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Dialogue interreligieux
Texte du Testament spirituel de Jean Paul II
VATICAN INFORMATION SERVICESALA STAMPA DELLA SANTA SEDE - OFICINA DE PRENSA DE LA SANTA SEDE
HOLY SEE PRESS OFFICE - PRESSEAMT DES HEILIGEN STUHLS
BUREAU DE PRESSE DU SAINT- SIÈGE
CITE DU VATICAN, 7 AVR 2005 (VIS). Ci-dessous le texte du testament spirituel de Jean-Paul II, diffusé ce matin dans une traduction italienne de l'original polonais. La traduction de l'italien en français a été faite par le VIS.
Corrections, traductions du latin et enrichissements typographiques : Menahem Macina.
Testament du 6 mars 1979 (et additions successives)
Totus Tuus Ego Sum [Je suis tout à toi,NDLR d'upjf.org].
Au nom de la Très Sainte Trinité, Amen.
"Veillez, car vous ignorez le jour où votre Seigneur viendra". Ces paroles me font penser au dernier appel, qui aura lieu au moment où il plaira au Seigneur de m'appeler. Je désire Le suivre, et que tout ce qui appartient à ma vie terrestre me prépare à ce moment. J'ignore quand cela adviendra, mais, comme tous les autres, je confie ce moment à la Mère de mon Maître. Totus Tuus [Je suis tout à toi. NDLR d'upjf.org]. Dans ces mêmes mains maternelles, j'abandonne tout et tous ceux qui sont liés à ma vie et à ma vocation, l'Eglise avant tout, mon pays et l'humanité tout entière. Merci à tous, à tous je demande pardon. Je demande de prier pour moi afin que la Divine Miséricorde soit plus grande que ma faiblesse et mon indignité.
Au cours des exercices spirituels, j'ai relu le testament de Paul VI, ce qui m'a poussé à rédiger celui-ci.
Je ne laisse aucune propriété dont il faille disposer. Quant à mes affaires d'usage quotidien, je demande de les distribuer comme il semblera opportun. Que mes notes personnelles soient brûlées. Je demande à Don Stanislaw - que je remercie pour sa collaboration, son aide et sa compréhension, au cours de ces longues années - de s'en occuper. Je conserve dans mon coeur, devant Dieu, tous les autres remerciements, parce qu'il serait trop difficile de les exprimer.
En ce qui concerne les funérailles, je donne les mêmes consignes que celles déjà données par le Pape Paul VI. (Note en marge: la sépulture en terre et non dans un sarcophage, 13.3.92).
"Apud Dominum misericordia
et copiosa apud Eum redemptio"
[Auprès de Dieu est la miséricorde, et la rédemption, auprès de lui, est abondante, NDLR d'upjf.org].
Giovanni Paolo pp. II
Rome, 6.III.1979
Après ma mort, je demande des messes et des prières.
5.III.1990
Feuillet sans date:
Je suis profondément confiant, malgré toute ma faiblesse, que le Seigneur me concédera toute les grâces nécessaires pour affronter, selon Sa volonté, chaque tâche, épreuve et souffrance qu'il voudra demander à Son serviteur au cours de ma vie. Je suis également confiant qu'il ne permettra jamais que, par mon comportement, mes paroles, mes actions ou mes omissions, je puisse trahir mes obligations envers ce Saint-Siège pétrinien [de Saint Pierre, NDLR d'upjf.org].
24.II - 1.III.1980
De même, pendant ces derniers exercices spirituels, j'ai réfléchi sur la vérité du sacerdoce du Christ, dans la perspective de ce Passage qui, pour chacun de nous, est le moment de sa mort. Du départ de ce monde - pour naître dans l'autre, dans le monde futur, signe éloquent (Note ajoutée au-dessus: décisif) qu'est pour nous la Résurrection du Christ.
J'ai donc relu la rédaction de mon testament de l'année dernière, également faite pendant les exercices spirituels. Je l'ai comparée avec le testament de mon grand prédécesseur et père, Paul VI, sublime témoignage sur la mort d'un chrétien et d'un pape. J'ai repassé dans ma conscience les aspects auxquels se réfère la rédaction du 6.III.1979, que j'avais préparée (de façon plutôt provisoire).
Aujourd'hui, je souhaite ajouter seulement ceci, que chacun de nous doit garder présente la perspective de la mort.
Chacun doit être prêt pour se présenter devant le Seigneur et le Juge - et en même temps le Rédempteur et le Père. Je médite constamment cela, confiant ce moment décisif à la Mère du Christ et de l'Eglise - la Mère de mon espérance.
Les temps dans lesquels nous vivons sont, sans aucun doute difficiles et inquiétants - tant pour les Fidèles, que pour les Pasteurs. Dans certains pays (comme, par exemple, celui dont il est question dans les exercices spirituels) [Allusion à l'Union Soviétique. NDLR d'upjf.org], l'Eglise se trouve dans une période de persécutions telles, qu'elles ne sont pas moindres que celles des premiers siècles, et les dépassent même par leur degré de cruauté et de haine. Sanguis martyrum - semen christianorum [Le sang des martyrs est une semence de chrétiens. Citation de Tertullien, NDLR d'upjf.org]. De plus, tant de personnes innocentes disparaissent, y compris dans ce pays dans lequel nous vivons...
Je désire, une fois encore, m'abandonner totalement à la grâce du Seigneur. Lui-même décidera quand et comment je dois finir ma vie terrestre et le ministère pastoral. Dans la vie et dans la mort Totus Tuus [Je suis tout à toi. NDLR d'upjf.org], grâce à l'Immaculée. Acceptant dès maintenant cette mort, je souhaite que le Christ me donne la grâce pour ce dernier passage, c'est à dire [ma] Pâques. Je souhaite également qu'il la rende utile pour cette cause que je sers, qui est plus importante encore, et pour laquelle je veux vivre : le salut des hommes, la sauvegarde de la famille humaine et celle de toutes les nations et des peuples (parmi celles-ci, je m'adresse particulièrement à ma Patrie terrestre), utile pour les personnes qu'il m'a particulièrement confiées, pour l'Eglise, pour la gloire de Dieu même.
Je ne souhaite pas ajouter autre chose à ce que j'ai écrit il y a un an - seulement exprimer cette disponibilité et, en même temps, cette confiance, auxquelles les présents exercices spirituels m'ont de nouveau disposé.
Giovanni Paolo II
Totus Tuus ego sum [Je suis tout à toi.]
5.III.1982
Au cours des exercices spirituels de cette année, j'ai relu (plusieurs fois) le texte du testament du 6.III.1979. Bien que je le considère encore comme provisoire (non définitif), je le laisse tel qu'il est. Je ne change rien (pour le moment), et n'ajoute rien non plus concernant les dispositions qui y sont contenues.
L'attentat contre ma vie, le 13.V.1981, a, en quelque sorte, confirmé l'exactitude des paroles écrites pendant la période des exercices spirituels de 1980 (24.II-1.III). [Allusion aux meurtres que perpétrait alors le régime soviétique. NDLR d'upjf.org]
Je ressens encore plus profondément que je suis totalement entre les mains de Dieu - et je reste constamment à la disposition de mon Seigneur, me confiant à Lui, dans Sa Mère Immaculée (Totus Tuus).
Giovanni Paolo pp. II
5.III.82
A propos de la dernière phrase de mon testament du 6.III.1979 ("Sur le lieu - c'est-à-dire le lieu des funérailles - que le Sacré Collège et les concitoyens décident"), je précise ce que j'ai en tête : le métropolite de Cracovie, ou le Conseil général de l'Episcopat de Pologne. Je demande donc au Sacré Collège de satisfaire, si c'est possible, les éventuelles demandes des susnommés.
1.III.1985 (au cours des exercices spirituels).
Encore - en ce qui concerne l'expression "Sacré Collège et concitoyens": le Sacré Collège n'a aucune obligation d'interpeller sur cet argument "les concitoyens"; il peut toutefois le faire, si, pour quelque motif, ils l'estiment juste.
JPII
Les exercices spirituels de l'année jubilaire 2000
(12-18.III)
[Pour le testament]
Quand, le 16 octobre 1978, le conclave des cardinaux a choisi Jean-Paul II, le Primat de Pologne, le Cardinal Stefan Wyszynski m'a dit: "Le devoir du nouveau Pape sera d'introduire l'Eglise dans le Troisième Millénaire". J'ignore si je rapporte la phrase avec exactitude, mais tel était le sens de ce que j'ai alors entendu. Cela a été dit par l'homme qui est entré dans l'histoire comme le Primat du Millénaire. Un grand Primat. J'ai été le témoin de sa mission, de sa totale confiance. De ses luttes, de sa victoire. "La victoire, quand elle aura lieu, sera la victoire grâce à Marie" - répétait souvent le Primat du Millénaire, en citant son prédécesseur, le Cardinal August Hlond.
De cette façon j'ai été, en quelque sorte, préparé au devoir qui s'est imposé à moi, le 16 octobre 1978. Au moment où j'écris ces lignes, l'Année Jubilaire de l'An 2000 est déjà une réalité en cours. La nuit du 24 décembre 1999, la symbolique Porte Sainte du Grand Jubilé de la Basilique St Pierre a été ouverte, suivie de celle de Saint Jean du Latran, puis de celle de Sainte Marie Majeure, le 1er janvier, et de celle de la Porte Sainte de la Basilique de Saint-Paul-Hors-les-Murs, le 19 janvier. Ce dernier événement, par son caractère oecuménique, est particulièrement resté gravé dans la mémoire.
Au fur et à mesure que l'Année Jubilaire 2000 progresse, de jour en jour le vingtième siècle se referme et s'ouvre le vingt-et-unième siècle. Selon le dessein de la Providence, j'ai vécu dans ce siècle difficile qui s'en va vers le passé, et maintenant, au cours de cette année où j'atteindrai l'âge de quatre-vingts ans ("octogesima adveniens"), il faut se demander s'il n'est pas temps de répéter avec Siméon, la phrase de l'Ecriture : "Nunc dimittis..." ["Maintenant, laisse aller (en paix, ton serviteur) -allusion à la prière du vieillard Siméon [1] après qu'il ait identifié l'enfant Jésus comme le Messie, lors de sa présentation au Temple, selon le récit de l'Evangile. NDLR d'upjf.org].
Le 13 mai 1981, le jour de l'attentat contre le Pape, pendant l'Audience générale Place St Pierre, la Divine Providence m'a miraculeusement sauvé de la mort. Celui qui est l'unique Seigneur de la vie et de la mort, Lui-même, a prolongé cette mienne vie, et d'une certaine façon, il me l'a redonnée. Depuis ce moment, elle Lui appartient encore plus qu'avant. J'espère qu'Il m'aidera à comprendre jusqu'à quand je dois continuer ce service, auquel il m'a appelé le 16 octobre 1978. Je Lui demande de me rappeler quand Lui-même le voudra. "Dans la vie et dans la mort, nous appartenons au Seigneur... nous sommes au Seigneur" (cf. Rm 14, 8). J'espère aussi que la Miséricorde de Dieu me donnera les forces nécessaires pour accomplir le service pétrinien dans l'Eglise, aussi longtemps que cela me sera donné.
Comme chaque année, pendant les exercices spirituels, j'ai relu mon testament du 6.III.1979. Je continue à maintenir les dispositions qu'il contient. Ce qui a été ajouté alors et pendant les exercices spirituels successifs, constitue une réflexion de la situation générale difficile et tendue qui a marqué les années quatre-vingts. Depuis l'automne 1989, cette situation a changé. La dernière décennie du siècle passé a été libérée des tensions précédentes; cela ne signifie pas qu'elle n'ait pas amené de nouveaux problèmes et de nouvelles difficultés. Rendons particulièrement grâces à la Providence divine de ce que la période dite de "guerre froide" ait pris fin sans violent conflit nucléaire, danger qui pesait sur le monde dans la période précédente.
Etant au seuil du troisième millénaire "in medio Ecclesiae" [au milieu de l'Eglise. NDLR d'upjf.org], je souhaite, encore une fois, exprimer ma gratitude à l'Esprit Saint pour le grand don du Concile Vatican II, pour lequel, avec toute l'Eglise - et surtout avec tout l'épiscopat -, je me sens débiteur. Je suis convaincu que, pour de longues années encore, les nouvelles générations pourront y puiser les richesses que ce Concile du XXe siècle a apportées. En tant qu'évêque ayant participé à l'événement conciliaire, du premier au dernier jour, je désire confier ce grand patrimoine à tous ceux qui sont et seront, dans l'avenir, appelés à le mettre en oeuvre. Quant à moi, je remercie le Pasteur éternel qui m'a permis de servir cette grande cause au cours de toutes les années de mon pontificat.
"In medio Ecclesiae"... des premières années du service épiscopal - justement grâce au Concile - j'ai pu vivre la communion fraternelle de l'Episcopat. En tant que prêtre du diocèse de Cracovie, j'avais préalablement expérimenté ce qu'était la communion fraternelle du presbytérat [le corps sacerdotal NDLR d'upjf.org] -, le Concile a ouvert une nouvelle dimension de cette expérience.
Combien de personnes devrais-je citer! Probablement le Seigneur Dieu a rappelé à Lui la grande majorité d'entre elles - quant à celles qui se trouvent encore sur cette terre, les mots de ce testament font mémoire de toutes, partout où elles se trouvent.
Depuis plus de vingt ans que j'accomplis le service pétrinien "in medio Ecclesiae", j'ai apprécié la bienveillante et plus que jamais féconde collaboration de tant de Cardinaux, Archevêques et Evêques, de tant de prêtres, de tant de personnes consacrées - frères et soeurs -, et enfin, de tant de personnes laïques, au coeur de la Curie, au Vicariat de Rome, ainsi qu'en dehors de ces lieux.
Comment ne pas embrasser avec reconnaissance tous les évêques du monde, que j'ai rencontrés lors des différentes visites "ad limina Apostolorum" ! [Littéralement, jusqu'au seuil des Apôtres, c'est-à-dire Saint Pierre de Rome. NDLR d'upjf.org] Comment ne pas faire mémoire également de tous les frères chrétiens non catholiques ! Ni du Rabbin de Rome et des nombreux représentants des religions non chrétiennes! Et de tant de représentants du monde de la culture, de la science, de la politique, des moyens de communications sociales !
A mesure que j'approche du terme de ma vie terrestre, je repense aux débuts, à mes parents, à mon frère et ma soeur (que je n'ai pas connue, car elle est morte avant ma naissance), à la paroisse de Wadowice, où j'ai été baptisé, à la ville de mon amour, à mes compagnons de l'école primaire, du lycée, de l'université, jusqu'aux temps de l'occupation, quand je travaillais comme ouvrier, puis à la paroisse de Niegowie, et à la paroisse St Florian, de Cracovie, à la pastorale des académiciens, à tous ces lieux... à Cracovie et à Rome... aux personnes qui, d'une manière particulière, m'ont été confiées par le Seigneur.
A tous je veux dire une seule chose: "Que Dieu vous récompense".
"In manus Tuas, Domine, commendo spiritum meum" [Entre tes mains, Seigneur, je remets mon esprit. NDLR d'upjf.org].
A.D.
17.III.2000
.../TESTAMENT SPIRITUEL JPII/... VIS 050406 (2120)
© VATICAN INFORMATION SERVICE
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Note de la Rédaction d'upjf.org
[1] Citation libre de Luc 2, 29 : "Maintenant, Souverain Maître, tu peux, selon ta parole, laisser ton serviteur s'en aller en paix".
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[Version française aimablement communiquée par Soeur M.-M. Kraentzel.]
Mis en ligne, le 07 avril 2005, par M. Macina, sur le site www.upjf.org.
Corrections, traductions du latin et enrichissements typographiques : Menahem Macina.
Testament du 6 mars 1979 (et additions successives)
Totus Tuus Ego Sum [Je suis tout à toi,NDLR d'upjf.org].
Au nom de la Très Sainte Trinité, Amen.
"Veillez, car vous ignorez le jour où votre Seigneur viendra". Ces paroles me font penser au dernier appel, qui aura lieu au moment où il plaira au Seigneur de m'appeler. Je désire Le suivre, et que tout ce qui appartient à ma vie terrestre me prépare à ce moment. J'ignore quand cela adviendra, mais, comme tous les autres, je confie ce moment à la Mère de mon Maître. Totus Tuus [Je suis tout à toi. NDLR d'upjf.org]. Dans ces mêmes mains maternelles, j'abandonne tout et tous ceux qui sont liés à ma vie et à ma vocation, l'Eglise avant tout, mon pays et l'humanité tout entière. Merci à tous, à tous je demande pardon. Je demande de prier pour moi afin que la Divine Miséricorde soit plus grande que ma faiblesse et mon indignité.
Au cours des exercices spirituels, j'ai relu le testament de Paul VI, ce qui m'a poussé à rédiger celui-ci.
Je ne laisse aucune propriété dont il faille disposer. Quant à mes affaires d'usage quotidien, je demande de les distribuer comme il semblera opportun. Que mes notes personnelles soient brûlées. Je demande à Don Stanislaw - que je remercie pour sa collaboration, son aide et sa compréhension, au cours de ces longues années - de s'en occuper. Je conserve dans mon coeur, devant Dieu, tous les autres remerciements, parce qu'il serait trop difficile de les exprimer.
En ce qui concerne les funérailles, je donne les mêmes consignes que celles déjà données par le Pape Paul VI. (Note en marge: la sépulture en terre et non dans un sarcophage, 13.3.92).
"Apud Dominum misericordia
et copiosa apud Eum redemptio"
[Auprès de Dieu est la miséricorde, et la rédemption, auprès de lui, est abondante, NDLR d'upjf.org].
Giovanni Paolo pp. II
Rome, 6.III.1979
Après ma mort, je demande des messes et des prières.
5.III.1990
Feuillet sans date:
Je suis profondément confiant, malgré toute ma faiblesse, que le Seigneur me concédera toute les grâces nécessaires pour affronter, selon Sa volonté, chaque tâche, épreuve et souffrance qu'il voudra demander à Son serviteur au cours de ma vie. Je suis également confiant qu'il ne permettra jamais que, par mon comportement, mes paroles, mes actions ou mes omissions, je puisse trahir mes obligations envers ce Saint-Siège pétrinien [de Saint Pierre, NDLR d'upjf.org].
24.II - 1.III.1980
De même, pendant ces derniers exercices spirituels, j'ai réfléchi sur la vérité du sacerdoce du Christ, dans la perspective de ce Passage qui, pour chacun de nous, est le moment de sa mort. Du départ de ce monde - pour naître dans l'autre, dans le monde futur, signe éloquent (Note ajoutée au-dessus: décisif) qu'est pour nous la Résurrection du Christ.
J'ai donc relu la rédaction de mon testament de l'année dernière, également faite pendant les exercices spirituels. Je l'ai comparée avec le testament de mon grand prédécesseur et père, Paul VI, sublime témoignage sur la mort d'un chrétien et d'un pape. J'ai repassé dans ma conscience les aspects auxquels se réfère la rédaction du 6.III.1979, que j'avais préparée (de façon plutôt provisoire).
Aujourd'hui, je souhaite ajouter seulement ceci, que chacun de nous doit garder présente la perspective de la mort.
Chacun doit être prêt pour se présenter devant le Seigneur et le Juge - et en même temps le Rédempteur et le Père. Je médite constamment cela, confiant ce moment décisif à la Mère du Christ et de l'Eglise - la Mère de mon espérance.
Les temps dans lesquels nous vivons sont, sans aucun doute difficiles et inquiétants - tant pour les Fidèles, que pour les Pasteurs. Dans certains pays (comme, par exemple, celui dont il est question dans les exercices spirituels) [Allusion à l'Union Soviétique. NDLR d'upjf.org], l'Eglise se trouve dans une période de persécutions telles, qu'elles ne sont pas moindres que celles des premiers siècles, et les dépassent même par leur degré de cruauté et de haine. Sanguis martyrum - semen christianorum [Le sang des martyrs est une semence de chrétiens. Citation de Tertullien, NDLR d'upjf.org]. De plus, tant de personnes innocentes disparaissent, y compris dans ce pays dans lequel nous vivons...
Je désire, une fois encore, m'abandonner totalement à la grâce du Seigneur. Lui-même décidera quand et comment je dois finir ma vie terrestre et le ministère pastoral. Dans la vie et dans la mort Totus Tuus [Je suis tout à toi. NDLR d'upjf.org], grâce à l'Immaculée. Acceptant dès maintenant cette mort, je souhaite que le Christ me donne la grâce pour ce dernier passage, c'est à dire [ma] Pâques. Je souhaite également qu'il la rende utile pour cette cause que je sers, qui est plus importante encore, et pour laquelle je veux vivre : le salut des hommes, la sauvegarde de la famille humaine et celle de toutes les nations et des peuples (parmi celles-ci, je m'adresse particulièrement à ma Patrie terrestre), utile pour les personnes qu'il m'a particulièrement confiées, pour l'Eglise, pour la gloire de Dieu même.
Je ne souhaite pas ajouter autre chose à ce que j'ai écrit il y a un an - seulement exprimer cette disponibilité et, en même temps, cette confiance, auxquelles les présents exercices spirituels m'ont de nouveau disposé.
Giovanni Paolo II
Totus Tuus ego sum [Je suis tout à toi.]
5.III.1982
Au cours des exercices spirituels de cette année, j'ai relu (plusieurs fois) le texte du testament du 6.III.1979. Bien que je le considère encore comme provisoire (non définitif), je le laisse tel qu'il est. Je ne change rien (pour le moment), et n'ajoute rien non plus concernant les dispositions qui y sont contenues.
L'attentat contre ma vie, le 13.V.1981, a, en quelque sorte, confirmé l'exactitude des paroles écrites pendant la période des exercices spirituels de 1980 (24.II-1.III). [Allusion aux meurtres que perpétrait alors le régime soviétique. NDLR d'upjf.org]
Je ressens encore plus profondément que je suis totalement entre les mains de Dieu - et je reste constamment à la disposition de mon Seigneur, me confiant à Lui, dans Sa Mère Immaculée (Totus Tuus).
Giovanni Paolo pp. II
5.III.82
A propos de la dernière phrase de mon testament du 6.III.1979 ("Sur le lieu - c'est-à-dire le lieu des funérailles - que le Sacré Collège et les concitoyens décident"), je précise ce que j'ai en tête : le métropolite de Cracovie, ou le Conseil général de l'Episcopat de Pologne. Je demande donc au Sacré Collège de satisfaire, si c'est possible, les éventuelles demandes des susnommés.
1.III.1985 (au cours des exercices spirituels).
Encore - en ce qui concerne l'expression "Sacré Collège et concitoyens": le Sacré Collège n'a aucune obligation d'interpeller sur cet argument "les concitoyens"; il peut toutefois le faire, si, pour quelque motif, ils l'estiment juste.
JPII
Les exercices spirituels de l'année jubilaire 2000
(12-18.III)
[Pour le testament]
Quand, le 16 octobre 1978, le conclave des cardinaux a choisi Jean-Paul II, le Primat de Pologne, le Cardinal Stefan Wyszynski m'a dit: "Le devoir du nouveau Pape sera d'introduire l'Eglise dans le Troisième Millénaire". J'ignore si je rapporte la phrase avec exactitude, mais tel était le sens de ce que j'ai alors entendu. Cela a été dit par l'homme qui est entré dans l'histoire comme le Primat du Millénaire. Un grand Primat. J'ai été le témoin de sa mission, de sa totale confiance. De ses luttes, de sa victoire. "La victoire, quand elle aura lieu, sera la victoire grâce à Marie" - répétait souvent le Primat du Millénaire, en citant son prédécesseur, le Cardinal August Hlond.
De cette façon j'ai été, en quelque sorte, préparé au devoir qui s'est imposé à moi, le 16 octobre 1978. Au moment où j'écris ces lignes, l'Année Jubilaire de l'An 2000 est déjà une réalité en cours. La nuit du 24 décembre 1999, la symbolique Porte Sainte du Grand Jubilé de la Basilique St Pierre a été ouverte, suivie de celle de Saint Jean du Latran, puis de celle de Sainte Marie Majeure, le 1er janvier, et de celle de la Porte Sainte de la Basilique de Saint-Paul-Hors-les-Murs, le 19 janvier. Ce dernier événement, par son caractère oecuménique, est particulièrement resté gravé dans la mémoire.
Au fur et à mesure que l'Année Jubilaire 2000 progresse, de jour en jour le vingtième siècle se referme et s'ouvre le vingt-et-unième siècle. Selon le dessein de la Providence, j'ai vécu dans ce siècle difficile qui s'en va vers le passé, et maintenant, au cours de cette année où j'atteindrai l'âge de quatre-vingts ans ("octogesima adveniens"), il faut se demander s'il n'est pas temps de répéter avec Siméon, la phrase de l'Ecriture : "Nunc dimittis..." ["Maintenant, laisse aller (en paix, ton serviteur) -allusion à la prière du vieillard Siméon [1] après qu'il ait identifié l'enfant Jésus comme le Messie, lors de sa présentation au Temple, selon le récit de l'Evangile. NDLR d'upjf.org].
Le 13 mai 1981, le jour de l'attentat contre le Pape, pendant l'Audience générale Place St Pierre, la Divine Providence m'a miraculeusement sauvé de la mort. Celui qui est l'unique Seigneur de la vie et de la mort, Lui-même, a prolongé cette mienne vie, et d'une certaine façon, il me l'a redonnée. Depuis ce moment, elle Lui appartient encore plus qu'avant. J'espère qu'Il m'aidera à comprendre jusqu'à quand je dois continuer ce service, auquel il m'a appelé le 16 octobre 1978. Je Lui demande de me rappeler quand Lui-même le voudra. "Dans la vie et dans la mort, nous appartenons au Seigneur... nous sommes au Seigneur" (cf. Rm 14, 8). J'espère aussi que la Miséricorde de Dieu me donnera les forces nécessaires pour accomplir le service pétrinien dans l'Eglise, aussi longtemps que cela me sera donné.
Comme chaque année, pendant les exercices spirituels, j'ai relu mon testament du 6.III.1979. Je continue à maintenir les dispositions qu'il contient. Ce qui a été ajouté alors et pendant les exercices spirituels successifs, constitue une réflexion de la situation générale difficile et tendue qui a marqué les années quatre-vingts. Depuis l'automne 1989, cette situation a changé. La dernière décennie du siècle passé a été libérée des tensions précédentes; cela ne signifie pas qu'elle n'ait pas amené de nouveaux problèmes et de nouvelles difficultés. Rendons particulièrement grâces à la Providence divine de ce que la période dite de "guerre froide" ait pris fin sans violent conflit nucléaire, danger qui pesait sur le monde dans la période précédente.
Etant au seuil du troisième millénaire "in medio Ecclesiae" [au milieu de l'Eglise. NDLR d'upjf.org], je souhaite, encore une fois, exprimer ma gratitude à l'Esprit Saint pour le grand don du Concile Vatican II, pour lequel, avec toute l'Eglise - et surtout avec tout l'épiscopat -, je me sens débiteur. Je suis convaincu que, pour de longues années encore, les nouvelles générations pourront y puiser les richesses que ce Concile du XXe siècle a apportées. En tant qu'évêque ayant participé à l'événement conciliaire, du premier au dernier jour, je désire confier ce grand patrimoine à tous ceux qui sont et seront, dans l'avenir, appelés à le mettre en oeuvre. Quant à moi, je remercie le Pasteur éternel qui m'a permis de servir cette grande cause au cours de toutes les années de mon pontificat.
"In medio Ecclesiae"... des premières années du service épiscopal - justement grâce au Concile - j'ai pu vivre la communion fraternelle de l'Episcopat. En tant que prêtre du diocèse de Cracovie, j'avais préalablement expérimenté ce qu'était la communion fraternelle du presbytérat [le corps sacerdotal NDLR d'upjf.org] -, le Concile a ouvert une nouvelle dimension de cette expérience.
Combien de personnes devrais-je citer! Probablement le Seigneur Dieu a rappelé à Lui la grande majorité d'entre elles - quant à celles qui se trouvent encore sur cette terre, les mots de ce testament font mémoire de toutes, partout où elles se trouvent.
Depuis plus de vingt ans que j'accomplis le service pétrinien "in medio Ecclesiae", j'ai apprécié la bienveillante et plus que jamais féconde collaboration de tant de Cardinaux, Archevêques et Evêques, de tant de prêtres, de tant de personnes consacrées - frères et soeurs -, et enfin, de tant de personnes laïques, au coeur de la Curie, au Vicariat de Rome, ainsi qu'en dehors de ces lieux.
Comment ne pas embrasser avec reconnaissance tous les évêques du monde, que j'ai rencontrés lors des différentes visites "ad limina Apostolorum" ! [Littéralement, jusqu'au seuil des Apôtres, c'est-à-dire Saint Pierre de Rome. NDLR d'upjf.org] Comment ne pas faire mémoire également de tous les frères chrétiens non catholiques ! Ni du Rabbin de Rome et des nombreux représentants des religions non chrétiennes! Et de tant de représentants du monde de la culture, de la science, de la politique, des moyens de communications sociales !
A mesure que j'approche du terme de ma vie terrestre, je repense aux débuts, à mes parents, à mon frère et ma soeur (que je n'ai pas connue, car elle est morte avant ma naissance), à la paroisse de Wadowice, où j'ai été baptisé, à la ville de mon amour, à mes compagnons de l'école primaire, du lycée, de l'université, jusqu'aux temps de l'occupation, quand je travaillais comme ouvrier, puis à la paroisse de Niegowie, et à la paroisse St Florian, de Cracovie, à la pastorale des académiciens, à tous ces lieux... à Cracovie et à Rome... aux personnes qui, d'une manière particulière, m'ont été confiées par le Seigneur.
A tous je veux dire une seule chose: "Que Dieu vous récompense".
"In manus Tuas, Domine, commendo spiritum meum" [Entre tes mains, Seigneur, je remets mon esprit. NDLR d'upjf.org].
A.D.
17.III.2000
.../TESTAMENT SPIRITUEL JPII/... VIS 050406 (2120)
© VATICAN INFORMATION SERVICE
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Note de la Rédaction d'upjf.org
[1] Citation libre de Luc 2, 29 : "Maintenant, Souverain Maître, tu peux, selon ta parole, laisser ton serviteur s'en aller en paix".
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[Version française aimablement communiquée par Soeur M.-M. Kraentzel.]
Mis en ligne, le 07 avril 2005, par M. Macina, sur le site www.upjf.org.











