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Deux ans d'Intifada: le vrai bilan des victimes, L'Arche
L'Arche - n° 536-537Octobre-nov. 2002
Combien y a-t-il de combattants parmi les victimes de chacun des deux camps? L'analyse détaillée des chiffres donne une image qui tranche radicalement avec les idées répandues dans les médias
À la fin du mois de septembre, les médias ont largement rapporté les chiffres de victimes de deux ans d'Intifada, en se référant aux sources palestiniennes. Il en ressort une très forte disproportion dans le bilan des pertes: au moins deux victimes palestiniennes pour une victime israélienne. Cette impression correspond certes à la réalité statistique, même si les Palestiniens ont tendance à "gonfler" le nombre des victimes dans leur camp. Mais les statistiques peuvent être trompeuses.
Par exemple, les auteurs des attentats-suicides sont comptabilisés parmi les victimes palestiniennes; ce n'est pas entièrement faux, si l'on considère qu'ils ont été "victimes" d'un lavage de cerveau qui a fait d'eux des assassins, mais on ne saurait décemment les placer sur le même plan que les enfants ou les vieillards qu'ils ont emportés dans la mort. De même, sont recensées parmi les victimes palestiniennes de l'Intifada: les hommes morts lors d'un "accident de travail" (explosion d'une bombe qu'ils étaient en train de préparer), ceux qui ont été tués par d'autres Palestiniens parce qu'ils étaient accusés d'avoir "collaboré" avec Israël, et les victimes de combats internes entre milices palestiniennes.
Enfin, même parmi les Palestiniens qui ont été effectivement tués par des Israéliens, les définitions données de sources palestiniennes et reprises par les médias sont pour le moins ambiguës. On considère comme "civil" tout combattant qui ne porte pas l'uniforme; il est pourtant incontestable, selon tous les critères du droit de la guerre, que les hommes armés appartenant aux diverses milices palestiniennes ne sont en rien des civils. On parle aussi d'"enfants" dès qu'il s'agit de jeunes de moins de 18 ans; en l'occurrence, cette classification-là répond à une règle internationale, mais elle est pour le moins inadaptée lorsqu'un "enfant" palestinien de 17 ans affronte, les armes à la main, un "soldat" israélien de 18 ans… Le nombre des "enfants" victimes de l'Intifada, sans cesse cité par la presse, n'a donc guère de signification hors du contexte.
De manière plus générale, les statistiques des victimes de l'Intifada doivent être abordées avec davantage de discernement que ne l'ont fait les médias. Il n'est pas indifférent de savoir combien, parmi les victimes de chaque camp, étaient des combattants tués dans le cours d'un affrontement, et combien étaient des "non-combattants" pris dans une fusillade ou victimes d'attentats. Or les bilans qui ont été publiés jusqu'ici ne fournissaient pas ce genre d'information.
Un institut de recherche israélien spécialisé dans l'étude du terrorisme, l'ICT (1), a entrepris de collationner systématiquement les chiffres des victimes depuis le commencement de l'Intifada, fin septembre 2000. Une base de données a ainsi été établie, que chacun peut consulter librement sur Internet.
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Meïr Waintrater
© L'Arche
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