Sur le blogue de lauteur.
Jaimerais soumettre aux lectrices et lecteurs, ci-dessous, quatre documents qui, selon moi, aident à comprendre en quoi un catholique peut être, aussi, un sioniste. Que les personnes de bonne volonté y voient un effort de transparence de ma part. Que les autres personnes y voient ce quelles voudront bien y voir, ou ne pas y voir. On ne doit jamais consacrer trop de temps aux personnes qui sinforment peu, qui savent tout et qui ont toujours raison. Pourquoi ne doit-on pas leur consacrer trop de temps ? Mais parce quelles sont trop nombreuses, tout simplement.
Premier document
Sur le site catholique Vox dei, on peut lire que lEglise catholique a condamné lantisionisme comme une forme masquée dantisémitisme. LEglise catholique a formulé cette condamnation dans une déclaration conjointe, rendue publique, mais guère mentionnée par les médias, en juillet 2004, à lissue dun forum dintellectuels juifs et catholiques [1]. La condamnation catholique de lantisionisme a également fait lobjet, le 30 juillet 2004, dun article de Shlomo Shamir dans le journal israélien Haaretz (début de citation de Shlomo Shamir) [2]:
« Dans la déclaration conjointe, lEglise catholique met lantisionisme en rapport avec lantisémitisme. Lannonce en a été faite, en 2004, à Buenos Aires, lors dun colloque de religieux, duniversitaires et autres personnalités juives et catholiques. Lantisémitisme est inacceptable quelle que soit sa forme, y compris celle de lantisionisme qui est devenu dernièrement une manifestation dantisémitisme, a souligné la déclaration conjointe. Cétait la première fois que lEglise catholique mettait en relation lantisionisme et lantisémitisme. La déclaration comprend également une condamnation ferme du terrorisme, et plus particulièrement du terrorisme au nom de la religion. Le terrorisme est un péché contre lhomme et contre Dieu. Le terrorisme fondamentaliste au nom de Dieu est injustifiable. Ilan Steinberg, directeur du Congrès Juif Mondial, un des organisateurs du forum, avait qualifié la déclaration conjointe de moment historique. Pour la première fois, lEglise catholique reconnaît dans lantisionisme une agression non seulement contre les Juifs mais contre le peuple juif en tant que tel. Déminentes personnalités juives qualifièrent cette déclaration publique de soutien de lEglise catholique face à lantisionisme. Par le passé, le sionisme était qualifié de racisme, et cette déclaration fait maintenant de lantisionisme lui-même une forme de racisme, avait déclaré un responsable juif à New York. » (Fin de la citation de Shlomo Shamir).
Deuxième document
Le 12 août 2007, sur le site Terre d'Israël, André Namiech publiait un document signalant que le dictionnaire emploie les mêmes définitions pour désigner lidolâtrie et le fanatisme (début de citation de André Namiech) :
« Cest un amour excessif, aveugle et intransigeant voué à quelquun, à quelque chose, voire même à une doctrine ou à une opinion. LHistoire a montré que, malgré la bannière de lenseignement de lamour du prochain sous laquelle il se présentait, le Christianisme na pu empêcher les guerres qui ont endeuillé les peuples, même parmi ceux qui se réclamaient des mêmes convictions religieuses. Les différentes interprétations des Ecritures, leur esprit et leurs applications, ont été la cause des pires excès et dun fanatisme (
) qui a abouti à son apogée destructrice avec la "Shoah", au XXe siècle. Lors dune conférence organisée à Genève, à loccasion du 59ème anniversaire de la création de lEtat dIsraël, labbé Alain René Arbez, responsable, auprès de lEglise [de Genève], des relations avec le judaïsme, a prononcé un discours pour rappeler les changements intervenus au sein de léglise catholique. Citant tour à tour Jean XXIII et Jean Paul II, labbé Arbez confirmait : Non, lAlliance conclue par Dieu avec Israël navait pas été abrogée. Loin dêtre une branche morte, les Juifs sont les frères aînés des Chrétiens. La foi juive est intrinsèque au Christianisme, car qui rencontre Jésus, rencontre dabord le Judaïsme [3]. En 2004, lors dun symposium à Buenos-Aires, la commission pontificale pour les relations avec le Judaïsme a officiellement condamné lantisionisme, car la plupart du temps, il nest que prétexte à banaliser la haine contre les Juifs par la diabolisation dIsraël. Ce qui est diabolique avec le fanatisme, cest quil invoque des raisons particulières et mensongères pour justifier ses débordements et ses excès. On la vu avec le fascisme hitlérien et avec le communisme stalinien ; on le voit, aujourdhui, avec lintégrisme musulman, qui a pris à son compte les héritages mortifères qui ont endeuillé la planète, et dont lantijudaïsme constituait le dénominateur commun. » (Fin de citation dAndré Namiech).
Troisième document
Dans « Le sionisme et les églises », Jean-Daniel Chevalier [4] fait notamment les remarques suivantes (début de citation de Jean-Daniel Chevalier) :
« Lors du Concile Vatican II, sous limpulsion du Pape Jean XXIII, lEglise adopte une attitude plus positive vis-à-vis du peuple juif. Indirectement, le regard change aussi vis-à-vis de lEtat dIsraël. LEncyclique [5] Nostra Aetate, qui réhabilite le peuple juif, est votée en 1965, malgré lopposition des conservateurs. Elle rappelle que Dieu ne regrette ni ses dons, ni ses appels [6] à son peuple, Israël. Ce climat plus favorable entraîne une rencontre entre le Pape Paul VI et le Président israélien, Zalman Shazar, en 1964. En 1975, le Vatican envoie un message dans lequel il reconnaît la légitimité du sionisme [7] et de lEtat dIsraël (
) Cest lors des Accords dOslo, en 1993, que le pas décisif est franchi. Le Vatican signe avec lEtat dIsraël un accord fondamental qui scelle la reconnaissance de lEtat dIsraël, mentionnant également la nature unique de la relation entre lEglise catholique et les Juifs (
) Le Pape Jean-Paul II, plutôt philosémite (réd. ami des juifs), tout comme son successeur, Benoît XVI, parachèvera là, en quelque sorte, un long parcours (
) A côté de ce pragmatisme officiel, il y a, dans le monde catholique, un courant favorable au sionisme, avec une argumentation positive. La dimension théologique est présente par le fait que le peuple juif est le peuple de lalliance pour lequel les promesses subsistent (
) Le philosophe catholique Jacques Maritain (1882-1973) a uvré, durant de longues années, à la lutte contre lantisémitisme, lors de laffaire Dreyfus, lors de la deuxième guerre mondiale, et ce jusquà sa mort. Il fut Ambassadeur de France au Vatican et usa de sa position pour faire avancer le dossier juif dans lEglise catholique. Il était un sioniste convaincu. Il est le père spirituel dun courant favorable au sionisme et à lEtat dIsraël dans le catholicisme, courant actif en particulier dans lAmitié judéo-chrétienne (
) Du côté des catholiques favorables au sionisme, le témoignage du père Emile Shoufani, curé de Nazareth, arabe palestinien de nationalité israélienne, est assez exceptionnel. Cet homme uvre ardemment pour la réconciliation des Juifs et des Arabes. Il est un chrétien sioniste engagé, intégrant dans sa démarche une longue méditation sur le destin juif. » (Fin de citation de Jean-Daniel Chevalier).
Quatrième document
Revue Sens, N° 8, août 2004, pp. 419-440
Dans son article intitulé "Le combat de Jacques Maritain contre l'antisémitisme", Yves Chevalier, présente plus en détail le catholique sioniste Jacques Maritain.
(Début de citation dYves Chevalier) : «
Maritain a largement utilisé la "parole" - écrite ou orale - pour exprimer ce quil considérait, au niveau de la constitution de la société ou à celui des rapports entre les hommes, comme les conséquences nécessaires des principes à la fois du droit naturel et de la raison ; et il a, pendant près de cinquante ans, mené un combat qui ne fut pas sans courage. Maritain na jamais été antisémite. Dans le fameux texte de sa communication devant les participants à la première Semaine des écrivains catholiques, il prend soin dinsister, à plusieurs reprises, sur le fait, cest Maritain qui le dit, "que (
) la tâche de lécrivain catholique est alors déclairer lopinion publique et de lui apprendre à raisonner de ces choses sans haine, en gardant la discipline quil convient (
) Les passions populaires et les pogroms nont jamais résolu aucune question, bien au contraire (
) il ne faudrait pas que la question juive serve de dérivatif au mécontentement et aux déceptions de lheure présente, de telle manière que le Juif apparaisse, dans une sorte de mythologie simpliste, comme lunique cause des maux dont nous souffrons (
) Plus la question juive devient politiquement aiguë, plus il est nécessaire que la manière dont nous traitons de cette question soit proportionnée au drame divin quelle évoque ; il est incompréhensible que des écrivains catholiques parlent sur le même ton que Voltaire de la race juive et de lAncien Testament, dAbraham et de Moïse". Maritain précisera (réd. 1941) : "Lantisémitisme est la peur, le mépris et la haine du peuple juif, et la volonté de le soumettre à des mesures de discrimination. Il y a bien des formes et des degrés dantisémitisme. Sans parler des formes monstrueuses que nous avons à présent sous les yeux, il peut prendre la forme dun certain orgueil et préjugé hautain, nationaliste ou aristocratique ; ou de simple désir de se débarrasser de concurrents gênants ; ou dun tic de vanité mondaine ; voire dune innocente manie. Aucune nest innocente, en réalité. En chacune un germe est caché, plus ou moins inerte ou actif, de cette maladie spirituelle qui, aujourdhui, éclate à travers le monde en une phobie fabulatrice et homicide". Maritain écrira encore : "Il est difficile de nêtre pas frappé de lextraordinaire bassesse des grands thèmes de la propagande antisémite. Les hommes qui dénoncent la conspiration mondiale juive [
] le meurtre rituel [...] semblent nés pour attester quil est impossible de haïr les Juifs en restant intelligent [
] À un esprit suffisamment attentif, cette étonnante bassesse apparaît elle-même comme inquiétante, elle doit avoir un sens mystique. La sottise poussée trop loin confine au mystère". Maritain avait aussi écrit, en 1937, dans Limpossible antisémitisme, que "lémancipation des Juifs, réalisée par la Révolution française, est un fait que les peuples civilisés, pour autant quils veulent rester tels, doivent tenir pour acquis". Reprenant un thème déjà utilisé par Léon Bloy lorsque, dans Le Salut par les Juifs, il affirmait : "lhistoire des Juifs barre lhistoire du genre humain comme une digue barre le fleuve, pour en élever le niveau", mais en léclairant dune méditation sur les chapitres de lÉpître aux Romains, où saint Paul traite de la destinée dIsraël après son faux-pas. Maritain définit lIsraël peuple de Dieu comme témoin des Écritures (
) comme témoin du surnaturel
cest-à-dire de lexistence dun au-delà du monde. Pour Maritain, au point de vue de sa caractérisation morale dans les perspectives catholiques, et lorsquil se répand parmi ceux qui se disent les disciples de Jésus-Christ, lantisémitisme apparaît comme un phénomène pathologique qui révèle une altération de la conscience chrétienne quand elle devient incapable de prendre ses propres responsabilités dans lhistoire et de rester existentiellement fidèle aux hautes exigences de la vérité chrétienne. Alors, au lieu de reconnaître, dans les épreuves et les épouvantes de lhistoire, la visitation de Dieu, et dentreprendre les tâches de justice et de charité requises par cela même, elle se rabat sur des fantômes de substitution concernant une race entière. Lantisémitisme reste, pour Maritain, la négation même du Message du Christ, ce qui explique que, puisque, spirituellement, le chrétien est un sémite, il ne peut concevoir un chrétien antisémite ; en même temps, il interprète lantisémitisme, quelles quen soient les formes, comme une maladie spirituelle qui soppose à luvre de Dieu. En sattaquant à Israël, au peuple dIsraël en tant que tel, cest léthique universaliste du Décalogue que lon met en question ; et en exterminant les Juifs, cest cette même éthique que lon veut éradiquer de la surface de la terre. Dans le dernier ouvrage quil publie en 1970 : LÉglise du Christ, Maritain constate que, progressivement élaborée au cours dun affrontement multiséculaire, la haine contre le peuple de la promesse était essentiellement religieuse (ce qui a conduit, à de nombreuses reprises, la papauté à prendre la défense des Juifs) ; et que ce nest quà lépoque moderne quelle a pris une autre dimension, résolument séculière (
) Il convient donc que le théologien en tienne compte dans sa compréhension de lAmour - unique, pour le Peuple dIsraël et pour lÉglise - du Dieu Unique. Cest surtout après la Guerre, et en particulier lors de son séjour à Rome comme Ambassadeur de France près le Saint-Siège, que Maritain entreprendra un certain nombre de démarches directement liées à ce combat contre lantisémitisme (
) Maritain tire la conclusion que ce dont Juifs et Chrétiens ont aussi, et par-dessus tout, besoin, cest quune voix - la voix paternelle, la Voix par excellence, celle du Vicaire de Jésus-Christ (réd. du Pape) - dise au monde la vérité (
) pour témoigner de Sa compassion pour le peuple dIsraël, renouveler les condamnations portées par lÉglise contre lantisémitisme (
) pour préserver les âmes et la conscience chrétienne dun péril spirituel toujours menaçant et pour toucher les curs de beaucoup dIsraélites. Maritain avait épousé une juive (
) ainsi écrit-il : Je voudrais être Juif par adoption, puisque aussi bien, jai été introduit par le baptême dans la dignité des enfants dIsraël (
) je suis des vôtres, oui, - juif par amour, je ne dis pas seulement spirituellement sémite, comme est tout chrétien, mais ethniquement juif, lié dans ma chair et ma sensibilité aux tribus dIsraël et à leur destinée ici-bas. Ce nest pas par hasard quAndré Chouraqui demandera plus tard, en 1950, à Jacques Maritain de préfacer sa traduction des Devoirs du Cur, de Bahya Ibn Paqûda (
) Mais cet amour pour Israël (
) me paraît reposer sur deux piliers essentiels : le texte des chapitres IX à XI de lÉpître aux Romains et une vision particulière de la mission dIsraël par rapport à, et en face de, celle de lÉglise (
) Maritain poursuit : "Il y a une relation supra-humaine dIsraël au monde, comme de lÉglise au monde (
) Aux yeux dun Chrétien qui se souvient que les promesses de Dieu sont sans repentance, Israël continue sa mission sacrée (
) Israël, comme lÉglise, est dans le monde et nest pas du monde ». Ce face à face entre Israël et le monde, et le conflit qui y est inscrit, expliquent lantisémitisme ; mais le double face à face commun entre Église-Israël et le monde, interdit au Chrétien dêtre antisémite. » (Fin de citation dYves Chevalier).
© Michel Garroté
[1] On peut en lire le texte sur le site dupjf.org, sous le titre "Déclaration Chrétiens et Juifs : Antisionisme = antisémitisme". Le passage afférent à cette thématique est le suivant : « Ces quarante dernières années de notre dialogue fraternel contrastent nettement avec deux millénaires d'un "enseignement du mépris" et toutes ses douloureuses conséquences. Nous nous sentons encouragés par les fruits de nos efforts collectifs qui incluent la reconnaissance de la relation d'alliance unique et intacte entre Dieu et le peuple juif et le rejet total de l'antisémitisme sous toutes ses formes, y compris l'antisionisme comme manifestation plus récente de l'antisémitisme. »
[2] On peut lire, sur le site upjf.org, la traduction française de cet article, due à Nicolas Ciarapica, pour Vox dei. Voir : "Pour l''Eglise catholique, l'antisionisme est de l'antisémitisme".
[3] On peut lire lintégralité de lallocution de labbé Arbez sur le site upjf.org : "Yom Haatsmaout: Discours de lAbbé Arbez, en présence de l'ambassadeur d'Israël à l'ONU".
[4] Dans une longue et intéressante étude en 10 parties, que lon peut consulter sur le site Primo Europe.
[5] Notra Aetate, nest pas une encyclique, mais une Déclaration conciliaire (1965) consacrée aux rapports de lEglise avec les religions non chrétiennes, et dont une partie (§ 4) est consacrée au peuple juif.
[6] Plutôt qu"appels", au pluriel, je suppose que M. Chevalier veut dire "son appel", autrement dit le choix que Dieu a fait de son peuple, et que, au témoignage de Paul, cité par le Concile, Il na pas révoqué "car les dons et lappel de Dieu sont irrévocables" (Rm 11, 29).
[7] Je ne vois pas sur quel texte M. Chevalier se base pour affirmer que le Pape Paul VI aurait « reconnu la légitimité du sionisme ».
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Mis en ligne le 14 septembre 2007, par M.











