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Dialogue interreligieux
Réponse d'un prêtre catholique à la lettre du Rabbin au Cardinal, A. Arbez
Voir l'article auquel l'abbé Arbez réagit : Laissez-nous vivre ! Lettre ouverte au cardinal Lustiger, Josy Eisenberg .Cher Monsieur le Rabbin Eisenberg,
J’apprécie vos émissions sur la Bible et la tradition juive. Ce n'est pas votre franc-parler qui me pose problème dans votre réponse au cardinal Lustiger, à propos de son livre, La Promesse [1], mais le malentendu qui sous-tend votre propos. Vous exprimez ce que vous ressentez comme insupportable, et c'est bien légitime. Je crois comprendre la logique de votre raisonnement, et suis convaincu que les motifs qui vous ont poussé à réagir ainsi sont infiniment respectables. Mais êtes-vous certain d'avoir bien ciblé votre propos?
Vous rappelez, à juste titre, l'opportunité de certains aspects du message de Jean-Marie Aaron Lustiger: l'alliance entre D.ieu et Israël est toujours valide, l'antisémitisme est aussi antichrétien.
Mais là où la réflexion devient délicate, c'est lorsque vous présupposez que l'anéantissement de millions de fils d'Israël, lors de la shoah, pourrait acquérir un "sens", dans une vision chrétienne, comme élément de la rédemption. Comme si D.ieu avait pu programmer cette innommable catastrophe et lui conférer une "utilité"!
Vous réagissez sans doute à la théorie archaïque, dite de la "satisfaction", qui a longtemps marqué la chrétienté, mais qui ne correspond plus à notre théologie, même si elle imprègne encore certaines mentalités.
S'il est vrai que D.ieu est notre rédempteur, ce qui entre ou non dans ce mystère du salut est son secret, (les textes de la Bible hébraïque sont nombreux à le rappeler!) et, sauvés par pur amour, les hommes ne peuvent spéculer sur une alchimie de ce qui ferait ou non le poids dans la balance du rachat! Le Christ, même comme "serviteur souffrant", ne peut pas être le jouet d'une divinité avide de sang et de sacrifice, et qui en réclamerait toujours davantage pour prix des expiations.
Avec vous, je repousse cette vision morbide des tragédies humaines, et le D.ieu fantasmatique de cette sotériologie ne mérite, en effet, pour seule réponse que l'athéisme! Je pense donc que c'est une fausse piste que de vouloir considérer l'histoire du salut, version chrétienne, à travers cette fiction païenne, dont la place est au panthéon des horreurs.
Quant à voir, dans la position du P. Lustiger, une subtile récupération (=substitution nouvelle manière) avec des arrière-pensées de conversion, je n'y crois pas un instant. Vous n'êtes pas sans savoir que l'Eglise catholique a une position claire tout à fait officielle sur le sujet, dans laquelle elle affirme que la "conversion des juifs" est sans objet et constituerait même un non-sens. Vous pouvez vous référer au texte du cardinal Walter Kasper (président du conseil pontifical pour l'œcuménisme et les relations avec le judaïsme) et à ceux de la rencontre de New York entre autorités juives et catholiques (2002). [2]
Il y a, à la base de votre crainte, une perception de l'histoire qui mériterait d'être nuancée. En effet, le christianisme n'est pas simplement filiation par rapport au judaïsme. Lorsqu'il y a près de 2000 ans, après l'assemblée de Yabné, deux groupes de croyants en l'alliance se sont séparés, ils étaient bel et bien tous deux enracinés dans la même foi hébraïque: d'une part le judaïsme rabbinique, successeur de la tradition pharisienne, plus axé sur la défense de l'identité juive, effectivement menacée, et d'autre part, le messianisme chrétien, héritier, en grande partie, de la même tradition et plus sensible à l'implication universelle de la tora.
Ces deux traditions, juive et chrétienne, ont simultanément été promues par des juifs authentiques, et vous savez le rôle-clé qu'ont joué les communautés juives de diaspora dans la propagation du christianisme naissant.
Quant au débat terrestre/céleste, que vous évoquez, il a aussi une histoire: les notions de temple céleste, de Jérusalem céleste, de patrie céleste, proviennent de courants spirituels juifs de type apocalyptique, et le concept même d'incarnation de la sagesse divine, appliqué au christ, est tout à fait juif. Philon d'Alexandrie a d'ailleurs longtemps été pris, par certains pères de l'Eglise, pour un théologien chrétien, tant sa perspective était consonante avec la culture de l'époque!
Cela dit, je respecte globalement votre souci d'éviter toute récupération et toute confusion avec la situation actuelle ; mais je pense néanmoins que l'on peut à la fois affirmer cela et rappeler que nous sommes dans la même famille d'esprit et dans le même registre de références et de valeurs.
Sinon, qu'adviendrait-il de tout l'effort accompli dans l'Eglise pour faire réapparaître la judéité de Jésus et celle des écrits évangéliques?
En affirmant ces convergences, personne ne devrait se sentir lésé ni instrumentalisé, et ce qu'écrit le cardinal ne peut pas être compris comme une volonté d’induire qu'un bon juif est un juif converti au christianisme!
Vous avez raison d'affirmer que les deux voies de salut doivent cheminer côte à côte, conscientes de leur patrimoine commun; et, pour ma part, en tant que prêtre, je souhaite que mes frères juifs ne me disent pas à tout bout de champ qu'ils peuvent très bien se passer de nous, les chrétiens…
La réciprocité véritable n'est pas une perte, mais un enrichissement! Comment les uns et les autres feront-ils pour sortir des schémas du passé et mieux connaître leurs richesses respectives, s'ils ne font pas le choix de s'ouvrir aux deux traditions-soeurs, sans suspicion ni arrière-pensée?
Abbé Alain René Arbez,
Relations avec le judaïsme, Genève
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Notes de la rédaction de reinfo-israel
[1] "LA PROMESSE", du cardinal Jean-Marie Lustiger, Ed. Parole et Silence (64, av. du Bois-Guinier, F94100 Saint-Maur), 224 pages, 18 €. A propos de ce livre, voir : Cardinal J.-M. Lustiger, "La Promesse", 11 Recensions
[2] Déjà en 2001, au cours de la réunion du Comité International de Liaison entre Catholiques et Juifs (New York, 1-4 mai), le Cardinal Kasper avait souligné la nouvelle position catholique en affirmant que l’évangélisation bien comprise excluait le prozélytisme envers les juifs : www.chretiens-et-juifs.org/article.php?voir%5B%5D=1418&voir%5B%5D=5966
En août 2002, le Comité Episcopal Américain aux Affaires Œcuméniques et Interreligieuses et le Conseil National des Synagogues, publiaient chacun un document affirmant que la conversion des juifs est un but inacceptable : http://www.chretiens-et-juifs.org/article.php?voir[]=291&voir[]=1578











