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Dialogue interreligieux
1ère homélie de Benoît XVI (Agence de Presse du Vatican)
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Le texte ci-après est repris du site Rivtsion.net :
www.rivtsion.net/detail.do?noArticle=289&noCat=143&id_key=143#7

CITE DU VATICAN, 20 AVR 2005 (VIS). Voici la traduction complète du Message lu en latin par Benoît XVI à l'issue de la Messe concélébrée ce matin en la Chapelle Sixtine avec le Sacré Collège:

[La traduction réalisée par le VIS était émaillée de nombreuses fautes et impropriétés stylistiques. Je les ai corrigées de mon mieux, parfois à l’aveuglette, faute d’être en possession du texte original (latin). J’ai fait en sorte de rendre au mieux le sens de ce texte pour des lecteurs francophones. Il peut être reproduit sous réserve de la double mention de son origine : @ VIS pour la première traduction française, et © M. Macina et rivtsion.net, pour le texte français amendé. Un bref commentaire suivra incessamment. A ce stade, je me contenterai de faire remarquer que ce n’est certainement pas un hasard si le nouveau pape a choisi de célébrer sa première messe pontificale en latin et de prononcer sa première homélie dans cet idiome traditionnel, qui fut longtemps la langue officielle exclusive de l’Eglise. J’y vois personnellement un signal œcuménique en direction des très nombreux chrétiens traditionnels (souvent confondus, à tort, avec les intégristes révoltés), qui furent sévèrement réprimés par l’autorité suprême de l’Eglise, et auxquels le nouveau pape a probablement voulu adresser un signe de réconfort et de communion. J’y reviendrai. Menahem Macina.]

[Les ajouts et traductions de termes latins, entre crochets carrés, sont de la Rédaction de rivtsion.net.]


Grâce et paix en abondance sur vous tous!

En ces heures, deux sentiments contraires cohabitent en moi. D'une part, un sentiment d'inadéquation et de tourment humain pour la responsabilité qui m'a été confiée hier, en tant que Successeur de l'apôtre Pierre à ce Siège de Rome, envers l'Eglise universelle. D'autre part, je ressens une profonde gratitude envers Dieu, qui - comme il nous le fait chanter au cours de cette liturgie – "n'abandonne pas son troupeau, mais le conduit à travers les temps, guidé par ceux que Lui-même a élus Vicaire de son Fils et a constitués pasteurs".

Très chers frères, cette intime reconnaissance pour ce don de la divine miséricorde l'emporte malgré tout dans mon cœur. Et je considère cela comme une grâce spéciale, obtenue de mon vénéré prédécesseur, Jean Paul II. J'ai l'impression de sentir sa forte main qui serre la mienne. J'ai l'impression de voir ses yeux souriants et d'entendre ses mots, qui me sont particulièrement destinés en ce moment : "N'aie pas peur!".

La mort du Pape Jean Paul II, et les jours qui ont suivi, ont été, pour l'Eglise et le monde entier, un extraordinaire temps de grâce. La grande douleur de sa disparition et le sentiment de vide qu'il a laissé chez tous sont tempérés par l'action du Christ ressuscité, qui s'est manifestée pendant de longs jours dans la vague unanime de foi, d'amour et de solidarité spirituelle, qui a atteint son point culminant lors de ses obsèques solennelles.

Nous pouvons le dire, les funérailles de Jean Paul II ont été une expérience vraiment extraordinaire, au cours de laquelle on a perçu la puissance de Dieu qui, à travers son Eglise, veut faire de tous les peuples une grande famille, par la force unificatrice de la Vérité et de l'Amour. A l'heure de la mort, à l'image de son Maître et Seigneur, Jean Paul II a couronné son long et fécond pontificat, confirmant le peuple chrétien dans la Foi, le réunissant autour de lui et donnant à toute la famille humaine le sentiment d’être plus unie.

Comment ne pas se sentir soutenu par ce témoignage ? Comment ne pas percevoir l'encouragement qui découle de cet événement de grâce ?

A ma grande surprise et contrairement à toutes mes prévisions, la divine Providence, par le vote des vénérables Pères Cardinaux, m'a appelé à succéder à ce grand Pape. En ces heures, je repense à ce qui s'est passé dans la région de Césarée de Philippe. J'ai l'impression d'entendre les mots de Pierre: "Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant !" et l'affirmation solennelle du Seigneur: "Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise... Je te donnerai les clés du royaume des cieux".

"Tu es le Christ!" - "Tu es Pierre!" J'ai l'impression de revivre la même scène évangélique. Moi, Successeur de Pierre, je répète, avec anxiété, les paroles inquiètes du pêcheur de Galilée et, de nouveau, j'écoute, avec une émotion intérieure, la promesse rassurante du divin Maître. Si le poids de la responsabilité qui repose sur mes pauvres épaules est énorme, la puissance divine sur laquelle je peux compter est certainement démesurée: "Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise". En me choisissant comme Evêque de Rome, le Seigneur a voulu que je sois son Vicaire, il a voulu que je sois la 'pierre' sur laquelle tous peuvent s'appuyer en sécurité. Je lui demande de pallier la pauvreté de mes forces, pour que je sois le courageux et fidèle Pasteur de son troupeau, toujours docile aux inspirations de son Esprit.

Je m'apprête à entreprendre ce ministère particulier, le ministère 'pétrinien' au service de l'Eglise universelle, en m'abandonnant humblement dans les mains de la providence de Dieu. Et c'est, avant tout, au Christ que je renouvelle ma totale et confiante adhésion: "In Te, Domine, speravi. Non confundar in Aeternum!" [C’est en toi que j’ai mis mon espoir, je ne serai pas confondu à jamais].

A vous, Messieurs les Cardinaux, avec une âme reconnaissante pour la confiance que vous m'avez témoignée, je vous demande de me soutenir par la prière et la collaboration constante, active et sage. Je demande également à tous mes frères dans l'épiscopat de m'être proches par la prière et le conseil, afin que je puisse vraiment être le Servus Servorum Dei [Le serviteur des serviteurs de Dieu]. A l'image de Pierre et des autres Apôtres qui, de par la volonté du Seigneur, ont constitué un unique Collège apostolique, pareillement, le successeur de Pierre et les Evêques, successeurs des Apôtres - le Concile l'a redit avec force - doivent être étroitement unis entre eux. Cette communion collégiale, bien que dans la diversité des rôles et des fonctions respectives du Pontife Romain et des Evêques, est au service de l'Eglise et de l'unité dans la Foi, de laquelle dépend, en grande partie, l'efficacité de l'action évangélisatrice du monde contemporain. C'est donc dans cette voie, dans laquelle ont marché mes vénérables prédécesseurs, que j'entends avancer moi aussi, uniquement préoccupé de proclamer au monde entier la présence vivante du Christ.

J'ai, en particulier, devant moi le témoignage de Jean Paul II, qui a laissé une Eglise plus courageuse, plus libre, plus jeune. Une Eglise qui, conformément à son enseignement et à son exemple, regarde avec sérénité le passé et n'a pas peur de l'avenir. Le Grand Jubilé l'a introduite dans le nouveau millénaire, portant dans ses mains le livre des Evangiles, adressé à nouveau au monde avec la grande autorité du Concile Vatican II. C’est à juste titre que Jean Paul II a conseillé de prendre le Concile comme 'boussole' pour s'orienter dans le vaste océan du troisième millénaire. Il a également écrit, dans son testament spirituel : «Je suis convaincu que, pendant de longues années encore, les nouvelles générations puiseront dans les richesses que ce Concile du XXe siècle nous a dispensées».

Je veux donc, moi aussi, au moment d'entreprendre ce service de Successeur de Pierre, affirmer avec force ma ferme volonté de poursuivre l'engagement de mettre en œuvre les acquis du Concile Vatican II, sur les traces de mes prédécesseurs et en continuité fidèle avec la tradition bimillénaire de l'Eglise. Cette année, précisément, on fêtera le 40ème anniversaire de la clôture de ces assises conciliaires (8.12.1965). Au fil des ans, les documents conciliaires restent d'actualité, leurs enseignements se révèlent particulièrement pertinents par rapport aux nouvelles urgences de l'Eglise et de la société mondiale d’aujourd’hui.

Il est significatif que mon pontificat s'ouvre tandis que l'Eglise vit l'Année de l'Eucharistie. Comment ne pas voir, dans cette coïncidence providentielle, un élément qui doit caractériser le ministère auquel je suis appelé ? Coeur de la vie chrétienne et source de la mission évangélisatrice de l'Eglise, l'Eucharistie ne peut être que le coeur du service pétrinien qui m'a été confié.

L'Eucharistie rend permanente la présence du Christ ressuscité, qui continue de se donner à nous, et nous appelle à prendre part au banquet de son Corps et de son Sang. De la pleine communion avec lui découlent tous les autres éléments de la vie de l'Eglise, avant tout la communion entre tous les fidèles, puis l'engagement à annoncer et à témoigner de l'Evangile, l'ardeur de la charité envers tous, et tout spécialement envers les pauvres et les petits.

C'est pourquoi, cette année, la Solennité du Corpus Domini [Corps du Seigneur] devra être célébrée avec un relief tout particulier. Et l'Eucharistie sera également au coeur de la Journée mondiale de la Jeunesse, qui aura lieu en août, à Cologne, et du Synode des Evêques, qui se réunira en octobre autour du thème: "L'Eucharistie, source et sommet de la vie et de la mission de l'Eglise". Je demande à tous d'intensifier, au cours des mois à venir l'amour et la dévotion envers Jésus présent dans l’Eucharistie, en exprimant, de manière ferme et claire, la foi en la présence réelle du Seigneur, et, avant tout, en ayant soin de la célébrer.

Je le demande de façon toute particulière aux prêtres, auxquels je pense en ce moment avec une grande affection. Le sacerdoce ministériel est né au Cénacle, avec l'Eucharistie, comme l'a rappelé tant de fois mon vénérable prédécesseur Jean Paul II. "La vie sacerdotale doit avoir, avant tout, une forme eucharistique", a-t-il écrit dans sa dernière Lettre du Jeudi Saint. "L'impeccable célébration de la Messe quotidienne, coeur de la vie et de la mission de tout prêtre, doit y contribuer fortement".

Alimentés et soutenus par l'Eucharistie, les catholiques ne peuvent que se sentir stimulés à la pleine unité que le Christ a ardemment souhaitée, au Cénacle. De ce lien suprême avec le Divin Maître, le Successeur de Pierre doit se charger tout particulièrement, car c'est à lui qu'a été confié le rôle de confirmer ses frères dans la Foi. [Allusion à Luc 22, 32].

A l'aube de son ministère dans l'Eglise de Rome, que Pierre a scellé de son sang, c'est en pleine conscience que le nouveau Pape s'engage fortement à oeuvrer sans relâche et sans ménager ses efforts à reconstituer la pleine et visible unité de tous les fidèles du Christ. Telle est son ambition, le devoir urgent qui l'appelle. Il est conscient que les déclarations et les bons sentiments ne suffiront pas, car il faut, en effet, des gestes concrets, des gestes qui entrent dans les âmes, émeuvent les consciences, qui provoquent la conversion intérieure de chacun de nous. C'est la condition de tout progrès dans la voie de l'oecuménisme.

Le dialogue théologique est nécessaire. L'approfondissement des raisons historiques des choix faits, dans le passé, est tout aussi indispensable. Mais la priorité est, bel et bien, la purification de la mémoire, si souvent évoquée par Jean Paul II, qui, seule, peut disposer les âmes à accueillir la plénitude de la vérité du Christ. Devant Lui, Juge suprême de tout être, face à qui chacun de nous doit se placer dans la perspective de devoir Lui rendre des comptes, un jour, de ce qu'il a fait, ou de ce qu’il n’a pas fait pour l'unité de ses disciples.

L'actuel Successeur de Pierre se laisse personnellement interpeller par cette question, prêt à faire tout ce qui est en son pouvoir pour faire avancer la cause fondamentale de l'oecuménisme. A la suite de ses prédécesseurs, il est pleinement déterminé à faire fructifier toute initiative pouvant s’avérer opportune pour développer contacts et ententes avec les représentants des diverses Eglises et communautés chrétiennes. En cette occasion, il leur adresse un salut cordial dans le Christ, l'unique Seigneur.

En ce moment, me revient à l'esprit l'expérience inoubliable que nous avons tous vécue, lors de la mort et des funérailles de Jean Paul II. Autour de son cercueil posé à terre, les chefs d'Etat et des personnes de tous horizons, de nombreux jeunes aussi, se sont inclinés, dans un mouvement d'affection et d'admiration. Le monde tout entier avait confiance en lui et beaucoup ont estimé que cette intense émotion, amplifiée et diffusée à travers le monde par les médias, exprimait un appel à l'aide adressé au Pape par l'humanité, une humanité tourmentée par l'incertitude et la crainte, et qui s'interroge sur son destin.

Aujourd’hui, l'Eglise doit raviver en elle la conscience de sa mission, qui est de re-proposer au monde la voix de Celui qui a dit: "Je suis la lumière du monde. Qui marchera à ma suite ne sera plus dans les ténèbres, et recevra la lumière de la vie". En inaugurant son ministère, le Pape sait que son devoir est de faire resplendir, devant les femmes et les hommes, la lumière du Christ, non la sienne, mais celle du Christ.

C'est avec cet engagement que je m'adresse à vous tous, y compris à ceux qui adhèrent à d'autres religions, ou sont simplement à la recherche d'une réponse aux questions fondamentales de la vie, et à quiconque ne l'a toujours pas trouvée. Avec simplicité, avec affection, je veux vous assurer que l'Eglise entend poursuivre avec eux un dialogue ouvert et sincère, à la recherche du véritable bien de l'homme et de la société.

Je demande à Dieu de donner l'unité et la paix à la famille humaine, et proclame la disponibilité de tous les catholiques à collaborer à un réel développement social, dans le respect de la dignité de tout être humain.

Je n'épargnerai aucun effort ni aucune initiative dans la poursuite du dialogue prometteur engagé par mes prédécesseurs avec les divers courants de civilisation, afin qu'une compréhension partagée rende possible un meilleur avenir commun.

Je pense tout particulièrement aux jeunes. Toute mon affection est acquise à ces interlocuteurs privilégiés de Jean Paul II, dans l'attente - si Dieu le veut - de les rencontrer prochainement à Cologne. Je continuerai à dialoguer avec vous, chers jeunes, qui êtes l'avenir et l'espérance de l'Eglise et de l'humanité. Je prêterai attention à vos attentes de manière à être en mesure de vous aider à rencontrer toujours plus profondément le Christ vivant et éternellement jeune.

"Mane nobiscum, Domine!" [Reste avec nous, Seigneur], l'invocation dominante de la Lettre apostolique de Jean Paul II pour l'Année eucharistique, est la prière qui jaillit naturellement de mon cœur, tandis que j'entreprends le ministère auquel le Christ m'a appelé. A la suite de Pierre, c'est à Lui que je renouvelle ma promesse de fidélité absolue. C'est Lui seul que j'entends servir, en me consacrant totalement au service de son Eglise.

J'invoque la maternelle intercession de Marie pour soutenir cet engagement. Dans ses mains je place mon présent et mon avenir, ainsi que ceux de l'Eglise. Puissent aussi les saints Apôtres Pierre et Paul, et tous les saints, intercéder pour nous.

Vénérés frères Cardinaux, c'est empli de ces sentiments que j'adresse une affectueuse bénédiction à tous ceux qui assistent à cette Messe, ou la suivent à la radio et à la télévision.


MESS/MESSE:BENOIT XVI/... VIS 050420 (2.240 )

© Vatican Information Service (VIS)

Mis en ligne le 20 avril 2005, par M. Macina, sur le site www.upjf.org.
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