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l'Alyah de France analyse et perspectives, Léon ROZENBAUM
S'il est un sujet dont on parle peu, en Israël comme en France, c'est bien du sort de l'Alyah de France, de ces soixante dix mille Juifs citoyens français qui ont choisi de vivre dans l'Etat juif souverain. On ne parle guère non plus du million de Juifs, francophones à des degrés divers, qui vivent dans notre pays. Un proverbe bien connu affirme que "les peuples heureux n'ont pas d'Histoire" et c'est peut être là le secret de notre discrétion en tant que groupe. En effet l'essentiel des immigrants de France et les autres francophones se sont le plus généralement remarquablement intégrés à la société israélienne. Non pas que tous les problèmes soient réglés, tant s'en faut, ni à l'échelle individuelle ni à l'échelle collective. Mais nous n'avons jamais organisé de manifestations violentes, nous n'avons pas suscité d'articles dans la presse, nous ne nous sommes jamais érigés en parti politique, nous n'avons guère fait état de prétentions culturelles spécifiques. Autant dire que dans les normes d'une société hypermédiatisée, c'est à peine si nous existons... Nous avons éclaté en myriades d'associations alliant le farouche individualisme d'origine française à la fébrilité israélienne. La communauté juive de France qui est le dernier exil d'où nous sommes issus, est en fait une collection de restes de communautés exiliques détruites. Au lieu de nous regrouper autour de ce qui nous cimentait le plus en France, nous avons plutôt recherché en Israël les traces de nos origines plus anciennes et nous nous sommes dispersés non sans reconnaître que la culture française nous a tous façonnés de façon indélébile.
La montée de l'Islam en France et la gestion déplorable de ce phénomène par la France officielle, positionne les Juifs qui vivent en France d'une façon entièrement nouvelle. Comme un très petit nombre d'entre eux en sont réellement conscients, ou se l'avouent à eux mêmes, la responsabilité de préparer une nouvelle échéance historique pour l'Etat d'Israël et pour le peuple Juif, repose donc sur nos épaules et exige de nous une réorganisation complète. Au cours des dernières élections en France, la violence et la généralisation des incidents antisémites n'ont été rendues possibles que par une connivence des partis de droite et des partis de gauche avec les fauteurs de troubles dans l'espoir que chacun d'eux avait de s'amadouer l'électorat arabe. Ce n'est pas la première fois dans l'Histoire que la France se vautrait dans l'antisémitisme. Mais soixante ans après la Shoa, cette faiblesse coupable ne sera pas sans conséquences. Bien plus, nous sommes un certain nombre à avoir analysé depuis plusieurs années le fait que l'acharnement anti-israélien de l'essentiel de la classe politique et des médias français avait créé une situation de non-retour pour les Juifs de France. Le modèle d'intégration des Juifs à la société française élaboré depuis l'époque napoléonienne s'effrite sous nos yeux à grande vitesse. Or l'immense majorité des Juifs en France n'hésitent pas à montrer qu'ils font partie de la Nation d'Israël. Depuis l'attentat du 11 septembre 2001 à New-York et la tension entre les USA et l'Irak, la déstabilisation de la planète par la civilisation islamique prend un tour paroxystique. Comment croire dans ces conditions que les douze millions de musulmans qui vivent en France (ceci est le vrai chiffre), encouragés par un climat de lynchage anti-israélien dont l'agressivité, les mensonges, les falsifications augmentent de jour en jour, ne relanceront pas à la première occasion, sur une plus vaste échelle encore, la campagne de violences judéophobes à laquelle ils se sont livrés il y a quelques mois ? Et comment croire que l'adhésion des Juifs de France à la Nation d'Israël n'en sortira pas renforcée ? Des Juifs de plus en plus nombreux dans le monde ont compris que leur fidélité n'allait plus au Royaume de Judée détruit par Rome mais bien à la résurgence de la souveraineté juive en Terre d'Israël qui a nom l'Etat d'Israël. Le carcan des définitions de "nation" et "religion" admis par la laïcité française, n'a pas de prise sur la réalité du Peuple d'Israël. Nous avons décolonisé nos esprits, fait sauté les verrous mentaux et surtout celui inventé en 1791 par le comte de Clermont-Tonnerre: "donner tout au Juifs en tant qu'individus, rien en tant que Nation". Ce principe avait contribué à mutiler l'identité juive en échange d'une entrée dans la société libérale. Ce modèle a définitivement échoué à AUSCHWITZ. Or, la Nation d'Israël qui a trente cinq siècles au moins, est celle qui a accepté au Sinaï de prendre la morale elle-même pour constitution. Ce pari incroyable est bien plus qu'une "religion". C'est aussi ce qui explique que toutes les sociétés moralement décadentes nous ont toujours pris pour cible.
C'est aux francophones d'Israël qu'il appartient maintenant de se déployer dans l'attente d'une Alyah massive des Juifs de France. Celle-ci ne se fera pas d'une façon mécanique par le simple jeu des forces politiques et sociales ou des conflits de civilisation. Il dépend largement de nous de transmettre le message libérateur. Il dépend de notre capacité d'organisation de mettre en place des structures d'accueil enfin adéquates pour ceux que nous parviendrons à faire rallier l'Etat Juif. Il dépend largement de nous que leur nombre soit significatif en termes de potentiel humain pour notre pays. Nous devons être capables d'unité, d'actions communes d'envergure, de discipline, de pratique démocratique, de vision à long terme. Quelque chose doit changer et vite.
Léon ROZENBAUM
Avocat et Notaire à Jérusalem
Président d'honneur de l'UNIFAN
SourceIsrael.com
[Texte aimablement transmis par Pierre Bouskila.]











