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Dialogue interreligieux
La Charta cumenica et les Juifs, Abbé A. R. Arbez
Chrétiens dEurope appelés à se ressourcer «en communion avec le judaïsme» Cette déclaration cuménique inédite, promulguée en 2001 à Strasbourg au nom des protestants, orthodoxes et catholiques dEurope, est le fruit des rassemblements cuméniques de Bâle (1989), et de Graz (1997) [1].
La charte cuménique, officialisée lors dune célébration commune regroupant près de 200 représentants du CCEE (conseil des conférences épiscopales européennes) et de la KEK (conférence des Eglises européennes, regroupant protestants, anglicans et orthodoxes) vient dêtre confirmée solennellement ce dimanche 23 janvier 2005 à St Ursanne (Suisse) en présence des représentants des Eglises chrétiennes en Suisse.
Sefforcer de vaincre les divisions pour développer la communion: cette recommandation sappuyant sur lépître aux Ephésiens recrée lambiance du 1er siècle, lorsque les divers courants du christianisme sorganisaient depuis Jérusalem vers la diaspora
En ce début du 3ème millénaire, un engagement cuménique aussi prometteur concerne dimmenses régions allant de lAtlantique à lOural, du Cap Nord à la Méditerranée; un ensemble géographique et historique riche de diversités culturelles.
Dans une Europe qui se cherche et qui risque doublier ses racines judéo-chrétiennes, les Eglises prennent donc linitiative dêtre ensemble le moteur de multiples partenariats spirituels et éthiques.
Il est vrai que lhistoire de cette Europe a ses pages glorieuses et ses pages sombres. Berceau de la civilisation occidentale et de ses réussites, elle a aussi été marquée par des conflits et des divisions ; mais les Eglises sont aujourdhui motivées pour engager leurs communautés sur la voie dune complète réconciliation. Elles estiment que leur témoignage est plus que jamais vital, étant donné la crise des valeurs qui déstabilise les sociétés démocratiques et lattente spirituelle qui se manifeste chez les jeunes de louest comme de lest.
Mieux collaborer tous ensemble pour avancer vers une unité qui puisse devenir visible, tel est donc le défi lancé par la charta cumenica.
Certes, les Eglises ont déjà en commun lessentiel: la Bible hébraïque et les Evangiles, le Credo, le Notre Père, et beaucoup dautres éléments de foi qui, incontestablement, rapprochent au lieu déloigner. Lhistoire de lcuménisme européen présente des acquis incontournables, mais il reste encore des sujets de divergences: les sacrements, les ministères, certaines prises de position éthiques.
Avec cet élan renouvelé, les chrétiens dEurope entendent assumer leur responsabilité dans leur contribution à lunité du continent. Alors que lindifférence religieuse gagne du terrain un peu partout, y compris sur les terres chrétiennes traditionnelles, les Eglises sencouragent ainsi mutuellement à recentrer et à revigorer leur témoignage spirituel.
La charte a aussi le mérite daborder la pluralité des religions et des idéologies, qui fait maintenant partie de la culture européenne.
Dans ce contexte, il est bon de voir les Eglises exprimer dune même voix leur désir douverture, tout en donnant des critères de discernement. Car le dialogue ne simprovise pas au rabais, et la mode actuelle de la tolérance est trop souvent lalibi de lindifférence et de lignorance. Dans ce climat actuel un peu approximatif, sils ne veulent pas être en fin de compte victimes de leur généreuse ouverture à tout, les chrétiens ont intérêt à clarifier leur identité et leurs positions.
Cest pourquoi deux paragraphes importants du document recadrent ces questions fondamentales et invitent à un recentrage vital.
Le point prioritaire sintitule: approfondir la communion avec le judaïsme. Les termes choisis sont très forts: si le christianisme est affirmé en communion avec le judaïsme, un travail dapprofondissement doit effectivement être poursuivi pour faire apparaître toute la dynamique de cette parenté entre les deux voies (juive et chrétienne) dun salut issu des mêmes sources. Sil y a parenté, cest dabord parce quelle est fondée sur lAlliance.
Catholiques et protestants ont, depuis Seelisberg et Vatican II, balisé la route de ces retrouvailles tardives, et Jean Paul II en Terre Sainte a permis dimprimer dans les esprits de fortes images de cet événement devant le Mur du Temple de Jérusalem.
Dans cette optique, la charte prend lengagement de faire disparaître toute forme dantijudaïsme dans lEglise et la société. Si un chemin décisif a été accompli depuis la Shoah, ne nous cachons pas le fait quil y a encore beaucoup à faire. Lenjeu est de taille et ne concerne pas que les relations avec les «frères aînés»: quel rapprochement serait possible entre chrétiens séparés sans faire référence aux origines communes ?
Le deuxième paragraphe de la charte sintitule: cultiver des relations avec lislam. Même si lislam nest pas, coraniquement parlant, sur le même terrain théologique que celui des juifs et des chrétiens, le respect dû aux personnes appartenant à cette religion doit être réel sans rester passif, quels que soient les débats en cours et les controverses autour des différents courants de lislam.
Les Eglises saffirment conscientes de la présence grandissante des musulmans sur les territoires européens, où dans de nombreux pays, lislam est rapidement devenu la deuxième religion après le christianisme.
Il est donc indispensable de développer avec les musulmans des relations qui prennent en compte les identités respectives, avec des exigences de dialogue vrai, et entre autres, la réciprocité. Des objectifs constructifs communs peuvent être définis dans le domaine social ou humanitaire, même si des désaccords importants subsistent sur les droits de lhomme.
Lorsque des pays membres de lUnion européenne ont récemment refusé dinscrire toute référence aux valeurs judéo-chrétiennes dans la charte commune, on a ainsi jeté aux oubliettes ce qui fut pourtant le ressort historique de la civilisation du vieux continent et reste le soubassement de la démocratie.
A linverse de cette conception réductrice de la laïcité, les Eglises ont pris linitiative dexprimer la présence de leur foi commune au cur de la vie des peuples européens comme un réel gage despérance pour lavenir.
Cette charta cumenica, avec ses recommandations bien articulées, doit maintenant prendre corps sans tarder, en éclairant la vie et les engagements des communautés chrétiennes sur le terrain.
Alain René Arbez *
© upjf.org
* Prêtre - Relations avec le judaïsme, Genève (Suisse).
Mis en ligne le 24 février 2005 sur le site www.upjf.org.
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[1]Annexe de la Rédaction dupjf.org
Dans un document récent intitulé "Charta cumenica - Lignes directrices en vue dune collaboration croissante entre les Églises en Europe", le Conseil des Conférences Épiscopales dEurope (CCEE), à St. Gallen, a consacré quelques lignes du point 10 intitulé "Approfondir la communion avec le judaïsme", au rappel des liens particuliers qui unissent les chrétiens au peuple juif, et à la condamnation de lantisémitisme.
"Une communion dun genre unique nous lie au peuple dIsraël, avec lequel Dieu a conclu une Alliance éternelle. Dans la foi, nous savons nos frères et surs juifs : "aimés (de Dieu) et cest à cause des Pères. Car les dons et lappel de Dieu sont irrévocables" (Rm 11,28-29). Ils ont : "ladoption, la gloire, les alliances, la Loi, le culte, les promesses et les pères, eux enfin de qui, selon la chair, est issu le Christ " (Rm 9,4-5).
Nous regrettons et nous condamnons toutes les manifestations dantisémitisme, telles que les explosions de haine, et les persécutions. Pour lantijudaïsme chrétien, nous demandons pardon à Dieu et nous demandons à nos frères et surs juifs, de pouvoir nous réconcilier avec eux.
Il est dune urgente nécessité, dans le culte et la catéchèse, dans lenseignement et la vie de nos Églises, de faire apparaître le lien profond de la foi chrétienne avec le judaïsme et de soutenir la coopération judéo-chrétienne.
Nous nous engageons:
- à combattre toutes les formes dantisémitisme et danti-judaïsme dans lEglise et la société;
- à rechercher et intensifier, à tous les niveaux, le dialogue avec nos frères et surs juifs."
La charte cuménique, officialisée lors dune célébration commune regroupant près de 200 représentants du CCEE (conseil des conférences épiscopales européennes) et de la KEK (conférence des Eglises européennes, regroupant protestants, anglicans et orthodoxes) vient dêtre confirmée solennellement ce dimanche 23 janvier 2005 à St Ursanne (Suisse) en présence des représentants des Eglises chrétiennes en Suisse.
Sefforcer de vaincre les divisions pour développer la communion: cette recommandation sappuyant sur lépître aux Ephésiens recrée lambiance du 1er siècle, lorsque les divers courants du christianisme sorganisaient depuis Jérusalem vers la diaspora
En ce début du 3ème millénaire, un engagement cuménique aussi prometteur concerne dimmenses régions allant de lAtlantique à lOural, du Cap Nord à la Méditerranée; un ensemble géographique et historique riche de diversités culturelles.
Dans une Europe qui se cherche et qui risque doublier ses racines judéo-chrétiennes, les Eglises prennent donc linitiative dêtre ensemble le moteur de multiples partenariats spirituels et éthiques.
Il est vrai que lhistoire de cette Europe a ses pages glorieuses et ses pages sombres. Berceau de la civilisation occidentale et de ses réussites, elle a aussi été marquée par des conflits et des divisions ; mais les Eglises sont aujourdhui motivées pour engager leurs communautés sur la voie dune complète réconciliation. Elles estiment que leur témoignage est plus que jamais vital, étant donné la crise des valeurs qui déstabilise les sociétés démocratiques et lattente spirituelle qui se manifeste chez les jeunes de louest comme de lest.
Mieux collaborer tous ensemble pour avancer vers une unité qui puisse devenir visible, tel est donc le défi lancé par la charta cumenica.
Certes, les Eglises ont déjà en commun lessentiel: la Bible hébraïque et les Evangiles, le Credo, le Notre Père, et beaucoup dautres éléments de foi qui, incontestablement, rapprochent au lieu déloigner. Lhistoire de lcuménisme européen présente des acquis incontournables, mais il reste encore des sujets de divergences: les sacrements, les ministères, certaines prises de position éthiques.
Avec cet élan renouvelé, les chrétiens dEurope entendent assumer leur responsabilité dans leur contribution à lunité du continent. Alors que lindifférence religieuse gagne du terrain un peu partout, y compris sur les terres chrétiennes traditionnelles, les Eglises sencouragent ainsi mutuellement à recentrer et à revigorer leur témoignage spirituel.
La charte a aussi le mérite daborder la pluralité des religions et des idéologies, qui fait maintenant partie de la culture européenne.
Dans ce contexte, il est bon de voir les Eglises exprimer dune même voix leur désir douverture, tout en donnant des critères de discernement. Car le dialogue ne simprovise pas au rabais, et la mode actuelle de la tolérance est trop souvent lalibi de lindifférence et de lignorance. Dans ce climat actuel un peu approximatif, sils ne veulent pas être en fin de compte victimes de leur généreuse ouverture à tout, les chrétiens ont intérêt à clarifier leur identité et leurs positions.
Cest pourquoi deux paragraphes importants du document recadrent ces questions fondamentales et invitent à un recentrage vital.
Le point prioritaire sintitule: approfondir la communion avec le judaïsme. Les termes choisis sont très forts: si le christianisme est affirmé en communion avec le judaïsme, un travail dapprofondissement doit effectivement être poursuivi pour faire apparaître toute la dynamique de cette parenté entre les deux voies (juive et chrétienne) dun salut issu des mêmes sources. Sil y a parenté, cest dabord parce quelle est fondée sur lAlliance.
Catholiques et protestants ont, depuis Seelisberg et Vatican II, balisé la route de ces retrouvailles tardives, et Jean Paul II en Terre Sainte a permis dimprimer dans les esprits de fortes images de cet événement devant le Mur du Temple de Jérusalem.
Dans cette optique, la charte prend lengagement de faire disparaître toute forme dantijudaïsme dans lEglise et la société. Si un chemin décisif a été accompli depuis la Shoah, ne nous cachons pas le fait quil y a encore beaucoup à faire. Lenjeu est de taille et ne concerne pas que les relations avec les «frères aînés»: quel rapprochement serait possible entre chrétiens séparés sans faire référence aux origines communes ?
Le deuxième paragraphe de la charte sintitule: cultiver des relations avec lislam. Même si lislam nest pas, coraniquement parlant, sur le même terrain théologique que celui des juifs et des chrétiens, le respect dû aux personnes appartenant à cette religion doit être réel sans rester passif, quels que soient les débats en cours et les controverses autour des différents courants de lislam.
Les Eglises saffirment conscientes de la présence grandissante des musulmans sur les territoires européens, où dans de nombreux pays, lislam est rapidement devenu la deuxième religion après le christianisme.
Il est donc indispensable de développer avec les musulmans des relations qui prennent en compte les identités respectives, avec des exigences de dialogue vrai, et entre autres, la réciprocité. Des objectifs constructifs communs peuvent être définis dans le domaine social ou humanitaire, même si des désaccords importants subsistent sur les droits de lhomme.
Lorsque des pays membres de lUnion européenne ont récemment refusé dinscrire toute référence aux valeurs judéo-chrétiennes dans la charte commune, on a ainsi jeté aux oubliettes ce qui fut pourtant le ressort historique de la civilisation du vieux continent et reste le soubassement de la démocratie.
A linverse de cette conception réductrice de la laïcité, les Eglises ont pris linitiative dexprimer la présence de leur foi commune au cur de la vie des peuples européens comme un réel gage despérance pour lavenir.
Cette charta cumenica, avec ses recommandations bien articulées, doit maintenant prendre corps sans tarder, en éclairant la vie et les engagements des communautés chrétiennes sur le terrain.
Alain René Arbez *
© upjf.org
* Prêtre - Relations avec le judaïsme, Genève (Suisse).
Mis en ligne le 24 février 2005 sur le site www.upjf.org.
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[1]Annexe de la Rédaction dupjf.org
Dans un document récent intitulé "Charta cumenica - Lignes directrices en vue dune collaboration croissante entre les Églises en Europe", le Conseil des Conférences Épiscopales dEurope (CCEE), à St. Gallen, a consacré quelques lignes du point 10 intitulé "Approfondir la communion avec le judaïsme", au rappel des liens particuliers qui unissent les chrétiens au peuple juif, et à la condamnation de lantisémitisme.
"Une communion dun genre unique nous lie au peuple dIsraël, avec lequel Dieu a conclu une Alliance éternelle. Dans la foi, nous savons nos frères et surs juifs : "aimés (de Dieu) et cest à cause des Pères. Car les dons et lappel de Dieu sont irrévocables" (Rm 11,28-29). Ils ont : "ladoption, la gloire, les alliances, la Loi, le culte, les promesses et les pères, eux enfin de qui, selon la chair, est issu le Christ " (Rm 9,4-5).
Nous regrettons et nous condamnons toutes les manifestations dantisémitisme, telles que les explosions de haine, et les persécutions. Pour lantijudaïsme chrétien, nous demandons pardon à Dieu et nous demandons à nos frères et surs juifs, de pouvoir nous réconcilier avec eux.
Il est dune urgente nécessité, dans le culte et la catéchèse, dans lenseignement et la vie de nos Églises, de faire apparaître le lien profond de la foi chrétienne avec le judaïsme et de soutenir la coopération judéo-chrétienne.
Nous nous engageons:
- à combattre toutes les formes dantisémitisme et danti-judaïsme dans lEglise et la société;
- à rechercher et intensifier, à tous les niveaux, le dialogue avec nos frères et surs juifs."











