre les oreilles, ressemblent, comparativement et relativement, à des hôtels Hilton.
Le Monde ne va pas manquer de relayer la revendication des kidnappeurs. "Il faut libérer les 400 femmes et enfants détenus dans les prisons israéliennes !" (Depuis, le Hamas a porté le nombre à 1000).
Question : ces 400 ou ces 1000, sont-ce des personnes détenues sans raison, arbitrairement arrêtées et emprisonnées, des victimes d'une répression furieuse et indiscriminée ? Si c'est le cas, il faut appuyer la demande d'échange, voire soutenir une demande de libération immédiate et sans condition. Mais est-ce le cas ?
Au fait, est-on certain que Guilad Shalit soit toujours en vie, et traité comme un prisonnier de guerre ? Le Monde en est-il sûr, lui ?
Son correspondant permanent, ou un autre, a-t-il vu le jeune prisonnier ? A-t-il une liste - qu'il peut rendre publique - des 400 indûment emprisonnés par Israël, et connaît-il les raisons de leur détention ?
Et si des griefs graves peuvent être retenus contre ces 400, devenus 1000 ? Qu'en pense notre quotidien ?
Rappelons. L'adolescent, presque encore un enfant, que des adultes palestiniens avaient harnaché d'une ceinture d'explosifs [1], en lui promettant, auprès des vierges d'Allah, les succès féminins qu'il n'avait pas ici-bas, s'il est détenu - ce que jignore - est-ce tout à fait sans raison ?
La libération inconditionnelle se justifie, je crois, de deux points de vue :
Soit les 400 sont innocents de tout acte quelconque de guerre ou de délit, aux termes de la loi. Soit une négociation s'engage enfin, visant à promouvoir un compromis définitif - pas une "trêve durable", selon le livre des croyants du Hamas - qui vise à aboutir à la satisfaction des deux parties.
Je parle de "trêve durable", pour souligner un désaccord, parce qu'il s'agit, dans le langage codé islamiste, d'un camouflage tactique [2]: la hudna permet de reprendre son souffle, de jouer à la paix pour... préparer une nouvelle offensive, que l'on espère plus puissante et plus efficace.
© Alain Rubin
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Note de la Rédaction dupjf.org
[1] Il sagit du dénommé Husa Abdu (Abdo), voir M. Macina, "Ce crime contre l'humanité qui ne sera pas dénoncé". On peut voir tous les clichés du déshabillage de cet adolescent dérangé, cyniquement manipulé par des criminels palestiniens, dans M. Macina "'Pas ce mur': humanitaires belges aux mauvaises fréquentations".
[2] Sur la tactique islamique de la hudna (ou houdna), lire, entre autres, I. Marcus, "Objectif des Palestiniens: accord de paix ou trêve?" ; et surtout E. Cherki, "La 'Houdna': une accalmie dans le 'Djihad' - guerre obligatoire".
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[Texte aimablement transmis par Netha, Paris.]
Mis en ligne le 04 juillet 2006, par M. Macina, sur le site upjf.org











