Ynet, 26 août 05
Traduction française : Cécile Piverdier
Le mois dernier, le ministère des Affaires Étrangères avait protesté, après que le Pape ait omis de nommer Israël quand il avait condamné les actes terroristes dans le monde (voir : Benoît XVI oublie de condamner les attentats en Israël). La critique israélienne avait provoqué une réplique du Vatican [1]. Dans une lettre destinée à faire baisser la tension entre les protagonistes, Sharon a écrit à Benoît XVI quil voyait en lui « un véritable ami dIsraël ».
« La crise est derrière nous ».
Le Premier Ministre A. Sharon a envoyé, cette semaine, une lettre au Pape Benoît XVI, pour faire baisser la tension diplomatique qui régnait entre les deux États, ces derniers temps. Cest ce qua dit, vendredi, lambassadeur dIsraël au Vatican.
Lambassadeur, Oded Ben Hour, a dit au journal Yediot Aharonot que la réception de la lettre avait mis fin à la crise : « Les différends sont derrière nous ».
Sharon a écrit au Pape : « Vous êtes un véritable ami dIsraël, qui fait preuve dun véritable engagement pour encourager la tolérance, la compréhension et la réconciliation. » La lettre a été transmise, mardi, quelques jours après la visite réussie et médiatisée du Pape à la synagogue de Cologne, il y a juste une semaine.
La tension entre Israël et le Vatican était apparue il y a un mois, après que le Pape ait condamné les attentats en Turquie, en Égypte, à Londres et en Iraq. Il navait pas condamné celui de Netanya, qui avait eu lieu quelques jours auparavant.
Le ministère des Affaires Etrangères sétait empressé de critiquer violemment cette omission et lavait déclarée « délibérée ». Dans le message qui avait été remis au nonce apostolique en Israël, il était dit que « ce nétait pas un oubli », mais « une reconnaissance de la légitimité des actes terroristes commis contre les Juifs ».
Le Vatican avait, de son côté, très vite répliqué à la critique israélienne. Le porte-parole du Vatican avait déclaré que personne ne pouvait dicter au Saint-Siège ce quil devait dire dans ses discours, et avait fait remarquer aussi que lattitude dIsraël envers les Palestiniens « nétait pas conforme aux droits de lhomme ».
La crise diplomatique avait provoqué un embarras, de nature à compromettre les bons rapports qui sétaient tissés entre le nouveau Pape, le peuple juif et lÉtat dIsraël (voir aussi : Le Grand Rabbin Lau prend la défense du pape). Elle survenait au mauvais moment, quand le Pape se préparait à rendre une visite historique à la synagogue de Cologne.
« Les deux côtés ont commis des erreurs. »
Cette semaine, lambassadeur Ben Hour a remis personnellement la lettre au « ministre des Affaires Etrangères » du Saint-Siège, le cardinal Angelo Sodano. « Nous nous sommes expliqués et la crise est terminée », a-t-il dit, précisant que la visite avait été cordiale et amicale.
Dans son interview par Yediot Aharonot, Ben Hour a cité lexplication que Sharon donnait de la crise, dans sa lettre : « Israël a été meurtri et victime de la terreur. Nous sommes très sensibles à tout ce qui distingue le terrorisme islamique, qui touche de façon organisée les citoyens israéliens, et le terrorisme qui touche les citoyens des autres pays », a écrit Sharon.
Le journal italien, Corriere della Sera, rapporte que, dans la lettre, Sharon a reconnu que la réplique israélienne au propos du Pape était « très agressive » - ce que Ben Hour a démenti.
Le même journal rapporte aussi que, lors de sa rencontre avec Ben Hour, Sodano avait dit que lomission nétait pas délibérée, mais que le Vatican aurait pu être plus sensible sur ce sujet. « Les deux côtés ont fait des erreurs », a-t-il dit, tout en faisant remarquer que lomission résultait dune préparation hâtive de la déclaration [2].
Le Corriere ajoute que la crise sera définitivement close le 15 septembre, lorsque les deux Grands Rabbins dIsraël se rendront en visite à Rome, chez le Pape. Il rapporte encore que Ben Hour a remis à Sodano une invitation à venir en Israël. Avant que le Vatican nait réagi à la lettre, le nonce apostolique en Israël, Pietro Sambi, avait déclaré au journal quil se réjouissait que la crise soit résolue. « La mise au point a été suffisante », a-t-il ajouté.
Ces propos sont tenus juste une semaine après la visite de Benoît XVI à la synagogue de Cologne en Allemagne, qui a été un succès (voir : Visite historique du pape Benoît XVI à la synagogue de Cologne).
Cétait la seconde fois dans lhistoire quun Pape se rendait dans une synagogue, et la visite revêtait une importance particulière, du fait quil sagissait de la première visite du pape hors dItalie depuis son élection. La visite avait un poids historique supplémentaire du fait que cette synagogue, qua visitée le Pape, avait été détruite par les nazis lors de la « Nuit de cristal », en 1938, et du fait aussi que le Pape est allemand, et quil avait été enrôlé dans les « Jeunesses hitlériennes », contre sa volonté, selon lui.
Le Pape est entré dans la synagogue alors que lassemblée chantait « Celui qui fait la paix dans les cieux...». Il est resté debout avec les assistants pendant une minute de silence en souvenir des 6 millions de morts du génocide. Il sest ensuite assis, et lon a entendu la sonnerie du Shofar dans la synagogue.
Cette année, nous devons nous souvenir, 60 ans après la victoire sur le nazisme et après la Shoah, au cours de laquelle des millions de Juifs, enfants, hommes et femmes ont été tués. A tous ceux qui ont vécu ces événements terribles, je veux dire : « Nous devons discerner la voie de Dieu et la voie de lamitié », a dit Benoît.
« Dieu ouvre à chacun une voie, Dieu respecte chaque homme, de quelque couleur ou race quil soit. Nous devons être vigilants face à la haine de létranger et face lantisémitisme qui saggrave. Les adultes ont la responsabilité de faire que les jeunes, chrétiens ou juifs, ne soient plus témoins dévénements tragiques et quavec laide de Dieu, nous puissions créer un avenir de paix, où tous auront les mêmes droits ».
Lors de son passage à Cologne, le Pape a ensuite [reçu la] visite [des] chefs de la communauté musulmane et les a appelés « à lutter contre la mauvaise vague de fanatisme qui menace tant de vies et qui soppose au progrès de la paix mondiale ».











