Vous êtes :
Accueil » Religions» Dialogue interreligieux
Dialogue interreligieux
Goldhagen tire à boulets rouge sur l'Eglise. Un critique catholique réagit, Macina
26 octobre 2002Sous le titre «Essai Eglise et Shoah : la polémique rebondit», Jacques Nobécourt réagit, dans La Croix du 24/10/2002, au récent essai du sociologue américain Daniel Goldhaghen, «Un compte à régler, sur le plan moral : le rôle de l'Eglise catholique dans l'Holocauste et son devoir inaccompli de réparation.» (1)
Nobécourt résume ainsi l’ouvrage - qu’il a lu, précise-t-il, dans l’édition allemande, seule disponible. «Dans son premier travail, Goldhagen dénonçait l'ensemble des Allemands comme pathologiquement antisémites, et comme tels, globalement responsables de la Shoah. A présent, l'accusation se déplace sur l'Eglise catholique et le Pape Pie XII… Dès le départ, il pose une "constatation irréfutable" : dans ses textes sacrés, dans son enseignement, le christianisme, "religion d'amour", a diffusé "une haine de dimensions incroyables" envers les juifs. "Les chrétiens ont été conduits depuis près de deux mille ans à commettre de graves crimes et des injustices envers les juifs, y compris des massacres massifs. Le cas principal et le plus connu en est l'Holocauste."
Toujours selon Nobécourt, pour Goldhagen, «L'Eglise catholique doit aux juifs trois sortes de 'réparations' pour l'Holocauste : matérielle, par le versement de huit millions de dollars de dédommagements ; politique, par le soutien le plus énergique à l'Etat d'Israël et aux communautés juives menacées… enfin, morale, en considérant le fait que l'antisémitisme est constitutif des Evangiles, il faudra expurger "la Bible chrétienne" des passages fautifs, soit 450 qui, selon Goldhagen, décriraient Israël comme "ennemi ontologique de Dieu".»
Mais Goldhagen va plus loin : pour lui, «l'éradication de l'antisémitisme exigera l'abolition de l'Etat de la Cité du Vatican, afin d'abolir "l'impérialisme" de l'Eglise et les ambitions qui l'ont inspirée depuis deux mille ans, notamment sa "prétention à être la seule voie du salut éternel".»
Pour l’instant, la seule autorité catholique à avoir réagi a été le cardinal Karl Lehmann, président de la Conférence épiscopale allemande, qui a reconnu que l'on pouvait déplorer l’absence de condamnation papale publique du meurtre des juifs. Ses propos, rapportés par Nobécourt, sont impressionnants :
«Il appartient certainement à l'histoire de la culpabilité de l'Eglise que, face au massacre des juifs, elle se soit trop peu opposée à l'antisémitisme raciste. Nous portons là un poids que les autres ne supportent pas de la sorte, le poids de notre histoire de deux mille ans. Nous assumons ce poids des morts.»
Mais le prélat demande aussi qu’il soit tenu compte de la résistance catholique. Par ailleurs, il souhaite l'ouverture des archives du Saint-Siège.
Nobécourt déplore le caractère imprécateur de l’ouvrage et affirme que l’ «opération alimentera toutes sortes de fondamentalismes.» Malgré le respect que mérite l'auteur du Vicaire et l’histoire (Seuil, 1964) - ouvrage qui fait autorité dans la question de la responsabilité éventuelle de Pie XII -, je considère comme un procédé malhonnête que celui qui consiste à se prévaloir d'un jugement très négatif porté sur l’ouvrage précédent de Goldhagen par un critique sévère (et parfois injuste), pour dissuader d'éventuels lecteurs de lire le nouveau livre.
Nobécourt écrit, en effet : «Alfred Grosser avait, ici même (La Croix du 23 janvier 1997 et du 6 octobre 1999), dénoncé les silences, les «erreurs d'information et de logique», le "travail malhonnête" et les injustices [de Goldhagen].»
------------------------
(1) Texte intégral de l'article de Nobécourt: www.la-croix.bayardweb.com/document?docRef=347356&rub=ActArchives. Seule l’édition allemande du nouvel ouvrage de Goldhagen est disponible actuellement. Selon Nobécourt, l’édition originale paraîtra en novembre chez Knopf, à New York.











