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Comment l'islam s'installe en France, Eric Branca
Valeurs Actuelles n° 3503 paru le 16 Janvier 2004Les manifestations hostiles à la laïcité en milieu scolaire démontrent que la communauté musulmane de France est en train de changer. Sous l'effet d'une troisième génération, nettement plus sensible que ses aînées aux sirènes de l'islamisme radical.
"La grande supercherie, c'est de laisser croire à l'Europe qu'elle est de tradition judéo-chrétienne." Voici encore vingt ans, cette pétition de principe, signée Tariq Ramadan (le 9 janvier dans le mensuel marocain Version homme) n'aurait laissé personne indifférent. Et surtout pas François Mitterrand qui, tout socialiste et favorable à l'immigration qu'il fût, partageait avec le général de Gaulle la conscience des racines chrétiennes de la France, et fit même d'un clocher le symbole de sa "force tranquille" (1981).
En ce début de 2004, ce même Ramadan peut bien proclamer que l'avenir de la révolution islamique mondiale passe par le nord de la Méditerranée («Le musulman d'Occident, dit-il, fera l'avenir de l'islam») et appeler ses fidèles à manifester contre une loi de la République française limitant le port des insignes religieux à l'école, qui réagit à cette profession de foi ?
Simple acceptation du fameux "droit à la différence" ? Ou aveuglement face à une volonté de conquête destinée à mettre à bas la distinction fondamentale entre Dieu et César, qui ne s'est jamais démentie en France, depuis la monarchie chrétienne (et gallicane) jusqu'à la République laïque (qui respecte tous les cultes) ?
Tout indique, en tout cas, que ce n'est pas la France qui a changé - l'Etat n'a jamais tant fait, au contraire, pour que l'islam puisse s'exprimer, qu'il s'agisse de la construction de mosquées, ou de l'enseignement de la civilisation arabe, en pleine expansion à l'école -, mais bien une partie de la communauté musulmane - minoritaire, sans doute, mais agissante - qui, sous couvert de liberté de culte, revendique un statut à part dans la République.
Après tout, y aurait-il jamais eu de loi proscrivant les signes religieux ostensibles à l'école si, depuis une dizaine d'années, des parents ne persistaient à vouloir soustraire leurs filles au droit commun ? A les faire paraître voilées en cours ? A les priver de cours d'Education physique ? Si des associations "culturelles", toujours plus nombreuses, n'avaient multiplié les pressions sur les municipalités pour réserver aux femmes des créneaux horaires dans les piscines ? Bref, un gouvernement, quel qu'il soit, aurait-il pris le risque de rappeler un principe aussi intangible que l'égalité des sexes, si certaines pratiques discriminatoires ne s'étaient pas multipliées ?
Habituée, plus que d'autres, à cohabiter en bonne intelligence avec le monde musulman, la France, ancienne puissance impériale et méditerranéenne, est, en effet, la dernière à pouvoir être soupçonnée d'islamophobie. Mohamed Sayed Tantaoui, l'une des plus hautes autorités de l'islam sunnite, que Nicolas Sarkozy a rencontré, le 30 décembre dernier, au Caire, l'a rappelé, sans ambiguïté : «Les musulmans vivant dans un pays non musulman ont le devoir de se soumettre aux lois de leur pays d'accueil. (La loi sur le voile) est une affaire intérieure française.»
D'où vient, alors, que cette vérité d'évidence, jusqu'alors admise par la communauté immigrée (ou française d'origine immigrée), produise soudain tant de drames ? Outre le poids croissant qu'occupent les jeunes musulmans dans la démographie française, la principale raison est, comme toujours, d'ordre historique. Elle tient au fait que les organisations qui, désormais, contrôlent la nébuleuse musulmane de France - pouvoir de fait, devenu de droit depuis que l'Union des organisations islamistes de France (UOIF) a pris le contrôle du Conseil français du culte musulman - échappent totalement à l'influence laïque des autorités algériennes, qui prévalait depuis la décolonisation. L'autre raison est sociologique : le succès que rencontre le discours fondamentaliste parmi certains "beurs", dits de la "troisième génération". Ceux qui, travaillés par une propagande qui doit tout à la doctrine des Frères musulmans, voire, plus marginalement, à l'islam turc ou chiite, trouvent, dans l'admiration pour Ben Laden et autres figures emblématiques du Djihad, une réponse à leur déracinement.
Eric Branca
© Copyright Valeurs Actuelles 2004 Groupe Valmonde
[Texte aimablement communiqué par le CID.] *
Mis en ligne le 30 janvier 2004 sur le site www.upjf.org
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