23/04/07
Monsieur lAmbassadeur, un grand merci pour vos paroles amicales daccueil et de bienvenue.
Excellence, Mesdames, Messieurs,
Il ma été offert de vous adresser quelques mots en cette soirée du Yom Haatsmaout, en tant que délégué catholique aux relations avec le judaïsme.
Et, heureux de vous saluer, jaimerais rappeler ici très brièvement quelques encouragements essentiels concernant le lien christianisme-judaïsme, dont les enjeux savèrent être de première importance dans notre actualité.
Aussitôt après le cataclysme de la Shoah, les Eglises ont bien dû repenser leur relation au peuple juif et - au-delà de toute controverse - assumer leurs responsabilités. Vous savez que le grand tournant catholique dans ce domaine sensible a été Nostra Aetate, déclaration conciliaire de 1965. On a vu enfin abolie cette ancienne et horrible référence, doublement hostile aux juifs, (et qui nétait dailleurs pas une doctrine mais une coutume de pensée), la théorie accusatrice du déicide et celle de la substitution.
A lorigine de ce processus purificateur, honoré par Vatican II : Jean XXIII, qui avait su entendre lémouvant appel de Jules Isaac à abandonner « lenseignement du mépris ». Puis, durant la dernière trentaine dannées, le mouvement de rapprochement judéo-chrétien a été puissamment poursuivi par la figure charismatique de Jean Paul II. Ce pape, conscient de limportance - pour les chrétiens et pour les juifs - dun retour à la fraternité originelle, a été celui qui, à Mayence, en 1980, rappelait que lAlliance conclue par Dieu avec Israël navait jamais été abrogée ; il est celui qui en 1986, à
Cest dans ce sens que Jean-Paul II a toujours insisté pour dire que : « qui rencontre Jésus Christ rencontre le judaïsme » ! On comprend alors la portée émotionnelle du geste du vieux pape introduisant sa prière entre les pierres du Kotel, lors de son voyage à Jérusalem, en lan 2000, et sa visite à Yad Vashem pour honorer les victimes du nazisme.
Les documents officiels catholiques ont mis linsistance sur la judéité de Jésus et de ses apôtres : par exemple, le Notre Père qui est une prière entièrement juive. Ainsi, par le retour aux sources, sest ouverte, dans les milieux chrétiens, une compréhension rénovée de la culture biblique.
On le voit, des perspectives nouvelles existent et sapprofondissent, mais le poids négatif du passé sexerce encore, cest pourquoi la lutte contre lantisémitisme et lantijudaïsme ne doit jamais se relâcher. Il nous faut dénoncer les clichés, les slogans, les procès dintention, les contresens, les contrevérités qui foisonnent à légard du peuple juif comme à légard dIsraël.
En 2002 et 2004, deux événements sont encore venus renforcer cette démarche de clarification:
- En 2002, le cardinal Kasper refuse, au nom de lEglise catholique, toute idée de conversion des juifs au christianisme. Il déclare :
« Les juifs nont pas à devenir chrétiens pour être dans le salut de Dieu. Sils suivent leur conscience et croient dans les promesses de Dieu telles que les comprend leur Tradition, ils sont par eux-mêmes dans la ligne de ce projet de Dieu qui pour nous trouve accomplissement en Jésus Christ».
- Ensuite, en 2004, lors dun symposium à Buenos Aires,
Je cite la conclusion du symposium :
« LEglise catholique reconnaît dans lantisionisme une agression contre le Peuple juif en tant que tel ».
Aujourdhui, nous fêtons la renaissance dIsraël en tant quEtat reconnu, en 1948, par les Nations Unies.
Je pense évidemment avec beaucoup dautres que cette étape politique de 1948 népuise pas le sens spirituel dEretz Israël. LEtat dIsraël ne se résume pas à un « après Shoah », comme on lentend parfois, mais il est laboutissement dune légitime et profonde aspiration. Une ardente attente, manifestée au cours des siècles de dispersion des juifs.
« Lan prochain à Jérusalem » - lappel traditionnel, résonne dans toutes les consciences juives, religieuses ou laïques. Voilà pourquoi la réémergence dun Etat dIsraël est une étape symboliquement si forte après lextermination des juifs dEurope menée par le Reich ; mais cet appel au retour et à la renaissance dEretz Israel était déjà lancé au cours des générations antérieures, encouragé dailleurs par des chrétiens fervents ; cela dautant plus quil y avait eu une présence ininterrompue de juifs sur leur terre, même depuis la destruction du Temple en 70 et les invasions successives qui ont bouleversé
Jaimerais conclure ce propos en citant le cardinal Christoph Schönborn, archevêque de Vienne, qui écrit ces paroles pleines de lucidité:
« Cest un fait aussi bien pour la foi juive que pour la foi chrétienne quil y a eu, une fois et une fois seulement dans lhistoire de lhumanité, un pays, un pays bien déterminé, dont Dieu a pris possession pour toujours, comme étant Son héritage (1 S, 26, 19), Son pays (Jr 2, 7), et quil a confié au peuple élu par lui, Israël, comme étant Son propre peuple (Dt 1, 36)
On ne peut guère mettre en doute que la fondation de lEtat dIsraël soit liée à la promesse biblique de la terre ».
Rappelons-nous que le Saint-Siège a signé sa reconnaissance de cet Etat dans un accord fondamental, en 1993. Israël est un Etat démocratique aux multiples réalisations, une nation abritant plusieurs religions et ayant atteint une créativité de pointe dans de multiples domaines scientifiques.
En raison des nombreuses citations bibliques qui la fondent, la relation spirituelle entre le peuple juif et la terre dIsraël appartient substantiellement à
Ayons ce soir une pensée pour la paix dans cette région. Shaalu shalom Ierushalaïm !
Que Dieu bénisse Jérusalem, capitale éternelle du judaïsme et quIl bénisse tout Israël, en tant que peuple et en tant que nation.
QuIl bénisse tous les habitants, sans exception, de cette région, et quIl leur inspire la paix.
Bonne soirée à toutes et à tous !
Abbé Alain René Arbez,
Relations avec le Judaïsme
Mis en ligne le 25 avril 2007, par M.











