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Menace croissante sur la marge de qualité militaire d'Israël, Y. Steinitz
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Jerusalem Center for Public Affairs

Institute for Contemporary Affairs
founded jointly with the Wechsler Family Foundation

JERUSALEM ISSUE BRIEF



Vol. 3, No. 10, 11 December 2003


Jerusalem Viewpoints, No. 507

21 Heshvan 5764 / 16 novembre 2003

[traduction française par Menahem Macina pour upjf.org.]

Titre original anglais : The Growing Threat to Israel's Qualitative Military Edge

www.jcpa.org/brief/brief3-10.htm

[Nous rappelons qu’étant donné l’importance du travail et du temps investi dans les nombreuses traductions qui figurent sur ce site, il n’est pas question que nous laissions certains s’en emparer et les mettre en ligne sur leur site ou leur forum, sans une autorisation expresse de l’UPJF. Les contrevenants doivent savoir que nous n’hésiterons pas à entamer à leur encontre des poursuites judiciaires pour violation des droits de propriété littéraire, qui seront assorties des demandes d’indemnités financières d'usage, que le législateur a voulues dissuasives pour ce type d’infraction.]


  • Israel n'a aucune profondeur stratégique et pourrait se trouver confronté à une situation dans laquelle sa supériorité aérienne serait mise en danger par des forces de guérilla venues de pays voisins situés à une faible distance, ou même de l'Autorité palestinienne.
  • Puisqu'un certain nombre de pays hostiles possèdent maintenant des missiles à longue portée, Israël doit prendre en compte le fait que toutes ses bases aériennes sont à la portée des armes ennemies.
  • Les Egyptiens considèrent le Hamas comme une valeur stratégique, exactement comme les Syriens et les Iraniens pour le Hizballah, au Liban.
  • Si les Egyptiens ne font pas tout ce qui est en leur pouvoir pour empêcher l’entrée en contrebande d’armes et d’explosifs à Gaza, cela constitue une sorte d'appui implicite et tacite.
  • Apparemment, l'Egypte croit que si Israël et les Palestiniens continuent à perdre leur sang ensemble, en définitive, cela affaiblira Israël et fera basculer l'équilibre des forces en sa défaveur.
  • La dernière décennie a vu une très nette élévation des dépenses militaires en Egypte, alors que ce pays n’a à faire face à aucune provocation ni menace contre son territoire de la part de ses voisins. L’instruction des nouveaux officiers égyptiens se focalise sur la préparation à une future guerre possible contre Israël.


Vivre sans profondeur stratégique

David Ben-Gourion, le premier Premier ministre, a défini la doctrine fondamentale de la défense d’Israël, en 1953. Il s’était mis en vacance de son poste pour réfléchir à l’avenir d’Israël et à sa conception de la défense: Comment un Etat juif minuscule pourra-t-il survivre dans les décennies à venir, au sein d’une région hostile et difficile, alors que le monde arabe envisage explicitement de le détruire. Sept semaines plus tard, il est revenu avec un document intitulé: "La doctrine de la Défense et des Forces Armées de l'Etat". A part quelques changements mineurs, ce texte expose la doctrine de la défense d’Israël qui a toujours cours, à ce jour. Parmi ses axiomes fondamentaux:
  • Israël est et continuera à être inférieur en nombre par rapport au monde arabe, et donc, pour compenser ce handicap, Israël doit développer une très forte marge de qualité.
  • Déjà dans les années 50, le rapport entre les populations israélienne et arabe était de un à soixante. Ben-Gourion avait affirmé que, même si beaucoup de juifs venaient de la diaspora en Israël, le rapport de population continuerait à être extrêmement défavorable à Israël. Et aujourd'hui, le rapport entre 5 millions de juifs et environ 300 millions d'Arabes est encore de un à soixante.
  • En ce qui concerne le territoire, Ben-Gourion a établi le rapport comme étant à peu près de un à trois mille.


Ainsi, comment Israël, avec un petit Etat à faible population et des frontières impossibles [à défendre], va-t-il survivre dans cette région hostile? Sa seule chance est de développer une très forte marge qualitative, pour compenser son infériorité numérique. Cela peut se faire si les Forces de Défense d’Israël peuvent s’appuyer sur un ensemble de personnels expérimentés, doués, et bien entraînés, qui constitueront cette marge qualitative. Pour que cela soit possible, Israël doit se doter d’universités et de centres de recherche scientifique et technologique de qualité, et développer des industries de défense qui pourront fournir une partie de cette ligne de front de qualité

À la suite de la guerre récente en Irak, quelques experts ont affirmé que si l'armée irakienne avait été aussi facilement détruite, c’était principalement en raison de la supériorité technologique des forces américaines et britanniques. Israël jouit aujourd'hui du même écart technologique - au moins par rapport à des Etats comme la Syrie, mais pas autant, toutefois, par rapport à l'Egypte - et il a peu à craindre au niveau conventionnel. Pourtant, il y a des différences importantes entre la situation d’Israël et celle de l'Amérique. C'est parce qu'en Irak, les bases aériennes américaines et les porte-avions étaient situés loin des forces irakiennes, et en raison de leur supériorité aérienne, que les Etats-Unis ont pu envoyer leurs troupes affronter les forces irakiennes, au moment choisi par eux.

Pour sa part, Israël ne bénéficie pas d’une telle profondeur stratégique, et c'est son principal talon d'Achille - le pays est tellement petit. Les forces ennemies sont relativement proches des bases aériennes d’Israël, de ses villes principales, et des centres de mobilisation de ses réservistes. Israël pourrait devoir faire face à une situation dans laquelle sa supériorité aérienne serait paralysée, ou mise en danger par des forces armées primitives, telles que des groupes de commandos ou de guérilla, venus de pays situés à une faible distance, ou même de l'Autorité palestinienne.

Les tout premiers jours d'une guerre sont les plus sensibles, parce que l'autre partie peut causer des ravages aux arrières d’Israël avec un grand nombre de missiles balistiques lancés de Syrie, d’Egypte, ou d'autres Etats, tel l'Iran, ou de canons à longue portée, ou de roquettes tirées par le Hizballah à partir du Liban. Aujourd'hui, le Hizballah a plus de 10.000 roquettes, y compris des missiles à longue portée qui peuvent atteindre la ville de Haïfa et sa base navale, ainsi que des bases aériennes et terrestres importantes dans toute la région nord d’Israël. Si une force ennemie pouvait pénétrer ne fût-ce que de quelques kilomètres en Israël, en utilisant des technologies très primitives, au point de mettre en danger, voire de paralyser partiellement ses bases aériennes et ses centres de mobilisation, alors, Israël ne pourrait pas exploiter sa supériorité aérienne ni masser assez de troupes terrestres à ses frontières. En réalité, du fait qu’Israël doit maintenant prendre en compte la menace potentielle de Scuds et d'autres missiles à longue portée d'un certain nombre de pays hostiles, toutes ses bases aériennes sont à portée des armes ennemies.

Ainsi, en dépit de la qualité de sa marge de sécurité, le fait que l’absence de profondeur stratégique rende ce pays si vulnérable implique qu’Israël doit être très attentif à ne pas se laisser surprendre et à conserver son avantage qualitatif.


Le rôle de l'Egypte

Dans les années 80, je militais dans le Mouvement 'La Paix Maintenant', et j'ai participé à beaucoup de manifestations et de rassemblements contre les gouvernements israéliens précédents, faisant pression sur eux pour qu’ils prennent le risque nécessaire de tenter de négocier avec Arafat, en dépit de son passé terroriste. J’ai soutenu l’initiative de quitter Gaza et certaines parties de la Rive occidentale, et j’approuvais l'idée de prendre ces risques afin de voir ce qui se produirait. J’ai également défendu les Accords d'Oslo.

Au cours des années 90, j'ai effectué deux mutations dramatiques : celui de passer du Mouvement 'La Paix Maintenant' au parti du Likoud, et, en 1999, du milieu universitaire à la Knesset. Déjà en 1994, deux facteurs m'avaient fait reconsidérer ma position sur Oslo. L’un fut le comportement de l'Autorité palestinienne. La rhétorique d'Arafat était inquiétante, mais aussi le fait que, pendant les deux premières années d'Oslo, même avant que le terrorisme ait commencé à s’aggraver, tous les engagements de démilitarisation pris à Oslo avaient été violés par les Palestiniens. La première vague d’explosions-suicide a eu lieu plusieurs mois après le second retrait israélien de la plupart des villes de la Rive occidentale, en 1995, et non avant.

L'autre facteur fut le comportement et l'attitude de l'Egypte. En 1994, il était visible que, pour les Egyptiens, le processus de paix n'en était pas vraiment un, mais constituait plutôt une occasion d'affaiblir Israël. Entre 1993 et 1995, alors qu’Israël commençait à réduire ses dépenses militaires, au lieu de réchauffer la paix froide entre l'Egypte et Israël, suite au retrait israélien de Gaza et de certaines parties de la Rive occidentale, l'Egypte augmenta brusquement ses dépenses militaires et se mit à procéder à des exercices plus fréquents simulant une guerre contre Israël. En outre, la rhétorique égyptienne est devenue bien plus hostile qu'avant que le processus d'Oslo ait eu lieu. Quel était le vrai but de l'Egypte? Apparemment, la vraie politique égyptienne est de laisser les Israéliens et les Palestiniens perdre leur sang ensemble.

La chose n’est devenue évidente pour quelques Américains qu’après le sommet de Camp David, quand Ehud Barak a cherché à parvenir à un accord final global avec Yasser Arafat. Le troisième jour du sommet, Barak a fait une proposition surprenante : il était disposé à partager Jérusalem, y compris la Vieille Ville, entre les Israéliens et les Palestiniens. En vertu de cette formule, les quartiers juifs feraient partie d’Israël et les quartiers arabes feraient partie d'un Etat palestinien. La Vieille Ville, le Mur occidental, et le quartier juif seraient sous autorité israélienne, et les quartiers musulmans et chrétiens, y compris les mosquées sur le Mont du Temple, seraient sous souveraineté palestinienne. Barak était absolument sûr que lorsque Arafat apprendrait qu’il allait obtenir une partie de Jérusalem, il serait tenté de signer un accord final de paix et de mettre fin au conflit avec Israël.

Le même jour, plusieurs heures plus tard, le Président égyptien Hosni Moubarak apparaissait à la Télévision égyptienne et déclarait qu'Arafat ne pourrait pas signer cette transaction, parce qu’il ne lui était pas permis de négocier à propos de Jérusalem. Moubarak déclara que la Vieille Ville de Jérusalem appartient à tous les Musulmans et à tous les Arabes, et que diviser la Vieille Ville entre Juifs - ou Israéliens - et Palestiniens serait considéré comme une trahison, au regard de l'histoire arabe. Il ajouta alors qu'Arafat connaissait parfaitement le destin de ceux qui commettent une trahison dans l'histoire arabe. Quelques heures plus tard, d'autres dirigeants arabes d’Irak, de Syrie, et du Maroc se sont mis à faire écho à l’avertissement donné à Arafat de ne pas signer l'accord et de ne pas accepter la nouvelle et surprenante proposition d’Israël, de diviser Jérusalem. La Secrétaire d'Etat Madeleine Albright affirma que la contribution égyptienne d’alors avait été négative.

En 1995, l'Egypte exerça une énorme pression sur le défunt Roi Hussein pour qu’il ne signe pas d’accord de paix entre Israël et la Jordanie, et aucun représentant officiel de l'Egypte n’assista à la cérémonie de signature dans la Arava. L'Egypte a également exercé une énorme pression sur le Maroc et le Qatar, durant l'administration de Rabin, pour qu’ils n’établissent pas de relations diplomatiques pleines et entières avec Israël. Même aujourd'hui, c’est uniquement en raison d’une très forte pression égyptienne que la Jordanie et le Maroc n'ont pas d’ambassadeurs en Israël.

Quelle est la vraie nature de la politique égyptienne à l’égard d’Israël et du processus de paix? Dans les années 80, l'Egypte disait à Israël que si la paix entre eux était si froide, c’était parce que l'Egypte était le seul pays de la région à avoir fait la paix avec Israël. Il y a plusieurs années, Israël a entrepris un processus de paix avec les Palestiniens, conclu un accord de paix avec la Jordanie, et amélioré les relations avec le Maroc, le Qatar, et quelques autres Etats arabes modérés, mais la paix entre Israël et l'Egypte n’en est pas moins devenue plus froide encore.

Aujourd'hui, Israël ne peut plus ignorer la relation très sophistiquée qui existe entre l'Egypte et l'Autorité palestinienne, ainsi qu'avec des organisations terroristes palestiniennes, principalement le Hamas. Il est clair que la majeure partie des explosifs et des armes qui parviennent au Hamas et aux autres organisations terroristes de Gaza, viennent d'Egypte par les tunnels de Rafiah. Le désert du Sinaï est devenu la base arrière logistique de ces organisations terroristes. Si les Egyptiens ne font pas tout ce qui est en leur pouvoir pour empêcher l’entrée en contrebande d’armes et d’explosifs à Gaza, cela constitue une sorte d'appui implicite et tacite de cette activité. Une comparaison avec les efforts jordaniens pour tenter d'empêcher l’entrée en contrebande d’armes et d’explosifs par sa frontière avec Israël prouve que les Jordaniens sont beaucoup plus sérieux, et ont beaucoup mieux réussi. Ainsi, il est beaucoup plus difficile au Hizballah d’envoyer des armes et des munitions aux fondamentalistes islamiques de la Rive occidentale, via la Jordanie, qu'à Gaza par l'Egypte.

Entre le canal de Suez et la frontière israélo-égyptienne, il y a plus de 200 kilomètres de désert. Pratiquement personne n’y vit ; il n’y a que deux routes, et il est très facile d’édifier quelques barrages routiers et des points de contrôle pour s'assurer que des armes ne passent pas du canal de Suez à Rafiah. Quand les Etats-Unis ont exercé une pression énergique, l'Egypte a arrêté certains des contrebandiers et a même détruit un ou deux tunnels. Mais, dans les faits, ils ferment les yeux sur la contrebande d'armes.

L'Egypte ne fournit pas seulement un appui logistique au Hamas, mais également un appui diplomatique. Dès lors que des officiels égyptiens de haut rang rencontrent les dirigeants du Hamas, en Egypte ou dans les territoires, on est en face d'une forme d'appui politique, dirigé non pas tant contre Israël que contre l'Autorité palestinienne, contre le gouvernement d'Abu Mazen, contre Abu Ala. Même au cours des dernières tentatives pour parvenir à une certaine forme de hudna - suspension de la violence -, les Egyptiens ont été très actifs, non entre Israël et les Palestiniens, mais entre le Hamas et l'Autorité palestinienne. A l’époque du gouvernement d'Abu Mazen, les Egyptiens ont essayé de parvenir à un accord avec le Hamas, pour qu’il cesse ses attaques pendant trois ou six mois, en échange de quoi le Hamas avait la garantie que l'Autorité palestinienne ne le réduirait pas et ne démantèlerait pas son infrastructure militaire. Les Egyptiens insistèrent, de manière explicite, sur le fait qu'il ne devait pas y avoir de guerre entre frères, et qu’Israël et les Etats-Unis essayaient de pousser à une telle guerre en demandant que l’on prenne des mesures coercitives contre les militants. En réalité, voici ce qu'ils disaient à l'Autorité palestinienne: "Vous ne devez pas faire au Hamas ce que nous avons fait aux Frères musulmans, en Egypte". Déjà, en 1996, quand Clinton avait exigé d'Arafat qu’il réduise le Hamas, tant le président égyptien que son ministre des affaires étrangères avaient conseillé à Arafat de procéder ainsi [c’est-à-dire d’invoquer le refus palestinien de prendre le risque d’une guerre civile. NDLR d’upjf.org].

Les Egyptiens considèrent le Hamas comme une valeur stratégique, exactement comme les Syriens et les Iraniens pour le Hizballah, au Liban. Apparemment, l'Egypte croit que si Israël et les Palestiniens continuent à perdre leur sang ensemble, en définitive, cela affaiblira Israël et fera basculer l'équilibre des forces en sa défaveur.

L’appui qu’elle apporte au Hamas face à l'Autorité palestinienne fait de l'Egypte le médiateur entre les Palestiniens à l'intérieur de l’AP. En un sens, cela ressemble beaucoup à la position de la Syrie au Liban, avant l’occupation du Liban par la Syrie, dans les années 70, quand la Syrie jouait les médiateurs entre les Chrétiens et les Musulmans au Liban, et entre l’OLP et le gouvernement libanais.


Contre qui l'Egypte s’arme-t-elle?

Israël ne peut plus ignorer la montée en force de l’armée égyptienne. À la différence d’Israël, l'Egypte ne doit faire face à aucune menace existentielle, ni même à quelque danger militaire que ce soit, le long de ses frontières. Le Soudan et la Libye n'ont pratiquement aucune armée. Avec leurs vieux chars soviétiques et leurs Migs des années 60 - la plupart étant d’ailleurs hors service – ils ne constituent pas une menace militaire pour l’Egypte. L'Egypte ne fait face à aucune provocation ni menace contre son territoire de la part de ses voisins. Israël n'a aucune visée sur l’Egypte et, d’ailleurs, il s'est retiré de la totalité de la péninsule du Sinaï, avec ses gisements de pétrole, afin de parvenir à la paix et à la stabilité. Israël, démocratie occidentale et société ouverte, ne lancera pas de guerre de grande envergure contre qui que ce soit, à moins d’être attaqué. Comme Emmanuel Kant l’a déjà noté, il y a 200 ans, les démocraties sont fort peu disposées à partir en guerre, à la différence des régimes totalitaires. Notre petit pays doit encore investir des milliards de dollars pour développer une armée moderne et efficace.

La dernière décennie a vu une très nette élévation des dépenses militaires égyptiennes, qui dépassent les montants qu’un pays pauvre reçoit des Etats-Unis annuellement. Jusqu'ici, l'Egypte a reçu plus de 30 milliards de dollars d'aide militaire des Etats-Unis. Israël a reçu légèrement plus, ces 22 dernières années, mais nous avons dû dépenser une grande partie de ces sommes pour la guerre contre le terrorisme palestinien, contre le Hizballah, dans le nord, contre les Irakiens qui, en 1991, ont bombardé Israël avec des missiles Scud, outre d'autres campagnes militaires qu’Israël a été contraint d’entreprendre.

Depuis 1996, trois ans après Oslo, la plupart des grandes manoeuvres militaires entreprises par l'armée égyptienne ont simulé une guerre contre Israël. En 1996, pour la première fois, les "exercices de Badar", les plus grands auxquels ait procédé l'armée égyptienne, avaient pour sous-titre : une simulation de guerre contre "un petit pays au nord-est de l'Egypte". Il n’y a, sur la carte, qu’un seul pays qui corresponde à cette définition. L’instruction des nouveaux officiers égyptiens se focalise sur la préparation à une future guerre possible contre Israël.

Israël est très inquiet de l'érosion de sa marge qualitative de sécurité par rapport à l'Egypte et à l'Arabie Saoudite. Durant plus d'une décennie, il y a eu, entre Israël et les Etats-Unis, un accord tacite selon lequel les Etats-Unis peuvent fournir aux deux parties le même équipement militaire de base (avions, chars, ou bateaux), étant entendu qu’Israël devra préserver sa marge qualitative sur le plan des systèmes d'armements de ces équipements, tels que missiles, moyens de guerre électronique, et ordinateurs. Les Egyptiens ont exactement les mêmes avions de fabrication américaine, F-16, que l'Armée de l'Air israélienne, et approximativement le même nombre - 240. Ils ont les mêmes hélicoptères Apache, qui vont maintenant être améliorés en une version Longbow. Ils ont des chars Abrams, modernes et efficaces, qui sont l’équivalent des Merkava israéliens, ainsi que des frégates et des bateaux lance-missiles, provenant de Hollande, d'Espagne, et des Etats-Unis. Jusqu'ici, Israël a réussi à préserver sa marge qualitative dans le domaine des systèmes d'armes, mais nous continuons à demander aux Américains de prendre en compte nos préoccupations, parce que cette marge qualitative est tout ce que nous avons pour défendre Israël contre l’énorme monde arabe qui nous entoure.

Les industries de la défense d’Israël ont développé quelques-uns des meilleurs systèmes d'armes dans le monde, particulièrement dans le domaine des missiles et de la guerre électronique, afin d'assurer cette marge qualitative, même si l'Egypte et l'Arabie Saoudite sont équipés des meilleurs systèmes d'armes occidentaux. Cette marge se remarque dans les missiles air-air israéliens, les systèmes de missiles défensifs pour les navires, et les radars modernes.

Aujourd'hui, grandissent les pressions des pays arabes en vue d’obtenir des missiles air-air plus sophistiqués et plus performants, et des munitions guidées. Si les Etats-Unis, ou d'autres pays occidentaux fournissent ce genre d'armes, cela érodera encore davantage la marge technologique d’Israël. C'est la raison pour laquelle il est si difficile de réduire le budget militaire d’Israël, sauf à être contraints de renoncer à acquérir les meilleurs équipements, et à ne pas pouvoir en développer de nouveaux, ce qui mènera à une nouvelle érosion de la marge technologique d’Israël.

Il y a plusieurs mois, au cours du sommet de Sharm el-Sheikh entre le Président Bush et des dirigeants arabes, Bush a parlé de la nécessité, pour les Etats arabes du Moyen-Orient, de contribuer à la guerre contre le terrorisme, en prenant deux mesures: stopper les sources de financement des organisations terroristes, et mettre fin à la provocation contre les Etats-Unis, Israël, l'Occident, et le peuple juif. Tandis que le Président égyptien Moubarak se tenait près du Président Bush, opinant de la tête quand celui-ci parlait de la nécessité, pour les gouvernements de la région, d’en finir avec la terrible incitation raciste contre les juifs, contre l'Etat juif, et contre le monde occidental en général, exactement au même moment, la télévision officielle du gouvernement égyptien diffusait un programme basé sur les Protocoles des Sages de Sion, décrivant les Juifs comme la force du mal dans le monde, essayant de corrompre les sociétés non juives, non seulement en Europe, mais également au Moyen-Orient.


Un état juif viable

Beaucoup de gens parlent d'un Etat palestinien viable, mais nous devons également penser à un Etat juif viable. Pour que l'Etat juif soit viable, il doit être défendable. Sans possibilité de nous défendre, nous ne pouvons pas avoir un Etat viable, qu’il y ait ou non un accord de paix. C'est pourquoi les Israéliens se préoccupent tant des arrangements de sécurité, des zones minimales de sécurité, de l’émergence d'un régime palestinien, nouveau et différent, qui puisse tenir ses engagements, non seulement en empêchant le terrorisme, mais en assurant la démilitarisation totale des territoires d’où Israël s'est retiré, comme cela été spécifié dans les Accords d'Oslo.

Yuval Steinitz*

© The Jerusalem Center for Public Affairs, pour l’original anglais, et upjf.org pour la traduction française
- (Reproduction sur site ou forum strictement interdite, sans autorisation expresse.)


* Yuval Steinitz est Président de la Commission des Affaires étrangères et de la Défense, à la Knesset.


* * *


Ce numéro de Jerusalem Issue Brief est basé sur un exposé, fait par l’auteur, à l’Institut des Questions Contemporaines de Jérusalem, le 10 novembre 2003.


Mis en ligne le 12 décembre 2003 sur le site www.upjf.org


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