Communications Division
N° 37 Kaplan st.
Tel-Aviv
Porte Parole de Tsahal
2007 September 10
To :
Charles Enderlin, France 2
Ulpanei Habira
Rue Jaffa,
Jérusalem
Objet : Communication de prises de vues du 30 septembre et du 1er octobre 2000.
- Suite à la demande de mon prédécesseur, le lieutenant-colonel Yarden Vatikai, je madresse à vous pour vous demander à nouveau communication des prises de vue de Talal Abou Rahma du 30 septembre 2000, dune longueur dau moins 27 minutes (selon le témoignage des trois journalistes, Jeambar, Leconte et Rosenzweig qui les ont visionnées en octobre 2004, après avoir été autorisés à le faire par vos services), ainsi que les images tournées par le même caméraman le 1er octobre 2000.
- Mon service ayant été appelé à présenter ses observations sur le jugement prononcé à ce sujet le 19 octobre 2006 et porté en appel devant le tribunal français le 19 septembre 2007, jai besoin sans tarder de ce matériel.
- Le samedi 30 septembre 2000, un reportage de France 2, diffusé dans le monde entier, rendait compte de la prétendue mort de lenfant Mohammed Al Doura au carrefour de Netsarim dans la bande de Gaza, filmée par un caméraman local employé par France 2, Talal Abou Rahma. Le reportage attribuait la mort de Mohammed Al Doura aux soldats israéliens postés au carrefour de Netsarim et laissait entendre quils avaient pris le père et le fils comme « cibles ».
- Une enquête diligentée peu après par le chef du commandement sud, le général Yom-Tov Samia, a établi quun certain nombre de faits ne cadraient pas avec ce qui avait été décrit dans le reportage de France 2. Dans la conversation que jai eue avec le général de réserve Samia, ce dernier ma à nouveau précisé que lanalyse de toutes les données sur le terrain, lemplacement de la position de Tsahal, les angles de tir, lemplacement du père et de son fils derrière un tonneau leur servant dabri, la fréquence des tirs, les angles de pénétration des balles dans le mur placé derrière le père et le fils, ainsi que le timing de lévénement, rendaient hautement improbable que les tirs ayant soi-disant atteint le père et son fils aient pu être tirés par les soldats de Tsahal se trouvant dans cette position.
- Je sais que des points de vue divergents ont été présentés devant le tribunal français ayant jugé laffaire Enderlin, France 2 contre Karsenty (dossier 0433823049). Dans son verdict, le juge Joël Boyer a laissé entendre à plusieurs reprises que lEtat dIsraël navait jamais repris à son compte les allégations de mise en scène, navait jamais nié que Mohammed Al Doura ait été tué par des soldats de Tsahal et ne sétait jamais employé à réfuter les allégations du reportage de France 2 à ce sujet. On pouvait également comprendre de ce verdict que lEtat dIsraël navait jamais cherché à obtenir les prises de vue ayant servi à la réalisation du dit reportage.
- Je tiens à souligner que ces allégations ne cadrent nullement avec les tentatives réitérées de Tsahal dobtenir ces prises de vue, ni dailleurs avec les conclusions de la commission denquête de Tsahal, pourtant largement citées dans la presse internationale et française. Le général Samia ma également précisé que toutes ses tentatives dobtenir les prises de vue pour compléter lenquête ont été vouées à léchec. Au surplus, le général de réserve Samia a demandé à ses collègues palestiniens (principalement le général Majdaye, commandant de la police palestinienne, et le brigadier général Omar Ashour, chef de lunité de liaison avec Israël, de joindre des représentants palestiniens à la commission denquête. Ces demandes, ainsi que celles concernant la communication de photographies du corps de lenfant et son analyse médico-légale, ont été rejetées par les chefs de la police palestinienne.
- Etant donné que nous sommes bien conscients de tentatives de mises en scène médiatisées, et comme un doute sest insinué à cet égard envers le dit reportage, nous demandons les prises de vue en question afin de découvrir la vérité et de mettre un terme à cette affaire.
- Afin de clore cette affaire, je vous prie de bien vouloir me communiquer avant le 15 septembre 2007 une copie complète non montée dune qualité de diffusion, des 27 minutes de rushes du 30 septembre 2000, ainsi que les rushes du 1er octobre 2000, filmés par Talal Abou Rahma.
- Merci davoir lobligeance de nous confirmer la réception de cette lettre en vue de coordonner avec vous aussi rapidement que possible le transfert dune copie de tous ces rushes afin que nous puissions répondre aux questions suscitées par le jugement, avant laudience du 19 septembre 2007.
Je vous prie dagréer lexpression de mes salutations distinguées.
Colonel Shlomi Am-Shalom
Adjoint du Porte-parole de Tsahal.
Copies :
Général de réserve Yom-Tov Samia
Général Dan Harel, Adjoint au Chef dEtat-Major de Tsahal
Patrick de Carolis, Président de France Télévision,
Philippe Karsenty, Media-Ratings
Signature :
Col. Shlomi Am-Shalom
Adjoint du Porte-parole des Forces Israéliennes de Défense.
-------------------------------------
Annexe de Menahem Macina :
Extrait dun entretien exclusif de Mme Elisabeth Schemla avec Ch. Enderlin, réalisé le 1er octobre 2002 et mis en ligne le même jour sur son site Proche-Orient-Info, fermé depuis [1]. Je ne reproduis ici que les passages qui ont trait à la polémique de Ch. Enderlin avec le Service de Presse de Tsahal. Comme on le verra, ils corroborent indirectement la véracité des affirmations du porte-parole de Tsahal, contenues dans la lettre ci-dessus.
C. Enderlin - Dès quil a été question dune enquête de larmée israélienne, cest évidemment, le service juridique de France 2 qui prenait les décisions. En concertation avec la direction bien sûr, ce service a refusé en effet de fournir le matériel brut. Dabord parce que la règle de notre maison veut que par principe la chaîne ne fournisse pas les « rushes », le matériel brut dun reportage, à une autorité quelconque. Cest vrai partout, en Israël comme chez les Palestiniens et jai protesté violemment lorsquune de nos cassettes a été saisie par la police palestinienne à Gaza. Cest le principe de protection des sources dun journaliste, qui est appliqué par toutes les grandes chaînes européennes, y compris lARD. Essayez dobtenir les rushes dEsther Shapira ! Et puis, il sest passé par ailleurs des choses assez curieuses, de bout en bout de cette histoire.
E. Schemla - Lesquelles ?
C. Enderlin - Dans les heures qui ont suivi la mort du petit Mohamed, et avant de passer la séquence dans le 20 heures, jai appelé le service du porte-parole de larmée pour lui dire : « Attention, nous avons des images très importantes, très graves, et vous devriez venir les voir pour me donner une réaction officielle immédiatement ». On ma envoyé balader et personne nest venu. Une cassette de cette séquence a même été préparée, avec laccord de la direction de FR2, elle est restée dans mon bureau très longtemps avant quun militaire, enfin, vienne la chercher. Il y a donc eu, au départ, sous-estimation de limpact de ces images. Juste avant la diffusion, larmée ma donné une première réaction, que je nai pas diffusée, pas tout de suite.
E. Schemla - Pourquoi ?
C. Enderlin - Elle ne concernait pas lévénement lui-même. En labsence dautre réaction, nous avons diffusé ce communiqué dans le sujet suivant.
E. Schemla - Que sest-il passé ensuite ?
C. Enderlin Dans les heures qui ont suivi la mort de Mohamed Al-Dura, une première enquête rapide de larmée a eu lieu. Le général Giora Eyland a déclaré, le 3 octobre : « selon ce que nous comprenons, lenfant a été touché par notre feu » (en anglais : « to the best [of] our knowledge, the boy was hit by our fire). Le 10 novembre 2000, le mensuel de Tsahal, Bamahaneh, citait le porte-parole de larmée : « selon nous, les deux versions sont possibles ». Pour ma part, je rappelle ce que jai dit dans le premier reportage : « Des Palestiniens ont tiré à balles réelles. Les Israéliens ripostent. Ambulanciers et passants sont pris entre deux feux. Ici, Jamal et son fils sont la cible de tirs venus de la position israélienne
»
..
Lors dune interview à la télévision israélienne en novembre 2000, Samia a dit : « Enderlin refuse de nous donner des images, sauf si je vais devant la Haute Cour de justice pour les obtenir ». Il a ajouté : « Je nai pas le temps daller devant un tribunal ». En vérité, ce nest pas moi, Enderlin, mais FR2 qui refuse dexaminer une telle requête si elle nentre pas dans le cadre dune procédure en bonne et due forme. Là aussi, je ne comprends pas. Tsahal a un département juridique qui emploie des dizaines davocats et de juristes. Puisque le général navait pas le temps de faire une démarche, pourquoi un lieutenant/avocat ne sest-il pas occupé du dossier ? Le service juridique de larmée a-t-il refusé de sen mêler ?
De fait, le 5 décembre 2000, nous avons reçu un coup de téléphone dune jeune femme se réclamant des services du porte-parole, le général Ron Kitrey à lépoque. Le service juridique de FR2 a répondu que, par principe, la chaîne ne remettait de matériel journalistique à aucune autorité, mais quil était prêt à examiner la demande israélienne, sil était informé au préalable de la composition de la commission denquête, de son objectif, de son cadre judiciaire et légal, par écrit toujours. Personne ne nous a jamais répondu. Personne, dans larmée israélienne, ne nous a demandé officiellement ce matériel...
© Proche-Orient-Info et E. Schemla
---------------------------
[1] Quiconque douterait de lauthenticité des propos contenus dans cette interview, au motif que le site de POI, où elle figurait, nexiste plus, peut se reporter à la copie brute de la page Web originale, que je dois à V. Perez, qui me la transmise à lépoque de cette interview, cest-à-dire début 2002.
---------------------------
Mis en ligne le 7 octobre 2007, sur le site upjf.org











