LArche n° 598 / mars 2008
[NDLR de L'Arche : La rédaction même du texte indique quil est issu de la partie chrétienne de lorganisation, laquelle nest dailleurs pas inférieure, que ce soit en nombre ou en qualité, à la partie juive.]
Le retour au rituel de St Pie V (la messe en latin), exceptionnellement concédé aux quelques fidèles qui lui demeurent attachés, ne doit pas nous faire oublier que la liturgie de Paul VI élaborée après le concile Vatican II demeure le rituel ordinaire pour lensemble des Catholiques. De plus, dans le cadre de lautorisation de revenir au rituel antérieur, un décret récent du Vatican modifie dans le rite traditionnel la prière pour les Juifs du Vendredi saint afin de lui enlever ce quelle avait doffensant. Cest la rédaction de cette correction qui fait aujourdhui débat.
Le perfidis appliqué aux Juifs avait été supprimé par Jean XXIII ; aujourdhui Benoît XVI enlève la mention de leur « aveuglement ». Malheureusement, une des deux phrases qui composent cette prière mentionne lintention que le peuple dIsraël reconnaisse Jésus comme « sauveur de tous les hommes ». Ceci peut être compris comme enveloppant le prosélytisme tragique du passé, lui donnant, a posteriori, un fondement. Le risque est de susciter chez les Juifs un doute à légard des Catholiques et un scepticisme quant au dialogue avec eux.
Dans ces conditions, il est indispensable de se reporter au texte qui, lors de lélaboration de la déclaration Nostra Aetate, § 4, a été, pour les Pères du Concile, la référence essentielle, la lettre de saint Paul aux Romains. Quand lapôtre parle de « lendurcissement » dIsraël (Rm 11, 23 et ss.), il le fait par rapport à la reconnaissance de Jésus comme Messie, ce qui est un fait, mais il ne nous appelle pas à convertir les Juifs, il dit que la question de leur endurcissement sera résolue quand la « totalité des païens (sera) entrée ». Cest donc de notre propre conversion et de notre mission dans le monde comme Chrétiens que dépend lissue dune rupture, ressentie par lui comme un drame et un « mystère », dont le sens ultime napparaîtra que dans la plénitude des temps.
Lisant cette épître, les Chrétiens deviennent conscients de ce quils oublient trop souvent la dimension eschatologique de leur foi, qui les place dans une perspective davenir où la foi juive et la foi chrétienne sont pleinement respectées. Comme le disait, en 1985, la Commission du Saint-Siège pour les relations religieuses avec le judaïsme, dans ses Notes pour une présentation correcte des Juifs et du judaïsme dans la prédication et la catéchèse de lÉglise catholique, au 2e paragraphe, n° 10 :
« Lorsquil considère lavenir, le peuple de Dieu de lAncienne et de la Nouvelle Alliance tend vers des buts analogues [
] même si cest à partir de deux points de vue différents », lattente de la venue du Messie (point de vue juif)
lattente de son retour (point de vue chrétien). Selon la foi chrétienne, Juifs et Chrétiens vivant en plénitude leur foi « se rencontrent dans une espérance fondée sur une même promesse faite à Abraham » (Gn 12, 1-3, Heb 6, 13-18). [1]
Amitié Judéo-Chrétienne de France
© LArche
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Note de la Rédaction dupjf.org
[1] Nous croyons utile de donner ici le texte original de ce passage des Notes (accessible, entre autres, sur le site convertissez-vous.com).
"En outre, en soulignant la dimension eschatologique du Christianisme, on arrivera à une plus grande conscience que, lorsqu'il considère l'avenir, le peuple de Dieu de l'ancienne et de la nouvelle Alliance tend vers des buts analogues : la venue ou le retour du Messie - même si c'est à partir de deux points de vue différents. Et on se rendra compte plus clairement que la personne du Messie à propos de laquelle le peuple de Dieu est divisé, est aussi un point de convergence pour lui... On peut dire ainsi que Juifs et Chrétiens se rencontrent dans une espérance comparable, fondée sur une même promesse, faite à Abraham..."
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Mis en ligne le 25 mars 2008, par M.











