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La méditation du cardinal Lustiger dans ce livre tourne autour de deux axes majeurs. Le premier revient à démontrer que le Messie est « le sauveur de tous ». Jésus accomplit les « commandements », creusets de lAlliance avec le peuple élu. Il ny a donc pas de contradiction : « La figure de Jésus est en même temps celle des siens, de son Église et celle dIsraël. »
Le second axe veut lever un malentendu historique entre juifs et chrétiens et revient sur une idée centrale du cardinal Lustiger qui donne à lÉglise de Jérusalem un rôle historique. Elle était, à lorigine, « seulement composée de juifs disciples de Jésus ». Cette Église ex circumcisione, qui a vécu un « grand drame spirituel non achevé », aurait aujourdhui un rôle historique à jouer : « Elle pourrait remplir, associée aux communautés chrétiennes arabes, la mission confiée par Jésus à ses disciples. » En voici quelques extraits.
La tentation pagano-chrétienne
« LAncien Testament nest ni une propédeutique, ni une préparation littéraire, ni un recueil de thèmes et de symboles : cest un chemin véritable, nécessaire et actuel. Actuel, non par des rapprochements anecdotiques, mais par la communion et lobéissance à Dieu ; actualité spirituelle de lentrée dans le mystère de lÉlection.
Si les païens qui ont accès à lAlliance dans le Christ ne font pas ce chemin, ils risquent de nêtre pas réellement convertis et, donc, de mépriser le Christ, alors même quils croyaient lhonorer. Cest la tentation permanente des peuples pagano-chrétiens. (
) Dès lors, la figure du Christ est réduite à la figure mythique ou purement païenne de la divinité à laquelle la raison occidentale impose son triomphe. »
LÉglise
« Lune des erreurs doptique où se porte le désir spirituel est de projeter sur le présent de lÉglise une e schatologie réalisée au rabais. Cette erreur défigure lespérance chrétienne. Elle transforme la vie chrétienne en un mythe ou, à linverse, en une insupportable tyrannie. On essaiera, par des moyens humains, de faire de la société chrétienne une figure du Royaume des cieux, alors quelle nen est que la caricature souvent infernale. Dieu nous donne au contraire la force despérer. (
) Ce temps-ci nest quun temps obscur, despérance et de fidélité, et non pas le temps de la gloire. »
Le mystère dIsraël
« Le mystère dIsraël, cest indissolublement le mystère des chrétiens. Cest cela même que nous sommes tentés de refuser, que nous refusons sans cesse, et qui nous fait considérer le mystère dIsraël comme étranger à la foi chrétienne. Du coup, tout di scours sur Israël tenu par des chrétiens risque dêtre insupportable à Israël. Cependant, le but de notre méditation nest pas dêtre supportable ou insupportable aux juifs, mais dêtre nous-mêmes dans la vérité de ce que Dieu nous demande. Il faut donc comprendre quil sagit dun mystère chrétien, et fondamentalement chrétien. (
).
Si lon prétend en faire léconomie, on dévoile combien, et de quelle manière on est peu chrétien. (
) La question est de comprendre comment des gens cultivés, de bonne foi, sincèrement chrétiens, peuvent être amenés à ce refus denracinement. (
) Cest lobjet dun combat spirituel qui demande un choix par rapport à Dieu et donc suppose loffrande de la vie. (
) Aussi la théorie du rejet dIsraël apparaît comme un non-sens, une absurdité, puisquelle prétend que Dieu serait infidèle à son Alliance. Ce nest pas comprendre le mystère du Christ lui-même. »
Un test absolu
« Le sort fait aux juifs est le test de la manière dont les païens devenus chrétiens acceptent en vérité le Christ. Cest vraiment le test absolu. Il ne sagit pas là simplement du rapport entre lamour du prochain et lamour de Dieu. Le juif est le signe strict de lÉlection, et donc du Christ. Ne pas reconnaître son Élection, cest ne pas reconnaître lÉlection du Christ. Et cest être incapable daccepter sa propre Élection. Il y a là une logique implacable. »
Lantisémitisme chrétien
« Il nous faut de plus aujourdhui accepter quIsraël soit lui-même, que les juifs soient eux-mêmes et se définissent comme ils lentendent. Il ne faut pas idéaliser. Ils sont, comme les chrétiens, un peuple de pécheurs qui a à se convertir, à être fidèle à la grâce qui lui est faite. (
) Enfin, lantisémitisme chrétien apparaît non pas comme un problème particulier de racisme parmi dautres, mais en vérité comme un péché un péché dont lénormité est significative dune infidélité profonde à la grâce du Christ. Dans ce que les chrétiens récusent dIsraël est attesté ce quils rejettent du Christ et quils navouent pas comme un refus.
Pour la con science chrétienne, ce que lon nomme « la question juive » nest pas le problème dune minorité raciale, ethnique ou culturelle. Dans tout peuple, dès lors quil y a une population étrangère, naissent des réflexes xénophobes. (
) Quand ce mécanisme sempare des chrétiens à légard des juifs, il touche immédiatement la foi des chrétiens. Les juifs ne sont ce quils sont que dans la mesure où ils sont dabord les témoins de lÉlection. Leur rejet est, de la part des chrétiens, que ceux-ci le veuillent ou non, une appropriation abusive ou blasphématoire de lÉlection. Cest refuser concrètement la réalité du don de Dieu, des chemins de Dieu. »
Aaron Jean-Marie, Cardinal Lustiger *
© Parole et silence et La Croix
* Extraits de La Promesse (Éd. Parole et Silence, 224 pages).
Mis en ligne le 6 août 2007, par M. Macina, sur le site upjf.org
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