Article paru dans la revue italienne LUnita
Texte original italien (sur le site La voce di Fiore) : "Tullia Zevi a Ratzinger: «O converte o dialoga»
Traduction française : Menahem Macina
« Espérer la conversion est légitime et cest dans la nature du catholicisme. Ce qui nest pas acceptable cest dagir en vue de la conversion. Ou lon se convertit ou lon dialogue. Cest pourquoi je suis préoccupée de la remise en vigueur, décidée par Benoît XVI, de la prière pour les Juifs "à convertir" ».
Celle qui sexprime ainsi est une des figures les plus notables et représentatives du judaïsme italien : Tullia Zevi, ancienne présidente de lUnion des communautés juives dItalie. Et de souligner :
« Cest un principe fondamental, tout ce qui peut servir à dissiper les équivoques et à éliminer les erreurs est important. »
« Doù limportance du dialogue religieux, insiste-t-elle, parce que personne ne peut accorder ni obtenir quoi que ce soit sans une consultation réciproque permanente. Ma crainte est que ce besoin de dialogue ne sassoupisse. »
Partant de cette déclaration de principe exigeante, je vous le demande : comment concilier la nécessité de la relance du dialogue interreligieux avec le rétablissement, par le Pape Ratzinger, de la prière pour que les juifs « se convertissent » ?
« Ou lon se convertit, ou lon dialogue. Je pense quil est important dinsister sur un rapport dialogique équivalent, dans lequel les deux parties soient vraiment équivalentes, et que le dialogue soit vraiment un dialogue. Ma crainte est que diminue lesprit de dialogue. Il me semble que nous nous rencontrons peu et que nous parlons encore moins. Il y avait un secrétariat qui devait présider aux rapports religieux entre christianisme et judaïsme : que fait-il pour favoriser le dialogue ? Il serait nécessaire que se produise un réveil, que se créent des occasions et des lieux de rencontre ! Je pense aussi à un échange à trois qui inclue aussi les évangéliques. »
Je voudrais revenir sur la prière contestée, dont on a supprimé le passage qui parlait des « juifs perfides », mais dans laquelle subsiste la prière pour la conversion [des juifs]. Cela peut-il se concilier avec le dialogue ?
« Non, ce nest pas faisable. Personne ne peut empêcher [les chrétiens] despérer la conversion [des juifs], mais la demander ou prier pour quelle se produise, non. Il est dans la nature du christianisme daspirer à la conversion, mais ce qui est inacceptable, cest dagir pour quelle se produise. Parce que cest en contradiction avec la recherche du dialogue. Il y a aussi un autre point quil faudrait souligner
»
Lequel, Madame Zevi ?
« La recherche de la conversion est toujours à sens unique, et donc intrinsèquement inégale. Parce que nous autres, juifs, ne cherchons pas à convertir, et pour ce qui est de la vérité, nous ne faisons pas non plus dénormes efforts pour la conserver
»
Avez-vous le sentiment que derrière certains di
« Il ny a pas de symptômes extérieurs, je dirais que laspiration à convertir est incoercible, parce que cest la nature du christianisme, religion évangélique, apostolique et "convertisseuse". Le christianisme, surtout le catholicisme, appelle [tout le monde] à lui. Limportant est que cette "ardeur" à convertir ne force pas, quil ne devienne pas agressif au point de rendre vains les motifs du dialogue. De ce point de vue, il ny a pas de doute que les rapports avec les [évangéliques] vaudois sont moins compliqués. Permettez-moi dajouter que cette recherche du dialogue a comme présupposé fondamental la connaissance que lautre a de lui-même : cest pourquoi je continue à considérer comme fondamental le rôle de lécole, qui doit devenir toujours plus un lieu de dialogue que dévangélisation. »
Jusquici, nous avons réfléchi au rapport interreligieux, aux espoirs et aux craintes pour la fécondité de son développement. Mais ny a-t-il pas quelque chose de plus : un défi de progrès auquel personne ne devrait se soustraire ?
« Le saut de mentalité que nous devrons faire tous ensemble, au-delà des appartenances religieuse, culturelle, ou politique, consiste à passer d'une culture de la tolérance à une culture du dialogue. La tolérance doit finalement céder le pas au dialogue égalitaire entre majorité et minorités. Il y a encore beaucoup de chemin à parcourir, mais nous devons continuer dans cette voie »
Umberto De Giovannangeli
© L'Unita
Mis en ligne le 19 juillet 2007, par M.











