19/02/07
Sur le blogue de Michel Gurfinkiel.
Mgr André Vingt-Trois, archevêque de Paris, vient de conduire six cents pèlerins catholiques français en Israël. Je dis bien en Israël, et non pas en Terre Sainte : le but n'était pas seulement de se recueillir et de prier sur les lieux où vécut, voici deux mille ans, le juif Jésus, mais aussi et peut-être avant tout - de dialoguer avec le peuple juif d'aujourd'hui, dans le pays juif reconstruit. Les fidèles ont remonté la Via Dolorosa jusqu'au Saint-Sépulcre, mais ils se sont également rendus au Mur Occidental du Temple. Ils ont rencontré des prêtres et des religieux chrétiens, mais aussi des rabbins. Ils ont découvert, au-delà de l'Israël de la spiritualité, celui de la temporalité, des débats politiques et des urgences stratégiques. Jamais l'Eglise de France et, à travers elle, l'Eglise tout court, n'était allée plus loin dans son approfondissement ou sa réévaluation des liens qui l'unissent au judaïsme. Jamais cette démarche n'avait été plus sincère, plus affranchie d'arrière-pensées syncrétistes ou 'conversionnistes'.
Le livre biblique de la Genèse relate le conflit qui oppose Esaü, dit encore Edom, à Jacob. Les Sages d'Israël, en vertu du principe herméneutique maassei Avoth siman le-Banim - "ce qui advient aux Pères est une allusion à ce qui adviendra aux Enfants", ont vu, dans cette confrontation, la préfiguration d'un autre conflit, celui qui a longtemps opposé Rome, sous ses deux formes de puissance temporelle invincible (l'Occident) et de puissance spirituelle universelle (le christianisme), au peuple d'Israël. Entre Esaü et Jacob, la querelle porte sur le droit d'aînesse. Entre Rome et Israël, il en va de même. Mais, à la fin des temps, Esaü/Edom/Rome, retrouve Jacob/Israël, l'embrasse, verse des larmes sincères, et reconnaît son rôle. A la lumière de cet enseignement, un juif de la fin du XXe siècle et du début du XXIe siècle ne peut pas ne pas être frappé quand le pape Jean Paul II définit les juifs comme les "frères aînés" des chrétiens, quand son successeur, Benoît XVI, revient avec force sur cette idée, et quand l'Eglise de France va à la rencontre d'Israël en Israël.
Fils de prophètes nous sommes, mais non point prophètes nous-mêmes. Nous en savons assez pour sentir l'importance cruciale de ce qui se produit aujourd'hui dans l'Eglise, même si nous ne pouvons mesurer la portée entière des paroles et des actes des deux papes ou de l'archevêque de Paris, et ignorons, en particulier, s'ils engagent déjà Rome tout entière, ou seulement sa meilleure part et son coeur. Nous ne pouvons cependant pas manquer dobserver une immense différence entre l'attitude actuelle d'une partie importante du monde chrétien et celle où se complaît, hélas, une partie importante du monde musulman. Au moment précis où les pèlerins catholiques français priaient devant le Mur Occidental, les islamistes arabes israéliens et les organisations militantes arabes palestiniennes affirmaient contrairement à ce que le Noble Coran lui-même reconnaît (sourates II et V) - qu'Israël n'avait aucun droit sur le Mont du Temple, et que le Temple lui-même n'avait jamais existé.
Un frère qui reconnaît sa fraternité, un autre qui la nie.
© Michel Gurfinkiel.
Mis en ligne le 19 février 2007, par M. Macina, sur le site upjf.org











