26/07/02
Le site Proche-Orient.info de Madame Elisabeth Schemla a pris sur le Web une place indiscutable, et je suis de ceux qui sen réjouissent. Je nai jamais ménagé mes compliments à cette initiative, et jen ai même fait une large publicité. Je ne le regrette pas, dailleurs, car sa note, dans le concert de linformation, est loin dêtre négligeable, ne serait-ce que par sa couverture approfondie des événements du Proche-Orient.
Si donc, aujourdhui, jinterpelle Elisabeth Schemla, ce nest certainement pas pour lui donner une leçon de journalisme je ny ai aucun titre. Cest encore moins pour lui faire un procès dintention, ni critiquer ses opinions, qui ne magréent pas toujours Madame Schemla est libre de penser ce quelle veut et na évidemment pas de comptes à me rendre.
Si, donc, jose, moi qui nai ni sa notoriété ni son expérience professionnelle, lui adresser aujourdhui un sévère reproche, cest parce quelle a confondu information et recherche des faits avec accusation et jugement sommaire.
Les investigations dun journaliste peuvent lamener à se forger une intime conviction. Mais rien nen garantit la totale pertinence, et il serait peu professionnel de la transformer en réquisitoire, surtout lorsque la maigreur du dossier dont on dispose inciterait plutôt à la prudence et à la modération. Un journaliste nest pas un procureur. Pourtant, cest bien la robe de procureur quendosse Madame Schemla lorsquelle requiert la condamnation dIsraël, dans le procès quont intenté à ce dernier tout ce que les nations comptent de belles âmes, "vêtues de probité candide et de lin blanc", et qui, elles, nont, à lévidence, jamais péché, ce qui leur permet de jeter la première pierre à la nation adultère par excellence...
Voici donc le verdict de la journaliste: "Il ne fallait pas tuer ces enfants de Gaza" (Cest le titre de son éditorial). Et voici ses réquisitions :
- "Qui peut croire un instant que le haut commandement militaire israélien navait aucun autre choix que ce raid nocturne sur Gaza-centre pour abattre le chef terroriste islamiste Salah Chéhadé ?
- La politique déliminations ciblées, légitimement menée par Israël, a fait depuis trop longtemps la preuve dune maîtrise presque parfaite pour que les allégations des uns et des autres, expliquant que cétait à ce moment ou jamais, soient crédibles.
- Il faudrait être un gogo aussi pour admettre que lofficier même le plus borné ignore quun missile dune tonne fait de très gros dégâts et nest pas larme la plus appropriée pour éliminer quelques hommes.
- Cest donc de sang-froid quont été tués ces neuf enfants palestiniens, dont un bébé. Ces jeunes corps disloqués, ces morceaux de chair pendant à la ferraille dans les décombres, sont encore moins acceptables que les éclats denfants israéliens qui périssent dans les attentats."
Imaginez le tumulte dans la salle, si un procureur avait prononcé de telles paroles, susceptibles de valoir à un Ariel Sharon, assis hautain et méprisant, dans le box des accusés, une peine de prison à vie.
Point nest besoin dêtre un grand spécialiste de lanalyse des textes pour constater que lacte daccusation rédigé par Elisabeth Schemla repose sur des a priori et des préjugés, qui seraient tolérables, à la rigueur, chez le tout venant, mais sont difficilement excusables chez une journaliste professionnelle. Reprenons-en les points essentiels.
- "Qui peut croire
" Le ton est donné ? Cest un artifice rhétorique classique. Clin dil du procureur vers le jury populaire comprenez : il faut être bête pour croire ce quaffirme le haut commandement militaire israélien. Déduisez : Tsahal ment. Comment la journaliste le sait-elle? Elle ne nous le dit pas. Dailleurs, elle na pas à nous le dire. Sans doute suffit-il quelle laffirme pour que nous soyons mis en demeure de la croire.
- "La maîtrise presque parfaite
des exécutions ciblées" décrédibilise "les allégations", selon lesquelles, "cétait maintenant ou jamais." Même procédé que ci-dessus. Elisabeth Schemla ne croit pas à ce que dit Tsahal. Elle attend de nous que nous partagions son scepticisme radical. Des preuves ? Pas besoin. Son intime conviction devrait nous suffire. La ficelle israélienne est trop grosse pour une journaliste professionnelle.
- Largument suivant est de la même eau plus chaude seulement. Lironie autre arme rhétorique redoutable -, prend le relais de la conviction militante. Si, sexclame Elisabeth Schemla, sachant pertinemment "quun missile dune tonne fait de très gros dégâts et nest pas larme la plus appropriée pour éliminer quelques hommes", vous croyez encore que le gouvernement israélien voulait seulement se débarrasser dun terroriste assassin en chef et de quelques acolytes, cest que vous êtes un "gogo". Or, personne naime passer pour un gogo. Conclusion implicite : Sharon et consorts voulaient tuer pour terroriser. Jexagère ? Lisez la suite.
- Pour Elisabeth Schemla, pas le moindre doute : "Cest de sang-froid quont été tués ces neuf enfants palestiniens, dont un bébé". A ma connaissance, aucun grand quotidien français na osé formuler une telle accusation. Si cétait le cas, cela aurait donné lieu à une belle empoignade médiatique.
Faisons le bilan. Le dossier daccusation dElisabeth Schemla ne repose - cest plus quévident - que sur lintime conviction de la journaliste. Il témoigne surtout de son ignorance affligeante en matière dexplosifs, de stratégie militaire et de lutte contre la terreur. Sur les cinq points relevés et analysés plus haut, quatre sont des jugements péremptoires, quaucune preuve ne vient étayer. Ce sont des opinions et non des faits. Ou, si ce sont des faits, ils sont biaisés par des opinions préconçues, et présentés sous un jour systématiquement défavorable à laccusé, sans quaucune chance soit donnée à ce dernier de se justifier, puisquil est réputé menteur.
Quant au dernier point de ce réquisitoire qui donne lestocade au condamné davance -, il confine à la diffamation pure et simple. Elisabeth Schemla postule, en effet, implicitement, que les dirigeants politiques israéliens, qui ont pris cette décision, ainsi que les échelons les plus élevés de Tsahal, qui lont mise en oeuvre, savaient que des enfants étaient présents dans le bâtiment bombardé. Pire, affirme la journaliste, ils les ont tués de sang-froid.
Par ailleurs - pourquoi le nier ? -, il est difficile de réprimer un haut-le-coeur devant le voyeurisme littéraire racoleur de la phrase suivante : "ces jeunes corps disloqués, ces morceaux de chair pendant à la ferraille dans les décombres". On aimerait que Madame Schemla précise où elle a vu ce quelle décrit; et surtout quelle nous dise sur quelles bases sérieuses repose son affirmation selon laquelle [ces morts] "sont encore moins acceptables que les éclats [?] denfants israéliens qui périssent dans les attentats". (1)
Au terme de cette sévère remise en question, dont la rédaction ma coûté autant quelle ma navré - car jai de lestime pour la directrice de Proche-Orient.info -, je me pose les questions suivantes:
- Elisabeth Schemla serait-elle prête à redire ce qui précède - à haute voix, et en regardant dans les yeux les proches et les amis des victimes civiles israéliennes assassinées, ainsi que les rescapés estropiés à vie ?
- Si plaise à Dieu ! ce nest pas le cas, aura-t-elle le courage de leur présenter des excuses, à défaut den faire autant pour lEtat dIsraël, à la démonisation et à lopprobre duquel elle vient, sans doute inconsciemment, dapporter une contribution dont il se serait bien passé, tant il en est rassasié par ses ennemis ?
Menahem Macina
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(1) Pour être équitable, on prendra acte de ce que la journaliste justifie son propos au nom de la moralité supérieure, dont Israël est censé devoir faire preuve face à un ennemi criminel. Mais cest là un argument sans consistance, surtout lorsquaprès avoir admis que les dirigeants israéliens ont le devoir et le droit absolus de se défendre, la journaliste ne craint pas daffirmer dans un même souffle : "Mais ils nont pas le droit de prendre sciemment le risque dassassiner délibérément des enfants, quand il ny a pas de nécessité vitale à le faire".
Je ne sais de quoi il faut sétonner le plus : de la confusion morale du propos (aucune 'nécessité vitale' ne saurait, en effet, justifier lassassinat 'délibéré' denfants), ou du caractère choquant de cette phraséologie alambiquée et contradictoire (cf. les mots en italiques) qui, volens nolens, accrédite laccusation inique d"assassins denfants", souvent proférée à lencontre des soldats de Tsahal ?
En outre, il me paraît immoral de faire à Israël un chantage à la vertu, qui, sil réussissait, assurerait limpunité à vie aux vrais assassins. En effet, il est de notoriété publique quils se servent en permanence de civils et denfants comme dautant de boucliers humains.











