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Critiquer un propos d'E. Schemla, ce n'est pas la lyncher: ne pas se tromper de débat
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« Il n’est que trop aisé de déformer la pensée de l’adversaire pour mieux la réfuter, de lui prêter libéralement des ignorances, des erreurs, des confusions, des naïvetés – pour ne pas dire : des sottises – qui n’ont jamais été son fait ; ou bien encore, insidieusement, de faire dévier le débat sur un autre terrain que le véritable, et d’avoir recours à quelque échappatoire pour triompher à bon compte. Procédés courants, j’en ai fait l’expérience, contestables même s’il en est usé sans mauvaise intention ; mais la mauvaise intention n’est pas exclue, loin de là. »
Jules Isaac, Genèse de l’antisémitisme, Calmann-Lévy, 1956, Press Pocket, pp. 333-334.)


Je me fais ici le porte-parole de nombreux correspondants qui m'ont exprimé leur scandale de ce que l'éditorial contesté d'E. Schemla figure, inchangé depuis 47 jours, sur le site Proche-Orient.info. Ils considèrent cette attitude comme une provocation. Il ne peuvent croire qu'en plus de 6 semaines, la journaliste n'ait pas trouvé une heure pour rédiger un nouvel éditorial. Pour ma part, j'estime qu'un tel agir ne fait qu'aggraver la cruelle déception qu'avait suscitée le dénigrement violent des échelons politique et militaire d'Israël, auquel s'était livrée la journaliste, et qu'il risque, en définitive, de nuire au site auquel tant de juifs avaient fait confiance, et à la pérénité duquel beaucoup avaient contribué par des contributions financières non négligeables.

Rappel des faits
Madame Elisabeth Schemla n’a pas que des détracteurs. A la faveur d'un subtil déplacement du débat, ce n’est plus son éditorial contesté qui est au centre de la nouvelle polémique, mais la journaliste elle-même - au grand dam des critiques de propos précis de cette dernière, et non de sa personne. Du coup, de généreux chevaliers ont couru à sa rescousse. Oubliant l'objet du débat, ils ont déjà tiré les conclusions : la remise en cause est illégitime, voire indécente. Pour ces gens qui, à l’évidence, estiment trop la journaliste pour envisager, même un instant, qu’elle soit répréhensible, on ne touche pas à Elisabeth Schemla.
Sans doute conscients du côté 'copain-copain', ou révérenciel – et donc arbitraire - de leur soutien inconditionnel de la journaliste, les défenseurs de son honneur - qu'ils estiment bafoué - usent, consciemment ou non, du procédé flétri par Jules Isaac (voir exergue) : "Déformant la pensée de l’adversaire pour mieux la réfuter… ils font dévier le débat sur un autre terrain que le véritable, et ont recours à quelque échappatoire pour triompher à bon compte".
Au mal qu’il dénonce, l'illustre pionnier des relations entre Juifs et Chrétiens n’a pas donné de remède. J'en propose un : le retour au sujet, ou au texte.
Voici, parmi une dizaine d'autres, deux arguments spécieux de la défense.

Echappatoire : Pour Jean Corcos, les critiques procèdent d’un "refus de laisser [E. Schemla] avoir une opinion sur un fait ponctuel". Et de se demander : "A-t-on bien lu son éditorial ? Elle ne désapprouve pas «l’assassinat ciblé» de Salah Chéhadé, mais la terrible bavure de la mort des civils, et surtout d’une dizaine d’enfants". Retour au texte (d’E. Schemla): "Il faudrait être un gogo… pour admettre que l'officier même le plus borné ignore qu'un missile d'une tonne fait de très gros dégâts… C'est donc de sang-froid qu'ont été tués ces neuf enfants palestiniens, dont un bébé."

Echappatoire : Dans son éditorial, Bernard Musicant, président de l’Association des Informaticiens Juifs de France, écrit : "Mme Schemla, en mère juive, a réagi comme nous tous, à la vue d'enfants morts, [quelles que soient] leur nationalité ou leur religion. Son amour pour Israël l'a fait réagir de manière épidermique, parce qu'elle en demande peut-être trop à Israël. Nous magnifions toujours l'être aimé, et sommes déçus, voire irrités lorsqu'il fait une erreur, si légère soit-elle." Retour au texte (d’E. Schemla): Problème. Il n’y a rien à citer. Tout simplement parce que les sentiments de "mère juive" que Bernard Musicant prête à E. Schemla, sont totalement absents de son texte, qui est – comme c’est d’ailleurs légitime pour une éditorialiste de ce niveau – une diatribe politique mordante et pugnace. Nulle "magnification de l’être aimé" non plus, mais une volée de bois vert : "[Ni Ya'alon ni Sharon] "n'ont le droit de prendre sciemment le risque d'assassiner délibérément des enfants". Quant à Sharon, tout ce dont E. Schemla le crédite c'est de "larmes de crocodile sur les victimes civiles"…

Il serait trop long de relever les "ignorances, les erreurs, les confusions… – pour ne pas dire : les sottises", que les (rares) défenseurs de la rédactrice en chef du site proche-orient.info, prêtent aux détracteurs de certains de ses propos injustifiables, dans le but – noble au demeurant – de défendre son honneur. Mais la fin ne justifie pas les moyens. Dans l’ensemble, à part quelques excités (dont les diatribes n'ont pas été reproduites sur mon site), les critiques ne portaient pas sur TOUT ce qu’écrit E. Schemla, et encore moins sur la teneur et la tenue générales du site qu’elle dirige de main de maître (même si ce qui y figure n’est pas au goût de tous), mais sur une ou deux phrases inadmissibles, précisément pour une journaliste. Et je sais gré à Bernard Musicant de l’avoir concédé en ces termes : "Nous voulons dire à Madame Schemla que nous aurions apprécié plus de recul face à l'actualité brûlante, et plus de nuance dans ses propos."

Pour conclure. L’estime qu’on a pour une personne – même méritante - ne justifie pas que l'on nie l’évidence - ici : de graves accusations, sans preuves, formulées à l’encontre du gouvernement israélien et de Tsahal. Cette estime exige, par contre, qu’on ne s’associe pas au lynchage médiatique de qui a démérité. Il suffit de lire ce que j’ai écrit à propos de cette affaire regrettable pour être convaincu que, pour autant que cela dépend de moi, je ne me prêterai pas à une telle vilenie, mais la combattrai en face, de toutes mes forces.
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