12 septembre 2007
Texte repris du site Un écho dIsraël.
Rosh ha-shana, le commencement de lannée
Le premier jour du mois est désigné par lexpression Rosh ha-shana, cest-à-dire le commencement (la « tête ») de lannée. La tradition juive accorde à cette fête une signification multiple. Cest dabord le jour où Dieu juge le monde et où tous les mortels défilent un à un devant lui, selon lexpression du Talmud. Au terme de ce jugement, le sort de chacun est fixé pour lannée qui commence. En réalité, le jugement nest prononcé, ce jour-là, que pour les justes parfaits, qui sont innocents, et pour les méchants endurcis, qui se ferment au repentir. Pour les « intermédiaires » - et tout croyant doit présumer quil se range dans cette catégorie -, Rosh-hashana ouvre une période de sursis de dix jours, dont il sera question plus loin, que chacun doit mettre à profit pour se repentir. Cest aussi le 1er tishri, que fut créé lhomme ; ce jour marque donc lachèvement de la création. Depuis lépoque talmudique, cest le jour où lon commémore le sacrifice, ou plutôt la « ligature » dIsaac, dont les sources disent quil sest offert librement. La corne de bélier, le shofar, dont la sonnerie marque la liturgie de ce jour, doit rappeler à Dieu le bélier qui, selon le livre de la Genèse, fut offert à Dieu à la place dIsaac. Pour toutes ces raisons, Rosh ha-shana est aussi appelé dans les sources « le jour du souvenir » : mémorial de la création ; souvenir du jour où lhomme, à peine créé, fut jugé et gracié ; jour où Dieu fait mémoire des uvres de chacun ; mémorial du sacrifice volontaire dIsaac, dont loffrande spontanée doit plaider auprès du Créateur en faveur de ses descendants.
Les « jours redoutables »
Rosh ha-shana inaugure une période de dix jours, dits « jours redoutables », marqués essentiellement par la nécessité du repentir. Les prières de repentance occupent une place particulière dans la prière liturgique de cette période. Pendant ces dix jours, chacun est invité à se mettre en paix avec son prochain. Dieu ne peut pardonner que les fautes commises envers lui. Les offenses commises contre le prochain ne peuvent être pardonnées que par loffensé, et nul ne peut prétendre au pardon divin sil nest en paix avec ses frères. Cette exigence du pardon mutuel est généralement prise très au sérieux et la période des « jours redoutables » est souvent loccasion de véritables réconciliations.
Kippour
Le dix du mois est célébré le Jour des expiations, Yom hakkipourim, ou, plus simplement, Yom kippour, ou Kippour, journée de jeûne intégral et de pénitence. Jusquà la destruction du Temple, la liturgie de ce jour, assez complexe, occupait toute la journée, et son poids reposait essentiellement sur le grand-prêtre. Elle était marquée notamment par les sacrifices du bouc et du taureau (cf. Lv 16), auxquels fait allusion lépître aux Hébreux, et par lexpulsion vers le désert du bouc émissaire, chargé des péchés du peuple. Aujourdhui, la prière synagogale supplée à la liturgie du Temple, et les longues litanies pénitentielles, très répétitives, ainsi que les chants liturgiques propres à ce jour, remplissent presque sans interruption une journée dont le croyant passe la plus grande partie à la synagogue. Au terme de la journée, lorsque retentit la sonnerie du shofar, il est dusage de sadresser mutuellement le vu de « hatima tova », par lequel on souhaite que le sort de chacun soit scellé pour le meilleur dans lannée qui commence.
Succot
Le quinze de tishri, commence la fête de Succot, qui dure une semaine comme celle de la Pâque, et qui est désignée souvent dans les traductions et le vocabulaire chrétien par lexpression de « fête des Tentes », à partir du grec, ou des Tabernacles, daprès le latin, ou Scénopégie, dans les anciennes traductions. De tout le calendrier juif, cest la fête la plus riche en symboles. Le nom de la fête est dû au précepte biblique dhabiter pendant une semaine sous des huttes (Lv 23, 34-36 et parallèles). Ces huttes (succot, succa, au singulier) qui doivent être provisoires et non fixes (dès la fin de la fête de kippour, on doit sactiver pour commencer à les construire et à les décorer) veulent rappeler les quarante ans, au cours desquels Israël a vécu dans le désert sous des abris précaires. On doit y prendre au moins les repas festifs, mais certains y passent même la nuit. En même temps, le toit à claire-voie, à travers lequel on doit apercevoir les étoiles, doit rappeler quIsraël na dautre véritable protection que la nuée divine, qui est la véritable succa. À partir du prophète Zacharie, cette fête, qui est à lorigine une fête agraire marquant la rentrée des récoltes, acquiert une signification eschatologique et annonce le rassemblement des peuples à la fin des temps (Za 14, 16-19).
À la synagogue, la liturgie est marquée par lusage du lulav, faisceau de branches de saule, de myrte et de palmier, porté en procession avec léthrog, une variété de gros citron, selon le précepte de Lévitique 23, 40. À partir du verset biblique « Vous vous réjouirez devant le Seigneur votre Dieu pendant sept jours » (Lv 23,40), on considère que la joie, en tant que telle, fait lobjet dun précepte positif, et que lon enfreint ce précepte en étant triste pendant cette période. Le Talmud de Jérusalem dit que la fête de Succot, à lépoque du second Temple, « était une fête dont on ne pouvait se faire aucune idée si on ne lavait pas vue, et dont rien napprochait en fait de réunion joyeuse. » Le dernier jour de la fête, le plus solennel (cf. Jn 7, 37) est désigné par lexpression de « Hoshana rabba », le grand hosanna. Ce jour-là, la « procession des rameaux » fait sept fois le tour de la synagogue. Cette journée de fête se termine par une prière pour demander la pluie, qui nest pas tombée, en terre dIsraël, depuis le printemps (mais on ne doit pas la demander tant quon doit prendre les repas sous la succa !). On peut dire ici un mot rapide sur le rapport entre Succot et leau. À lépoque du second temple, on descendait solennellement à la piscine de Siloé pour y puiser de leau et le cortège accompagnant le prêtre portant la cruche remontait au son des trompettes vers le Temple, où leau était répandue en libation. Les commentaires de lépoque, auxquels fait écho lévangile de Jean (7, 37-39) voient, dans leau, le symbole de lEsprit Saint, qui est la cause de la joie caractéristique de Succot : lEsprit saint, dit le Talmud, ne peut reposer que sur un cur joyeux. En puisant leau à Siloé, on puisait lEsprit Saint. On interprète ainsi le verset dIsaïe « Dans la joie, vous puiserez les eaux aux sources du salut » (Is 12, 3).
Le septième et dernier jour de Succot est suivi dune fête supplémentaire, « Shemini atséret » (Nb 29, 35), huitième jour, en quelque sorte, dune fête qui en compte sept. En Israël, cette fête coïncide avec celle, dinstitution beaucoup plus récente, de « Simhat Tora », célébrée le lendemain, en diaspora. On lit, ce jour-là, les derniers versets du Deutéronome et les premiers de la Genèse, pour manifester que la lecture de la Tora se fait sans interruption.
Le Nouveau Testament contient plusieurs allusions à la fête de Succot : la parole de Jésus sur leau et lEsprit, déjà signalée ; les récits de la transfiguration, où Pierre propose de dresser trois tentes (Mt 17,1-9) ; lentrée de Jésus à Jérusalem (Mt 21,8) ; le passage de lApocalypse, où les élus se tiennent avec des palmes à la main (Ap 7,9), et probablement dautres passages où des allusions voilées à Succot, et aux fêtes dautomne en général, doivent être déchiffrées.
© Michel Remaud et Zenit.
Mis en ligne le 14 septembre 2007, par M.











