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Dialogue interreligieux
Contribution à la paix du dialogue judéo-chrétien en Israël, L. Lazare
Extrait de la revue chrétienne "Un écho d’Israël"
www.afiq.net/echo/article.php3?id_article=822
Le voyage interreligieux organisé par l’hebdomadaire Témoignage chrétien a eu lieu en novembre 2004. Le groupe, composé principalement de chrétiens, s’est rendu le 15 novembre dans l’auditorium de Yad-Vashem pour une rencontre sur le thème : « Le dialogue judéo-chrétien aujourd’hui en Israël-Palestine ». Nous reproduisons ici les notes de l’exposé introductif de Lucien Lazare.
Le temps manque pour présenter un bilan exhaustif de l’action commune de militants de AJC (Amitié judéo-chrétienne) en vue de soutenir les initiatives de paix au Proche-Orient. À vrai dire un tel bilan présente sans doute un certain intérêt, mais je crains que cet intérêt soit d’ordre marginal. Il s’agit d’initiatives qui certes procurent un réconfort indispensable et certaines consolations dans une réalité très éprouvante.
Mais devant la nécessité de choisir entre le marginal et l’essentiel, je préfère consacrer les quelques instants dont je dispose à ce qui est essentiel.
La réflexion que je vous propose est une réflexion décapante. Elle va surprendre quelques-uns parmi vous, et déplaire à plusieurs. J’implore votre pardon. Je vous considère comme des amis. J’ai une dette envers ceux qui sont mes amis, cette dette c’est la franchise.
La question posée est de savoir si le dialogue judéo-chrétien contribue à la paix. Je réplique par une autre question : cette amitié, ce dialogue, doivent-ils avoir une motivation utilitaire ? Je vais d’abord répondre à cette deuxième question, ma question : je dialogue, je crée un courant d’amitié avec mon frère chrétien, avec ma sœur chrétienne, parce que c’est mon devoir d’homme croyant, de juif soumis aux prescriptions religieuses. Toute autre motivation est superflue, inutile, je dirai même nocive. Nocive parce qu’elle oblitère la qualité de mon approche vers les chrétiens.
Une fois exprimé ce préalable, j’ajoute que rien, évidemment, n’interdit d’explorer la première question : ce dialogue, cette amitié sont-ils une contribution à la paix ?
La réponse est hélas négative, non pas pour des raisons de principe - il faut le souligner - mais pour des raisons circonstancielles. La conjoncture présente, ici, sur la terre des trois monothéismes, est telle que ce qui concerne notre dialogue, le dialogue entre juifs et chrétiens n’a aucune prise sur la situation.
Je vais énumérer quelques-unes des composantes de cette situation :
1) Le conflit entre Israéliens et Palestiniens n’est pas un conflit entre Juifs et Chrétiens. Dans la mesure où ce conflit a une dimension religieuse, ou même socio-religieuse, il oppose Juifs et fidèles de l’Islam. Il n’y a pas, il n’y a plus (depuis la visite de Jean-Paul II à Jérusalem, à Yad Vashem et au Mur du Temple) de conflit entre Juifs et chrétiens. On m’objectera peut-être que les porte-parole des chrétiens de Palestine sont plus OLP que l’OLP. Ils voient, dans les Israéliens juifs, des ennemis. Ils ne dialoguent pas avec eux, ils les combattent. C’est vrai, mais c’est une vérité d’une portée très réduite, je dirais presque une vérité "verbale".
2) Car, - et c’est mon deuxième point -, la population chrétienne en Palestine est, démographiquement parlant, en déclin. Les chrétiens palestiniens émigrent petit à petit, et ceci en raison de toutes sortes de pressions dont ils sont la cible en provenance des Palestiniens musulmans. Vous connaissez sans doute la sensibilité et la solidarité qu’éprouvent des militants de la CIMADE envers la détresse des communautés chrétiennes en Palestine. Cette solidarité s’accompagne d’une analyse politique qui démonise les Israéliens et angélise les Palestiniens, en bloc.
C’est là une prise de position d’autant plus étrange que la population chrétienne en Israël est, démographiquement parlant, en hausse. Les chrétiens d’Israël n’émigrent pas à l’étranger. Ils ne sont vraisemblablement pas en butte à l’hostilité des Juifs israéliens. Il se produit parfois un incident (par exemple l’accrochage en Vieille Ville avec des Arméniens), dont l’issue peut être une très encourageante manifestation de réconciliation.
3) Il n’y a donc pas conflit judéo-chrétien, ici même, en Terre Sainte. Le conflit israélo-palestinien est aussi un conflit judéo-musulman, mais seulement dans une dimension relativement réduite.
Le vrai conflit se situe sur un plan plus large, un plan qui transcende le vécu religieux. Qui parmi nous, parmi nous tous ici, est désireux de se solidariser - que dis-je : se solidariser ? - qui désire dialoguer avec une société où l’assassinat d’une femme tenue pour coupable d’avoir attenté à l’honneur de sa famille n’est pas un crime, mais où un tel assassinat est une norme ?
Je crois que cette question sur un cas précis, représentatif des innombrables expressions de la condition féminine dans le monde arabe musulman, cette question met le doigt sur la nature du conflit qui ravage la Terre Sainte. Il s’agit de bien autre chose qu’une affaire judéo-musulmane ou judéo-arabe.
J’abrège radicalement mon propos. J’aurais beaucoup de choses à vous dire sur la population musulmane israélienne. Il reste bien des progrès à faire pour que cette population jouisse de la plénitude de ses droits. Mais il faut dire que la condition féminine, dans cette population, est déjà radicalement différente de ce qu’elle est dans le reste du monde arabe.
Alors, je conclus en déclarant que la seule clé, mais c’est une clé infaillible, de la contribution à la paix, c’est la promotion de la femme dans l’ensemble de la société palestinienne. Tous nous devons œuvrer à favoriser cette promotion.
Lucien Lazare
© "Un écho d’Israël" - afiq.net
Mis en ligne le 31 janvier 2005 sur le site upjf.org.
www.afiq.net/echo/article.php3?id_article=822
Le voyage interreligieux organisé par l’hebdomadaire Témoignage chrétien a eu lieu en novembre 2004. Le groupe, composé principalement de chrétiens, s’est rendu le 15 novembre dans l’auditorium de Yad-Vashem pour une rencontre sur le thème : « Le dialogue judéo-chrétien aujourd’hui en Israël-Palestine ». Nous reproduisons ici les notes de l’exposé introductif de Lucien Lazare.
Le temps manque pour présenter un bilan exhaustif de l’action commune de militants de AJC (Amitié judéo-chrétienne) en vue de soutenir les initiatives de paix au Proche-Orient. À vrai dire un tel bilan présente sans doute un certain intérêt, mais je crains que cet intérêt soit d’ordre marginal. Il s’agit d’initiatives qui certes procurent un réconfort indispensable et certaines consolations dans une réalité très éprouvante.
Mais devant la nécessité de choisir entre le marginal et l’essentiel, je préfère consacrer les quelques instants dont je dispose à ce qui est essentiel.
La réflexion que je vous propose est une réflexion décapante. Elle va surprendre quelques-uns parmi vous, et déplaire à plusieurs. J’implore votre pardon. Je vous considère comme des amis. J’ai une dette envers ceux qui sont mes amis, cette dette c’est la franchise.
La question posée est de savoir si le dialogue judéo-chrétien contribue à la paix. Je réplique par une autre question : cette amitié, ce dialogue, doivent-ils avoir une motivation utilitaire ? Je vais d’abord répondre à cette deuxième question, ma question : je dialogue, je crée un courant d’amitié avec mon frère chrétien, avec ma sœur chrétienne, parce que c’est mon devoir d’homme croyant, de juif soumis aux prescriptions religieuses. Toute autre motivation est superflue, inutile, je dirai même nocive. Nocive parce qu’elle oblitère la qualité de mon approche vers les chrétiens.
Une fois exprimé ce préalable, j’ajoute que rien, évidemment, n’interdit d’explorer la première question : ce dialogue, cette amitié sont-ils une contribution à la paix ?
La réponse est hélas négative, non pas pour des raisons de principe - il faut le souligner - mais pour des raisons circonstancielles. La conjoncture présente, ici, sur la terre des trois monothéismes, est telle que ce qui concerne notre dialogue, le dialogue entre juifs et chrétiens n’a aucune prise sur la situation.
Je vais énumérer quelques-unes des composantes de cette situation :
1) Le conflit entre Israéliens et Palestiniens n’est pas un conflit entre Juifs et Chrétiens. Dans la mesure où ce conflit a une dimension religieuse, ou même socio-religieuse, il oppose Juifs et fidèles de l’Islam. Il n’y a pas, il n’y a plus (depuis la visite de Jean-Paul II à Jérusalem, à Yad Vashem et au Mur du Temple) de conflit entre Juifs et chrétiens. On m’objectera peut-être que les porte-parole des chrétiens de Palestine sont plus OLP que l’OLP. Ils voient, dans les Israéliens juifs, des ennemis. Ils ne dialoguent pas avec eux, ils les combattent. C’est vrai, mais c’est une vérité d’une portée très réduite, je dirais presque une vérité "verbale".
2) Car, - et c’est mon deuxième point -, la population chrétienne en Palestine est, démographiquement parlant, en déclin. Les chrétiens palestiniens émigrent petit à petit, et ceci en raison de toutes sortes de pressions dont ils sont la cible en provenance des Palestiniens musulmans. Vous connaissez sans doute la sensibilité et la solidarité qu’éprouvent des militants de la CIMADE envers la détresse des communautés chrétiennes en Palestine. Cette solidarité s’accompagne d’une analyse politique qui démonise les Israéliens et angélise les Palestiniens, en bloc.
C’est là une prise de position d’autant plus étrange que la population chrétienne en Israël est, démographiquement parlant, en hausse. Les chrétiens d’Israël n’émigrent pas à l’étranger. Ils ne sont vraisemblablement pas en butte à l’hostilité des Juifs israéliens. Il se produit parfois un incident (par exemple l’accrochage en Vieille Ville avec des Arméniens), dont l’issue peut être une très encourageante manifestation de réconciliation.
3) Il n’y a donc pas conflit judéo-chrétien, ici même, en Terre Sainte. Le conflit israélo-palestinien est aussi un conflit judéo-musulman, mais seulement dans une dimension relativement réduite.
Le vrai conflit se situe sur un plan plus large, un plan qui transcende le vécu religieux. Qui parmi nous, parmi nous tous ici, est désireux de se solidariser - que dis-je : se solidariser ? - qui désire dialoguer avec une société où l’assassinat d’une femme tenue pour coupable d’avoir attenté à l’honneur de sa famille n’est pas un crime, mais où un tel assassinat est une norme ?
Je crois que cette question sur un cas précis, représentatif des innombrables expressions de la condition féminine dans le monde arabe musulman, cette question met le doigt sur la nature du conflit qui ravage la Terre Sainte. Il s’agit de bien autre chose qu’une affaire judéo-musulmane ou judéo-arabe.
J’abrège radicalement mon propos. J’aurais beaucoup de choses à vous dire sur la population musulmane israélienne. Il reste bien des progrès à faire pour que cette population jouisse de la plénitude de ses droits. Mais il faut dire que la condition féminine, dans cette population, est déjà radicalement différente de ce qu’elle est dans le reste du monde arabe.
Alors, je conclus en déclarant que la seule clé, mais c’est une clé infaillible, de la contribution à la paix, c’est la promotion de la femme dans l’ensemble de la société palestinienne. Tous nous devons œuvrer à favoriser cette promotion.
Lucien Lazare
© "Un écho d’Israël" - afiq.net
Mis en ligne le 31 janvier 2005 sur le site upjf.org.











