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Dialogue interreligieux
Désinformation ciblée contre le rapprochement Catholiques-Juifs, A. Arbez
Titre complet "Une désinformation ciblée contre le rapprochement Catholiques-Juifs: l'article de Barry Shamish sur Vatican - Israël".Cet article constitue une réaction à l’article de Barry Shamish : "Le Vatican et Jérusalem".
Pour peu que l'on ait quelques connaissances de base sur le sujet, il est insupportable de lire un tel condensé de contresens et d'affabulations, surtout lorsque l'on croit, de toutes ses forces - preuves en mains -, au rapprochement fraternel entre Catholiques et Juifs.
En lisant un tel manifeste, aussi pitoyable dans son genre que le "Protocole des Sages de Sion", on est en droit de se demander qui en est le commanditaire et à qui profite la manipulation.
Cette indigeste tartine de politique-fiction, sous la signature de Barry Shamish, rejoint étrangement la ligne rédactionnelle d'un groupement chrétien-évangélique qui utilise le désarroi des Israéliens à des fins personnelles de propagande. Le coup de "Rome la Babylone, la prostituée" des argumentaires protestants des siècles passés, ça marche encore! Chez certains hallucinés, on est très doué pour le délire anti-catholique, "au nom de la Bible", ce qui peut évidemment réveiller des échos de souffrances compréhensibles chez des Juifs, que l'on pourra instrumentaliser ensuite à sa guise.
Car il faut savoir que certains de ces groupes évangéliques, américains en particulier, aiment tellement les Juifs et sont tellement sionistes, que cela en devient suspect: les Juifs ne sont, pour ces purs et durs, que le justificatif final de leur Messie triomphant (conversion comprise à la clé!).
Il est toutefois possible que de tels propos aient de l'impact sur des Juifs peu au courant de l'évolution doctrinale de l'Eglise catholique, et persuadés que cette institution est définitivement leur ennemi juré.
Regardons-y de plus près, car ce que l'article de B. Shamish considère comme un projet démoniaque, attribuable au seul Vatican (le statut internationalisé de Jérusalem), est tout simplement la position officielle de l'ONU dès 1947. Le Vatican n'a d'ailleurs, rappelons-le, jamais défini le statut futur de Jérusalem, ce qui laisse la question ouverte à diverses solutions possibles, n'excluant nullement la souveraineté israélienne. Cette position du Vatican est aussi… celle du Conseil Oecuménique des Eglises à Genève, qui regroupe plus de 330 églises protestantes et orthodoxes.
Quant aux élucubrations sur le désir insatiable d'expansion territoriale de l'Eglise catholique, il vaut mieux en sourire: le plus grand propriétaire foncier à Jérusalem et en Israël est, de loin, l'Eglise orthodoxe…
Lorsqu'il attribue au pape le projet de fusionner les trois religions monothéistes, notre pamphlétaire se trompe de citation. Lisez plutôt:
"Réconciliez Juifs, Musulmans et Chrétiens, et vous créerez une communauté unie par une même foi, par des mêmes idéaux, par une puissance spirituelle unique".
Du Jean-Paul II? Non, du André Chouraqui, dans "LUnivers de la Bible"…
Selon B. Shamish, le pape va collaborer à la construction du troisième Temple, dans le but machiavélique de s'approprier les lieux saints juifs. On croit rêver. Si, en visitant les jardins du Vatican, vous apercevez une vache en train de brouter incognito les plates-bandes pontificales, c'est sûrement un indice : vérifiez si elle n'est pas rousse [1].
Cet article sur Israël et le Vatican se veut en consonance avec le monde juif, et son auteur a l'audace de faire croire qu'il est bien informé des relations entre catholiques et juifs. Malheureusement, il commet de si grossières erreurs et de si graves omissions qu'on ne peut laisser de tels chevaux de retour jouer les vierges effarouchées.
Ayant participé aux deux sessions des Rencontres Européennes entre Catholiques et Juifs, organisées à Paris, en 2002, puis 2003, par le Congrès juif européen, j'ai pu constater, au fil des nombreuses prises de parole des rabbins et des évêques présents, que jamais les représentants catholiques n'ont émis des prétentions territoriales en Israël. Les rabbins ont même souligné chaleureusement, à maintes reprises, combien l'action de Jean-Paul II avait rapproché les deux communautés, et dit qu'ils souhaitaient que cette dynamique se poursuive. Les débats ont fait apparaître l'immense chemin parcouru ensemble, depuis Jules Isaac et Jean XXIII.
Quant à la soi-disant "théorie du remplacement" (ou de la "substitution") déplorée par B. Shamish, voilà 40 ans qu'elle a été dénoncée par l'Eglise catholique et qu'elle n'a plus aucune validité. Bien au contraire, et à l'inverse des groupements évangéliques, l'Eglise catholique a pour position officielle de rejeter tout prosélytisme envers les Juifs, pour la simple raison qu'elle reconnaît le judaïsme comme une voie authentique et suffisante de salut pour les Juifs. Vouloir les convertir au Dieu d'Israël, qui était celui de Jésus, n'a donc aucun sens. Rappelons que cette déclaration a été faite officiellement à New York, devant des théologiens juifs, en 2000, par le cardinal Walter Kasper, puis réitérée en 2002, depuis Rome.
En ce qui concerne les souterrains du mont du Temple et leurs archives secrètes censées receler des documents compromettants pour l'Eglise catholique, c'est, là encore, un polar de dixième catégorie. Il démontre, une fois de plus, qui l’on cherche à disqualifier.
En conclusion, je crois que ce texte venimeux est néfaste, d'abord pour les institutions démocratiques d'Israël, présentées comme trahissant la confiance des citoyens de l'Etat hébreu ; ensuite pour les relations Catholiques-Juifs qui ont fait des pas de géant et que certains aimeraient freiner, parce qu'elles font de l'ombre à leur méprisable fond de commerce. J'espère que les Juifs avertis ne tomberont pas dans le piège, ce ne serait l'intérêt de personne.
Abbé Alain René Arbez
© upjf.org
* L’abbé Arbez est délégué aux relations avec le judaïsme, Genève.
[1] Allusion au rite juif traditionnel de purification des ustensiles sacrés et des personnes au moyen des cendres d’une vache rousse. Cf. Nombres 19, 1-6 et ss.]
Mis en ligne le 03 septembre 2003 sur le site www.upjf.org











