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Incitation à la haine
Avrom Burg, qu'avez-vous fait là ? Menahem Macina
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10/09/03

[Voir aussi "Motsi dibat ha’aretz": Burg dénigre la Terre d’Israël

Comme beaucoup de mes coreligionnaires très attachés à l’Etat d’Israël et à sa survie, je croyais encore, naïvement, que la critique israélienne du gouvernement actuel, et surtout celle de l’autodéfense musclée pratiquée par Tsahal en réplique aux attentats monstrueux des terroristes palestiniens, resterait à usage interne et ne serait pas ’popularisée’ par des personnalités de l’establishment politique. C’est pourtant ce qui vient de se produire. En effet, c’est un véritable brûlot que vient de lancer le député du Parti Travailliste israélien, ancien président de la Knesset et ancien président de l’exécutif de l’Agence Juive, Avraham (Avrom) Burg, sous la forme d’un pamphlet véhément accusant Israël de tous les maux ou presque, intitulé "La société israélienne s’effondre et ses dirigeants gardent le silence", reproduit à la fin du présent texte.

En lisant, avec douleur, ce texte dévastateur, j’en suis venu à penser que nous avons peut-être sous-estimé la gravité des dommages psychologiques et idéologiques que cause à notre peuple la terreur palestinienne. En effet, si un tel pamphlet avait été écrit par un de nos Schmocks communautaires, ou par un idéologue gauchiste non-Juif anti-Israélien, ni vous ni moi , je pense, ne nous serions émus outre mesure, tant nous sommes habitués aux plus violentes remises en cause de l’Etat juif.

MAIS AVRAHAM BURG !... Un Israélien cultivé, religieux pratiquant, ayant servi dans l’armée et exercé de hautes fonctions communautaires, éducatives et politiques… Comment a-t-il pu en arriver là ? Se pourrait-il qu’il ait raison partiellement – mais même ce partiellement est de trop, à mes yeux… Non que je sois naïf et que je considère Israël comme un Etat sans reproche, ni la politique de ses gouvernements envers les Palestiniens comme exempte de la moindre faute, de la moindre erreur, voire de quelque injustice. Mais tout de même, Avrom, tant de mots de pitié pour la souffrance des Palestiniens – que je ne nie pas, mais elle n’est pas la seule et elle n’est pas imputable qu’à Israël –, et pas un mot de compassion pour la souffrance atroce de vos concitoyens. Vous ne niez pas les attentats, certes, mais c’est pour en imputer aussitôt la responsabilité, pêle-mêle, au nationalisme et au sionisme israéliens, au gouvernement de droite et à son premier ministre - que vous haïssez d’une haine idéologique mortelle -, et même à "l’occupation", comme vous l’écrivez, reprenant ainsi – consciemment ou non – le vocabulaire palestinien qui désigne souvent Israël, dans son ensemble, par ce terme : "L’OCCUPATION"… Vous entendez, Avrom, pas "l’occupant" – qui fait trop personnel. Un occupant, après tout, c’est une personne, qui occupe, certes, et que l’on déteste pour cette raison, mais il reste une personne. Tandis que "L’OCCUPATION", c’est abstrait, c’est légitimement haïssable. On peut écraser l’Occupation, voire lyncher et démembrer ses agents militaires, vous vous en souvenez peut-être, Avrom ?

Et puis, il y a la date de votre philippique. Est-elle bien du 29 août, comme l’affichent les nombreux sites qui la reproduisent - dont plus d’un avec ’volupté’ ? En tout cas, elle n’est certainement pas antérieure au 19 août. Vous vous souvenez sans doute de cette date : c’est celle qu’avaient choisie deux organisations terroristes palestiniennes pour rompre unilaléralement la trêve à laquelle ils s’étaient eux-mêmes astreints, et massacrer 20 citoyens israéliens innocents, en majorité de pieux fidèles, femmes et enfants, qui revenaient, en autobus, de la prière au Mur Occidental.

Je sais, vous allez me dire que l’échelon politique n’avait pas à ordonner aux militaires d’"éliminer" l’un ou l’autre chef de gang terroriste. Bien sûr, ce n’est pas légal, mais les boucheries sanglantes de civils sont-elles légales ? Et l’Autorité palestinienne n’a-t-elle pas déclaré, à plusieurs reprises, qu’elle ne désarmerait pas ces mouvements terroristes? Qu’attendez-vous des dirigeants politiques israéliens, responsables de la sécurité de leur peuple ? – Qu’ils aillent pleurer dans les cimetières, rentrent chez eux et laissent impunis ceux qui commanditent ces assassinats et récidiveront, de toute manière, sous n’importe quel prétexte, puisque ce qu’ils veulent, c’est la disparition de "l’entité sioniste", comme ils disent…

Avrom, Avrom, que vous est-il arrivé ? Vous rendez-vous compte des dégâts, peut-être irréparables, que vous venez de causer ? Désormais - et le processus est déjà enclenché -, l’acte d’accusation que vous avez rédigé contre votre peuple va entrer dans le répertoire des morceaux choisis des ennemis d’Israël.

Il figure déjà sur des sites très lus, tels Solidarité-Palestine, La Paix Maintenant, Indymedia (sur le site italien de cette organisation on peut même lire ce commentaire ironique mis en exergue de votre texte : "Ancora un antisemitista : Avraham Burg" (Encore un antisémite : A. Burg !). Et j’en passe. La presse en fait ses choux gras :votre dénonciation fratricide figure même – faut-il s’en étonner ? – dans le redoutable quotidien français Le Monde (édition du 10 septembre 2003), dont on connaît l’impact sur une certaine intelligentsia française, qui, vous le savez parfaitement, ne porte pas Israël dans son coeur.

Avrom, qu’avez-vous fait-là !

Vous avez réjoui le cœur de nos ennemis.

Accentué notre désarroi.

Découragé ceux qui estiment Israël.

Vous avez sali son mystère, qui transcende infiniment son apparence, car son créateur est avec lui...

Et vous savez pourquoi, Avrom, puisque vous êtes versé dans l’étude de la Tora et de la Tradition.

Mais vous, vous avez profané le passage d’Isaïe qui le concerne (Is 42, 6; 49, 6), en le retournant contre lui, dans le dernier alinéa de votre article.

Mais surtout – et c’est bien le plus grave -, vous avec donné un crédit moral inespéré aux assassins de notre peuple.

Je ne vous juge pas, Avrom. Je laisse ce soin à D.

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Je n’en dirai pas plus aujourd’hui, réservant à plus tard une réflexion plus approfondie sur cette expression de mépris - sans précédent, me semble-t-il, dans l’histoire moderne d’Israël -, émise publiquement à l’encontre de son Etat par un élu juif et israélien. Je tenterai également une évaluation de l’impact éventuel de ce grave incident sur la représentation que se fait l’opinion publique mondiale, de ce peuple et des remous que cause, indépendamment de ses actes, la seule existence, dans cette partie du monde, de son Etat, contesté par des populations hostiles qui ont juré sa perte depuis plus d’un demi-siècle.

Menahem Macina

© upjf.org


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Texte français de l’article d’A. Burg, tel qu’il a figuré longtemps sur un site intitulé Solidarité-Palestine


La société israélienne s’effondre et ses leaders gardent le silence


Par Avraham Burg *

Version anglaise sur Forward
www.forward.com/issues/2003/03.08.29/oped3.html

29 août 2003

* Avraham Burg a été président de la Knesset de 1999 à 2003. Ancien président de l’Agence Juive, il est actuellement député du Parti travailliste. Cet article, précédemment paru en hébreu dans le quotidien israélien Yediot Aharonot, a été revu et adapté par l’auteur.

En anglais : A Failed Israeli Society Collapses While Its Leaders Remain Silent
www.forward.com/issues/2003/03.08.29/oped3.html

La révolution sioniste a toujours reposé sur deux piliers: une voie juste et un leadership éthique. Ils ont tous les deux disparu. Aujourd’hui, la nation israélienne s’appuie sur un échafaudage de corruption, lui-même posé sur des fondations d’oppression et d’injustice. En tant que telle, la fin de l’entreprise sioniste est déjà à notre porte. Il existe une vraie probabilité que notre génération soit la dernière génération du sionisme. Il se peut qu’il y ait un État juif, mais il sera d’un autre genre, étrange et affreux.

Il reste du temps pour changer le cours des choses, mais il est compté. Ce qu’il faut, c’est la vision nouvelle d’une société juste, et la volonté politique pour la mettre en œuvre. Il ne s’agit pas seulement d’une affaire interne israélienne. Les Juifs de la diaspora, pour qui Israël est un des piliers majeurs de leur identité, doivent le prendre en compte et élever la voix. Si le pilier s’effondre, les étages supérieurs s’écraseront eux aussi.
L’opposition n’existe pas, et la coalition au pouvoir, avec Arik Sharon à sa tête, revendique le droit de garder le silence. Dans une nation de moulins à paroles, chacun est devenu soudainement muet, car il n’y a plus rien à dire. Nous avons échoué, da façon tonitruante. Oui, nous avons redonné vie à l’hébreu, créé un théâtre magnifique, et avons une monnaie forte. Nos cerveaux juifs sont aussi acérés qu’avant. Nous sommes cotés au Nasdaq. Mais est-ce pour cela que nous avons créé un État juif? Le peuple juif n’a pas survécu deux mille ans pour créer de nouvelles armes, des programmes de sécurité informatique ou des missiles antimissiles. Nous devions être la lumière des Nations. En cela, nous avons échoué.

Il apparaît que ces deux mille ans de lutte du peuple juif pour sa survie se réduisent à un État de colonies, dirigé par une clique sans morale de hors-la-loi corrompus, sourds à la fois à leurs concitoyens et à leurs ennemis. Un État sans justice ne peut pas survivre. De plus en plus d’Israéliens en arrivent à le comprendre, quand ils demandent à leurs enfants où ceux-ci se voient vivre dans 25 ans. Les enfants les plus honnêtes admettent, devant les parents en état de choc, qu’ils ne savent pas. Le compte à rebours de la société israélienne a commencé.

Il est très confortable d’être sioniste dans des colonies de Cisjordanie comme Beit El et Ofra. Le paysage biblique est charmant. De la fenêtre, on peut y admirer les géraniums et les bougainvilliers, et ne pas voir l’occupation. En roulant sur l’autoroute rapide qui relie Ramot, à l’extrême Nord de Jérusalem, et Gilo, à l’extrême sud, un itinéraire de 12 minutes qui passe à peine à 800 mètres à l’ouest des barrages routiers des territoires palestiniens, il est difficile de mesurer l’expérience humiliante que vivent les Arabes méprisés qui doivent ramper pendant des heures sur les routes cabossées et bloquées qui leur ont été assignées. Une route pour l’occupant, une autre pour l’occupé.
Cela ne peut pas marcher. Même si les Arabes baissent la tête et avalent leur honte et leur rage indéfiniment, cela ne marchera pas. Une structure construite sur de l’insensibilité à l’Homme s’effondrera d’elle-même, inévitablement. Prenez bien note de cet instant: la superstructure du sionisme s’effondre déjà, telle une salle de mariage peu chère de Jérusalem (allusion à un accident dû à un défaut de construction, qui a fait de nombreuses victimes, NdT). Seuls les fous continuent à danser en haut de l’immeuble, alors que les piliers s’effondrent.

Nous nous sommes habitués à ignorer la souffrance des femmes aux barrages routiers. Il n’est pas étonnant que nous n’entendions plus les cris des femmes violées à côté de chez nous, ou la mère célibataire qui se bat pour élever ses enfants dans la dignité. Nous ne comptons même plus les femmes assassinées par leur mari.

Israël, qui a cessé de se soucier des enfants des Palestiniens, ne doit pas être surpris quand ceux-ci viennent, baignés de haine, se faire exploser sur les lieux où les Israéliens fuient la réalité. Ils se donnent à Allah sur nos lieux de loisir, car leur propre vie est une torture. Ils font couler notre sang dans les restaurants pour nous couper l’appétit, car chez eux, leurs enfants et leurs parents connaissent la faim et l’humiliation.

Nous pouvons tuer mille chefs de bande, mille ingénieurs, rien ne sera résolu, parce que les chefs viennent d’en bas, des puits de haine et de colère, des «infrastructures» de l’injustice et de la corruption morale.

Si tout cela était inévitable, ordonné par Dieu et immuable, je garderais le silence. Mais les choses pourraient être différentes, et le cri est donc un impératif moral.

Voici ce que le Premier Ministre devrait dire à son peuple :
Le temps des illusions est terminé. Le moment des décisions est arrivé. Nous aimons toute la terre de nos aïeux, et en d’autres temps, nous aurions aimé y vivre tout seuls. Mais cela ne se produira pas. Les Arabes, eux aussi, ont des rêves et des besoins.

Entre le Jourdain et la Méditerranée, il n’existe plus de majorité juive claire. Et donc, chers compatriotes, on ne peut garder tout sans en payer le prix. Nous ne pouvons pas garder sous la botte d’Israël une majorité palestinienne, et en même temps nous prendre pour la seule démocratie du Moyen-Orient. Il ne peut pas y avoir de démocratie sans droits égaux pour tous ceux qui vivent ici, Juifs et Arabes. Nous ne pouvons pas conserver les territoires et une majorité juive dans le seul État juif du monde, pas par des moyens humains, moraux et juifs.

Vous voulez le Grand Israël? Pas de problème. Laissons tomber la démocratie. Instituons un système efficace de séparation raciale, avec camps de prisonniers et villages de détention. Le ghetto de Qalqiliya et le goulag de Jénine.

Vous voulez une majorité juive? Pas de problème. Mettons les Arabes dans des wagons, des bus, sur des chameaux et sur des ânes, et expulsons-les en masse. Ou bien séparons-nous d’eux absolument, sans trucs et sans gadgets. Il n’y a pas de voie du milieu. Nous devons évacuer les colonies. Toutes les colonies. Et tracer une frontière internationalement reconnue entre le foyer national juif et le foyer national palestinien. La loi juive du retour ne s’appliquera qu’à l’intérieur de notre foyer national, et leur loi du retour ne s’appliquera qu’à l’intérieur des frontières de l’État palestinien.

Vous voulez la démocratie? Pas de problème. Ou bien nous renonçons au Grand Israël, jusqu’à la dernière colonie et au dernier avant-poste, ou bien nous donnons la totalité des droits civiques, dont le droit de vote, à tout le monde, y compris aux Arabes. Le résultat, évidemment, sera que ceux qui ne voulaient pas d’un État palestinien à côté d’eux l’auront chez eux, par l’intermédiaire du bulletin de vote.

Voilà ce que le Premier ministre devrait dire à son peuple. Il devrait présenter les choix avec franchise: le racialisme juif, ou la démocratie. Les colonies, ou l’espoir pour les deux peuples. La vision de barbelés, de barrages routiers et de kamikazes, ou une frontière internationalement reconnue entre deux États, et Jérusalem comme capitale commune.

Mais il n’y a pas de Premier ministre à Jérusalem. La maladie qui ronge le corps du sionisme a déjà attaqué la tête. David Ben Gourion s’est parfois trompé, mais il est resté droit comme une flèche. Quand Menahem Begin s’est trompé, personne n’a mis en cause ses motivations. Ce n’est plus le cas. Des sondages publiés ce week-end montrent qu’une majorité d’Israéliens ne croit pas en l’intégrité personnelle du Premier ministre, mais qu’elle lui fait confiance sur le plan politique. En d’autres termes, le Premier ministre actuel d’Israël personnifie les deux aspects du fléau: une moralité personnelle douteuse et un non respect ouvert de la loi, combinés à la brutalité de l’occupation et au piétinement de toute chance de paix. Voilà notre nation, voilà ses chefs. La conclusion inévitable est que la révolution sioniste est morte.

Alors, pourquoi l’opposition est-elle muette? Peut-être est-ce l’été, peut-être est-elle fatiguée, peut-être certains veulent-ils se joindre au gouvernement à tout prix, même au prix de participer à la maladie. Mais pendant qu’ils tergiversent, les forces du bien perdent espoir.

C’est le moment des alternatives claires. Tous ceux qui refusent de présenter une position tranchée, «blanc ou noir», collaborent de fait au déclin. Ce n’est pas un problème de travaillistes contre Likoud, ou de droite contre gauche, mais du bien contre le mal, de l’acceptable contre l’inacceptable. Ceux qui respectent la loi contre les hors-la-loi. Ce qu’il faut, ce n’est pas le renversement politique du gouvernement Sharon, mais une vision d’espoir, une alternative à la destruction du sionisme et de ses valeurs par les sourds, les muets et les insensibles.

Les amis d’Israël de l’étranger, juifs ou non, les présidents et les premiers ministres, les rabbins et les citoyens lambda, tous doivent choisir, eux aussi. Ils doivent tendre la main et aider Israël à trouver son chemin, à travers la feuille de route, vers notre destin national, en tant que lumière pour les Nations, et pour une société de paix, de justice et d’égalité.

Avraham Burg

Traduit de l’anglais par Gérard Eizenberg

La Paix Maintenant (France)
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Mis en ligne le 11 septembre 2003 sur le site
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