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Une nouvelle page de l'histoire sioniste
Analysewww. haaretz daily.com
[Traduction française par Menahem Macina pour reinfo-israel. Reproduction et diffusion autorisées sous réserve des mentions légales de copyright, de celle du traducteur et de l'adresse complète du site diffuseur de la traduction française : www.reinfo-israel.com.]
Dans une décision rendue hier, la Haute Cour de Justice [d’Israël] a écrit une nouvelle page de l'histoire de la pensée sioniste. Même dans la courte synthèse de trois pages, des concepts tels que "l’égalité des droits" "les espaces ouverts" et "l'intérêt public" sont dominants. Cette nomenclature indique que la cour a adopté un discours résolument civique.
La décision suit la même ligne de pensée qui s’est d’abord manifestée par un arrêt de la Cour déclarant illicite l’expulsion d'une famille arabe en résidence à Katsir, une communauté juive établie sur une terre d'Etat, en Galilée. Le nouveau discours civique supplante un discours qui reposait en partie sur des droits 'de clocher' et ne pouvait (ou ne voulait) pas se mettre au diapason des changements [survenus] dans la société israélienne.
En bref, la Haute Cour a rejeté hier la prétention de ceux qui, pendant des années ont possédé et cultivé la terre au nom du sionisme, à devenir automatiquement propriétaires de la terre et à profiter ainsi du renouvellement de la répartition en zones. Au lieu de cela, la Cour a décrété que la terre appartient à tous les Israéliens - riches et pauvres, fermiers et citadins, Juifs séfarades et ashkénazes, Juifs et Arabes [israéliens].
La décision d'hier est surtout importante comme principe de base. Dans la pratique, l'Administration des terres d'Israël et la Knesset, deux corps fortement politisés, peuvent encore avoir leur réglementation. Alors que la Haute Cour a révoqué la décision gouvernementale des année '90 qui permettait au kibboutzim de vendre leur terre en tant qu'élément de règlement de leur dette, la Cour n'a pas donné d’instructions au gouvernement sur ce qu’il fallait faire à la place.
Ariel Sharon s’est rendu compte, il y a cinq ans, que les fermiers avaient perdu la faveur de l'opinion publique. Il est vraisemblable qu’il ne s’écartera pas de la manière de gérer ce secteur, qu’il préfère plus que tout. Ce n’est pas surestimer la signification socio-culturelle de cette décision que de souligner les points suivants:
1. Egalité des droits. Dans le cadre de la 'révolution constitutionnelle' de la Haute Cour, un débat courtois a eu lieu entre le Président de la Cour, Aharon Barak et d'autres juristes, principalement au plan académique, sur le besoin d'une loi fondamentale pour garantir les droits sociaux.
Barak a indiqué qu'il s'attend à ce que l'initiative vienne de la Knesset, mais, entre temps, il a interprété la loi fondamentale sur l’égalité des droits en l’appliquant à la terre, la Haute Cour a élargi les frontières du débat sur l'égalité sociale en Israël.
2. Espaces ouverts. En fait, la Haute Cour a approuvé hier deux requêtes – celle du Nouveau Dialogue (connu également sous le nom d'arc-en-ciel démocratique oriental, une organisation qui combat ce qui est perçu comme une hégémonie ashkénaze), et celle de la Société pour la Protection de la Nature en Israël. En reconnaissant la nécessité de préserver les espaces ouverts (déjà reconnue dans les schémas officiels de planification du pays), la Cour a posé ce principe en concept-clé du débat social.
3. Les kibboutzim et le Keshet. Alors que la controverse semblait opposer les kibboutzim au mouvement démocratique Arc-en-ciel (connu sous le nom de Keshet), seul un petit groupe de dirigeants de kibboutzim du centre d'Israël, où la terre est précieuse, menait le combat. Ils ont refusé tout compromis, y compris celui - plutôt généreux - du Comité Ronen.
De la même manière, ce sont des déclarations extrémistes émises pas des acteurs de Keshet, dont la représentativité n’est pas tellement évidente, qui sont apparues comme une tentative de voler le magot des kibboutznikim, qui ne surmontent une crise que pour retomber dans une autre, et les moshavnikim, dont beaucoup ne sont pas de descendance ashkénaze, mais sont issus de familles d’Afrique du Nord qui immigrèrent dans les années '50. Keshet a été accusé de céder la terre aux Arabes, et les kibboutznikim ont été stigmatisés comme élitistes et égoïstes.
La plupart des kibboutzim étaient mus par la crainte et la détresse. Le rapport Milgrom, qui leur garantissait un logement et la sécurité sociale, a calmé leurs craintes. Keshet, d'autre part, a présenté une révolution sociale [juridiquement] irréprochable: en remplaçant le discours séfarade traditionnel, basé sur la discrimination et le rejet, par une exigence civique faisant autorité (tous les dirigeants de Keshet sont des universitaires accomplis). Keshet a également mis à l'ordre du jour le problème de la terre en tant que ressource nationale; ses membres ont ainsi étendu leur mandat et sont devenus de véritables porte-parole du public dans son ensemble.
La juriste Sandy Keidar, qui a mené une campagne pleine de retenue, bien pensée et professionnelle, est la véritable héroïne de l'affaire des terres. Plusieurs points de la nouvelle page que la Cour a écrite hier peuvent lui être attribués avec certitude.
Par Avirama Golan
© 2002 www.reinfo-israel.com pour la traduction française.
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