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Dialogue interreligieux
Yom Ha‘atsmaout: Discours de l’Abbé Arbez, en présence de l'ambassadeur d'Israël à l'ONU
Invité à prendre la parole, lors de la soirée festive donnée par S.E. Itzhak Levanon, ambassadeur d'Israël à l'ONU, à l'occasion du Yom Ha‘atsmaout, lundi 23 avril, à l'hôtel Président Wilson de Genève, l’abbé A.R. Arbez, a été introduit devant l’assemblée de quelque 500 invités par l’ambassadeur lui-même, en ces termes : "Plutôt que de présenter l'abbé Alain René ARBEZ, car je ne crois pas que ce soit nécessaire à Genève, je voudrais dire tout ce que nous lui devons : une leçon exemplaire et incessante de courage, d'amitié indéfectible, de constance vigilante au service de la vérité et de la justice, d'engagements de tous les instants. Chargé par l'évêque des relations avec le judaïsme et avec les communautés juives, ses connaissances remarquables des textes et de l'histoire, depuis les origines jusqu'au temps présent, il est un vrai ami, qui face à toutes les dérives, est toujours présent par la parole et par la plume. »
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 23/04/07

 

Monsieur l’Ambassadeur, un grand merci pour vos paroles amicales d’accueil et de bienvenue.

 

Excellence, Mesdames, Messieurs,

 

Il m’a été offert de vous adresser quelques mots en cette soirée du Yom Haatsmaout, en tant que délégué catholique aux relations avec le judaïsme.

 

Et, heureux de vous saluer, j’aimerais rappeler ici très brièvement quelques encouragements essentiels concernant le lien christianisme-judaïsme, dont les enjeux s’avèrent être de première importance dans notre actualité.

 

Aussitôt après le cataclysme de la Shoah, les Eglises ont bien dû repenser leur relation au peuple juif et - au-delà de toute controverse - assumer leurs responsabilités. Vous savez que le grand tournant catholique dans ce domaine sensible a été Nostra Aetate, déclaration conciliaire de 1965. On a vu enfin abolie cette ancienne et horrible référence, doublement hostile aux juifs, (et qui n’était d’ailleurs pas une doctrine mais une coutume de pensée), la théorie accusatrice du déicide et celle de la substitution.

 

A l’origine de ce processus purificateur, honoré par Vatican II : Jean XXIII, qui avait su entendre l’émouvant appel de Jules Isaac à abandonner « l’enseignement du mépris ». Puis, durant la dernière trentaine d’années, le mouvement de rapprochement judéo-chrétien a été puissamment poursuivi par la figure charismatique de Jean Paul II. Ce pape, conscient de l’importance - pour les chrétiens et pour les juifs - d’un retour à la fraternité originelle, a été celui qui, à Mayence, en 1980, rappelait que l’Alliance conclue par Dieu avec Israël n’avait jamais été abrogée ; il est celui qui en 1986, à la Synagogue de Rome affirmait que les juifs sont les frères aînés des chrétiens et que la foi juive est – à la différence des autres religions – intrinsèque au christianisme.

 

C’est dans ce sens que Jean-Paul II a toujours insisté pour dire que : « qui rencontre Jésus Christ rencontre le judaïsme » ! On comprend alors la portée émotionnelle du geste du vieux pape introduisant sa prière entre les pierres du Kotel, lors de son voyage à Jérusalem, en l’an 2000, et sa visite à Yad Vashem pour honorer les victimes du nazisme.

Les documents officiels catholiques ont mis l’insistance sur la judéité de Jésus et de ses apôtres : par exemple, le Notre Père qui est une prière entièrement juive. Ainsi, par le retour aux sources, s’est ouverte, dans les milieux chrétiens, une compréhension rénovée de la culture biblique.

 

On le voit, des perspectives nouvelles existent et s’approfondissent, mais le poids négatif du passé s’exerce encore, c’est pourquoi la lutte contre l’antisémitisme et l’antijudaïsme ne doit jamais se relâcher. Il nous faut dénoncer les clichés, les slogans, les procès d’intention, les contresens, les contrevérités qui foisonnent à l’égard du peuple juif comme à l’égard d’Israël.

 

En 2002 et 2004, deux événements sont encore venus renforcer cette démarche de clarification:

 

- En 2002, le cardinal Kasper refuse, au nom de l’Eglise catholique, toute idée de conversion des juifs au christianisme. Il déclare :

 

« Les juifs n’ont pas à devenir chrétiens pour être dans le salut de Dieu. S’ils suivent leur conscience et croient dans les promesses de Dieu telles que les comprend leur Tradition, ils sont par eux-mêmes dans la ligne de ce projet de Dieu qui pour nous trouve accomplissement en Jésus Christ».

 

- Ensuite, en 2004, lors d’un symposium à Buenos Aires, la Commission Pontificale pour les Relations avec le Judaïsme déclare officiellement que l’antisionisme est inacceptable, car, la plupart du temps, il n’est que prétexte à banaliser la haine contre les juifs par la diabolisation d’Israël. Cela ne signifie évidemment pas la censure de toute liberté de critique envers le gouvernement israélien et sa politique, mais ce qui est surtout visé dans cette déclaration, c’est la mise en cause continuelle de la légitimité de l’Etat hébreu, reconnu par l’ONU en 1948, ainsi que la présentation partiale et unilatérale des événements du Proche Orient par les médias.

 

Je cite la conclusion du symposium :

 

« L’Eglise catholique reconnaît dans l’antisionisme une agression contre le Peuple juif en tant que tel ».

 

Aujourd’hui, nous fêtons la renaissance d’Israël en tant qu’Etat reconnu, en 1948, par les Nations Unies.

 

Je pense évidemment avec beaucoup d’autres que cette étape politique de 1948 n’épuise pas le sens spirituel d’Eretz Israël. L’Etat d’Israël ne se résume pas à un « après Shoah », comme on l’entend parfois, mais il est l’aboutissement d’une légitime et profonde aspiration. Une ardente attente, manifestée au cours des siècles de dispersion des juifs.

 

« L’an prochain à Jérusalem » - l’appel traditionnel, résonne dans toutes les consciences juives, religieuses ou laïques. Voilà pourquoi la réémergence d’un Etat d’Israël est une étape symboliquement si forte après l’extermination des juifs d’Europe menée par le Reich ; mais cet appel au retour et à la renaissance d’Eretz Israel était déjà lancé au cours des générations antérieures, encouragé d’ailleurs par des chrétiens fervents ; cela d’autant plus qu’il y avait eu une présence ininterrompue de juifs sur leur terre, même depuis la destruction du Temple en 70 et les invasions successives qui ont bouleversé la Terre Sainte.

 

J’aimerais conclure ce propos en citant le cardinal Christoph Schönborn, archevêque de Vienne, qui écrit ces paroles pleines de lucidité:

 

« C’est un fait aussi bien pour la foi juive que pour la foi chrétienne qu’il y a eu, une fois et une fois seulement dans l’histoire de l’humanité, un pays, un pays bien déterminé, dont Dieu a pris possession pour toujours, comme étant Son héritage (1 S, 26, 19), Son pays (Jr 2, 7), et qu’il a confié au peuple élu par lui, Israël, comme étant Son propre peuple (Dt 1, 36)… On ne peut guère mettre en doute que la fondation de l’Etat d’Israël soit liée à la promesse biblique de la terre ».

 

Rappelons-nous que le Saint-Siège a signé sa reconnaissance de cet Etat dans un accord fondamental, en 1993. Israël est un Etat démocratique aux multiples réalisations, une nation abritant plusieurs religions et ayant atteint une créativité de pointe dans de multiples domaines scientifiques.

 

En raison des nombreuses citations bibliques qui la fondent, la relation spirituelle entre le peuple juif et la terre d’Israël appartient substantiellement à la Révélation. De ce fait, elle concerne donc aussi les chrétiens qui partagent avec leurs frères juifs le premier Testament, comme l’a rappelé récemment le pape Benoît XVI, qui continue l’action de son illustre prédécesseur.

 

Ayons ce soir une pensée pour la paix dans cette région. Shaalu shalom Ierushalaïm !

 

Que Dieu bénisse Jérusalem, capitale éternelle du judaïsme et qu’Il bénisse tout Israël, en tant que peuple et en tant que nation.

 

Qu’Il bénisse tous les habitants, sans exception, de cette région, et qu’Il leur inspire la paix.

 

Bonne soirée à toutes et à tous !

 

 

Abbé Alain René Arbez,

Relations avec le Judaïsme

 

Mis en ligne le 25 avril 2007, par M. Macina, sur le site upjf.org

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