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En défense d'Elisabeth Schemla, Jean Corcos
C'est bien volontiers que je donne ici la parole à Jean Corcos, qui exprime un point de vue diamétralement opposé au mien, ce qui est son droit. Je répondrai brièvement, à la fin de son texte.Le dernier éditorial d’Elizabeth Schemla sur le site «Proche-Orient Info» vient de provoquer une volée de bois vert, à commencer par le commentaire de notre ami Menahem Macina, puis par des courriers à la tonalité franchement plus hostile – ceci sans compter, hélas, le «bouche à oreilles» qui amplifie, déforme et calomnie, délice des médiocres qui gaspillent leur énergie en tirant à vue sur les authentiques valeurs qui ont pris la défense d’Israël, en ces temps difficiles, où l’Etat juif est quotidiennement attaqué par des ennemis implacables. On peut craindre que ceci ne contribue à déstabiliser une des plus belle entreprises de contre-propagande, menée par une vraie équipe de journalistes alliant la compétence aux convictions.
Que reproche-t-on à cette excellente journaliste, que j’ai eu la chance de rencontrer à plusieurs reprises et l’honneur de recevoir sur les ondes de la fréquence juive (émission «Rencontre», Judaïques FM) ? D’avoir, pour une fois (la première, à ma connaissance de lecteur assidu de son site, le seul à la fois professionnel et francophone sur le Proche-Orient) ? D’avoir critiqué une action qui provoque une polémique et un malaise réel en Israël même. Bref, d’avoir paru plus proche de la sensibilité de Shimon Peres que de celle d’Ariel Sharon sur l’affaire de l’exécution de Salah Shéhadé, faute inexcusable dans le paysage communautaire français, où à part les trotskistes, coqueluches des médias nationaux parce que viscéralement anti-sionistes, «l’opposition» juive s’exprime à la sortie des Synagogues par la bouche des plus excités, ou sur les «antennes libres» des radios du 94.8 FM … pour une défense et illustration des théories racistes de la Ligue de Défense Juive ! Il y a peu de place pour les soutiens indéfectibles de l’Etat juif, qui refusent la démagogie, mais je suis fier d’y avoir ma place avec quelqu’un de la qualité d’Elisabeth Schemla, même si les loges d’honneur sont occupées aujourd’hui par des «forts en gueule» et nuls en communication … avec le brillant résultat que l’on connaît pour la cote d’Israël en France !
Ce qui me choque, tout d’abord, c’est le refus de lui laisser avoir une opinion sur un fait ponctuel, comme si nous devions tous être des hémiplégiques de la pensée et juger les actes et les personnes d’un bloc : pour ou contre Ariel Sharon, donc, comme si le Premier Ministre d’Israël était par essence infaillible, dans un miroir parfait des crétins qui lui collent à la peau la tunique de «boucher de Sabra et Shatila». Elizabeth Schemla refuse cette logique. Un de ses premiers éditoriaux faisait l’éloge de l’Homme d’Etat, ferme face au chantage des partis de sa coalition, et plaçant l’intérêt de son Pays au dessus de celui de son Parti lors d’une convention du Likoud. Aujourd’hui, elle dit que l’envoi d’un missile d’une tonne dans un quartier fortement peuplé de Gaza allait forcément faire des victimes civiles, et qu’il ne fallait pas prendre de tels risques. «Proche-Orient info» aurait-il été édité plus tôt qu’elle aurait fait l’éloge, puis (ou après) la critique de tel ou tel prédécesseur de Sharon, sur tel ou tel sujet ponctuel, ce en quoi elle aurait fait preuve de la même rigueur que ses confrères de la presse israélienne qui donnent une lumière crue sur les erreurs passées, de la gestion des affaires libanaises aux négociations avortées avec l’Egypte à la veille de la guerre du Kippour. Et en parlant de la presse israélienne, je ne pense pas uniquement au (trop) souvent engagé « Haaretz », mais aussi au «Jerusalem Post», classé à droite par d’autres hémiplégiques de la pensée… cette fois dans le camp des «donneurs de leçon» de la Gauche !
A-t-on bien lu son éditorial ? Elle ne désapprouve pas «l’assassinat ciblé» de Salah Chéhadé, mais la terrible bavure de la mort des civils, et surtout d’une dizaine d’enfants. Elle ne dit que la stricte vérité en disant que ces morts nous seront constamment jetés à la figure, par des gens certes de mauvaise foi mais trop heureux d’avoir un os à ronger. Elle aurait pu ajouter (cela, les éditorialistes de la presse israélienne le discutent depuis les premiers «assassinats ciblés») que l’efficacité de telles actions pose problème quand on constate qu’ils ont souvent servi de prétexte à des vagues d’attentats en représailles, comme en février 1996 après l’exécution de «l’artificier» du Hamas, «l’ingénieur» Yehié Ayache … Ai-je besoin de préciser que je sais parfaitement que le recours aux attentats par les «dingues» palestiniens, islamistes ou non, n’a pas besoin de prétexte, qu’il est à la fois une arme stratégique pour mettre l’Etat juif à genoux et un acte rituel et sadique d’immolation des Juifs ? Non, cher Menahem Macina, ne nous faites pas ce procès-là ! Ces salauds absolus qu’il faut détruire et mettre hors d’état de nuire ne méritent même pas la corde pour les pendre, mais là n’est pas le débat. Il s’agit d’une guerre où tout compte, la propagande comme les soutiens internationaux, le «timing» comme les doutes de l’ennemi… et 50.000 personnes déchaînées dans les rues de Gaza, cela pose problème alors que justement, des Etats-Unis aux modérés palestiniens en passant par l’action en coulisse de l’Egypte, tout doit être fait pour que le combat anti-terroriste soit aussi l’affaire des Arabes… une telle bavure n’arrange pas un tel plan, reconnaissez-le au moins !
Et je voudrais finir par ce terrain là, justement. Ce qui fait la richesse de «Proche Orient info», justement, vient de sa vision large de l’environnement arabe d’Israël, de son refus d’une vision «judéo-centrée» du Monde, aussi limitée que catastrophique dans un Monde engagé dans une guerre planétaire contre les «islamo-délirants» et leurs alliés gauchistes, un Monde qui n’est plus du tout le même depuis le 11 septembre … Avez-vous remarqué qu’Elizabeth Schemla a des collaborateurs musulmans, que des Arabes répondent à ses interviews ? De telles passerelles ne sont-elles pas indispensables, en ces temps de conflit où il faut à la fois sonder l’ennemi, et s’y faire (qui sait ?) les alliés de demain ? Pensez-vous vraiment qu’elle conserverait de sa crédibilité, que «Proche Orient info» puisse prétendre à servir de repère s’il se transformait en machine à «vendre» tout ce que fait ou rate Israël ? Ce genre de questions, je dois vous avouer me les poser à titre personnel, comme producteur de l’émission «Rencontre», la seule de la fréquence juive consacrée au Monde musulman, et où nous recevons des intellectuels arabes courageux qui rament à contre courant d’une opinion majoritaire – et de gouvernements qui, souvent, les ont contraints à l’exil. Comment Elizabeth Schemla ou moi-même pourrions-nous demander à ces interlocuteurs de s’engager contre le terrorisme si nous leur disions, dans les yeux, que la vie d’un enfant de Gaza vaut moins que celle d’un enfant de Tel Aviv ou Jérusalem ? Et cela même si ces enfants ont effectivement servi de «bouclier humain», là bas comme à Cana au Sud Liban en avril 1996 – ne reproche-t-on pas un assaut maladroit à des policiers dans une affaire de prise d’otages, comme si les kidnappeurs étaient au dessus de toute morale ?
J’espère de tout cœur que cette « affaire » ne nuira pas, en tout cas, à l’aventure du site, auquel vous apportez votre pertinente contribution. A la limite, tout débat est sain – merci donc de publier cette contribution, un peu longue car passionnée, passionnée car sincère !
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Brève réaction de Menahem :
Quand j'étais encore enseignant, il m'arrivait d'être contraint de noter sévèrement d'excellentes dissertations, et ce pour une raison bien simple : elles étaient à côté du sujet. C'est exactement le cas ici. Rien de ce dont Jean Corcos parle - et auquel je souscris dans les grandes lignes - n'a fait l'objet de la moindre critique de ma part. Pour ne prendre qu'un exemple, je n'ai pas reproché à E. Schemla d'avoir "désapprouvé... la terrible bavure de la mort des civils...", comme il l'écrit, mais d'avoir accusé tant l'échelon politique que le haut commandement israéliens de mensonge, et d'avoir écrit - ce qui est extrêmement grave : "C'est donc de sang-froid qu'ont été tués ces neuf enfants palestiniens, dont un bébé".
Je n'ai absolument pas dénigré l'entreprise de Madame Schemla (ce serait scier la branche sur laquelle je suis assis, puisque j'y contribue par des articles rémunérés). Je l'ai louée, au contraire, d'entrée de jeu.
Dans son plaidoyer, Jean Corcos ferraille idéologiquement avec des gens qui existent, à n'en pas douter, et que visiblement il exècre, mais avec lesquels je n'ai rien à voir. Il s'est donc trompé de procès.
Par ailleurs, ni Helene Lind-Keller, Ni Albert Capino, ni Edmond Silber (et d'autres) - que visiblement notre ami ne connaît pas - ne sont des "hémiplégiques de la pensée", ou des "donneurs de leçon". Ce sont des gens respectables et qui ont fait la preuve de leur santé mentale et de leur puissance d'analyse, tout autant qu'Elisabeth Schemla et Jean Corcos.
Enfin, que ce dernier me pardonne, mais j'ai trouvé son plaidoyer "pro amica sua" touchant, certes, mais par trop émotionnel, voire affectif - toutes qualités humaines louables dans certaines circonstances, mais carrément contreproductives en matière d'analyse objective et de jugement impartial -, ce qui était le sujet à côté duquel est passé le fougueux défenseur de Madame Schemla.
Menahem Macina











