08/02/08
Texte repris du site de "Un écho dIsraël".
Les rabbins italiens demandent « une pause » dans le dialogue judéo-catholique suite à la promulgation, le 5 février dernier, de la nouvelle version dans le rite tridentin de la prière pour les Juifs du Vendredi Saint. La réaction de certaines autorités rabbiniques était prévisible. Ce texte, qui ne fait que retoucher lancienne formulation de ce rite, ne pouvait quengendrer une polémique.
Insistons pour dire que cette prière ne concerne quune infime partie des catholiques, fidèles à lancien rite latin. La belle formulation du missel de Paul VI de la prière pour les Juifs, le Vendredi Saint, reste inchangée. Cette retouche est destinée à un public qui, dans sa grande majorité, est héritière dune tradition anti-juive, voire parfois antisémite. Si ces chrétiens ne considèrent plus le peuple juif comme déicide, cest déjà un progrès notable.
Ce texte liturgique est donc une concession pastorale à une communauté à la frange de lEglise catholique. Elle nimplique en rien un changement dattitude, aussi bien sur le plan théologique que sur le plan du dialogue.
Qui mieux quun Juif peut comprendre que la tradition est fondamentale et quune phrase liturgique, même malheureuse, ne saurait effacer plus de 40 ans de dialogue entre le peuple dIsraël et les catholiques ?
Cette formulation reflète également un courant de pensée au sein de lEglise (pas seulement catholique), qui interprète dune façon différente les Ecritures à propos du statut du peuple dIsraël dans léconomie du salut.
Dans certains milieux juifs, on a parfois tendance à penser lEglise catholique comme une pyramide, oubliant quil existe des écoles théologiques et des courants de pensée très divers. Chaque texte ou discours prononcé à Rome par le pape ou un cardinal nest pas le dernier mot du magistère, loin de là. Notons ici, dailleurs, que la dernière phrase de la prière est une citation presque littérale de Rm 11, 25, qui est ouverte à de nombreuses interprétations.
De même, il serait faux de voir le pape comme un Premier ministre qui annule les décisions de son prédécesseur. La tradition est ici fondamentale. Benoît XVI, avec ses accents propres, se situe dans la ligne de Jean-Paul II, et les acquis dans les relations judéo-catholiques ne sont pas remis en cause.
Aucun texte sorti dun dicastère romain, ou signé de la main de Benoît XVI, na été envoyé aux évêques pour leur demander dorénavant de prier pour la conversion des Juifs dans les églises. Aucun document officiel de lEglise ne vient altérer les progrès de ces 40 dernières années.
Dans le judaïsme, lopinion de Rachi nest pas annulée par celle de Rabénou Tam. Elles existent conjointement et donnent lieu à des discussions et à de nouvelles interprétations. Qui mieux quun rabbin peut comprendre cela ?
Les rabbins italiens demandent une pause dans le dialogue comme si nos propres traditions, juives et chrétiennes, pouvaient être, pour un temps, des monologues ! Cest justement en période de crise que le dialogue est nécessaire.
La « mahloquet » (divergence dopinions) nexiste pas seulement dans le judaïsme, mais aussi dans le monde chrétien. Sil y a mahloquet, il faut absolument continuer la discussion, aussi bien entre catholiques (et ça risque de chauffer sur ce sujet !) quavec les Juifs.
Texte de la prière pour les Juifs selon le rite tridentin
"Oremus et pro Iudaeis, Ut Deus et Dominus noster illuminet corda eorum, ut agnoscant Iesum Christum salvatorem omnium hominum. Oremus. Flectamus genua. Levate. Omnipotens sempiterne Deus, qui vis ut omnes homines salvi fiant et ad agnitionem veritatis veniant, concede propitius, ut plenitudine gentium in Ecclesiam Tuam intrante omnis Israel salvus fiat. Per Christum Dominum nostrum. Amen".
Traduction :
Prions pour les juifs. Que notre Dieu et Seigneur illumine leurs curs, pour quils reconnaissent Jésus comme sauveur de tous les hommes.
Prions.
Fléchissons les genoux.
Levez-vous.
Dieu éternel et tout-puissant, qui veux que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité, accorde, dans ta bonté, que, la plénitude des nations étant entrée, tout Israël soit sauvé. Par le Christ notre Seigneur. Amen.
Texte de la prière pour les Juifs, le vendredi saint, du missel de Paul VI :
« Prions pour les Juifs à qui Dieu a parlé en premier : quils progressent dans lamour de son Nom et la fidélité à son Alliance.
Dieu éternel et tout puissant, toi qui as choisi Abraham et sa descendance pour en faire les fils de ta promesse, conduis à la plénitude de la rédemption le premier peuple de lAlliance, comme ton Église ten supplie. »
Jean-Marie Allafort
© Un écho dIsraël
Mis en ligne le 8 février 2008, par M.











