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Droit de réponse de M. Schmock: La Société israélienne s'effondre
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10/09/03

Droit de réponse de M. Schmock : La Société israélienne s’effondre


S’estimant "indirectement diffamé" par notre portrait humoristique (et purement imaginaire, précisons-le) du Juif-qui-refuse-d’être-confondu-avec-ceux-qu’épingle-le-MRAP (paru le 08 septembre sur notre site, sous le titre : "'Marche à gauche': un maccarthisme de gauche contre les Juifs de droite"), un Juif – dont je me garderai de révéler l’identité, a exigé un droit de réponse sous la forme du texte qui suit. Quoique le bien fondé de cette procédure soit contestable (l’auteur n’étant ni visé personnellement, ni nommé) nous lui donnons satisfaction. Nous répercutons également, à sa demande expresse, la remarque liminaire suivante de sa main :

«Monsieur Macina s’étant cru autorisé à dresser, de Juifs au moins aussi respectables que lui, sinon davantage, un portrait caricatural, d’où il ressort, entre autres insinuations et affirmations malséantes et calomnieuses, que des gens comme moi sont des couards dont tout le souci dans l’existence est de "ne pas attirer l’attention", j’ai tenu à lui prouver le contraire en rédigeant la mise en garde suivante que j’adresse aux Israéliens en tant que Juif qui ne renie pas son identité confessionnelle, mais ne peut se solidariser avec ses coreligionnaires qui ont privilégié la citoyenneté israélienne et le nationalisme exacerbé qui la caractérise, et qui est d’autant plus insupportable à mes yeux qu’il s’exerce au prix de la domination d’un peuple sur un autre, au nom d’une idéologie révolue et de toute manière discréditée.»

M. Schmock *

* J’ai choisi de signer du nom d’infamie dont m’a affublé M. Macina, faisant ainsi d’une pierre deux coups : montrer la laideur de ce procédé, et profiter de l’anonymat qu’il me confère.


Note 1 de la Rédaction d’upjf.org: Les mises en couleur de certains mots et expressions sont de notre fait. Nous nous en expliquerons à la suite du texte de ce 'droit de réponse'.


La société israélienne s'effondre et ses dirigeants gardent le silence


La révolution sioniste, à ses débuts, tout au moins, a toujours reposé sur deux piliers: une voie juste et un leadership éthique. Ils ont tous les deux disparu. Aujourd'hui, la nation israélienne s'appuie sur un échafaudage de corruption, lui-même posé sur des fondations d'oppression et d'injustice. En tant que telle, la fin de l'entreprise sioniste est déjà aux portes. Il existe une vraie probabilité que cette génération soit la dernière génération du sionisme. Il se peut qu'il y ait un État juif, mais il sera d'un autre genre, étrange et affreux.

Il reste du temps pour changer le cours des choses, mais il est compté. Ce qu'il faudrait, c'est la vision nouvelle d'une société juste, et la volonté politique pour la mettre en œuvre. Il ne s'agit pas seulement d'une affaire interne israélienne. Les Juifs de la diaspora, pour qui Israël est un des piliers majeurs de leur identité, devraient prendre cela en compte et élever la voix. Si le pilier s'effondre, les étages supérieurs s'écraseront eux aussi.

En Israël, L'opposition n'existe pas, et la coalition au pouvoir, avec Ariel Sharon à sa tête, revendique le droit de garder le silence. Dans une nation de moulins à paroles, chacun est devenu soudainement muet, car il n'y a plus rien à dire. Israéliens, vous avez échoué, de façon criante. Oui, vous avez redonné vie à l'hébreu, créé un théâtre magnifique, et avez une monnaie forte. Vos cerveaux juifs sont aussi acérés qu'avant. Vous êtes cotés au Nasdaq. Mais est-ce pour cela que vous avez créé un État juif? Le peuple juif n'a pas survécu deux mille ans pour créer de nouvelles armes, des programmes de sécurité informatique ou des missiles antimissiles. Vous deviez être la lumière des Nations. En cela, vous avez échoué.

Il apparaît que ces deux mille ans de lutte du peuple juif pour sa survie se réduisent à un État de colonies, dirigé par une clique sans morale de hors-la-loi corrompus, sourds à la fois à leurs concitoyens et à leurs ennemis. Un État sans justice ne peut pas survivre. De plus en plus d'Israéliens en arrivent à le comprendre, quand ils demandent à leurs enfants où ceux-ci se voient vivre dans 25 ans. Les enfants les plus honnêtes admettent, devant les parents en état de choc, qu'ils ne savent pas. Le compte à rebours de la société israélienne a commencé.

Il est très confortable d'être sioniste dans des colonies de Cisjordanie comme Beit El et Ofra. Le paysage biblique est charmant. De la fenêtre, on peut admirer les géraniums et les bougainvilliers, et ne pas voir l'occupation. En roulant sur l'autoroute rapide qui relie Ramot, à l'extrême Nord de Jérusalem, et Gilo, à l'extrême sud, un itinéraire de 12 minutes qui passe à peine à 800 mètres à l'ouest des barrages routiers des territoires palestiniens, il est difficile de mesurer l'expérience humiliante que vivent les Arabes méprisés, qui doivent ramper pendant des heures sur les routes cabossées et bloquées qui leur ont été assignées. Une route pour l'occupant, une autre pour l'occupé.

Cela ne peut pas marcher. Même si les Arabes baissent la tête et avalent leur honte et leur rage indéfiniment, cela ne marchera pas. Une structure construite sur de l'insensibilité à l'Homme s'effondrera d'elle-même, inévitablement. Prenez bien note de cet instant: la superstructure du sionisme s'effondre déjà, telle une salle de mariage bon marché de Jérusalem [allusion à un accident dû à un défaut de construction, qui a fait de nombreuses victimes, NdT]. Seuls les fous continuent à danser en haut de l'immeuble, quand les piliers s'effondrent.

Vous êtes habitués à ignorer la souffrance des femmes aux barrages routiers. Il n'est pas étonnant que vous n’entendiez plus les cris des femmes violées à côté de chez vous, ou la mère célibataire qui se bat pour élever ses enfants dans la dignité. Vous ne dénombrez même plus les femmes assassinées par leur mari.

Israël, qui a cessé de se soucier des enfants des Palestiniens, ne doit pas être surpris quand ceux-ci viennent, baignés de haine, se faire exploser sur les lieux où les Israéliens fuient la réalité. Ils se donnent à Allah sur vos lieux de loisir, car leur vie à eux est une torture. Ils font couler votre sang dans les restaurants pour vous couper l'appétit, car,chez eux, leurs enfants et leurs parents connaissent la faim et l'humiliation.

Vous pouvez tuer mille chefs de bande, mille ingénieurs, rien ne sera résolu, parce que les chefs viennent d'en bas, des puits de haine et de colère, des «infrastructures» de l'injustice et de la corruption morale.

Si tout cela était inévitable, ordonné par Dieu et immuable, on pourrait garder le silence. Mais les choses pourraient être différentes, et le cri est donc un impératif moral.

Voici ce que le Premier Ministre devrait dire à son peuple :
Le temps des illusions est terminé. Le moment des décisions est arrivé. vous aimez toute la terre de vos aïeux, et en d'autres temps, vous auriez aimé y vivre tout seuls. Mais cela ne se produira pas. Les Arabes, eux aussi, ont des rêves et des besoins.
Entre le Jourdain et la Méditerranée, il n'existe plus de majorité juive claire. Et donc, chers amis israéliens, on ne peut garder tout sans en payer le prix. Vous ne pouvez pas garder sous la botte d'Israël une majorité palestinienne, et en même temps, vous prendre pour la seule démocratie du Moyen-Orient. Il ne peut pas y avoir de démocratie sans droits égaux pour tous ceux qui vivent ici, Juifs et Arabes. vous ne pouvez pas conserver les territoires et une majorité juive dans le seul État juif du monde, pas par des moyens humains, moraux et juifs.

Vous voulez le Grand Israël? Pas de problème. Laissez tomber la démocratie. Instituez un système efficace de séparation raciale, avec camps de prisonniers et villages de détention. Le ghetto de Qalqiliya et le goulag de Jénine.

Vous voulez une majorité juive? Pas de problème. Mettez les Arabes dans des wagons, des bus, sur des chameaux et sur des ânes, et expulsez-les en masse. Ou bien séparez-vous d'eux absolument, sans trucs ni gadgets. Il n'y a pas de moyen terme. Vous devez évacuer les colonies. Toutes les colonies. Et tracer une frontière internationalement reconnue entre le foyer national juif et le foyer national palestinien. La loi juive du retour ne s'appliquera qu'à l'intérieur de votre foyer national, et leur loi du retour ne s'appliquera qu'à l'intérieur des frontières de l'État palestinien.

Vous voulez la démocratie? Pas de problème. Ou bien vous renoncez au Grand Israël, jusqu'à la dernière colonie et au dernier avant-poste, ou bien vous donnez la totalité des droits civiques, dont le droit de vote, à tout le monde, y compris aux Arabes. Evidemment, le résultat sera que ceux qui ne voulaient pas d'un État palestinien à côté d'eux l'auront chez eux, par l'intermédiaire du bulletin de vote.

Voilà ce que le Premier ministre devrait dire à son peuple. Il devrait présenter les choix avec franchise: le racisme juif, ou la démocratie. Les colonies, ou l'espoir pour les deux peuples. La vision de barbelés, de barrages routiers et de kamikazes, ou une frontière internationalement reconnue entre deux États, et Jérusalem comme capitale commune.

Mais il n'y a pas de Premier ministre à Jérusalem. La maladie qui ronge le corps du sionisme a déjà attaqué la tête. David Ben Gourion s'est parfois trompé, mais il est resté droit comme une flèche. Quand Menahem Begin s'est trompé, personne n'a mis en cause ses motivations. Ce n'est plus le cas. Des sondages publiés ce week-end montrent qu'une majorité d'Israéliens ne croient pas en l'intégrité personnelle du Premier ministre, mais qu'elle lui fait confiance sur le plan politique. En d'autres termes, le Premier ministre actuel d'Israël personnifie les deux aspects du fléau: une moralité personnelle douteuse et un non-respect ouvert de la loi, combinés à la brutalité de l'occupation et à l’écrasement de toute chance de paix. Voilà votre nation, voilà vos chefs. La conclusion inévitable est que la révolution sioniste est morte.

Alors, pourquoi l'opposition est-elle muette? Peut-être est-ce à cause de l'été, peut-être est-elle fatiguée, peut-être certains veulent-ils se joindre au gouvernement à tout prix, même au risque de la maladie. Mais pendant qu'ils tergiversent, les forces du bien perdent espoir.

C'est le moment des alternatives claires. Tous ceux qui refusent de présenter une position tranchée, «blanc ou noir», collaborent de fait au déclin. Ce n'est pas un problème de travaillistes contre Likoud, ou de droite contre gauche, mais du bien contre le mal, de l'acceptable contre l'inacceptable. Ceux qui respectent la loi contre les hors-la-loi. Ce qu'il faut, ce n'est pas le renversement politique du gouvernement Sharon, mais une vision d'espoir, une alternative à la destruction du sionisme et de ses valeurs par les sourds, les muets et les insensibles.

Les amis d'Israël à l'étranger, juifs ou non, les présidents et les premiers ministres, les rabbins et les citoyens-lambda, tous doivent choisir, eux aussi. Ils doivent tendre la main et aider Israël à trouver son chemin, par le moyen de la feuille de route, vers leur ambition nationale d'être une lumière pour les Nations, et vers une société de paix, de justice et d'égalité.


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Note 2 de la Rédaction d’upjf.org: Vous aurez remarqué que ce texte virulent n’est pas signé. C’est volontairement. Je demande pardon à celles et à ceux qui ont cru à la réalité de ce 'droit de réponse' de m. Schmock. Il est temps, en effet, de vous exposer toute l’affaire.

En rédigeant, avant-hier, ce que j’ai appelé une "pantalonnade"(en l’espèce de la petite satire intitulée "'Marche à gauche': un maccarthisme de gauche contre les Juifs de droite"), mon but était de fustiger (en mettant les rieurs de mon côté) les Juifs de Gola qui, par peur ou par dévoiement idéologique diffament, voire diabolisent l’Etat d’Israël et ses dirigeants, ainsi que l’idéologie sioniste, ou, à tout le moins, approuvent, explicitement ou tacitement ces détracteurs.

J'étais à cent lieues de me douter que le député du Parti Travailliste israélien, ancien président de la Knesset et ancien président de l’exécutif de l’Agence Juive, Avraham (Avrom) Burg, jetterait publiquement un tel discrédit, aussi brutal qu'injuste, sur ses concitoyens et sur le mouvement d'idées le plus fécond et le plus novateur de l'histoire moderne, grâce auquel des millions de Juifs méprisés et rejetés de partout ont recouvré leur identité d'hommes et de Juifs - à savoir, le sionisme.

Si j’ai tenu à présenter les choses de cette manière – c’est-à-dire en faisant croire que ce discours était le fruit de la hargne d’un Juif honteux vivant confortablement hors des frontières de l’Etat d’Israël, c’est précisément pour montrer, de manière percutante, à quel point nous sous-estimons la gravité des dommages psychologiques et idéologiques que cause aux Israéliens la terreur palestinienne. En effet, je gage que beaucoup d’entre vous, ont d’abord lu ce texte, avec colère, mais sans étonnement, puisque, croyaient-ils, il émanait d’un Schmock juif tel que celui dont j’avais dressé le portrait caricatural peu de temps auparavant. La pieuse supercherie était pourtant facile à détecter, puisque les mots et passages en rouge n’ont aucune valeur particulière et concernent presque tous des pronoms personnels ou possessifs. C'est que le but de l’exercice était de faire prendre conscience à celles et ceux dont le regard n’est pas encore dessillé, et ce à la lumière de leurs propres réactions, que, s’ils avaient 'marché', c’est qu’un tel texte ne les avait pas inquiétés outre mesure, parce qu’il émanait – croyaient-ils – d’une catégorie de gens dont les réactions de connivence, apeurées ou calculatrices, avec nos ennemis, étaient prévisibles, tant elles correspondaient à ce à quoi nous ont habitués ces gens.

C'est chose faite. Sans rancune, j'espère.

Vous trouverez, ci-après, le texte intégral et non modifié de l'article d'A. Burg.

Vous pouvez aussi, si vous le désirez, vous reporter à mon interpellation du député médisant de son peuple, que j'ai intitulée "Avrom Burg, qu'avez-vous fait là?".

Menahem Macina

© upjf.org


Mis en ligne le 11 septembre 2003 sur le site www.upjf.org

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Texte français de l'article d'A. Burg, tel qu’il figure sur le site Solidarité-Palestine

www.solidarite-palestine.org/rdp-isr-030829-1.html

La société israélienne s'effondre et ses leaders gardent le silence

Par Avraham Burg *

Version anglaise sur Forward www.forward.com/issues/2003/03.08.29/oped3.html

29 août 2003

* Avraham Burg a été président de la Knesset de 1999 à 2003. Ancien président de l'Agence Juive, il est actuellement député du Parti travailliste. Cet article, précédemment paru en hébreu dans le quotidien israélien Yediot Aharonot, a été revu et adapté par l'auteur.

En anglais : A Failed Israeli Society Collapses While Its Leaders Remain Silent
www.forward.com/issues/2003/03.08.29/oped3.html

La révolution sioniste a toujours reposé sur deux piliers: une voie juste et un leadership éthique. Ils ont tous les deux disparu. Aujourd'hui, la nation israélienne s'appuie sur un échafaudage de corruption, lui-même posé sur des fondations d'oppression et d'injustice. En tant que telle, la fin de l'entreprise sioniste est déjà à notre porte. Il existe une vraie probabilité que notre génération soit la dernière génération du sionisme. Il se peut qu'il y ait un État juif, mais il sera d'un autre genre, étrange et affreux.

Il reste du temps pour changer le cours des choses, mais il est compté. Ce qu'il faut, c'est la vision nouvelle d'une société juste, et la volonté politique pour la mettre en œuvre. Il ne s'agit pas seulement d'une affaire interne israélienne. Les Juifs de la diaspora, pour qui Israël est un des piliers majeurs de leur identité, doivent le prendre en compte et élever la voix. Si le pilier s'effondre, les étages supérieurs s'écraseront eux aussi.
L'opposition n'existe pas, et la coalition au pouvoir, avec Arik Sharon à sa tête, revendique le droit de garder le silence. Dans une nation de moulins à paroles, chacun est devenu soudainement muet, car il n'y a plus rien à dire. Nous avons échoué, da façon tonitruante. Oui, nous avons redonné vie à l'hébreu, créé un théâtre magnifique, et avons une monnaie forte. Nos cerveaux juifs sont aussi acérés qu'avant. Nous sommes cotés au Nasdaq. Mais est-ce pour cela que nous avons créé un État juif? Le peuple juif n'a pas survécu deux mille ans pour créer de nouvelles armes, des programmes de sécurité informatique ou des missiles antimissiles. Nous devions être la lumière des Nations. En cela, nous avons échoué.

Il apparaît que ces deux mille ans de lutte du peuple juif pour sa survie se réduisent à un État de colonies, dirigé par une clique sans morale de hors-la-loi corrompus, sourds à la fois à leurs concitoyens et à leurs ennemis. Un État sans justice ne peut pas survivre. De plus en plus d'Israéliens en arrivent à le comprendre, quand ils demandent à leurs enfants où ceux-ci se voient vivre dans 25 ans. Les enfants les plus honnêtes admettent, devant les parents en état de choc, qu'ils ne savent pas. Le compte à rebours de la société israélienne a commencé.

Il est très confortable d'être sioniste dans des colonies de Cisjordanie comme Beit El et Ofra. Le paysage biblique est charmant. De la fenêtre, on peut y admirer les géraniums et les bougainvilliers, et ne pas voir l'occupation. En roulant sur l'autoroute rapide qui relie Ramot, à l'extrême Nord de Jérusalem, et Gilo, à l'extrême sud, un itinéraire de 12 minutes qui passe à peine à 800 mètres à l'ouest des barrages routiers des territoires palestiniens, il est difficile de mesurer l'expérience humiliante que vivent les Arabes méprisés qui doivent ramper pendant des heures sur les routes cabossées et bloquées qui leur ont été assignées. Une route pour l'occupant, une autre pour l'occupé.
Cela ne peut pas marcher. Même si les Arabes baissent la tête et avalent leur honte et leur rage indéfiniment, cela ne marchera pas. Une structure construite sur de l'insensibilité à l'Homme s'effondrera d'elle-même, inévitablement. Prenez bien note de cet instant: la superstructure du sionisme s'effondre déjà, telle une salle de mariage peu chère de Jérusalem (allusion à un accident dû à un défaut de construction, qui a fait de nombreuses victimes, NdT). Seuls les fous continuent à danser en haut de l'immeuble, alors que les piliers s'effondrent.

Nous nous sommes habitués à ignorer la souffrance des femmes aux barrages routiers. Il n'est pas étonnant que nous n'entendions plus les cris des femmes violées à côté de chez nous, ou la mère célibataire qui se bat pour élever ses enfants dans la dignité. Nous ne comptons même plus les femmes assassinées par leur mari.

Israël, qui a cessé de se soucier des enfants des Palestiniens, ne doit pas être surpris quand ceux-ci viennent, baignés de haine, se faire exploser sur les lieux où les Israéliens fuient la réalité. Ils se donnent à Allah sur nos lieux de loisir, car leur propre vie est une torture. Ils font couler notre sang dans les restaurants pour nous couper l'appétit, car chez eux, leurs enfants et leurs parents connaissent la faim et l'humiliation.

Nous pouvons tuer mille chefs de bande, mille ingénieurs, rien ne sera résolu, parce que les chefs viennent d'en bas, des puits de haine et de colère, des «infrastructures» de l'injustice et de la corruption morale.

Si tout cela était inévitable, ordonné par Dieu et immuable, je garderais le silence. Mais les choses pourraient être différentes, et le cri est donc un impératif moral.

Voici ce que le Premier Ministre devrait dire à son peuple :
Le temps des illusions est terminé. Le moment des décisions est arrivé. Nous aimons toute la terre de nos aïeux, et en d'autres temps, nous aurions aimé y vivre tout seuls. Mais cela ne se produira pas. Les Arabes, eux aussi, ont des rêves et des besoins.

Entre le Jourdain et la Méditerranée, il n'existe plus de majorité juive claire. Et donc, chers compatriotes, on ne peut garder tout sans en payer le prix. Nous ne pouvons pas garder sous la botte d'Israël une majorité palestinienne, et en même temps nous prendre pour la seule démocratie du Moyen-Orient. Il ne peut pas y avoir de démocratie sans droits égaux pour tous ceux qui vivent ici, Juifs et Arabes. Nous ne pouvons pas conserver les territoires et une majorité juive dans le seul État juif du monde, pas par des moyens humains, moraux et juifs.

Vous voulez le Grand Israël? Pas de problème. Laissons tomber la démocratie. Instituons un système efficace de séparation raciale, avec camps de prisonniers et villages de détention. Le ghetto de Qalqiliya et le goulag de Jénine.

Vous voulez une majorité juive? Pas de problème. Mettons les Arabes dans des wagons, des bus, sur des chameaux et sur des ânes, et expulsons-les en masse. Ou bien séparons-nous d'eux absolument, sans trucs et sans gadgets. Il n'y a pas de voie du milieu. Nous devons évacuer les colonies. Toutes les colonies. Et tracer une frontière internationalement reconnue entre le foyer national juif et le foyer national palestinien. La loi juive du retour ne s'appliquera qu'à l'intérieur de notre foyer national, et leur loi du retour ne s'appliquera qu'à l'intérieur des frontières de l'État palestinien.

Vous voulez la démocratie? Pas de problème. Ou bien nous renonçons au Grand Israël, jusqu'à la dernière colonie et au dernier avant-poste, ou bien nous donnons la totalité des droits civiques, dont le droit de vote, à tout le monde, y compris aux Arabes. Le résultat, évidemment, sera que ceux qui ne voulaient pas d'un État palestinien à côté d'eux l'auront chez eux, par l'intermédiaire du bulletin de vote.

Voilà ce que le Premier ministre devrait dire à son peuple. Il devrait présenter les choix avec franchise: le racialisme juif, ou la démocratie. Les colonies, ou l'espoir pour les deux peuples. La vision de barbelés, de barrages routiers et de kamikazes, ou une frontière internationalement reconnue entre deux États, et Jérusalem comme capitale commune.

Mais il n'y a pas de Premier ministre à Jérusalem. La maladie qui ronge le corps du sionisme a déjà attaqué la tête. David Ben Gourion s'est parfois trompé, mais il est resté droit comme une flèche. Quand Menahem Begin s'est trompé, personne n'a mis en cause ses motivations. Ce n'est plus le cas. Des sondages publiés ce week-end montrent qu'une majorité d'Israéliens ne croit pas en l'intégrité personnelle du Premier ministre, mais qu'elle lui fait confiance sur le plan politique. En d'autres termes, le Premier ministre actuel d'Israël personnifie les deux aspects du fléau: une moralité personnelle douteuse et un non respect ouvert de la loi, combinés à la brutalité de l'occupation et au piétinement de toute chance de paix. Voilà notre nation, voilà ses chefs. La conclusion inévitable est que la révolution sioniste est morte.

Alors, pourquoi l'opposition est-elle muette? Peut-être est-ce l'été, peut-être est-elle fatiguée, peut-être certains veulent-ils se joindre au gouvernement à tout prix, même au prix de participer à la maladie. Mais pendant qu'ils tergiversent, les forces du bien perdent espoir.

C'est le moment des alternatives claires. Tous ceux qui refusent de présenter une position tranchée, «blanc ou noir», collaborent de fait au déclin. Ce n'est pas un problème de travaillistes contre Likoud, ou de droite contre gauche, mais du bien contre le mal, de l'acceptable contre l'inacceptable. Ceux qui respectent la loi contre les hors-la-loi. Ce qu'il faut, ce n'est pas le renversement politique du gouvernement Sharon, mais une vision d'espoir, une alternative à la destruction du sionisme et de ses valeurs par les sourds, les muets et les insensibles.

Les amis d'Israël de l'étranger, juifs ou non, les présidents et les premiers ministres, les rabbins et les citoyens lambda, tous doivent choisir, eux aussi. Ils doivent tendre la main et aider Israël à trouver son chemin, à travers la feuille de route, vers notre destin national, en tant que lumière pour les Nations, et pour une société de paix, de justice et d'égalité.

Avraham Burg

Traduit de l'anglais par Gérard Eizenberg

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