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Dialogue interreligieux
Dossier : les Juifs messianiques (1ère partie), Antoinette Brémond
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Voir la deuxième partie de ce dossier.

 

20/03/08

 

Un sujet brûlant pour tous. Et pourtant, puisqu’ils existent, il faut en parler. Des Juifs qui croient que Jésus est le Messie d’Israël, et qui, tout en continuant à se dire juifs et tout en partageant la foi chrétienne, ne veulent pas « changer de religion ». Situation difficile car, pour les autorités rabbiniques, ils ne sont plus juifs, et pour les chrétiens des Églises traditionnelles... sont-ils vraiment chrétiens ? Et pourquoi ne sont-ils pas tout simplement catholiques, protestants ou orthodoxes ? Parfois ce qui semble « tout simple » devient problématique ! S’il n’y avait pas eu des Juifs pour reconnaître, dans le Juif Jésus, le Messie d’Israël, il n’y aurait jamais eu de chrétiens, de pagano-chrétiens. Il a fallu ces Juifs vivant il y a 2000 ans en Galilée pour dire :

" Celui de qui il est écrit dans la loi de Moïse et dans les Prophètes, nous l’avons trouvé. C’est Jésus fils de Joseph, de Nazareth ". (Jean 1.45).

Quoi d’étonnant à ce que quelques Juifs d’aujourd’hui, et qui plus est en Israël, le découvrent, le reconnaissent comme Messie d’Israël et désirent en parler autour d’eux ? Avant, on parlait de judéo-chrétiens, maintenant ils s’appellent Juifs messianiques.


Histoire

Si, durant le premier siècle de notre ère, les judéo-chrétiens, appelés nazaréens puis chrétiens, faisaient partie de cette multiplicité de facettes du judaïsme de l’époque, très vite, ils furent exclus des synagogues. En effet après la destruction du Temple, en 70, les pharisiens éliminèrent toutes les « sectes » juives.

Pendant les siècles qui suivirent, les Juifs qui embrassent la foi chrétienne s’intègrent à l’Église des nations, perdant ainsi leur identité juive, aussi bien pour la synagogue que pour l’Église. « Tu n’es plus juif, tu es chrétien, tu as changé de religion ». Cette réalité est toujours actuelle dans le peuple juif : « Un Juif qui se convertit à une autre religion rompt, ipso facto, son appartenance à notre peuple », disait, le 20 octobre 1998, le Grand Rabbin Samuel Sirat.

Pour l’Église il en était de même. Elle désirait établir une distinction nette entre Israël et l’Église. Par exemple, au Synode de Nicée II (730), il fut décidé que toute expression de la foi juive serait bannie de l’Église : la circoncision, le shabbat, les fêtes juives. Il y a encore une cinquantaine d’années, un Juif, pour être baptisé, devait abjurer son judaïsme.

 

Christ Church - Jérusalem

C’est alors qu’en Angleterre, des chrétiens d’origine juive, pour se différencier des chrétiens des nations, fondent, en 1813, les Benei Abraham, une association de Juifs chrétiens. Puis, en 1865, l’Union chrétienne hébraïque voit le jour, formée de Juifs qui, de par leur origine et leur foi en Jésus, Messie d’Israël, se considèrent comme les successeurs des premiers disciples. En 1866, ces deux associations se groupent et forment l’Alliance chrétienne hébraïque. Après la Grande-Bretagne, c’est aux États-unis que se crée, en 1915, l’Alliance chrétienne hébraïque américaine, avec cette même visée de grouper les chrétiens d’origine juive et d’annoncer le Messie aux Juifs. En 1930, ces deux alliances se fédèrent en une Alliance chrétienne hébraïque internationale. Ses membres se distinguent des chrétiens par leur pratique proche du judaïsme. En 1939, ils sont environ 100 000, groupés dans des assemblées autonomes nombreuses, surtout aux États-unis. Ces Juifs hébraïques vont peu à peu se faire appeler Juifs messianiques. Ce terme marque à la fois la spécificité des croyants issus du judaïsme et leur désir de souligner la continuité sans rupture avec leur origine. Ils ne se considèrent pas comme des Juifs convertis, mais comme des Juifs accomplis ou des Juifs croyants.

En 1965, cette alliance deviendra l’Alliance Internationale des Juifs Messianiques (IJMA). Très attentifs aux prophéties et à leur réalisation dans l’histoire contemporaine, ces Juifs messianiques voient, dans la création de l’État d’Israël en 1948, le retour des exilés, la victoire israélienne de 1967 et la réunification de Jérusalem comme un « signe des temps » (Lc 21,24) annonçant la seconde venue du Messie.

Le groupe le plus connu, quoique minoritaire et très controversé, les « Juifs pour Jésus », agit dans deux directions : aider les chrétiens à retrouver l’origine de leur foi et annoncer aux Juifs le Messie.

En France, l’Alliance messianique française compte quelques centaines de membres.


En Israël

En 1948, arrivait en Israël un ancien médecin colonial, juif de naissance, Zeev Koffsmann. Pendant son mandat en Côte d’Ivoire, au contact de l’église pentecôtiste, il avait, avec sa femme, reconnu Jésus comme le Messie d’Israël, tout en se considérant toujours comme Juif à part entière. Révoqué de son poste par les autorités de Vichy, pendant la Deuxième Guerre mondiale, il se sent poussé à venir en Israël et à y fonder une assemblée messianique :

« L’assemblée messianique a quitté Jérusalem en 70 avec le peuple juif au moment de l’exil et y est revenue avec le peuple en 1948 », disait-il.

C’est à lui qu’on doit le mot messianique pour caractériser les Juifs croyant en Jésus.

En 1950 il fonde l’Assemblée messianique d’Israël, qui deviendra l’Assemblée messianique de Jérusalem, désirant ainsi faire revivre l’Église primitive en rendant à la foi chrétienne sa véritable origine et son style de vie juif. Zeev pensait que les Juifs messianiques seraient, dans l’avenir, un pont entre le judaïsme et le christianisme. Jésus-Christ y est nommé selon son nom hébreu : Yeshoua‘ Hamashiah.

D’autres assemblées naissent dans le pays, formées au départ par des immigrants d’Europe, en particulier. En 1973, on compte sept assemblées en Israël, avec environ

0 membres, Juifs et non-Juifs. En 1986, ils sont 3000 ; mais c’est surtout dans les années 1990 que ce mouvement grandit, grâce à l’arrivée des immigrants de l’ancienne URSS. En 1999, environ 5 000 messianiques se regroupent dans 69 assemblées et 12 groupes de maison. A Jérusalem, en 1986, il n’y avait que l’assemblée messianique fondée par Koffsmann, rue des Prophètes. En 2008, il y en a une vingtaine, sans compter les groupes de maison. Combien en Israël ? C’est difficile à dire, tant ces assemblées sont fluctuantes, se divisant ou se joignant entre elles. On parle actuellement de 6 000 à 10 000 messianiques dans le pays.


Profil des assemblées

Les assemblées comptent entre 20 et 250 membres. Chacune est indépendante, a son propre profil, son histoire, sa vision, ses pasteurs et sa théologie. Pourtant, tout en étant très variées, elles ont des traits communs aussi bien dans leurs théologies, leur prière, que dans leurs pratiques. Toutes mettent l’accent sur la seconde venue du Messie. Et, en cela, dans cette attente fervente de la rédemption, elles sont proches de certains courants du judaïsme. Toutes (ou presque) ont adopté le calendrier juif, se réunissant le shabbat, parfois le vendredi soir à l’entrée du shabbat. Toutes célèbrent les fêtes de pèlerinage, Pessah, Shavouot et Souccot, fêtes où le Dieu d’Israël intervient dans l’histoire de son peuple. Pour eux, Jésus est venu accomplir ces fêtes : c’est à Pessah, fête de la sortie d’Égypte, que Jésus est mort et ressuscité ; c’est à Shavouot, fête du don de la Tora, que le Saint Esprit est descendu sur les apôtres ; et, pour certains, Souccot est l’époque de la naissance de Jésus. Certaines fêtes chrétiennes ont donc changé de date et d’autres ne sont pas célébrées. Ont également leur place les autres fêtes du calendrier : Pourim, Hanouca, la fête de l’Indépendance, etc.

Toutes ces assemblées se sentent très concernées par la situation politique du pays, suppliant Dieu pour que sa volonté soit faite. Les prophéties, interprétées de façon littérale, donnent le ton à leur intercession pour le pays. Les garçons sont circoncis et une cérémonie particulière est organisée lors de leur Bar Mitzva, soit au Mur, soit dans le lieu de culte. [On veut] que chaque enfant se sente Juif et Israélien à part entière. La plupart des assemblées se déroulent en hébreu, avec, très souvent, des traductions simultanées en russe, anglais, parfois allemand et français. Il faut dire que, dans la majorité de ces assemblées, les nouveaux immigrants ne possèdent pas suffisamment l’hébreu et qu’il y a souvent des visiteurs étrangers.

Pour tous, l’Écriture Sainte comprend le Tanakh (Ancien Testament) et le Nouveau Testament, la Bible étant pour eux tout entière juive et Parole de Dieu. Ils célèbrent la Sainte Cène en général une fois par mois. Le baptême est proposé aux adultes ayant adhéré au Messie. Il se pratique par immersion, comme dans l’Église primitive. On ne trouve jamais de croix dans leurs lieux de culte, par contre une ménora, l’étoile de David, parfois un schofar, des bannières avec des versets bibliques en hébreu... ou même le drapeau d’Israël. Le déroulement du culte est sensiblement le même : une heure de louange, souvent la lecture d’une partie du texte de la synagogue, le sermon d’une heure, prière et témoignages. Le Shema, la bénédiction des Cohanim, mais aussi le Notre Père, y ont leur place. Les femmes ne prêchent pas. Il y a également un service pour les enfants. Tous les messianiques mettent l’accent sur l’importance du témoignage : « Nous l’avons trouvé ».


Des différences

  • Certaines assemblées voulant s’identifier davantage au judaïsme ont, dans leur lieu de culte, le rouleau de la Tora et suivent partiellement la liturgie de la synagogue. Certains fidèles portent la kippa et le châle de prière. Mais leur lieu de culte ne s’appelle pas « synagogue » ni leurs pasteurs « rabbins » comme aux États-unis. Les membres de ces assemblées pratiquent certaines lois juives : la kashrout, le respect du shabbat, etc.
  • Les assemblées charismatiques donnant beaucoup d’importance aux dons de l’Esprit selon les Actes des Apôtres se regroupent parfois pour des temps de louange ou d’intercession. D’autres sont opposées à ce mouvement. Cette friction entre les charismatiques et les non-charismatiques fait penser au différend entre les Hassidiques et les « Mitnagdim » (opposants), [dans le judaïsme].
  • Des assemblées messianiques russes ont été créées dans les années 90 par des Juifs de Russie, déjà évangéliques ou pentecôtistes dans leur pays d’origine. Ces assemblées conservent souvent leur style évangélique. La moitié de leurs membres actuels étaient déjà chrétiens avant de venir en Israël. Mais on trouve également beaucoup de Juifs de Russie dans les assemblées hébraïques.
  • Les assemblées éthiopiennes. De même, parmi les nouveaux immigrants d’Éthiopie, plusieurs étaient attachés à des églises évangéliques en Éthiopie. Ils créent donc des congrégations leur permettant de continuer à prier en amharique. Les jeunes préfèrent se joindre à des assemblées hébraïques.
  • Quelques assemblées prient en anglais.


Les lieux de culte

Les cultes ont lieu dans des appartements ou des salles privées, généralement en location, rarement dans une église. Citons, par exemple, l’assemblée de « l’Agneau sur le mont Sion », qui tient ses réunions dans l’Église anglicane Christ Church à Jérusalem. Certaines assemblées ont acheté ou construit. Signalons « le Pavillon », grande salle de 700 places, achetée par l’assemblée King of king au centre ville de Jérusalem, au rez-de-chaussée d’un bâtiment de 14 étages. La même communauté possède également le quatorzième étage, lieu de prière où se succèdent les intercesseurs d’Israël et de toutes les nations.


La relève

Avec la deuxième et la troisième génération de messianiques, ce mouvement devient de plus en plus israélien. On parle hébreu sans accent étranger, et ces jeunes adultes s’impliquent dans la société. On les retrouve à l’armée, à l’université, et dans tous les secteurs professionnels, même s’ils restent une infime minorité. Certains participent à des associations israéliennes d’aide humanitaire. Pour lutter contre l’avortement, ils ont lancé l’association « Pro Life » et se mobilisent pour aider les femmes en difficulté. Ces jeunes parlent très simplement et librement de leur foi.


Les pasteurs

Les premiers pasteurs de ces assemblées étaient, pour la plupart, des nouveaux immigrants d’Amérique, de Russie, de France, ou d’Éthiopie. Beaucoup avaient reçu une formation biblique dans l’une ou l’autre écoles évangéliques de leur pays. Dans les années 80, quelques écoles bibliques sont créées en Israël. Citons :

  • Beit Emmanuel Study, à Jaffa jusqu’en 1989.
  • Le centre Caspari de Jérusalem, avec son programme Telem qui donne un cours mensuel sur un an en hébreu pour préparer au ministère pastoral. Les élèves arabes chrétiens sont les bienvenus.
  • La « Messianic Midrashah », créée en 1993 par un pasteur israélien, qui dispense un enseignement biblique, archéologique, de littérature rabbinique et de théologie pratique.
  • I.C.B, (Israel College of the Bible), la seule institution académique messianique, avec ses trois implantations : Jérusalem, Tel-Aviv et Haïfa. Elle donne ses cours en hébreu, anglais et amharique.
  • Plusieurs assemblées organisent régulièrement des cours de formation pour leurs membres. Il est certain que la formation théologique et pratique des cadres messianiques israéliens n’en est qu’à ses débuts.

Quelques nouveaux pasteurs, ayant étudié la pensée rabbinique et la lecture juive des Écritures désirent ouvrir leur assemblée à cette approche juive de la Parole. Tout bouge dans ce mouvement.

 

Antoinette Brémond


(A suivre)

 

© Un écho d’Israël

 

Mis en ligne le 20 mars 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org

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