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Pèlerinages en Iran sur la tombe d'Esther (Haaretz)
22/03/2005Haaretz
| Esther's Iranian tomb draws pilgrims of all religious stripes | |
| המלכה של כולם |
Traduction française : Jean Terreneuve, pour upjf.org.
La tombe d'Esther, en Iran, attire des pèlerins de toutes les religions
Génération après génération, les Juifs ont protégé le lieu saint. Les Iraniens continueront-ils ?
Les Juifs célèbrent la fête de Pourim dans le monde entier, mais le récit, situé en Perse, revêt un sens spécial pour les Juifs d’Iran. Ces dernières décennies ont été dures pour les Juifs d’Iran, dont beaucoup ont fui le pays après la révolution islamique de 1979. D’une communauté d’environ 100 000 ne restent aujourd’hui que 25 000 à 30 000.
Ce mois-ci, des Juifs de tout l’Iran vont prier dans un sanctuaire de Hamadhan, dans le nord-ouest du pays, dédié aux héros du récit de Pourim. Ils y retrouveront vraisemblablement des chrétiens et des musulmans qui se rendent tout au long de l’année dans ce sanctuaire peu ordinaire. Le bâtiment ressemble à un mausolée islamique (emamzadeh) mais ses murs sont ornés d’inscriptions hébraïques décrivant les origines d’Esther et Mordechaï. On sera surpris d’apprendre qu’en fait, l’histoire de Pourim concerne tous les Iraniens.
Esther n’était pas seulement une reine juive, mais, en tant qu’épouse du roi Assuérus (Xerxès Ier), elle continue à être honorée comme reine de Perse, et est un symbole de l’histoire de l’Iran.
Bien que son nom ait été Hadassah, qui signifie "cachée" en hébreu, on la connaît sous le nom "Esther". L’écrivain et lettré Haideh Sahim explique que le nom Esther provient du mot persan astaar, qui signifie étoile. La croyance veut qu’Esther et Mordechaï soient enterrés dans le sanctuaire de Hamadhan, appelé autrefois Hegmataneh (Ecbatane), au cinquième siècle avant l’ère chrétienne.
Selon une légende persane, le caveau et ses alentours servirent de refuge à des Iraniens lors de la conquête arabe de la Perse en 621 de notre ère. L’histoire dit que le peuple d’Iran se rassembla près du tombeau afin de se placer sous la protection des âmes d’Esther et de Mordechaï lorsque les Arabes entreprirent la conquête de la cité de Hegmataneh. Un monument, dont la datation exacte est discutée, entre le XIIIe et le XVIIe siècle, a été érigé sur les tombes, et les Iraniens, les Juifs comme les autres, pensent que le lieu est sacré et ne peut être détruit.
Pendant des générations, les Juifs de Hamadhan ont veillé sur la tombe et maintenu les coutumes de la fête de Pourim. Touba Somekh, qui joua un grand rôle dans la restauration du site dans les années 1920, a raconté dans une interview en 1998, quatre ans avant sa mort, comment les Juifs ont réussi à poursuivre l’entretien des tombes.
Touba Somekh militait au sein d’un petit groupe de femmes de Hamadhan, en avance pour son époque, nommé Hadassah, en souvenir d’Esther. Les femmes récitaient des psaumes, bavardaient des nouvelles du jour et étudiaient ensemble.
Vers 1925, Touba Somekh apprit que la municipalité entendait clôturer la tombe et en prendre le contrôle, à moins que la communauté juive locale, la hebra, puisse s’en charger. Bien qu’elle n’ait été alors âgée que de 15 ans, mais déjà mère de deux enfants, Touba Somekh pensa aussitôt à la trésorerie de 300 tomans de l’association Hadassah (une somme importante pour l’époque) et déclara fièrement à son beau-frère que le comité des femmes avait les moyens de préserver le sanctuaire. Le lendemain, son beau-frère en informa les membres de la hebra.
« J’en ai eu des sueurs froides sous mon tchador, se souvient Touba. J’étais une toute jeune femme qui avait pris la parole, et qu’on prenait au sérieux. Qu’allait-il advenir ? » Le comité des femmes fut capable de fournir la mise de fonds initiale pour la restauration et l’agrandissement nécessaires.

Ces jours-ci, le sanctuaire, comme la fête en général, est particulièrement important pour les femmes. Des femmes de toutes les religions visitent le site et y prient pour avoir des enfants, apportant des étoffes multicolores et des vêtements qu’elles posent sur les tombes ou offrent à la salle de prière voisine. Un vêtement qui a touché le sanctuaire est considéré comme béni. Les personnes en détresse matérielle ou morale y déploient une pièce de tissu qu’elles utiliseront pour confectionner des vêtements.

Seules quatre ou cinq familles juives vivent encore à Hamadhan, ce qui alimente les craintes pour l’avenir du sanctuaire. « Pour ce que j’en sais, déclare Houman Sarshar, éditeur du livre "Les enfants d’Esther : Portraits de Juifs iraniens", il n’y a jamais eu de problème quant à la la garde du site. Celui qui s’en occupe maintenant n’est d’ailleurs pas juif. La synagogue attenante est la seule en service à Hamadhan. »
Certains croient que c’est l’esprit d’Esther et de Mordechaï qui survivra et protégera les Juifs d’Iran, poursuivant un héritage de 2 500 ans. D’autres, comme Haideh Sahim, s’inquiètent : « Qui prendra soin de notre Esther ?»
Helen Eliassian
© Haaretz pour l’original et Upjf.org, pour la version française.
Mis en ligne le 25 mars 2005 sur le site www.upjf.org.
La tombe d'Esther, en Iran, attire des pèlerins de toutes les religions
Génération après génération, les Juifs ont protégé le lieu saint. Les Iraniens continueront-ils ?
Les Juifs célèbrent la fête de Pourim dans le monde entier, mais le récit, situé en Perse, revêt un sens spécial pour les Juifs d’Iran. Ces dernières décennies ont été dures pour les Juifs d’Iran, dont beaucoup ont fui le pays après la révolution islamique de 1979. D’une communauté d’environ 100 000 ne restent aujourd’hui que 25 000 à 30 000.
Ce mois-ci, des Juifs de tout l’Iran vont prier dans un sanctuaire de Hamadhan, dans le nord-ouest du pays, dédié aux héros du récit de Pourim. Ils y retrouveront vraisemblablement des chrétiens et des musulmans qui se rendent tout au long de l’année dans ce sanctuaire peu ordinaire. Le bâtiment ressemble à un mausolée islamique (emamzadeh) mais ses murs sont ornés d’inscriptions hébraïques décrivant les origines d’Esther et Mordechaï. On sera surpris d’apprendre qu’en fait, l’histoire de Pourim concerne tous les Iraniens.Esther n’était pas seulement une reine juive, mais, en tant qu’épouse du roi Assuérus (Xerxès Ier), elle continue à être honorée comme reine de Perse, et est un symbole de l’histoire de l’Iran.
Bien que son nom ait été Hadassah, qui signifie "cachée" en hébreu, on la connaît sous le nom "Esther". L’écrivain et lettré Haideh Sahim explique que le nom Esther provient du mot persan astaar, qui signifie étoile. La croyance veut qu’Esther et Mordechaï soient enterrés dans le sanctuaire de Hamadhan, appelé autrefois Hegmataneh (Ecbatane), au cinquième siècle avant l’ère chrétienne.
Selon une légende persane, le caveau et ses alentours servirent de refuge à des Iraniens lors de la conquête arabe de la Perse en 621 de notre ère. L’histoire dit que le peuple d’Iran se rassembla près du tombeau afin de se placer sous la protection des âmes d’Esther et de Mordechaï lorsque les Arabes entreprirent la conquête de la cité de Hegmataneh. Un monument, dont la datation exacte est discutée, entre le XIIIe et le XVIIe siècle, a été érigé sur les tombes, et les Iraniens, les Juifs comme les autres, pensent que le lieu est sacré et ne peut être détruit.Pendant des générations, les Juifs de Hamadhan ont veillé sur la tombe et maintenu les coutumes de la fête de Pourim. Touba Somekh, qui joua un grand rôle dans la restauration du site dans les années 1920, a raconté dans une interview en 1998, quatre ans avant sa mort, comment les Juifs ont réussi à poursuivre l’entretien des tombes.
Touba Somekh militait au sein d’un petit groupe de femmes de Hamadhan, en avance pour son époque, nommé Hadassah, en souvenir d’Esther. Les femmes récitaient des psaumes, bavardaient des nouvelles du jour et étudiaient ensemble.
Vers 1925, Touba Somekh apprit que la municipalité entendait clôturer la tombe et en prendre le contrôle, à moins que la communauté juive locale, la hebra, puisse s’en charger. Bien qu’elle n’ait été alors âgée que de 15 ans, mais déjà mère de deux enfants, Touba Somekh pensa aussitôt à la trésorerie de 300 tomans de l’association Hadassah (une somme importante pour l’époque) et déclara fièrement à son beau-frère que le comité des femmes avait les moyens de préserver le sanctuaire. Le lendemain, son beau-frère en informa les membres de la hebra.
« J’en ai eu des sueurs froides sous mon tchador, se souvient Touba. J’étais une toute jeune femme qui avait pris la parole, et qu’on prenait au sérieux. Qu’allait-il advenir ? » Le comité des femmes fut capable de fournir la mise de fonds initiale pour la restauration et l’agrandissement nécessaires.

Ces jours-ci, le sanctuaire, comme la fête en général, est particulièrement important pour les femmes. Des femmes de toutes les religions visitent le site et y prient pour avoir des enfants, apportant des étoffes multicolores et des vêtements qu’elles posent sur les tombes ou offrent à la salle de prière voisine. Un vêtement qui a touché le sanctuaire est considéré comme béni. Les personnes en détresse matérielle ou morale y déploient une pièce de tissu qu’elles utiliseront pour confectionner des vêtements.

Seules quatre ou cinq familles juives vivent encore à Hamadhan, ce qui alimente les craintes pour l’avenir du sanctuaire. « Pour ce que j’en sais, déclare Houman Sarshar, éditeur du livre "Les enfants d’Esther : Portraits de Juifs iraniens", il n’y a jamais eu de problème quant à la la garde du site. Celui qui s’en occupe maintenant n’est d’ailleurs pas juif. La synagogue attenante est la seule en service à Hamadhan. »
Certains croient que c’est l’esprit d’Esther et de Mordechaï qui survivra et protégera les Juifs d’Iran, poursuivant un héritage de 2 500 ans. D’autres, comme Haideh Sahim, s’inquiètent : « Qui prendra soin de notre Esther ?»
Helen Eliassian
© Haaretz pour l’original et Upjf.org, pour la version française.
Mis en ligne le 25 mars 2005 sur le site www.upjf.org.











