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Dialogue interreligieux
Un évêque pour la communauté catholique hébraïque d'Israël, Arbez
Titre original : «La communauté catholique hébraïque d’Israël encouragée par la nomination d’un évêque».Le Pape Jean Paul II vient de nommer évêque Jean Baptiste GOURION, actuel père Abbé du monastère bénédictin d'Abou Gosh (Israël), avec la tâche spécifique d'accompagner pastoralement la communauté catholique hébraïque d'Israël.
L'enjeu de cette décision ne se réduit pas seulement à la célébration de la liturgie catholique en hébreu: autant qu'une préoccupation pastorale envers les hébréophones, cette nomination est une reconnaissance de la source originelle du christianisme en terre biblique, et un encouragement providentiel au rapprochement judéo-chrétien, dans la ligne de l'Oeuvre Saint-Jacques, née en 1953.
Jusqu'ici, seul sa Béatitude le Patriarche "latin" Michel Sabbah présidait aux destinées complexes de l'Eglise catholique en Israël et dans les Territoires sous autorité palestinienne. Identifié à la cause du militantisme palestinien, l'évêque arabe était, par conséquent, perçu comme l'unique figure emblématique de la communauté catholique de la région, même si beaucoup ne se reconnaissent pas dans ses prises de position.
En outre, selon l'interprétation de Mgr Sabbah, les Arabo-Chrétiens aujourd'hui présents en Israël et dans les Territoires seraient les descendants des premiers disciples du Juif Jésus. Ce qui pose évidemment quelques problèmes, à la fois historiques et théologiques, dont le livre Propos d'un évêque palestinien, paru chez Desclée, donne un aperçu inquiétant [1]. Pour se rafraîchir la mémoire, il suffirait pourtant de relire la liste des 25 évêques juifs de Jérusalem, établie par Eusèbe de Césarée [né vers 265 et mort aux environs de 340].
La charge épiscopale confiée par le pape à Jean-Baptiste Gourion, en tant qu'auxiliaire de Mgr Sabbah, pourrait donc rééquilibrer les choses. Si le père abbé d'Abou Gosh a un passeport français, ses origines familiales le prédisposent à cette mission officielle qui, d'ailleurs, entérine son engagement depuis dix ans: son monastère bénédictin a visiblement un charisme pour l'accueil de visiteurs, surtout Israéliens mais aussi Palestiniens; c'est ainsi que, d'année en année, des milliers et des milliers de soldats de Tsahal y ont fait halte lors d'une étape hebdomadaire. Sans aucun prosélytisme et dans le respect absolu des deux traditions, des dialogues spirituels se sont établis et des amitiés solides se sont nouées.
Fin 2002, à la Knesset, le père Gourion a reçu, des mains d'Avraham Burg, le prix de l'amitié judéo-chrétienne, ce qui n'a pas manqué de susciter des polémiques malveillantes de la part de certains milieux catholiques inféodés à une 'vulgate' unilatérale.
Qu'est-ce que l'œuvre Saint Jacques, à laquelle appartient le père Jean-Baptiste Gourion?
Au fil des temps et des vicissitudes de l'histoire, l'Eglise de Terre sainte était devenue principalement arabe, les autres minorités étant marginales ou s'assimilant à l'arabité.
Les fondateurs de l'Oeuvre Saint Jacques ont manifesté, dès 1953, le souci de ces chrétiens résidents non-Arabes, dont la culture et les origines étaient différentes des populations chrétiennes venues de Syrie, du Liban, ou d'autres pays arabophones. En 1956, le cardinal Tisserand obtint de Pie XII un statut exceptionnel, autorisant ces chrétiens orientaux à célébrer la messe en hébreu, alors que le latin était encore obligatoire pour tous, y compris les arabophones. La communauté hébréophone pouvait renaître, après 17 siècles d'effacement, avec, pour objectif - dès avant le Concile Vatican II -, le rapprochement entre l'Eglise et la Synagogue.
Cette communauté se compose donc aujourd'hui de chrétiens appartenant au peuple juif, souvent issus de familles mixtes juives-chrétiennes, mais également de chrétiens vivant au milieu du peuple juif, religieux ou encore travailleurs immigrés, dont la langue quotidienne est l'hébreu. Il y a quatre grands centres: Jérusalem, Tel Aviv, Haïfa et Beer-Sheva.
Les chrétiens israéliens ou étrangers non-Arabes parlant hébreu représentent une communauté potentiellement importante. La loi du retour s'appliquant également aux conjoints non-Juifs, un grand nombre de personnes sont arrivées en Israël en provenance des pays de l'ex-Union soviétique. La majorité de ces 200.000 chrétiens est orthodoxe, mais un certain nombre est catholique, ou fréquente l'Eglise catholique. En tout cas, plusieurs centaines de chrétiens hébréophones célèbrent régulièrement la messe en version originale!
Rappelons aussi qu'il y a plus de 7.000 chrétiens israéliens qui servent dans les unités de Tsahal, et beaucoup d’entre eux sont concernés par cette opportunité.
Soumis à la prédominance arabophone de la région, le plan pastoral des Eglises de Terre sainte ne mentionnait, jusqu'ici, que marginalement la communauté catholique hébraïque, dans une annexe intitulée "nos relations avec les Juifs"…
Avec la nomination du père Gourion, la prise en compte des chrétiens israéliens et des hébréophones sera mieux assurée; sans tomber dans le passéisme, le visage originel de l'Eglise de Judée, Samarie et Galilée sera malgré tout plus tangible.
C'est une chance nouvelle pour tous les chrétiens de la région dans leur diversité, comme d'ailleurs pour les relations entre les différents pôles de la société israélienne et les multiples institutions chrétiennes.
Alain René Arbez *
* Prêtre délégué aux relations avec le judaïsme, Genève.
© upjf.org
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Note d’upjf.org
[1] Voir l’article du Révérend Huxley, malicieusement intitulé "L'arène de Sabbah". Cf. Également l’article de Pierre Prier, paru dans le Figaro du 1er novembre 2002, sous le titre "Le patriarche en révolte".
Voir surtout la critique indignée de Michel Remaud, mise en ligne sur le site de Proche-Orient. Info www.proche-orient.info/xjournal_rel_analyse.php3?id_article=8091 (texte malheureusement inaccessible en raison de la politique restrictive d’accès (soumise à abonnement payant), pratiquée par ce site).
Le P. J. Dujardin et le P. J.- M. Poffet ont recensé ce livre - le premier avec sévérité, le second avec faveur - dans le n° 397/4 de la revue Etudes, d'octobre 2002, sous le titre "Chrétiens d'Orient et théologie du mystère d'Israël".
Enfin, pour être objectif, nous référons à l’une des recensions les plus élogieuses, mise en ligne sur le site « Spiritualité 2000 » du "Centre dominicain de spiritualité Online", sous le titre "Yves Teyssier d'Orfeuil, Michel Sabbah - Paix sur Jérusalem - Propos d'un évêque palestinien" : spiritualite2000.com/Archives/temoins/2002/juin02.htm.
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Mis en ligne le 23 août 2003 sur le site www.upjf.org











