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Burg aboie& la caravane passe, Jean-Pierre Bensimon
[Analyse remarquable en ligne sur le site Objectif-Information (www.objectif-info.com), qui refait surface après un éclipse de quelques mois, et que nous recommandons chaudement à nos internautes. Menahem.]11 septembre 2003
www.objectif-info.com/chroniques/burg.htm
L’ancien président du Parlement israélien vient de déclarer morte la révolution sioniste (1). Rien moins que cela. En cette époque d’enterrement des victimes du fanatisme des Frères Musulmans palestiniens, ce libelle fait un peu l’effet d’une crise de nerfs. On y retrouve à l’endroit d’Israël, en plus violent si c’est possible, ce qui se fait de plus excessif dans les diatribes accusatoires du loft palestino-gauchiste. (2)
Face à cet État détestable, dirigé par « un homme de moralité douteuse, jouisseur, faisant fi de la loi », une victime. Autant Israël est « arrogant, terrorisé et insensible aux autres et à soi-même », autant la Palestine est « humiliée et désespérée ». La victime, c’est l’Arabe « humilié et méprisé » - comment se passer de la déclinaison du mot « humilié » dans le lexique palestino-gauchiste ? - Et pour faire bonne mesure, le répertoire de la Shoah, indispensable pour prolonger le doigt dénonciateur, est mis à contribution : Sont alors sollicités : les « camps d’internement », le « ghetto de Kalkilia », «l’entassement de tous les Arabes dans des wagons de chemin de fer » et un zeste de communisme avec « le goulag de Jenine ».
Le texte de Burg appelle plusieurs remarques :
- La dialectique du discours anti-israélien repose sur deux piliers : d’un côté, la réduction de l’analyse à des catégories morales, au détriment des catégories politiques, de l’autre, le déluge injurieux pour éteindre la pensée. Le conflit israélo-palestinien est un conflit politique, un conflit d’intérêts : au fond, ce conflit porte sur des territoires, sur une ville – Jérusalem –, sur des droits à accorder, ou pas, à la troisième génération des réfugiés de 1948.
Sur ces trois grands sujets, les protagonistes défendent leurs aspirations et leurs revendications avec les ressources qui sont les leurs, à partir d’une analyse du rapport des forces, dans l’immédiat et à terme. La raison commande ici à l’homme politique de faire preuve de réalisme, c’est-à-dire de limiter son ambition au possible, de rechercher un compromis, le meilleur compromis. La faute historique d’Arafat fut de refuser, en 2000, l’arrangement de Camp David et de déclencher une phase d’affrontement armé, face à un adversaire infiniment supérieur. C’est ce que ses plus proches compagnons lui ont amèrement reproché (3). Qu’il ait estimé à cette époque qu’Israël, en proie à ses dissensions, allait se disloquer, qu’il ait analysé l’évacuation du Liban, en Mai 2000, comme un signe de vulnérabilité, qu’il se soit placé sur la longue période pour faire jouer l’arme démographique, qu’il ait mal apprécié le soutien des commanditaires arabes, peu importe. Il demeure qu’Arafat s’est abîmé dans une aventure dont son peuple paye aujourd’hui la facture.
Faute de prendre en compte ces évidences, et l’évidence de la défaite du clan Arafat et de ses conséquences, les fanatiques du palestino-gauchisme, auxquels s’arrime Burg, s’égosillent à coup d’incantations morales. Invoquer à charge, contre Israël, la domination, la corruption, la violence, l’humiliation, la jouissance, quand on connaît les pratiques de la société palestinienne, cela a de quoi faire sourire.
Comme le programme politique de Burg fait-il sourire ? Quelle solution propose-t-il, quel amendement ? Cela tient en quelques minuscules lignes tout en bas du réquisitoire. « Une frontière incontestée au centimètre ». Mais on saura pas comment on s’accordera avec les Palestiniens sur cette « incontestation », même au mètre ou au kilomètre ; « un plan social global …. », mais lequel et financé comment ? « La mise au ban du personnel politique corrompu aujourd’hui au pouvoir ». Mise au ban, par quel moyen ? Par les élections ? - Mais elles ont tranché il y a moins d’un an ! Burg veut-il guérir la démocratie avec un pronunciamento ?
La minceur des arguments, des suggestions, des idées pratiques, se compense alors - et c’est le second pilier de la dialectique du palestino-gauchisme - par le déluge injurieux. Le degré zéro de la pensée, du débat, de l’échange. Trois procédés : d’abord l’accusation, ensuite l’accusation, enfin l’accusation. Vain exercice en définitive. Cela peut impressionner, ou égarer le lecteur sensible, mais la défaite stratégique palestinienne ne se transformera pas en succès, et aucune des conséquences des choix erronés ne seront épargnées. Au mieux, cela encouragera les mauvais chefs à persister. - La conscience politique et le patriotisme d’une partie du personnel politique israélien renvoient à un stade infantile de la démocratie.
Comment expliquer qu’un personnage important du paysage politique israélien puisse lancer contre la société à laquelle il appartient, une diatribe aussi destructrice, aussi facilement récupérable par les ennemis - non armés et armés - de la nation ? Burg n’est ni le premier ni le seul. Il y a sans doute peu de pays - y compris les nombreux pays nouvellement créés- où un pareil spectacle est possible. Sans doute la démocratie israélienne a-t-elle à s’affûter, non pas du coté du droit à la libre expression politique mais plutôt dans l’utilisation de ce droit pour bâtir, avec une obligation de rigueur. Peut-être les crises de nerfs des responsables, comme celle de Burg, ne sont-elles que l’expression de contraintes trop violentes. De trop nombreuses guerres, sur une période trop brève, dans un espace trop étriqué, avec des adversaires trop haineux. - La part du calcul politicien doit être aussi évoquée : en autorisant, ou en sollicitant la publication de ce texte abominable à l’étranger, Burg attend sans doute un écho en retour dans le pays, une amplification qui pourrait suppléer à sa désespérante marginalisation politique, à sa misère personnelle.
La réponse à sa diatribe, c’est sans doute le rapprochement actuel entre Israël et l’Inde. Voilà une victoire éclatante du sionisme. L’Inde a longtemps été un adversaire déterminé d’Israël. L’accueil fait à Sharon ouvre une ère d’acceptation, de reconnaissance. C’est une légitimation de plus du sionisme, dont la portée est à la mesure du milliard d’habitants que compte ce pays.
A la clé aussi, une victoire « narcissique » du sionisme. Voir ce minuscule pays de quelques millions d’habitants, fêté par l’immense puissance technologique indienne, parce qu’il va lui apporter un supplément de savoir faire et de technologies de pointe, c’est quand même assez étourdissant.
Burg aboie…
Jean-Pierre Bensimon
© Objectif-info .com
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(1) www.lemonde.fr/abonnes/recherche_articleweb/1,9886,333338,00.
html?query=burg&query2=&booleen=et&num_page=1&auteur=&dans=dansarticle&periode=
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&finjour=&finmois=&finannee=&G_NBARCHIVES=788+272
(2) L’État d’Israël serait aujourd’hui un État corrompu, voué à disparaître « le compte à rebours de la société israélienne a commencé », un État colonialiste soumettant « la majorité palestinienne à la botte des militaires israéliens », un État violent « où l’on cesse de dénombrer les cadavres des femmes assassinées par leur mari », un État « chauvin et cruel où sévit la discrimination », un État de « spoliateurs et de colons».
(3) Il s’agit essentiellement d’Abou Mazen, de Nabil Amr, de Djibril Rajoub et de Ahmad Qoreï, dont les déclarations sont sans équivoques sur l’aventure arafatienne de l’Intifada armée.
Mis en ligne le 20 septembre 2003 sur le site www.upjf.org











