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Dialogue interreligieux
Fadiey Lovsky recense l'ouvrage du P. Remaud: "L’Église au pied du Mur"
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25/05/07

 

Article repris du site de "Un écho d’Israël".

 

Michel Remaud, L’Église au pied du Mur.
Juifs et chrétiens du mépris à la reconnaissance, Bayard éd. 2007, 100 p. 12 €

 

Il s’agit d’un « bref ouvrage de vulgarisation » (p. 25). Rien de plus nécessaire, et de plus difficile à écrire. Il explicite l’examen de conscience des Chrétiens. Quel titre admirable...

L’Avant-Propos énonce la question implicite que les Juifs peuvent, et doivent poser : l’attitude catholique depuis Vatican II est-elle durable, ayant été si tardive ? Car on songe (c’est le 1er chapitre) aux « siècles d’éloignement » (pp. 9-23), comparés à la dérive des continents. Cette dérive est décrite tant du côté chrétien, devenu l’Église des nations, que du côté juif. M.R. insiste sur les notions de « rejet » et de « substitution », qui apparaissent dès lors, tandis qu’il y a un phénomène symétrique. Mais il ne faut pas oublier la relation de l’Église à la Bible. Se situant dans la lignée historique de Marcel Simon, M.R. rappelle le rôle de Marcion, et de sa descendance aussi bien que les conséquences de l’Empire chrétien, où l’Église craignait néanmoins l’attrait du judaïsme.

Ayant rappelé les 10 points de Seelisberg, M.R. présente les 425 mots de Vatican II. C’est l’objet du ch. 3 : « La relation à Israël ne relève ni de l’opinion, ni de la culture générale, mais de la foi » (p. 37). Et Jean Paul II a donné à ce texte toute son importance. Michel Remaud se montre sensible aux hardiesses et aux silences de Nostra Ætate, 4 : le chapitre 4 du livre traite des « trois grands absents », les silences, au sujet de la terre d’Israël : « On n’a jamais cessé d’en parler [...] pour préciser qu’on n’en parlait pas ». Les deux autres silences enveloppaient l’enseignement patristique et le génocide nazi.

L’enseignement patristique évoque celui de la Tradition (M.R. remarque, à juste titre, que cela concerne aussi la Réforme). Il faut souligner la nouveauté de ce silence sur les Pères dans un document conciliaire : c’est « un élément de première importance au développement de la Tradition. » Visiblement, M.R. « déplore » et « condamne » aussi bien le silence de Nostra Ætate, 4 sur la Choa, que ce verbe « déplorer » à propos de l’antisémitisme. Mais Jean Paul II et « les plus hautes instances de l’Église » ont reconnu « la responsabilité chrétienne dans les souffrances endurées par les Juifs au cours des siècles » (p. 53).

Or, Vatican II a eu une suite ! Le ch. 5 présente les 40 années d’après le Concile. Mise en route lente, marquée par les textes de 1974 et de 1985, aux maladresses soulignées par les Juifs, alors que celui de 1998 sur la Choa témoignait de l’« embarras évident de ses auteurs » (p. 64). Car il y a « une terrible question que l’Église ne peut éluder » (p. 65) : la Choa s’est déroulée dans une Europe christianisée pendant des siècles.

Heureusement, des Églises locales ont pu prononcer « une parole beaucoup plus nette » (p. 66) : l’Allemagne, la France - dont le texte de 1973 demeure « un texte de référence » (p. 69) et la déclaration de Drancy (1997) auraient dû inspirer le texte romain de 1998 (p. 70). M. R. trouve une certaine consolation grâce à la Commission biblique pontificale qui, en 2001, a présenté « le peuple juif et SES saintes Écritures dans la Bible chrétienne » : c’est un guide de lecture du N.T. permettant d’éviter les pièges d’un littéralisme qui, trop longtemps, alimentait l’antijudaïsme chrétien (p. 71).

Mais il y a eu Jean Paul II... M.R. a raison : « Ce fut une contribution décisive. » Depuis le 17 novembre, à Mayence, sur l’Alliance « qui n’a jamais été révoquée », jusqu’au 31 octobre 1999, où le pape a lié à l’Incarnation elle-même la relation entre l’Église et le peuple juif. Sans oublier les gestes, ou plutôt les actes : de la Synagogue de Rome jusqu’à la visite de Jérusalem, où Jean-Paul II a définitivement pris, au Mur, ses distances avec Jean Chrysostome (pp. 76-77).

Certes, « le pape n’est pas toute l’Église » (p. 79) : le chapitre 6 évoque les « espoirs, craintes et questions » : on ne répare pas en 40 ans les conséquences de 19 siècles de conflits ». Il y a « la pesanteur des habitudes ». Il y a l’État d’Israël décrit par les médias, et le devoir de solidarité avec les opprimés « l’emportant largement sur la conscience d’une solidarité de nature théologique avec le peuple de l’alliance » (p. 83). Et puis, il y a la « fausse symétrie judaïsme – islam ».

M.R. insiste sur les dissymétries du dialogue avec les juifs (p. 90). Il souhaite que surgissent des « interprètes ». Il appelle à une réflexion, qui ne fait que commencer (p. 97). J’ai constaté, avec reconnaissance, que M. R. cite le Père Hruby. Il faut répandre et piller ce petit livre qui contient un grand appel. 100 petites pages très lisibles, à conseiller inlassablement. Je cite la conclusion, ci-jointe.

« La pérennité d’un judaïsme qui reste extérieur à l’Évangile pose à l’apôtre Paul une question qui est peut-être la seule à laquelle il se déclare incapable d’apporter une réponse définitive. La conclusion du long développement qu’il consacre à ce sujet, dans son épître aux Romains, n’est qu’un acte d’adoration devant un dessein de Dieu qui reste mystérieux, et devant lequel il ne peut que s’incliner. On n’aura donc pas l’outrecuidance d’établir ici, en quelques lignes, le cahier des charges de la théologie pour les âges à venir. Puisqu’il faut malgré tout conclure, ce sera par une parabole. Lorsqu’on s’élève en montagne, chaque nouvelle progression révèle des horizons qui étaient jusqu’alors invisibles. Il en ira probablement de même de la rencontre du peuple juif. La direction de la marche est claire : celle d’un progrès dans la connaissance et l’estime du peuple de la première alliance, et d’une reconnaissance d’un projet divin dans sa pérennité ; mais il est vain de vouloir imaginer à l’avance des paysages qui ne se dessinent pas encore. Dans cette marche, la boussole la plus sûre est celle d’une authentique charité. Non qu’elle apporte par elle-même la réponse aux questions de foi, mais elle prémunit contre le risque de s’égarer sur de fausses pistes.

« Ce risque de se fourvoyer sur les fausses pistes de l’anti-judaïsme et de l’antisémitisme est inscrit comme une tentation permanente dans le cœur de l’homme, en général, et du chrétien, en particulier. Il serait donc naïf de penser qu’un simple changement d’orientation des autorités ecclésiastiques suffirait à y mettre fin : on ne supprime pas une tentation par une directive, même conciliaire ou pontificale. Du moins, le mouvement auquel Jean XXIII et le dernier concile ont donné l’impulsion a-t-il permis de définir clairement la voie dans laquelle l’Église a fait le choix de s’engager. On pourrait la résumer dans une triple interprétation du terme de reconnaissance : reconnaissance, par les chrétiens, d’un lourd passé dont le souvenir devrait les prémunir contre tout sentiment d’arrogance et de supériorité vis-à-vis des juifs et les maintenir dans une saine humilité ; reconnaissance pour ce que le peuple élu a transmis à l’humanité ; reconnaissance pour une fidélité divine, dont l’élection d’Israël demeure le signe permanent. »

 

Fadiey Lovsky [*]

 

© Un écho d’Israël


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Note de la Rédaction d'upjf.org

[*] Cet auteur protestant est bien connu des chrétiens qui s’intéressent à l’histoire de l’antijudaïsme et aux relations entre Judaïsme et Christianisme, en raison de ses très nombreux articles consacrés à l’antijudaïsme et aux relations entre Juifs et Chrétiens et de quelques ouvrages de référence qui ont fait date, notamment : Antisémitisme et mystère d’Israël, 1955 (essai pionnier, qu’il faudrait mettre à jour et rééditer); L’antisémitisme chrétien, 1970; La déchirure de l’absence : essai sur les rapports entre l’Église du Christ et le peuple d’Israël, 1971, etc. Peu connu du grand public et le plus souvent négligé par les spécialistes, F. Lovsky a néanmoins marqué profondément, par ses écrits, la réflexion théologique et spirituelle sur l’attitude des chrétiens et des institutions chrétiennes envers les Juifs. La majorité des auteurs qui ont traité et traitent encore de cette problématique lui doivent beaucoup, même s’ils ne le disent pas. (Notice rédigée par M. Macina).


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Mis en ligne le 25 mai 2007, par M.
Macina, sur le site upjf.org

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