Texte original : "Un's 'Durban II' African Prep Meeting Slams Israel, Free Speech But Silent on Darfur Atrocities and African Ethnic Violence"
Traduction française : Menahem Macina
Abuja, Nigeria, 26/08/08
Le groupe de défense des droits de lhomme UN Watch, de Genève, sest dit alarmé par la déclaration adoptée ce [26 août] par une conférence régionale africaine, à Abuja, Nigéria, dont le texte imprimera sa marque sur la Conférence mondiale sur le racisme [Durban II] qui se tiendra en avril 2009.
Pour le directeur de UN Watch, Hillel Neuer,
« la déclaration (Texte) omet de traiter des crimes raciaux et ethniques perpétrés par le Soudan, foule aux pieds les garanties internationales des droits humains garantissant la liberté dexpression, place lislam au-dessus de toutes les religions, et sen prend seulement à Israël, sous-entendant quil est [le] seul [Etat] raciste. Malheureusement, Durban II ressemble de plus en plus à la débâcle de la première conférence de Durban, en 2001. »
Les objectifs déclarés de la conférence régionale africaine, qui sest ouverte dimanche [24 août] et sest achevée aujourdhui [26 août], étaient danalyser la mise en uvre des recommandations de la déclaration de Durban 2001, et de montrer la voie à suivre pour lanalyse de la Conférence des Nations Unies de Durban sur le racisme, qui doit se tenir en avril [2009]. Mais, selon Neuer,
« la déclaration adoptée aujourdhui a omis dexaminer les actes de quelque pays africain que ce soit, et ses dispositions provocatrices menacent maintenant de saboter la conférence mondiale davril prochain. »
Le gouvernement canadien boycotte la conférence davril et ses préparatifs, et déclare quil « ne participera pas à un festival de haine, déguisé en conférence anti-raciste ». Le président français [Nicolas] Sarkozy et les membres des gouvernements de Grande-Bretagne et des Pays-Bas ont averti quune violation des lignes rouges pourrait aussi les amener à boycotter la conférence de Genève en 2009. La ministre française, Rama Yade, a réitéré lavertissement dans une déclaration faite ce mois-ci au parlement français.
La Déclaration dAbuja omet dexaminer le comportement africain en matière de racisme.
Pour Neuer,
« en omettant dexaminer le comportement des pays africains en matière de racisme et dintolérance, la conférence contrevient à sa mission fondamentale, et gâche une occasion en or daider les nombreuses victimes du racisme et de la xénophobie en Afrique. »
« A lexception du discours solennel de UN Watch, dimanche [24 août], ni la conférence ni sa déclaration finale nont traité des crimes contre lhumanité, commis par le gouvernement soudanais au Darfour, y compris les massacres ethniques dau moins 200 000 Africains, les viols de masse et la déportation de plus dun million dhommes, de femmes et denfants. »
Quand le délégué de UN Watch, Léon Saltiel, fit référence aux atrocités du Darfour, dans son discours à la conférence dAbuja, dimanche, le Soudan linterrompit immédiatement par une objection soutenue par lAlgérie et le Maroc -, et le président nigérian, Martin Uhomoibhi, décida que le cas de ce pays ne devait pas être évoqué.
Neuer :
« En outre, le texte omet dexaminer les agressions xénophobes qui ont eu lieu récemment en Afrique du Sud - principal organisateur de lassemblée dAbuja et du processus global de Durban -, où des étrangers, en provenance notamment du Zimbabwe et du Mozambique, ont été pris pour cibles en mai, lors d'une vague dagressions anti-immigrés, qui a causé la mort dau moins 62 dentre eux et lexpulsion de dizaines de milliers dautres. Le texte nexamine pas non plus les crimes ethniques commis au Kenya cette année, lesquels ont coûté la vie à 1 000 personnes, causé lexpulsion de 600 000 autres, et lincendie de 40 000 immeubles, au cours dun carnage tribal. La conférence rend un mauvais service aux millions de victimes africaines de la xénophobie actuelle et future en accordant limpunité aux crimes raciaux et ethniques commis dans les pays africains. »
La déclaration sen prend à la liberté dexpression et vise à introduire la prohibition islamique de blasphème dans la législation internationale des droits de lhomme
Le nouveau texte appelle les Etats à éviter de
« se référer indistinctement à la liberté dexpression, au mépris des sensibilités propres à une société [musulmane], et dans la plus totale indifférence à légard de ses sentiments religieux ».
Selon Neuer, dautres clauses du texte concernant "lincitation à la haine religieuse",
« reflètent les efforts faits par les Etats islamiques auprès du Conseil des Droits de lhomme pour faire entrer subrepticement des interdits islamiques anti-blasphèmes dans le droit international. Toutefois, Asma Jahangir, expert en liberté religieuse, et dautres experts internationaux des droits de lhomme se sont expressément opposés aux résolutions sur la "diffamation de la religion", qui visent à altérer la législation internationale en matière de droits humains en érigeant les religions, au lieu des individus, en titulaires de ces droits. »
Lattaque de la déclaration contre la liberté dexpression contrevient à larticle 19 de la Déclaration des Droits de lHomme, dont les Nations Unies vont célébrer le 60ème anniversaire la semaine prochaine, par un grand rassemblement au siège de lUnesco à Paris. (Lors de cette manifestation, UN Watch présidera un panel de discussion sur le Conseil des Droits de lHomme.)
Selon Neuer,
« le contenu [du texte contre la liberté dexpression en matière religieuse] va bien au-delà des normes équilibrées admises en matière dinterdiction de la haine raciale, au regard du respect de la libre expression, qui est lélément vital de la démocratie. Si le droit dexprimer ses croyances de débattre des dogmes en vogue dans la société, le droit, la politique, lart, la science et, bien sûr, la religion devait être limité par les "sentiments" et les "sensibilités" des autres, cela signifierait la fin de la liberté dexpression telle que nous la connaissons. »
La déclaration impose une hiérarchie des religions
Selon Neuer, laccent spécial mis par le texte sur lislamophobie (paragraphe 20) [1],
« vise à imposer une hiérarchie des religions qui place les fidèles de lislam au-dessus de tous les autres. Cest contraire aux principes fondamentaux dégalité inscrits dans la Charte des Nations Unies et la Déclaration Universelle des Droits de lHomme, et menace laxiome même de la lutte générale contre le racisme. »
La conférence sen est prise particulièrement à Israël pour linsulter, menaçant de réitérer la débâcle de Durban, en 2001
La déclaration fait référence au cas dun seul pays, en "réitér[ant] sa préoccupation du sort du peuple palestinien sous occupation étrangère".
Et Neuer de sinterroger :
« Pourquoi cette déclaration sur lAfrique fait-elle référence à un cas non africain, alors quelle ne mentionne ni les tueries racistes du Soudan, ni aucun autre pays dAfrique ? »
Toujours selon Neuer,
« Lallusion spéciale à la question palestinienne laisse entendre quIsraël pratique le racisme. Cela nous ramène à la rhétorique discréditée de la résolution des Nations Unies de 1975, "le sionisme est un racisme" [2], qui fut patronnée par les Soviets et les blocs arabes, puis annulée par les Nations Unies en 1991, et qui a été répudiée, depuis, par ses plus hauts dirigeants. »
Et Neuer de conclure :
« Présenter le conflit israélien comme raciste est plus quun méfait politique ; cest une tentative de déshumaniser Israël et ses partisans comme étant exclusivement malfaisants. Nous déplorons que les Etats Africains aient permis aujourdhui aux programmes politiques les plus extrêmes de certains gouvernements du Moyen-Orient de ruiner la légitimité de leur cause. »
Toutefois, lONU a tenté aujourdhui de proposer une interprétation différente. Après les trois jours dentretiens à Abuja, Ibrahim Wani, du bureau du Haut-Commissaire aux Droits de lHomme des Nations Unies, a déclaré à Reuters :
« Il ny a quun paragraphe qui fasse mention des Palestiniens, donc lintérêt dIsraël na pas du tout été gravement endommagé. »
UN Watch a participé à la conférence africaine en tant quOrganisation Non gouvernementale Internationale. Lintervention officielle faite par le délégué de UN Watch, dimanche, a été interrompue par le Soudan, pour avoir évoqué le cas du Darfour et celui du Zimbabwe, et montré lhypocrisie libyenne.
© Un Watch
-----------------------------
Notes du traducteur
[1] Texte de larticle 20 du « document préliminaire de la Conférence Régionale Africaine, Préparatoire à la Conférence dAnalyse de Durban » (Texte) : " (La Conférence) appelle les Etats à prêter attention à la gravité de lincitation à la haine religieuse, tels lantisémitisme, la christianophobie et plus particulièrement lislamophobie, et à promouvoir la lutte contre ces phénomènes en renforçant le dialogue interreligieux et interculturel autour des valeurs morales communes à toutes les religions. "
[2] Voir "Sionisme=racisme: résolution 3379, votée et abrogée par l'ONU".
-----------------------------
Mis en ligne le 28 août 2008, par











