25/09/07
Texte original anglais "Changing Historys Course".
Traduction française : Menahem Macina
Un événement important sest produit à Paris dans une affaire judiciaire à laquelle le monde ne sest guère intéressé.
Récemment [19 septembre], la 11ème Chambre de la Cour dAppel de Paris a entendu les arguments de lavocat de Philippe Karsenty, observateur de la presse française, qui, en 2004-2005, a été lobjet dune plainte de la chaîne nationale de télévision France 2 et de son correspondant au Moyen-Orient, Charles Enderlin.
Les plaignants ont accusé M. Karsenty de les avoir diffamés en affirmant, sur son site Internet, quils avaient participé à un rapport de presse falsifié concernant la mort, sous des tirs israéliens, le 30 septembre 2000, au carrefour de Netsarim dans la bande de Gaza, du plus célèbre "martyr palestinien" de la seconde Intifada, Mohammed al-Doura, alors âgé de 12 ans. Reconnu coupable par un tribunal de première instance, qui accordait aux plaignants des dommages et intérêts symboliques, M. Karsenty fait actuellement appel de cette condamnation.
Or, la semaine dernière, le tribunal na pas statué sur cet appel. Par contre, il a émis une ordonnance enjoignant à France 2 de produire devant la Cour les 27 minutes de rushes initialement reçues du caméraman palestinien, Talal Abou Rahmah, qui a filmé les événements de Gaza. Réduites à 45 secondes de reportage télévisé, ces séquences, que France 2 a toujours refusé de rendre accessibles, contenaient le matériau brut de son reportage. M. Karsenty et d'autres ont, depuis longtemps, argué que, si ce matériau était rendu public et étudié, la supercherie perpétrée par France 2 pourrait être prouvée.
Car il sagit très probablement dune supercherie. Aujourdhui, sept ans après lévénement, il apparaîtra clairement à quiconque a lu ce qui a été écrit sur le sujet et aura visionné les clips vidéo disponibles, que tout lépisode concernant Mohammed al-Dura a été mis en scène par lAutorité palestinienne. Les preuves sont accablantes.
- Les coups de feu visant apparemment le garçon et son père ne pouvaient pas, en raison de leur angle, provenir d'une position israélienne.
- Des civils palestiniens flânaient tranquillement entre cette position et lendroit où se trouvaient les al-Dura, au moment où ils étaient censés avoir été mitraillés.
- Alors que lon prétend que le père et le fils se seraient mis à labri derrière un baril, ils auraient facilement pu se mêler à dautres Palestiniens qui arrivaient en courant dans leur direction et n'ont pas été abattus.
- Il ny avait pas de sang sur le trottoir où Mohammed al-Dura est censé avoir été mortellement blessé.
- Dans les bribes de films, on peut le voir changer tranquillement de position afin dêtre plus à laise, et ce après linstant de sa prétendue mort.
- Etc., etc.
En fait, il est possible que Mohammed al-Doura ne soit pas mort, voire quil nait même pas porté ce nom. Il n'y a jamais eu dautopsie, et les funérailles du garçon ont probablement été celles d'un autre. Il pourrait facilement sagir dun enfant palestinien de Gaza, payé quelques dollars pour jouer son rôle dans la supercherie, et se faire rare ensuite.
Si France 2 ignorait cette fraude au moment où elle a défrayé la chronique avec cette histoire, ce nétait certainement pas le cas de Talal Abou Rahmah. Et on ne voit pas comment France 2 et M. Enderlin auraient pu ne pas sen apercevoir par eux-mêmes, quand ils ont eu la possibilité de revoir les séquences et de les examiner plus attentivement.
Mais ce quil y de pire dans lhistoire de Mohammed al-Dura outre quelle a causé un tort incalculable à limage dIsraël et contribué à frayer la voie à la dissémination de bien dautres mensonges concernant lEtat juif, durant l'Intifada -, ce n'est pas que ce reportage ait été diffusé sans discernement par France 2, puis repris et ressassé, avec la même absence de discernement, par des centaines dautres chaînes de télévision et dorganes de presse du monde entier cétait scandaleux, mais ce sont des choses qui arrivent. Le plus grand scandale, cest que jusquà ce jour, ni France 2, ni aucun des propagateurs de cette histoire, ne se sont donné la peine de confesser leur négligence, pas même de sen excuser - encore moins de traiter du vaste sujet de la collaboration incessante de la presse internationale avec la malhonnêteté systématique de lAutorité palestinienne, à lépoque dArafat.
Le sentiment général a été : Bon, peut-être Mohammed al-Dura na-t-il pas été tué par les Israéliens comme nous le disons tous. Et alors ?
La décision récente de la Cour dAppel de Paris a été applaudie comme une victoire, non seulement pour Philippe Karsenty, mais pour Israël et pour la vérité historique. Et pourtant, comme M. Karsenty me la fait remarquer, lautre jour, au cours dun entretien téléphonique, cela nest pas forcément le cas. Même sils ont enjoint à France 2 de remettre la séquence [complète], les trois juges du tribunal ont fait preuve dhostilité envers lui, et ce sont les mêmes juges qui visionneront les 27 minutes de rushes en novembre et décideront ensuite sils considèrent son appel comme recevable ou non. A moins quils noptent pour lintervention dexperts qui examineront les scènes de manière professionnelle, M. Karsenty craint que les juges ne remarquent pas les falsifications dont elles ont été lobjet, et ne finissent par blanchir France 2 au lieu de la dénoncer.
M. Karsenty compte en appeler au président français, Nicolas Sarkozy, qui en sa qualité de chef de lEtat, a toute autorité sur France 2 [chaîne nationale, rappelons-le], pour désigner lui-même un tel panel dexperts. Jignore si la chose est politiquement et juridiquement possible.
Si les juges de la Cour dAppel font leur travail consciencieusement, ou intiment à France 2 lordre de montrer les rushes au grand public, au lieu de les transmettre ponctuellement au tribunal, lintervention de M. Sarkozy ne sera absolument pas nécessaire.
La vérité à propos de Mohammed al-Dura nest pas une affaire mineure, ni ne se limite à ce seul cas. Il ne sagit même pas seulement de la campagne de mensonges contre Israël, qui lui a valu de devenir le pays le plus détesté dans les sondages de l'opinion européenne. Il sagit également de savoir comment, en général, la presse daujourdhui se sent libre de manipuler la vérité à son gré, puis de décliner toute responsabilité pour ce qu'elle a fait.
Philippe Karsenty nest pas Dreyfus [*], mais sil parvient à gagner son procès, il se peut quil ait fait une chose dimportance historique. En lui souhaitant bonne chance, cest à nous tous que je la souhaite.
Hillel Halkin *
© The New York Sun
* M. Halkin contribue au New York Sun en tant quéditorialiste. [Voir la liste de ses articles publiés dans ce journal.]
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Note de Menahem Macina
[*] Je partage entièrement cet avis. J'y ajoute seulement ceci : Dans l'accusation meurtrière d'assassinat d'un enfant palestinien, c'est Israël qui tient le rôle de Dreyfus. Et c'est son armée qui a été, en quelque sorte, dégradée en public, à l'échelle du monde. S'il est une personnalité à laquelle on peut comparer Ph. Karsenty, ce serait plutôt celle de Bernard Lazare. Pour s'en convaincre, il suffit de lire ce qu'écrit pertinemment l'auteur d'une page Web, consacrée au rôle de ce journaliste et écrivain, dans l'affaire Dreyfus:
"Charles Péguy voyait en lui « un prophète » et disait qu'il lui revenait « l'honneur d'avoir fait l'affaire Dreyfus » [...] Bernard Lazare [1865-1903] consacra lessentiel de son temps et de son énergie à réunir les preuves de linnocence de Dreyfus. Sa première brochure, "Une erreur judiciaire - La vérité sur l'affaire Dreyfus", parut à Bruxelles fin octobre 1896 (il y en aura plusieurs autres que Lazare a augmentées au fil de ses enquêtes). Lazare nen resta pas là. Il se transforma en commis-voyageur et rencontra tout ce qui comptait en politique et parmi les intellectuels, Zola compris, afin de les convaincre et de les rallier à la cause de Dreyfus. Il sema des doutes mais n'obtint pas dans un premier temps les appuis décisifs quil espérait. Nempêche, son travail fut gigantesque et décisif. » (Extrait du site Esra).
Il suffit de remplacer lexpression "affaire Dreyfus" par "affaire al-Dura", le nom de Dreyfus par celui dIsraël, et le nom de Lazare par celui de Karsenty, pour que surgissent, lumineuses et convaincantes, cette typologie et cette analogie frappantes. Je souhaite seulement à Philippe Karsenty de réussir à convaincre rapidement les juges de linnocence dIsraël, ou, sil ny parvient pas, de contribuer à réveiller le Zola qui dort peut-être chez quelque journaliste français de premier plan.
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Mis en ligne le 26 septembre 2007, sur le site debriefing.org











