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L'eau au Moyen-Orient, Faits et Mythes - Dossier
Les ressources en eau de la région étant extrêmement limitées, la pénurie règne. La quantité d’eau potable de bonne qualité disponible par personne et par an est de 200 m3 pour la Jordanie, 250 m3 pour Israël, et 85 m3 pour les Territoires palestiniens. Par contre, les deux pays en amont du Jourdain, le Liban et la Syrie, disposent de ressources en eau importantes (800-1000 m3). La solution aux problèmes de pénurie réside dans un partage équitable entre la Jordanie, Israël, les Palestiniens d’une part avec le Liban et la Syrie, qui disposent de ressources importantes.
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25 février 2002

Les faits

Les ressources en eau

 
Israël (6,7 millions d'habitants), les Territoires palestiniens (Gaza et la Cisjordanie, 3 millions d'habitants) et la Jordanie (5 millions d'habitants) manquent d'eau. Pour l'essentiel, ils se partagent les mêmes ressources en eau :
- le Jourdain, petit fleuve transfrontalier d’environ 300 km, alimenté par des rivières et des sources du Liban, de Syrie, de Jordanie, d’Israël et des Territoires palestiniens,  et qui se jette dans la mer Morte, avec un débit annuel moyen d’environ 1,2 km3
- deux aquifères souterrains : l'aquifère de montagne sous les collines de Cisjordanie et sous Israël avec une capacité d'environ 660 millions de m3 par an, et l'aquifère côtier, étiré de Haïfa à Ashkelon en passant par la bande de Gaza, avec une capacité d'environ 300 millions de m3 par an.
Ces ressources étant extrêmement limitées, la pénurie règne La quantité d’eau potable de bonne qualité disponible par personne et par an est de 200 m3 pour la Jordanie, 250 m3 pour Israël, et 85 m3 pour les Territoires palestiniens. Par contre, les deux pays en amont du Jourdain, le Liban et la Syrie disposent de ressources en eau importantes (800-1000 m3). La solution aux problèmes de pénurie réside dans un partage équitable entre la Jordanie, Israël, les Palestiniens d'une part avec le Liban et la Syrie, qui disposent de ressources importantes.

Historique géopolitique de la gestion des ressources en eau
 
Des fermes juives se sont installées depuis plus d'un siècle sur le territoire qui est aujourd'hui Israël. Les fermiers juifs ont créé des moyens d'approvisionnement en eau de la région, et ont mis en œuvre des pompages. Ceci a été entrepris en toute légalité, conformément aux lois de l’Empire Ottoman, puis du mandat britannique établi par la Société des Nations, et enfin d'Israël, dont l'indépendance a été votée en 1947 par les Nations Unies.
 
L'aquifère de montagne a toujours constitué une part importante de l'approvisionnement en eau d'Israël. Les puits creusés dans son propre sous-sol, à l’intérieur de ses frontières, ont toujours donné accès à Israël quelque 80 % des eaux souterraines de cet aquifère.
 
En 1964, Israël achève le grand conduit national qui, à partir des pompages dans le lac de Tibériade, permet l'interconnexion des eaux sur l'ensemble du territoire, jusqu'au nord du désert du Néguev, mis en valeur par l'irrigation. De même la Jordanie, grâce à une prise d'eau sur le Yarmouk, alimente le canal du Ghor qui permet l'agriculture irriguée dans la vallée du Jourdain 1. L'agriculture irriguée dans ces deux pays absorbe à elle seule de 60 % (Israël) à 70 % (Jordanie) de l'eau consommée. Israël, qui accueille les réfugiés juifs du monde entier, doit faire face à des besoins croissants, et accroît ses pompages dans le lac de Tibériade. Contrairement à la Jordanie et à Israël, l'Autorité palestinienne n'a pas fait pas grand-chose pour gérer les ressources disponibles.
 
Après la guerre de 1967
 
En 1967, Israël fut attaqué par la Syrie et la Jordanie, en concertation avec l’Egypte. Au cours de cette guerre, Israël occupa la Cisjordanie et le Golan, et, par la même occasion, augmenta en partie son contrôle des ressources en eau que représentent l'aquifère de montagne et le bassin du Jourdain. Ceci se fit toutefois sans toucher aux ressources en eau existantes des habitants de la région. Bien au contraire, selon l'hydrologue Abraham Mellul, Israël a mis au point des nouvelles méthodes d’irrigation et de fertilisation compatibles avec une meilleure gestion de l'eau, et une économie des systèmes hydrologiques.
 
Dans les années qui suivirent la guerre de 1967, les ressources en eau sur la rive occidentale du Jourdain se sont considérablement améliorées sous administration israélienne. Les Israéliens ont étendu le système d'adduction de l'eau de la région Sud d'Hébron, par exemple. Ils ont creusé de nouveaux puits près de Jenine, de Naplouse et de Tulkarem. Plus de 60 villes arabes sur la rive occidentale ont ainsi bénéficié de nouveaux systèmes d'adduction d'eau, et des systèmes vétustes ont été restaurés par l'administration israélienne 2.
La grande sécheresse depuis les années 1980
 
A la fin des années 1970 et au début des années 1980, le Moyen-Orient commença à souffrir d'une des pires sécheresses de l'histoire moderne. L'eau du Jourdain et de la mer de Galilée baisse à des seuils critiques. La situation s'est encore dégradée dans les années 90, et le problème continue au début du nouveau millénaire.
 
Dans ces conditions, le gouvernement israélien a restreint le forage de nouveaux puits en Cisjordanie comme en Israël. Il n'y avait pas d'autre choix, car Israéliens et Palestiniens se partagent les mêmes nappes souterraines, et une surexploitation des ressources en eau fraîche provoquerait l'infiltration d'eau salée.
 
Les fermiers arabes de Cisjordanie sont alimentés en eau par environ 100 sources et 300 puits, creusés il y a plusieurs dizaines d'années etsurexploités. Des restrictions limitant la surexploitation visent à empêcher des infiltrations d'eau salée et une perte des ressources en eau fraîche. Les Israéliens se font une règle de ne pas prélever d'eau dans les nappes d'eau, pourtant plus accessibles, utilisées par les fermiers arabes. Pour alimenter les villages juifs en eau, ils ont creusé des puits dans des aquifères profonds qui n'avaient jamais été utilisés auparavant.2
 
A la fin de 1991, une conférence internationale en Turquie, devant traiter des problèmes de l'eau dans la région a été torpillée par la Syrie. Les Syriens, les Jordaniens, et les Palestiniens ont boycotté les discussions multilatérales à Moscou en janvier 1992, qui incluaient un groupe de travail sur l'eau.
 
Après les accords d'Oslo, les Palestiniens se sont montrés plus intéressés à une coopération sur le problème de l'eau. A la réunion d'une commission multipartite à Oman en 1994, les Israéliens ont fait une proposition visant à rendre plus efficaces les systèmes de distribution d'eau dans les communautés de taille moyenne sur la rive occidentale du Jourdain, à Gaza, en Israël et ailleurs dans la région. Cette proposition avait été adoptée 2 …
 
Depuis la seconde intifada
 
Malgré la sécheresse et la pénurie qui se prolongent, Israël n'a pas diminué la quantité d'eau transférée annuellement à l'Autorité palestinienne et étudie même le moyen de l'augmenter, malgré de sévères restrictions d'eau en Israël. Israël connaît une grave pénurie d'eau, et ne pourra en aucun cas satisfaire tous les besoins des Palestiniens.
 
Israël a rempli toutes ses obligations prévues dans l'accord intérimaire israélo-palestinien, selon les accords d'Oslo. La juridiction sur l'eau a été transférée à l'Autorité palestinienne intégralement et dans les délais prévus, et Israël a approuvé le forage de nouveaux puits. L'Autorité palestinienne et Israël ont organisé des patrouilles conjointes pour surveiller les vols d'eau et les autres problèmes relatifs à l'eau.
 
   Seul le retour de la paix peut permettre de faire progresser une indispensable politique commune de gestion de l'eau.
 

Les mythes

 
Les Palestiniens revendiquent aujourd'hui 80 % des ressources de l'aquifère de montagne, et affirment qu'Israël leur volerait leur eau.
 
Les puits creusés en Cisjordanie ne leur donnent accès qu'à 20 % de cette nappe, qui s'étend des deux côtés de la frontière. C'est comme si les Suisses revendiquaient pour eux seuls toute l'eau du Rhin. La revendication palestinienne est totalement contraire aux lois internationales.
 
L'aquifère de montagne s'étend dans les sous-sol de la Cisjordanie et d'Israël, et s'écoule naturellement vers la mer, vers Israël. Cet aquifère a toujours représenté une partie importante de l'approvisionnement en eau d'Israël. Par les puits creusés dans son sous-sol, à l’intérieur de ses frontières d'avant 1967, Israël utilisait plus de 80% des eaux de cet aquifère. La revendication palestinienne priverait Israël de 360 millions de m3 d'eau, soit une diminution de 20 % des ressources actuellement disponibles. Ceci représenterait pour Israël une insuffisance dramatique en eau.
 
La législation internationale reconnaît parfaitement le droit d'un pays à utiliser les eaux de ressources transfrontalières (rivière internationale, nappe souterraine). Le partage des ressources en eau entre états voisins s'effectue sur ce principe partout dans le monde. Les principales ressources en eau de la Syrie et de l'Irak proviennent de Turquie, les sources du Nil se trouvent en amont de l'Egypte, et les deux tiers de l'eau consommée en Israël viennent de l'extérieur de ses frontières de 1948.
 
En 2001, malgré la pénurie, malgré les hostilités, les Israéliens ont fourni (par la compagnie israélienne Mekorot) de l’eau par des conduites dans certaines régions dans la bande de Gaza (4,5 millions de m3) et de Cisjordanie (35 millions de m3). Les pays nantis, la Syrie et le Liban n'en fournissent pas.
 
En Cisjordanie, la propagande arabe affirme que les Arabes palestiniens subiraient de la part des Israéliens des injustices:
 
a) parce que les Israéliens les empêcheraient de forer des nouveaux puits
Les Israéliens ont effectivement limité le forage de nouveaux puits. Il s'agit d'une politique globale de gestion de l'eau, appliquée aussi bien dans les Territoires qu'en Israël, et visant à limiter la surexploitation de l'aquifère, qui prend des proportions dramatiques depuis la grande sécheresse. Entre 1948 et 1967, ni la Jordanie (à qui appartenait la Judée Samarie), ni l'Egypte (à qui appartenait la bande de Gaza) n'appliquaient de politique de gestion de l'eau3. Chacun était libre de puiser à sa guise l'eau dans son sous-sol. A l'inverse des états comme Israël ou la France appliquent une politique de gestion des ressources en eau : protéger les ressources, éviter la pollution, traiter les eaux usées, rechercher de nouveaux approvisionnements ….

b) Il y aurait injustice parce que les Israéliens payeraient l'eau moins cher
Conformément aux accords d'Oslo, Israël doit subventionner ses citoyens (juifs ou arabes, en Israël ou en Cisjordanie), et l'Autorité palestinienne les siens (arabes exclusivement). Mais en réalité, l'Autorité palestinienne ne subventionne rien. Ce qui fait que les Arabes administrés par l'Autorité palestinienne payent effectivement plus cher. Mais ce n'est pas une discrimination des Israéliens envers des Arabes. C'est l'Autorité palestinienne qui ne remplit pas ses engagements, et tente de désigner Israël comme bouc émissaire.
 

A Gaza, les fermes juives consommeraient l'eau des Palestiniens
 
Les ressources souterraines de Gaza sont depuis longtemps surexploitées, comme elles l'étaient d'ailleurs déjà sous l'administration égyptienne d'avant 1967. Cette eau est trop souvent impropre à la consommation humaine. On entend souvent que les quelques milliers de fermiers Israéliens prendraient 90 % de l'eau de Gaza, alors que la plupart des fermes israéliennes utilisent l'eau du réseau israélien. Il faut savoir que ces mêmes chiffres exactement avaient déjà été présentés en 1985, à la Conférence Mondiale sur les Femmes de Nairobi, alors qu'il n'y avait pratiquement aucune ferme juive dans la bande de Gaza. Mais la propagande palestinienne venait de commencer à utiliser le thème de l'eau spoliée.
 
Les piscines Israéliennes seraient une insulte aux Palestiniens 
 
Beaucoup de villages israéliens ont leur piscine collective, qui fonctionne en circuit fermé, et consomme un minimum d'eau. Mais beaucoup de villas palestiniennes ont des piscines individuelles, comme à Rima, le luxueux quartier résidentiel de Gaza.
 

En conclusion

Il est évident que les Jordaniens, les Israéliens, et plus encore les Palestiniens, souffrent d'une pénurie d'eau. Il leur faut à tous d'avantage d'eau pour leur développement social et économique. Shuval 3 (1996), un expert israélien indépendant a écrit que "Israël devrait être intéressé à ce que les Palestiniens aient suffisamment d'eau, non seulement pour survivre, mais aussi pour coexister en tant que voisins prospérant dans le bien-être et la sécurité".
 
Cela implique que tous, y compris les Palestiniens, collaborent pour une véritable politique de gestion de l'eau.
Cela implique aussi que conformément aux principes de la loi internationale sur l'eau, tous les riverains du bassin du Jourdain partagent équitablement les ressources en eau. Des experts ont proposé que les pays les mieux pourvus en eau, la Syrie et le Liban, aident les Palestiniens à satisfaire leurs besoins urgents en eau.
 
Si l'eau est un enjeu majeur de la paix, la paix est aussi un enjeu majeur pour l'eau.


1 Georges Mutin, de l'eau pour tous, la Documentation française, 2000
2 Mitchgell G. Bard, 2001, Un guide pour le conflit israélo-arabe, AICE.
3 Shuval, Hillel (1996) A Water for Peace Plan-Reaching an Accommodation on the Israel-Palestinian Shared Use of the Mountain Aquifer. Palestine – Israel Journal Vol III 3-4 Summer-Autumn .
 
 
Dossier aimablement communiqué par A.T. F., Paris (24 juillet 2002).
 
Texte mis en ligne par Menahem Macina, le 25 février 2002.
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