25/08/09
L"aftonbladette" est un néologisme créé, pour les besoins de la cause, par votre serviteur, à partir du nom dun tabloïde suédois qui vient de se distinguer dans un registre que les Juifs ne connaissent que trop bien pour en avoir souffert (parfois jusquà la mort). Mot à mot, "afton bladet" signifie « feuille du soir », disons gazette ou journal du soir, un titre peu original, sil en fut. Rien donc ne prédestinait ce quotidien et son journaliste à entrer dans lhistoire de lantisémitisme contemporain. Cétait compter sans lambition de cet auteur, qui, désespérant sans doute dattirer lattention du monde avec ses quelques livres palestinolâtres (voir, plus bas, sa bibliographie), décida de franchir le Rubicon, en soffrant la tête des Juifs, sûr de garder la sienne sur les épaules, parce que les Juifs ne décapitent pas leurs insulteurs (Mieux, ces naïfs crient tellement fort leur douleur, que le monde entier, ou presque, agacé par leurs "jérémiades", et toujours prêt à reprendre la route de Jérusalem pour une prochaine croisade où lon cassera du Juif comme au bon vieux temps, dresse loreille et hume lodeur du sang.)
Que ce plumitif en ait été conscient ou non, cétait un coup de génie. Bien entendu, la riposte juive ne se fit pas attendre. Les responsables militaires israéliens parlèrent de calomnie. Les Juifs du monde entier, quant à eux, embouchèrent la trompette de lantisémitisme et de laccusation de crime rituel, avec dautant plus de conviction que lhorreur de la calomnie convoquait les spectres dun passé qui ne remontait pas à des années-lumière. Bien vite, le clan des pro-Boström et des pro-Palestiniens, (sans parler des antisémites de tout poil) firent donner la charge.
On vit savancer le choeur des droits-de-lhommistes, morale en bandoulière, clamant à tous les échos que les Juifs ne savent pas quoi faire pour attirer lattention et quils font beaucoup de bruit pour pas grand-chose. On put lire et entendre, çà et là, des exclamations dans le genre :
Cest vrai quoi, accuser les soldats israéliens denlever de jeunes Palestiniens pour leur faire la peau - en les vidant au passage des précieux organes en état de marche, que les humains en bonne santé ont en commun, tandis que ceux qui les ont déficients, sont prêts aux greffes les plus onéreuses -, ça nest pas si grave que ce que la "juiverie internationale" veut nous faire accroire.
Ou encore :
Après tout, la cruauté et les instincts nazis compulsifs de la soldatesque juive, sont des faits bien établis. Chacun sait, en effet, que les Juifs nen auront jamais fini de faire payer au monde la folie dAdolf Hitler et des nazis. Bon, ils ont eu « un assez grand nombre de victimes ». Soit, cest dégueulasse, on le reconnaît. Mais quest-ce quon y peut, nous ? Et les « pauvres Palestiniens », ils doivent payer jusquà quand pour un crime quils nont pas commis ?
Déjà, la résistance sorganise. Dorénavant, par la magie de l"aftonbladette", mise à lhonneur par le Grand Inquisiteur journalistique, Donald Boström, les Juifs et les Israéliens ne pourront plus mener en bateau les naïfs. Car ce héros de la presse droit-de-lhommiste suédoise était là, quand,
« le 13 mai 1992, une force spéciale israélienne sétait postée en embuscade dans latelier de menuiserie du village». Alors, avec 2 000 villageois palestiniens, il a « vu clairement ce qui allait devenir la tombe du premier martyr du village. »
Jinvite les journalistes novices en diabolisation dIsraël, qui se soucient comme dune guigne du dicton, "à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire", et que le succès de ce type dopération appâte, à simprégner profondément du morceau danthologie médiatique que constitue le récit hallucinant (et vécu garanti sur facture !) que leur livre, bien chaud bien sanglant, le futur lauréat du Pulitzer de lantisémitisme, qui a nom Bolström.
Leçon inaugurale pour les jeunes journalistes qui aspirent au Pulitzer de l'antisémi-sionisme
Prendre un scandale récent ayant une relation directe ou un lien quelconque avec le sujet que votre zèle de bon Samaritain des « pauvres Palestiniens », vous amène à traiter (par le plus grand des hasards
). Heureux serez-vous si, comme dans le cas décole de l"aftonbladette", un ou mieux des rabbins y sont impliqués.
Ne craignez pas dentrer dans les détails, comme Boström :
« Le "courtage" de Rosenbaum na rien à voir avec une histoire damour. Il consiste à acheter et à vendre au marché noir des reins en provenance d'Israël. Selon ses propres déclarations, il paie 10 000 $ à des gens dans le besoin, pour des organes quil revend 160 000 $ à des patients américains désespérés. »
Nhésitez pas à anticiper sur le morceau de roi de votre dossier, que vous ne détaillerez que plus loin. Ici encore suivez l"aftonbladette" comme Boström :
« Les Palestiniens soupçonnent fortement Israël denlever de jeunes Palestiniens et de sen servir comme dune réserve dorganes pour le pays une très grave accusation, qui soulève suffisamment dinterrogations pour motiver la Cour Internationale de Justice (ICJ) à ouvrir une enquête sur de possibles crimes de guerre. »
Glissez alors innocemment une remarque plus générale sur le comportement de lEtat dIsraël en la matière, comme Boström :
« Israël a été mis sur la sellette à plusieurs reprises pour la manière, contraire à léthique, dont elle traite les organes et les transplantations. »
Puis, faites plus fort encore en affirmant, comme Boström :
« La France fait partie des pays qui ont cessé leur coopération avec Israël en matière dorganes dans les années quatre-vingt-dix. »
Vous nen avez pas la preuve ? Quà cela ne tienne, attribuez le propos à un journal israélien - de droite, de préférence (évitez Haaretz : trop critique à légard de lEtat, son témoignage serait peu crédible). Une fois de plus prenez exemple sur Boström (ne perdez pas votre temps à vérifier la source quil cite - elle est introuvable, mais cela na aucune importance, personne nira vérifier) :
« Le Jerusalem Post écrit: "d'autres pays de l'Europe devraient suivre l'exemple de la France bientôt." »
Encore quelques considérations sur les problèmes (réels) graves que rencontre Israël, comme beaucoup de pays, le contraignant à faire campagne pour se procurer des organes vitaux à greffer, tant les donneurs sont rares, puis foncez - comme Boström :
« Tandis que cette campagne était en cours, des jeunes hommes palestiniens commencèrent à disparaître de villages situés en Cisjordanie, et de Gaza. Cinq jours plus tard, des soldats israéliens les ramenèrent morts, le corps portant les traces dune incision recousue de labdomen au menton. »
Et priez pour quil vous arrive, comme à Boström, de
« rencontre[r] des parents qui mont raconté quon avait prélevé les organes de leurs fils avant qu'ils soient tués ».
Succès garanti.
A ce stade, je dois vous prévenir honnêtement que vous naurez pas forcément la chance insolente de Boström. Ce nest pas tous les jours, en effet, quon dispose dun cadavre de Palestinien autopsié, grossièrement « recousu de labdomen au menton ». Mais, confiance, vous êtes jeune, ambitieux et la mer de lInternet charrie des colonies de récits, tous plus hallucinants les uns que les autres, qui dévoilent les turpitudes réelles ou supposées de ces Juifs sans qui les choses ne seraient que ce quelles sont
cest-à-dire terriblement ennuyeuses. Tous les espoirs, donc, vous sont permis.
Revenons à notre futur Pulitzer de lantisio-sémitisme.
Je vous ai dit plus haut quen 1992, lors de lIntifada des pierres, il était là !
Il était là dans le village palestinien où les forces spéciales israéliennes avaient préparé un guet-apens pour trucider deux horribles "jeteurs de pierre", qui à en croire Boström, semblaient avoir mis en échec Tsahal en son entier. Il était là, il a tout vu. Prenez-en de la graine, journaleux en herbe :
« Les soldats écrasèrent leur cigarette allumée, écartèrent leurs canettes de Coca-Cola et ajustèrent calmement leur arme dans lembrasure de la fenêtre dont la vitre avait été brisée. Quand Bilal [la victime] fut suffisamment proche, ils neurent quà appuyer sur la gâchette. La première balle latteignit à la poitrine. Selon des villageois qui ont été témoins de l'incident, il reçut ensuite une balle dans chaque jambe. Deux soldats sortirent alors en courant de latelier de menuiserie et lui tirèrent une balle dans le ventre. Enfin, ils prirent Bilal par les pieds et le traînèrent sur les vingt marches de pierre de lescalier de latelier de menuiserie. »
Allez même jusquà ajouter, comme Boström, pour pimenter le tout :
« En même temps que le bruit aigu des pelles [lors de lensevelissement de la victime] nous pouvions entendre les rires des soldats qui, en attendant de rentrer chez eux, échangeaient quelques blagues [sic]. »
Quoi, vous semblez gêné
Bon, cest vrai que l"aftonbladette" a des limites, et je comprends que vous trouviez que le journaliste du tabloïde suédois en fait trop. Cest beau dêtre jeune : on aime la vérité. Rassurez-vous, ça vous passera avant que cela reprenne Boström. On se blinde. La fin justifie les moyens.
Mais non, ce nest pas dégueulasse. Réfléchissez un instant. Qui est coupable de tout ce merdier ? Pas les Palestiniens tout de même. Eux, ce sont les victimes. Plus de terre, plus de maisons, des enfants, des pères, des mères, des frères, des surs assassinés par la soldatesque sioniste, un mur dapartheid (insistez bien sur ce mot : cest très efficace, plus que ségrégation qui en est la traduction française, mais qui fait plus banal que loriginal anglais), et un Etat qui séloigne à mesure quon avance dans le temps
Alors, sil faut tirer un peu sur la ficelle, ou même imaginer des situations (dailleurs vraisemblables, et qui pourraient sêtre produites, qui, à en croire les TEMOINS, se sont réellement produites) qui criminalisent un peu les Israéliens, cest pour la bonne cause. Et dailleurs, la réalité quon ne voit pas est pire que celle que les médias peuvent filmer, donc on sera toujours en dessous de le cruauté dont ce peuple fait preuve envers un autre peuple qui se trouve aujourdhui dans la situation où les Juifs se sont eux-mêmes trouvés, durant lHolocauste (la Shoah, ou catastrophe), dont ils nous rebattent les oreilles, en tentant détouffer lhorreur de la Nakba (catastrophe), dont les réfugiés palestiniens ont été les victimes innocentes.
Et, pour finir en beauté, assenez votre argument-massue, à la fin
comme Boström
« Nous savons quIsraël a un grand besoin d'organes, qu'il existe un important commerce illicite dorganes qui dure depuis des années, que les autorités en sont conscientes, et que les médecins qui occupent des postes de direction dans les grands hôpitaux, y participent, de même que des responsables civils à des échelons divers. Et nous savons que de jeunes hommes palestiniens ont disparu, quils ont été ramenés cinq jours plus tard, de nuit, en grand secret, et recousus après avoir été ouverts de labdomen jusquau menton. »
DONC
CQFD !
Menahem Macina
© upjf.org
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Et comme toutes les pandémies, le mal se répand, ainsi quen témoignent ces quelques titres glanés sur Internet :
· Le gouvernement suédois résiste au chantage à l'antisémitisme
· Israel veut la tête d'un journal suédois qui...
· «Après votre terre, vos organes
»
· Criminel de guerre jusqu'aux tripes : Israël accusé de trafic dorganes ...
· Farwana: «Tous les faits sur le terrain prouvent que le reportage est vrai ...
· Trafic D' Organes :Accord Tacite Du Gouvernement Israélien
· Trafic d'organes palestiniens: "Israël" est le seul qui confisque les cadavres ...
· PALESTINE : « ON PILLE LES ORGANES DE NOS FILS - IMC Nantes
· euro|topics - Une pression inacceptable sur la liberté de la presse
· ELAyam-2 » Les Israéliens tuent les enfants palestiniens pour piller leurs organes...
Etc., etc.

Cette photo et la brève bibliographie qui suit sont reprises du site tlaxcala.es
Donald Boström (né en 1954 à Stockholm) est un photojournaliste, artiste graphique et écrivain suédois. Il a décrit le conflit israélo-palestinien dans des reportages écrits et télévisés et des expositions, ainsi que dans plusieurs livres :
· Tårgas & Oliver, ABF, 1992 (Gaz lacrymogènes et olives).
· Faces of Jerusalem, Libris, 1993 (traduit en anglais) (Visages de Jérusalem).
· Inshallah, Ordfront, 2001 (traduit en arabe) (Inchallah).
· Muren, Leopard förlag, 2005 (Le Mur).
· Salam, Arena förlag, 2007.
Il écrit, entre autres, dans le quotidien du soir social-démocrate Aftonbladet.
Articles de Donald Boström sur Tlaxcala
Mis en ligne le 25 août 2009, par











