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Les Frères musulmans sont parmi nous, F. Hériot
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Valeurs Actuelles n° 3562, paru le 4 Mars 2005

Dans un livre intitulé Frères musulmans, dans l’ombre d’Al Qaeda, le journaliste Emmanuel Razavi dénonce l’entrisme de cette organisation, vraie menace pour nos démocraties. Plus redoutable que le terrorisme ?


Emmanuel Razavi sait de quoi il parle. Grand reporter, sur le terrain depuis plus de sept ans, il a enquêté au sein même de mouvements islamistes tels que le Hezbollah libanais et le Hamas en Cisjordanie. Il a suivi le parcours de jeunes militants convertis par les "Frères", à travers les filières islamistes de Paris à Londres, de Hambourg à Bruxelles, en passant par Le Caire, Amman et Riyad, avant de couvrir les opérations de l’armée américaine en Afghanistan. Il a fait partie des premiers journalistes à suivre les Forces spéciales françaises (COS) qui traquent Ben Laden et ses affidés à la frontière afghano-pakistanaise ; un reportage publié l’an dernier par Valeurs Actuelles.

Emmanuel Razavi est d’origine iranienne. Sa famille a largement souffert de la révolution des ayatollahs de Téhéran. Il écrit sans détour aucun, refusant de mâcher ses mots : nos démocraties sont en danger. Les Frères musulmans, organisation créée en 1928 par l’Égyptien Hassan al-Banna, n’ont jamais renoncé à leur profession de foi : «Dieu est notre but, le Prophète notre chef, le Coran notre constitution, le djihad notre voie, le martyre notre plus grande espérance».


EXTRAITS

France : loi de 1901, business et religion

…Ainsi que l’analyse un cadre opérationnel des Renseignements généraux en charge des réseaux islamistes : «Dans l’Hexagone, ils [les islamistes] se politisent. Les Frères musulmans ont compris que l’action terroriste n’était pas utile, à moins qu’ils ne se retrouvent en situation de blocage. Auquel cas, la France ne serait pas à l’abri d’une action de grande intensité. Mais aujourd’hui, on ne semble pas être dans cette configuration, puisqu’ils ont obtenu beaucoup de la République.»

En effet, la patrie des droits de l’homme a énormément donné : création d’un Conseil français du culte musulman, au moment même où on nous assomme de laïcité, intégration en son sein des plus fondamentalistes, à savoir les représentants de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), ouverture de centres islamiques créés sous forme d’associations loi 1901, ce qui permet à leurs dirigeants, qui prônent pourtant la transparence, d’évoluer dans l’opacité financière, les associations de ce type n’ayant aucune obligation de publier leurs comptes. Bref, la France a offert, sur un plateau, son arsenal législatif aux islamistes.

Le même officier des Renseignements généraux reprend : «La troisième guerre mondiale a commencé dans la tête des islamistes. Une guerre dont les prémisses s’inscrivent dans la droite ligne de Munich. Les femmes et les hommes politiques de ce pays ne pourront pas dire qu’ils ne savaient pas, car il y a maintenant plus de dix ans qu’on les a mis en garde. Mais ils n’ont cessé de continuer à accueillir des intégristes musulmans sur le territoire comme s’il s’agissait d’une minorité qui avait des droits acquis. À croire qu’on les considère comme nos Indiens d’Amérique ! À Munich, il y avait une alternative. Soit on choisissait la voie du courage, soit on se couchait. On a choisi la seconde solution. On a vu ce qui s’est passé. N’a-t-on pas retenu les leçons de l’Histoire ?»

Les propos de cet homme ne font que refléter l’ambiguïté dans laquelle évolue la France face à l’islamisme. L’un de ses confrères, travaillant également à la cellule opérationnelle, me dit un jour : «Nos islamistes s’achètent une conduite. Ils côtoient les cercles politiques, deviennent présidents d’associations, s’impliquent dans la vie des quartiers, posent en photo avec des élus. Puis, ces photos sont publiées dans la presse quotidienne régionale ou nationale. Comment voulez-vous, après ça, qu’on arrive à les expulser ? Ils deviennent des gens importants et bénéficient, dès lors, de soutiens.»

[…]

Madame Mitterrand […] a usé de toute son influence pour que l’Institut européen des sciences humaines (IESH), qui est probablement le plus grand centre de formation des imams d’Europe (créé par l’UOIF, NDLR), ouvre ses portes en 1990 à Saint-Léger-de-Fougeret, en Bourgogne, sur les terres d’élection de feu son mari, sans se préoccuper un instant du fait que ses dirigeants s’inspiraient de la philosophie des Frères musulmans.

[…]

Les "services" (RG et DST, NDLR) étaient notamment intrigués par l’organisation de ces fameux stages et colonies de vacances, où l’on enseignait l’arabe et où l’on étudiait le Coran. Mais tous ceux qui connaissent l’IESH savent combien son cadre enchanteur peut inciter à l’étude !

[…]

Selon certaines sources opérationnelles des services de renseignement français, «des islamistes auraient pu profiter de ces retraites pour embrigader les plus fondamentalistes». Ces derniers auraient ensuite pu être envoyés par leurs recruteurs en Angleterre, dans des centres de formation salafistes, afin d’y parfaire leur éducation. Dans les faits, les services en question ont toujours supposé que certains d’entre eux avaient pu gagner la Tchétchénie ou l’Afghanistan, via des associations humanitaires, pour venir en aide à leurs coreligionnaires défavorisés. Surprenant ! Malgré tous ces indicateurs plus qu’alarmants, notons que l’IESH et ses dirigeants n’ont jamais été inquiétés officiellement et qu’ils sont considérés par l’ensemble de la classe politique française comme les représentants d’un islam tout à fait respectable !

[…]

Autre problème, celui du financement des lieux de culte. Les islamistes jouent, là encore, sur du velours, profitant des failles du système législatif français. Ainsi que je l’ai évoqué à plusieurs reprises, ils créent, à tour de bras, des associations à objet socioculturel. De sorte qu’ils ne sont pas obligés de publier leurs comptes. La loi de 1901 sur les associations est utilisée sans limites […] L’Union des organisations islamiques de France est, sans aucun doute, celle qui a su exploiter au mieux la loi de 1901 sur les associations.

[…]

Califat et République

…L’objectif de ces fondamentalistes est d’être représentés dans toutes les couches socioculturelles de la population, d’intégrer l’ensemble de nos institutions, à commencer par la police et l’administration fiscale.

[…]

La polémique qui a lieu à propos du voile est, à ce titre, révélatrice de ce que préparent les intégristes en France. En encourageant leurs filles et leurs femmes à aller à l’école ou sur leur lieu de travail vêtues du hidjab (voile), ils testent les limites de la République. Et la réponse que leur a opposée celle-ci était inadaptée. Revenir sur le cadre d’application de la loi de 1905 était une aberration. Sans compter que le port du voile ne fait pas partie des cinq piliers de l’islam. Il n’est que le reflet de traditions ou de coutumes inhérentes à certains pays musulmans. Du reste, entre le tchador, la burqa et tous les autres, il existe plus d’une quinzaine de voiles différents.

[…]

Raisonnablement, la France aurait dû utiliser le cadre législatif existant et se contenter de renvoyer dans leurs chaumières toutes celles qui ne l’appliquaient pas à la lettre…


Recrutement, mode d’emploi

…On les abrutit à coup de versets du Coran qu’on leur fait écouter en guise de musique de fond, ces mêmes versets dont ils se repassent les cassettes ou les CD dans leurs voitures, jusqu’à ce qu’ils les aient appris par coeur. On leur montre des films-vidéo sur la vie dans les Territoires palestiniens et en Afghanistan, dans lesquels sont pointés du doigt «les oppresseurs juifs et américains». Bien sûr, on les forme à l’arabe – le leur étant généralement limité –, obligatoire pour étudier le Coran dans le texte. Bref, tout est fait pour couper l’individu de ses points de repère initiaux.

Ayant fréquenté depuis plusieurs années un nombre important de fondamentalistes, je peux malheureusement assurer que cette forme d’endoctrinement fonctionne la plupart du temps très bien. Sans compter que ces jeunes, généralement issus des milieux étudiants et des quartiers défavorisés, sont souvent aidés financièrement par leurs aînés. Qu’ils n’aient pas de travail, et on leur en trouve. Qu’ils n’aient pas de toit, et il y a toujours l’un de leurs coreligionnaires pour les héberger […] Seulement, à ceux qui s’acquittent de leur tâche avec zèle, on va demander des coups de main qui ont valeur de tests. Par exemple, il va falloir qu’ils remettent des sommes d’argent en liquide à un interlocuteur de passage, ou encore qu’ils conservent des papiers d’identité (faux ?) en attendant que quelqu’un vienne les chercher.

Et puis, il y a toujours un moment où l’on en vient à discuter de l’avenir de la jeune recrue, parfois un converti. Est-il prêt à se donner totalement à l’islam ? Veut-il partir aider ses frères opprimés en Europe de l’Est ou en Asie centrale ? A-t-il envie de se rendre à Londres ou à Bruxelles quelques jours pour participer à une conférence privée sur la charia ? Voilà comment on estime, officiellement, à plus de trois cents le nombre de Français qui sont partis rejoindre Al-Qaïda en Tchétchénie, au Pakistan et en Afghanistan.

[…]

Afin d’éviter que les dirigeants de l’UOIF ne se défaussent à la lecture de ces propos, je les renvoie à l’un des discours de Youssef al-Qaradawi, éminent membre du conseil scientifique de l’IESH […] : «…Aujourd’hui encore, cinq martyrs sont tombés sous les balles israéliennes. Tous les jours, nous entendons parler de ces martyrs… Et moi alors, aurais-je plus de valeur que tous ceux-là ?… Aurais-je plus de valeur que les martyrs tombés pour la cause de l’Islam… ? Les caravanes de martyrs poursuivent leur chemin et elles doivent poursuivre le chemin.»

Au cas où cela leur aurait échappé, Al-Qaradawi cite là les noms de membres du Hamas, du Djihad islamique, de l’organisation des Frères musulmans et, bouquet final, celui du mentor de Ben Laden [1], qu’il érige en modèles. Est-ce avec ce type de discours que l’UOIF entend former les futurs cadres de l’islam en France ?


Que les musulmans évoluent en France, en Angleterre ou dans toute l’Europe en tant que citoyens paraît la moindre des choses. Ils doivent avoir les mêmes droits que les habitants du pays dans lequel ils ont choisi de s’installer, dès lors qu’ils ont opté clairement pour sa nationalité. Mais, à l’inverse, pourquoi les pays adoptants auraient-ils à prendre en compte les revendications religieuses de tel ou tel immigrant ? C’est peut-être la question qu’il faut se poser…

Franck Hériot

© Valeurs Actuelles


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Note de la rédaction d'upjf.org

[1] Il doit s'agir de Abdullah Azzam. Né en Palestine en 1941, diplômé en jurisprudence islamique de la célèbre Université égyptienne d'Al-Azhar en 1973, Azzam a participé au jihad en Afghanistan. Installé, dès 1984, à Peshawar, il y établit un bureau - le MAK - qui joua un rôle de plaque tournante pour les volontaires internationaux qui se rendaient en Afghanistan. C'est à Peshawar qu'Azzam périt - victime d'un attentat - le 24 novembre 1989. Sa prédication a exercé une forte influence sur les milieux jihadistes contemporains. Il a souvent été présenté comme le mentor d'Ousama Ben Laden. [Source : Religioscope.com].

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Mis en ligne le 04 mars 2005 sur le site www.upjf.org.
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