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Quand l'affrontement du Proche-Orient gagne le Canada, controverse
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Nous reproduisons, ci-après, un article paru dans la revue canadienne Le Devoir et la réponse qu'y apporte notre correspondant, Edmond Silber, de Montréal. Sans entrer dans cette polémique, dont seuls nos amis canadiens peuvent apprécier la justesse éventuelle, nous croyons utile de mettre sous les yeux de nos internautes ces deux documents, qui témoignent - au cas où nous n'en aurions pas pris conscience - que la contestation d'Israël est dorénavant universelle. Merci à E. Silber de nous avoir transmis ce matériau. Menahem Macina.]

1. L’article de J.-C. Leclerc, dans Le Devoir


Titre complet : «Le conflit israélo-palestinien. Quand l'affrontement du Proche-Orient gagne le Canada», Jean-Claude Leclerc *

LE DEVOIR, édition du lundi 2 décembre 2002

Depuis plus d'un demi-siècle qu'il perdure au Proche-Orient, jamais le conflit israélo-palestinien n'a connu d'écho vraiment violent au Canada. Du moins jusqu'à la manifestation contre la présence de Benjamin Nétanyahou à l'Université Concordia, le 9 septembre dernier. Plusieurs ont reproché à l'institution d'avoir suspendu par la suite toute autre expression publique sur ce conflit. Quelques réunions s'y sont tenues malgré tout, sans déclencher d'émeute, et l'Université a retiré son interdit depuis. D'aucuns en ont conclu que Concordia avait violé une liberté fondamentale. On en débat encore. Mais il y a plus grave.

À en croire le recteur, Frederick Lowy, bien avant que des manifestants ne fassent avorter la conférence du leader israélien, l'intimidation et la haine couvaient sur ce campus. La violence du 9 septembre n'aurait fait que confirmer les appréhensions des autorités. L'Université aura alors voulu préserver la session de ses 29 000 étudiants, d'abord préoccupés de réussir leurs études. Dans une institution expressément vouée à la diversité, le verdict du recteur était déjà inquiétant. L'accusation de ses détracteurs, qui y ont vu plutôt une abdication devant les bienfaiteurs financiers de Concordia, n'aura en rien atténué le problème, au contraire.

Pour dire les choses crûment, Concordia serait en proie, d'un côté, à une organisation d'Arabes et de sympathisants pro-palestiniens faisant du campus leur terrain de lutte et, de l'autre, à des militants et donateurs juifs dont l'appui inconditionnel à Israël passe avant toute autre préoccupation. Autrement dit, cette université risquerait de devenir victime d'une sourde lutte intérieure, pour peu que l'intolérance et l'affrontement gagnent du terrain. Concordia a déjà connu dans un passé pas si lointain des incidents violents. Elle ne souhaite certainement pas renouer avec ce genre de célébrité. Néanmoins elle ne serait pas la première université à subir une crise politique interne.

Chez les étudiants, Palestiniens et Juifs du campus ont senti le danger. Et les organisations religieuses ont favorisé les gestes de rapprochement. On a même tenu à Concordia une cérémonie spéciale qui aurait montré que, dans cette université, la coexistence entre les différents groupes est «pacifique». Mais les communautés en présence et les forces qui les agitent pourraient déborder -- plus vite qu'on ne le croit -- les limites d'ordinaire sereines des rapports oecuméniques et interculturels chers à Montréal. Les individus de bonne volonté sont impuissants, du reste, à suivre une autre voie quand un conflit mobilise des sociétés entières dans ce qu'il faut bien appeler une guerre.


Un signe avant-coureur

De façon moins dramatique qu'au Proche-Orient, l'intolérance générée par cette guerre fait déjà des victimes au Canada. Rares sont les Arabes ou les musulmans qui se désolidarisent en public du terrorisme pratiqué en leur nom au Proche-Orient par certaines organisations. De moins en moins nombreux aussi sont les membres de la communauté juive d'ici qui peuvent exprimer leur désaccord avec la politique de spoliation menée par Israël. Dans un conflit, les radicaux ou leur position prennent hélas souvent plus de place que les modérés et leur discours. Une manifestation comme celle de Concordia, peu violente à l'échelle québécoise, ne vaudrait guère qu'on s'y arrête si elle n'était un signe avant-coureur de tragédies.

On se prend à rêver d'un déblocage inattendu, d'un rapprochement véritable, comme c'est arrivé entre Russes et Américains après la chute du mur de Berlin, mais cette fois entre Juifs et Arabes. Malheureusement le conflit du Proche-Orient, aussi âgé que l'ancien antagonisme Est-Ouest, ne donne aucun signe d'apaisement, encore moins de résolution prochaine. Au contraire, l'affrontement connaît un approfondissement qui appelle l'abîme. Non seulement la violence des sentiments et des actes y est-elle sans précédent, même en regard des guerres qui y ont déjà eu lieu, mais elle se répand à nouveau dans d'autres régions du monde.

Certes, au Canada, la tolérance a généralement prévalu sur les antagonismes religieux, linguistiques et ethniques qui ont sévi dans le passé. Aussi les étudiants étrangers ou les immigrants de fraîche date qui succomberaient d'aventure aux pratiques d'affrontement de leur terre d'origine, ne trouveraient guère de sympathie auprès de la population ou des autorités. Mais on ne saurait sous-estimer les réactions émotives que le conflit israélo-palestinien suscite chez un nombre grandissant de personnes, y compris dans les générations qui s'en étaient peu préoccupées jusqu'à maintenant, et surtout au sein de la jeunesse. Il suffirait de peu pour que les milieux même les plus ouverts succombent aux affrontements.

Or, on ne saurait plus exclure la possibilité que des incidents graves surviennent dans l'une ou l'autre des grandes villes multiculturelles du Canada. Les Montréalais seront peut-être restés sceptiques en lisant en manchette de La Presse, il y a un an, qu'un membre d'al-Qaïda «avait projeté de faire sauter une mégabombe à Outremont». Leur scepticisme ne se sera pas dissipé par la suite, l'homme qui voulait poser la bombe étant, selon le journal, «un agent double». Mais la vérité désormais, c'est qu'aucune ville, pour peu qu'elle soit mêlée au conflit du Proche-Orient, n'est à l'abri d'un attentat ou d'un dérapage propre à déclencher des affrontements.

Protéger la liberté d'expression

Bien sûr, les manifestants du 9 septembre n'avaient pas tort de contester les prétentions démocratiques d'un Benjamin Nétanyahou, un dirigeant qui n'a jamais hésité à piétiner les droits et les gens en Palestine occupée. Pourtant, certains d'entre eux, qu'ils en aient été conscients ou pas, cédaient au même dangereux penchant en choisissant de faire taire ce personnage par la force au lieu d'en démasquer le discours. On ne saurait reprocher à certains étudiants, qui n'ont jamais vécu en pays démocratique, de confondre la rue et la liberté d'expression. Mais s'ils devaient être de plus en plus nombreux à imposer leurs vues par la force, il faudrait le réprouver sans complaisance.

La suspension de la liberté d'expression à Concordia était peut-être une réponse disproportionnée au problème de la violence appréhendée par l'Université. La suite des choses a montré soit que la réplique de la direction a été efficace soit qu'elle était inutile. Mais on attend encore la réponse au danger, autrement plus sérieux, que fait courir à la démocratie canadienne l'alignement pro-israélien que le groupe CanWest impose à ses journaux partout au Canada. La communauté juive, qui fut longtemps à l'avant-garde des libertés au pays, n'avait pas besoin qu'une de ses illustres familles inflige à la société canadienne des méthodes brutales qui ne peuvent que nourrir la violence.

On dit qu'à la guerre, la première victime à tomber est la vérité. On pourrait tout autant dire que c'est aussi la liberté, celle de l'individu comme celle de sa communauté, même quand on prétend combattre en son nom. On a aussi dit «pas de liberté pour les ennemis de la liberté», comme si la liberté qu'on nie aux autres pouvait longtemps subsister dans ses propres rangs. La beauté d'une démocratie pluraliste, c'est qu'elle libère chacun, non seulement de la dictature des autres, mais de la tyrannie de son propre groupe. On y apprend aussi à ne pas avoir à choisir une communauté en devant en exclure une autre.

redaction@ledevoir.com


* Jean-Claude Leclerc enseigne le journalisme à l'Université de Montréal.

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2. Réponse d’Edmond Silber


Le Devoir
2050, de Bleury, 9ième étage
Montréal (Québec), H3A 3M9
(514) 985-3333
redaction@ledevoir.com


Edition du lundi 2 décembre 2002

Re : Quand l'affrontement du Proche-Orient gagne le Canada, par Jean-Claude Leclerc


Madame, Monsieur,

Permettez-moi de répliquer à l’article écrit par un professeur qui «enseigne le journalisme» à l’université de Montréal, article ayant paru aujourd’hui dans Le Devoir.

1. l'appui inconditionnel à Israël

a. Comment ne pas [soutenir] Israël alors que des gens comme vous, plus souvent qu’autrement ne font qu’interpréter la nouvelle et la diffuse d’une manière reflétant surtout l’autre point de vue.

2. De moins en moins nombreux aussi sont les membres de la communauté juive d'ici qui peuvent exprimer leur désaccord avec la politique de spoliation menée par Israël.

a. Politique de spoliation? S’il s’agissait de la mort de vos frères et sœurs je me demande si vous auriez encore le culot de prononcer ce mot lorsqu’il s’agit de survie.
b. Effectivement les détracteurs « juifs » d’Israël sont de moins en moins nombreux et cela surtout après Camp David. Nous avons tous finalement compris qu’Arafat ne voulait pas la paix mais tout Israël. Comment voulez-vous qu’un Juif qui se respecte s’apparente avec des gens qui dénigrent ses propres coreligionnaires. Ces dénigreurs Juifs d’Israël sont dans un pays libre et ont le droit d’exprimer tout ce qu’ils veulent, mais surtout pas en mon nom et encore moins au nom des Juifs.

3. Non seulement la violence des sentiments et des actes y est-elle sans précédent, même en regard des guerres qui y ont déjà eu lieu, mais elle se répand à nouveau dans d'autres régions du monde.

a. N’avez-vous pas encore compris qu’il s’agit là d’une guerre de religions. De nombreux Mollah, heureusement pas tous, interprètent le Coran selon leurs sentiments anti-ceci ou anti-cela, et appellent à la guerre sainte au nom de… et cela tous les vendredis.

4. Mais la vérité désormais, c'est qu'aucune ville, pour peu qu'elle soit mêlée au conflit du Proche-Orient, n'est à l'abri d'un attentat ou d'un dérapage propre à déclencher des affrontements.

a. Cher Monsieur Leclerc, en nous parlant de « politique de spoliation menée par Israël » , alors que [cet Etat] lutte pour sa survie, vous contribuez grandement à l’instauration de ce climat d’insécurité dans nos villes.

5. Bien sûr, les manifestants du 9 septembre n'avaient pas tort de contester les prétentions démocratiques d'un Benjamin Nétanyahou, un dirigeant qui n'a jamais hésité à piétiner les droits et les gens en Palestine occupée.

a. Cher Monsieur Leclerc ou se trouve la « Palestine »? jusqu’en 1967, moi j’ai connu la Transjordanie. Les Jordaniens de l’époque n’ont jamais parlé de « Palestine », si oui alors pourquoi ne leur ont-ils pas accordé l’indépendance?

b. Ne vous en déplaise, je vous signale que c’est Monsieur Nétanyahou qui avait redonné Hébron et pas mal d’autres territoires. Êtes-vous aussi de ceux qui tiennent à faire courir la nouvelle que ce serait la visite du premier Ministre Ariel Sharon sur l’esplanade des mosquées qui aurait déclenché l’Intifada? Vous prétendez que Monsieur Nétanyahou « piétine des droits » mais que font les autres? Si-non que d’assassiner aussi des femmes et des enfants sans défense.

6. On ne saurait reprocher à certains étudiants, qui n'ont jamais vécu en pays démocratique, de confondre la rue et la liberté d'expression.

a. Alors là, vous me surprenez, cher Professeur, avec votre point de vue, nous allons virer Arabe plus vite que vous ne le pensez. C’est aux immigrants de se conformer aux lois du pays qui a eu la générosité de les accepter, et la loi, c’est la loi. Plutôt que d’exporter notre système démocratique vous seriez presque d’avis à importer le leur?

7. La suspension de la liberté d'expression à Concordia était peut-être une réponse disproportionnée au problème de la violence appréhendée par l'Université.

a. Disproportionné? Mais qu’auriez-vous voulu? Toute cette casse, la façade vitrée et tous les meubles à l’intérieur en plus de tous les incidents antérieurs, ne vous suffisaient pas.

8. La communauté juive, qui fut longtemps à l'avant-garde des libertés au pays, n'avait pas besoin qu'une de ses illustres familles inflige à la société canadienne des méthodes brutales qui ne peuvent que nourrir la violence.

a. Mais qui nourrit la violence en l’alimentant de nouvelles, trop souvent biaisées en faveur des Palestiniens? Monsieur Leclerc, trop de journalistes nous imposent déjà leurs points de vue très personnels, alors ou est le problème? D’ailleurs vous le faîtes très bien dans ce journal et de par ce que je peux lire, je m’imagine le point de vue de vos étudiants finissants leurs études imprégnés de votre savoir!

b. Et bien, heureusement que nous avons des gens comme le PDG de Can-West pour nous avertir du danger, qui nourrit la violence? Pour moi en lisant votre article, ce sont surtout les journalistes qui propagent le point de vue de gens, qui sous la prétention de défendre certains des leurs, se servent de la religion pour imposer leur totalitarisme islamo-intégriste.


Cher Monsieur Leclerc, que c’est triste de vous lire. De grâce, épargnez vos étudiants. Etudiez encore un peu plus la carte géo-politique de la région et du monde islamique en général (www.reinfo-israel.com/fichiers/conflict_fr.html l'Histoire en bref). Vous verrez d’où vient le danger.

Pour changer de sujet : en visitant le site Web du Devoir, j’ai remarqué une image qui, à mon avis, n’a rien à voir avec le texte auquel elle est rattachée. N’appelle-t-on pas cela une autre forme de désinformation? (Voir la photo ci-dessous).

Edmond Silber
Montreal, Qc
esilber@sympatico.ca

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