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Dialogue interreligieux
A propos de l'interview de Brenner par Primo-Europe, A. Arbez
25/06/04Voir Retour sur les 'territoires perdus de la République', E. Brenner
Ce document est, dans son ensemble, effectivement très intéressant. Je rejoins entièrement cette volonté tenace de décortiquer les mécanismes de l’antisémitisme, y compris en analysant certaines zones putrides de la chrétienté médiévale, qui en a irrigué les racines plus récentes à la base de la Shoah.
Mais quelques expressions utilisées par l’auteur me gênent, car je pense qu’elles ne font pas droit à la réalité issue de Vatican II de la part de l’Eglise catholique envers les Juifs.
Ainsi, parler de la «mystique chrétienne» , à propos des déviances pseudo-théologiques qui ont nourri l’antijudaïsme, n’est pas approprié.
Plus loin, il est question des Arabes «dont on oublie la composante chrétienne» . Or, les chrétiens sont ultra-minoritaires dans le monde arabe, et l’hémorragie vers l’Occident ne discontinue pas depuis des décennies, en raison des pressions islamiques. Les chrétiens de culture arabe tentés par l’antisémitisme ont tout ce qu’il faut, dans les représentations musulmanes, beaucoup plus radicales, pour développer de la haine.
Il est aussi question du «vieux schéma chrétien» concernant la «nouvelle alliance que les chrétiens appellent verus israel». Ceci est inexact : les chrétiens n’appellent plus l’Eglise verus Israel depuis un demi-siècle, et dans les époques précédentes, ce n’était pas une position unanime. La théologie de la substitution a été abolie définitivement par Vatican II, et le pape Jean-Paul II n’a cessé de le répéter au cours de son pontificat. Il n’est de l’intérêt de personne de laisser planer des doutes à ce sujet puisque les choses sont claires.
Répétons-le : les Chrétiens ne sont pas aujourd’hui les adversaires des Juifs, même si un énorme travail de clarification théologique reste à poursuivre dans les communautés, même si des clichés négatifs perdurent malgré les mises au point officielles. La problématique la plus préoccupante me semble à chercher, avant tout, du côté de l’islam et de son antisémitisme constitutif.
Il suffit de constater les cas d’agressions antisémites les plus significatifs en France, qui proviennent des milieux arabo-musulmans d’immigration récente. A part quelques groupuscules d’extrême droite, nostalgiques du vieil antisémitisme, on ne peut pas dire que les Français de souche soient, dans leur ensemble antisémites, même s’ils se laissent trop influencer par certains médias tendancieux.
Cela dit, Juifs et Chrétiens doivent absolument se parler et aborder les sujets difficiles pour que la vérité puisse faire son chemin, de part et d’autre.
Alain René Arbez, archiprêtre, Genève.
© upjf.org
Mis en ligne le 25 juin 2004 sur le site www.upjf.org.











