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Un responsable musulman italien critique les propos du pape sur l'islam
Comme promis, voici une autre réaction musulmane aux propos du pape, auxquels j'ai consacré une analyse [*]. (Menahem Macina).
Texte repris de La Croix du 13/09/06
ROME, 13 sept 2006 (AFP) - Un responsable musulman italien a critiqué mercredi les déclarations faites par le pape Benoît XVI sur l'islam durant son voyage en Allemagne et lui a demandé de "les retirer".
"J'espère que ces propos ne seront pas utilisés par les fondamentalistes islamistes", a déclaré Ejaz Ahmad, président de la communauté pakistanaise et membre de la consultation sur l'islam organisée par le gouvernement à l'agence Ansa.
Benoît XVI s'est livré mardi à Ratisbonne à une réflexion teintée de méfiance sur l'islam, en évoquant ses rapports à la violence et au "djihad". Il a aussi déclaré que la volonté du Dieu des musulmans "n'est liée à aucune de nos catégories, pas même celle de la raison", au contraire du christianisme nourri de philosophie grecque.
"Le pape dans son discours a négligé le fait que le berceau de la science a été l'islam et que les philosophes grecs ont d'abord été traduits par des musulmans [1] avant d'entrer dans l'histoire européenne", a relevé Ejaz Ahmad.
"Le monde musulman traverse actuellement une crise profonde et toute attaque de la part de l'Occident peut aggraver cette crise", a-t-il estimé.
"Nous payons encore le prix des paroles de Salman Rushdie" (l'écrivain britannique auteur du livre "Les Versets sataniques") et des caricatures de Mahomet publiées dans un journal danois, et je demande au pape de retirer ses paroles, même si elles se référaient à l'histoire", a déclaré le responsable musulman.
© AFP
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Note de la Rédaction dupjf.org
[1] En fait ce sont des érudits chrétiens araméens (de langue syriaque) qui, entre le VIIIe et le Xe siècle de notre ère, ont traduit, dabord en syriaque, puis du syriaque en arabe, les uvres grecques de lantiquité païenne et chrétienne, uvre énorme qui a influé considérablement sur tous les penseurs musulmans des siècles ultérieurs, et même sur les érudits de langue latine du Moyen-Âge. En atteste ce texte du spécialiste incontestable quest Raymond Le Coz : « Comment les Arabes ont-ils appris la médecine alors qu'à Alexandrie, ville où étaient formés les médecins dans l'Antiquité, y compris après l'arrivée des musulmans en 642, l'enseignement de cette discipline était dispensé exclusivement en grec. Or, comme les Arabes possédaient la langue de la révélation coranique, c'est-à-dire la langue utilisée par Dieu lui-même, il était hors de question pour eux de s'abaisser à apprendre l'idiome d'un peuple conquis. Il a donc fallu des intermédiaires. Ce sont les nestoriens qui ont traduit du grec en syriaque, puis du syriaque en arabe, à Bagdad, à partir du VIIIe siècle, la grande majorité des textes d'Hippocrate et de Galien. » (Extrait de R. Le Coz, "Les médecins « nestoriens » au Moyen-Âge".) A quoi j'ajouterai que la chose est attestée dans les manuels scolaires palestiniens : « [Le caliphe] al-Mamun respectait les savants juifs et chrétiens et appréciait leur compagnie à cause de leur érudition dans la langue arabe et de leur connaissance du grec et de sa littérature. Ils traduisaient les livres de philosophie, dhistoire, de géométrie et dautres. » (Histoire des Arabes et des musulmans, 6e année, p. 134), voir "Les Juifs, Israël et la paix dans les manuels scolaires palestiniens. Étude des manuels publiés par l'Autorité Nationale palestinienne dans les années 2000-2001 (CMIP)" Première partie: Les Juifs.
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Mis en ligne le 14 septembre 2006, par M. Macina, sur le site upjf.org











