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Désinformation
Assigner Indymedia pour incitation à la discrimination raciale? M. Macina
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AVERTISSEMENTS


Avertissement 3 (28 juillet, 14h) : Plusieurs internautes m'ont contacté pour me demander pourquoi la présente étude tourne court, ou du moins s'interrompt de manière abrupte, et pourquoi plusieurs jours se sont écoulés depuis sa dernière mise à jour, sans que j'en aie poursuivi la rédaction. La raison en est qu'une réunion importante des modérateurs d'Indymedia doit avoir lieu, ce jeudi 29 juillet. Elle devrait, en principe, aborder, entre autres sujets, celui - combien brûlant ! - de la modération des textes AVANT leur validation pour mise en ligne. Mais aussi la question des motifs de refus - parfois arbitraire - de certaines contributions, et surtout le climat de violence verbale extrême, d'intimidation et même de tentatives de boycott d'expressions, d'opinions, ou de conceptions qui ne correspondent pas au courant dominant d'idées qui s'expriment sur Indymedia. Ainsi, comme on le lira bientôt, j'ai moi-même été victime d'attaques verbales dégradantes de la part de certains internautes d'Indymedia, et empêché d'y répondre énergiquement, suite à une censure des modérateurs, sans doute par crainte que les choses ne dégénèrent. Vous serez tenus au courant de la suite de cette affaire. En attendant, je vous recommande la consultation d'une contribution critique à l'encontre d'Indymedia, d'autant plus éclairante qu'elle émane d'une mouvance idéologiquement et stratégiquement proche d'Indymedia : "Médias alternatifs : les mots sont importants (Alternative Libertaire)".

Avertissement 2 (23 juillet, 5h du matin) : Je viens de découvrir, sur le site Indymedia-Paris, le compte-rendu de la réunion que ce Collectif a tenue, le 22 juillet, à la suite du tollé qu'a déclenché la mise en ligne sur leur site d'un libelle dévoilant les origines juives de nombre de personnalités. Comme le savent celles et ceux qui ont déjà lu le présent article - encore inachevé à l'heure où j'écris ces lignes -, c'est parce que j'avais perçu d'emblée que la bonne foi du Collectif avait été surprise, que j'ai entrepris, le 19 juillet, de rédiger l'analyse qui suit, à la défense de celles et ceux qu'on attaquait injustement, à mon avis, mais aussi pour instaurer un dialogue avec eux, afin qu'un tel événement ne se renouvelle pas. Je m'apprêtais néanmoins à devoir livrer un dur combat pour persuader ces gens de rendre impossible l'accès public à ces textes délétères. Or, à ma grande surprise, certaines des décisions prises par Indymedia au cours de cette réunion vont dans le sens de ce que je souhaitais et m'apprêtais à demander. Un grand pas dans le bon sens, vient d'être fait. Il faut savoir l'apprécier. (Voir, ci-après, en Annexe V, Texte intégral des décisions prises.)

Avertissement 1 (20 juillet) : Plusieurs internautes - croyant sans doute éclairer ma lanterne - m'adressent le ou les textes antisémites ou révisionnistes postés ce mois-ci sur Indymedia, dont celui qui fait l'objet de l'analyse qui suit. C'est tout à fait inutile : je les ai et j'ai pris soin de faire des copies d'écran des pages incriminées. Mais il y a pire : certain(e)s, scandalisés par les propos qu'ils ont lus, croient bien faire en les diffusant tous azimuts à leurs listes, ou en les reproduisant sur des sites et des forums. J'avoue être sidéré par ce manque de discernement. En effet, quand on est l'objet, en tant que peuple, de propos aussi grossiers, mensongers, voire meurtriers, on ne leur fait pas la moindre publicité, au contraire. Je demande donc instamment à nos coreligionnaires de cesser de diffuser en clair ces attaques, surtout quand elles révèlent la judéité actuelle ou ancienne de personnes et de personnalités, dont tout un chacun n'a pas à connaître les origines. Notez également qu'à l'instar de ce qui arrive aux recéleurs, celles et ceux qui disséminent ces médisances et ces détails qui sont du ressort de la vie privée, risquent de tomber, eux aussi, sous le coup de la loi, puisqu'ils favorisent - qu'ils le veuillent ou non - la diffusion de ces propos outrageants. Menahem Macina

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AVANT-PROPOS


Averti, comme d’autres, en temps réel, par des Internautes scandalisés, de la mise en ligne, sur le site Indymedia, du texte scandaleux que dénonce, ci-après, à juste titre, notre collègue Primo-Europe, j’ai estimé de mon devoir d’exposer ici l’ébauche d’une stratégie sur la nécessité et l’urgence de laquelle il est inutile d’insister.

En effet, une longue expérience devrait avoir enseigné à tous les défenseurs des causes juive et israélienne que, s’il est indéniable que les protestations sur Internet suscitent l’approbation et le soutien d’un large segment d’internautes, et que des dizaines d’entre eux jurent qu’ils vont lancer leurs avocats aux trousses des contrevenants, dans les faits, sauf rarissimes exceptions, les affaires dénoncées n’ont pas de suite. D’autres événements chassent le souvenir des précédents et tout le travail d’investigation et de rédaction investi par les sites de défense est en pure perte.

Combien d’initiatives flambantes n’avons-nous pas vues traverser le ciel du Net, telles des comètes vite désintégrées ! Que d’initiatives – généreuses mais sauvages et sans aucune coordination, ont fait long feu, chacune croyant, de bonne foi, détenir la solution et avoir l’impact nécessaire pour la mettre en œuvre, seule, sans même envisager de s’unir à d’autres pour être fortes ensemble ! A quel gâchis d’énergie n’assistons-nous pas, depuis des années, du fait de cette absence quasi totale de synergie entre sites à buts identiques ! Mais tout cela, je l’ai écrit à maintes reprises. J’ai même proposé des actions précises, allant jusqu’à la création d’un Think Tank (cf. "'Guerre Psychologique Juive' contre subversion antijuive". En vain.

Alors, puisque chacun n’en fait qu’à sa tête, je suivrai mon propre chemin. Et si j’échoue, ce ne sera pas grave, puisque le ridicule sera mien et n’éclaboussera pas les autres.

J’exposerai donc, plus loin, ce que je préconise (voir ci après : IV. Indymedia est-il de mauvaise foi, irresponsable, ou fidèle à ses principes ?" Mais auparavant, je laisse la place à l’exposé des faits, dû à Primo Europe.



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II. EXPOSE DE PRIMO EUROPE


[Notons que Primo n'est pas le seul site à avoir réagi énergiquement à cet article : Ray Archeld a fait de même sur le site Guysen Israel News.]

La liste ignoble

Plus de 150 noms...la liste de l'horreur...150 noms ont été livrés en pâture au public
Hommes et femmes politiques, artistes, chanteurs, producteurs, journalistes, tous auraient, selon Indymédia, l'immense tort d'être JUIF...

Les plus hautes personnalités sont dénoncées, leur nom d'origine modifié par décret sont révélés. De l'extrême gauche à la droite, tous sont mis à nu. Tariq Ramadan n'a plus le monopole de la délation.

Les journalistes (presse de gauche, de droite, du centre, presse people et autres) voient leurs noms et leurs ascendances familiales révélés au grand jour. Les renseignements y sont trop précis, trop fournis pour qu'il puisse s'agir d'un simple billet d'humeur.

Ce site, Indymédia, vient de franchir la ligne rouge et renoue avec les pires abjections du passé...

Cette liste est parsemée de commentaires d'une violence inouïe :

- Parlant d'un homme politique de premier plan aujourd'hui :
"Avec sa gueule, on peut comprendre qu'il veuille se fondre dans la masse".

Ou encore : "Ouvre les yeux, pauvre goy !"

Dans un autre de leur article, Indymédia se défend : sur Indymedia, la censure se fait à posteriori, une fois le post publié, et [cela] montre la bonne foi des modérateurs et modératrices...

Il en est ainsi des sites Internet qui prétendent veiller à une pluralité d'opinions et devenir un contre-pouvoir. Outre que les animateurs du site restent inconnus, les thèses les plus extrémistes s'y affrontent, sans aucune cohérence et sans que l'internaute puisse savoir si l'article représente l'opinion des animateurs du site ou simplement la diarrhée verbale de quelque haineux en mal de reconnaissance. Les articles ne sont pas signés, le site n'a aucune mention légale. C'est fou le nombres de distraits que l'on peut compter parmi les gens courageux !

Bref, la haine dans le désordre ! Indymédia vient de déshonorer cette belle invention qu'est Internet.

Primo Europe n'a pas souhaité donner à cet article une publicité qu'il ne méritait pas. C'est pourquoi vous ne trouverez pas la totalité de l'article sur notre site. Nous tenons cependant à disposition de la justice et des journalistes plusieurs copies écrans datées.

Ne recherchez plus cet article. Indymédia, pressentant sûrement être allé trop loin, l'a fort opportunément retiré, quelques instants après.

[En réalité, le texte figure toujours sur ce site, mais sous un autre lien, qu’il est facile de retrouver grâce au cache de Google ; seul aveu indirect de l’ignominie : la mention qui barre chaque page (mais n’apparaît pas à l’impression) : "article refusé" (Note de la Rédaction d’upjf.org)]

De deux choses l'une :

- soit cet article a été mis en ligne par un "collaborateur" d'Indymédia sans que les animateurs du site en aient été informés. Dans ce cas, il s'agit d'une négligence coupable et gravissime.
- soit cet article a été mis en ligne en total accord avec les animateurs. Il s'agit alors d'une ignominie sans fond.

Dans les deux cas, la justice devra entamer les procédures qui s'imposent. Primo Europe suivra cette affaire, sans aucun précédent dans l'histoire du net et ne manquera pas de vous tenir informé des suites données à cet épisode nauséabond.

Pour finir, voici quelques extraits non nominatifs que l'on peut trouver dans ce torchon :

"En démocratie, l'information est libre et plurielle

En réalité, les médias sont exclusivement entre les mains des Juifs. Ceux-ci s'évertuent à faire passer leurs ennemis pour de dangereux malades.

La démocratie garantie [sic] la liberté d'expression.

Cela est tout à fait exact. Nous avons le droit de tout dire, sauf le principal. Il est interdit de dénoncer le pouvoir extraordinaire des Juifs, leur politique de destruction des peuples européens par immigration et métissage. La loi Fabius-Gayssot du 13 juillet 1990 permet de punir de lourdes amendes les journaux nationalistes et de les étouffer. Les historiens révisionnistes sont pourchassés sans pitié, couverts de crachats, bastonnés en pleine rue, condamnés aux amendes les plus lourdes. Leurs revues sont interdites. Vous ne les trouverez pas à la FNAC."


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III. APPEL A LA RESPONSABILITE : OUI - PROCES D'INTENTION : NON



Autant Primo Europe a raison de dénoncer la présence de ce texte sur un site Internet, autant la méthode utilisée s’avère contreproductive. En effet, exposer immédiatement au grand jour toute l’affaire permet aux contrevenants de disparaître sans laisser de trace, comme cela s'est produit précisément dans le cas qui nous occupe.

Par ailleurs, nous sommes confrontés à un dilemme. D’une part, faire l’impasse sur l’événement peut donner l’impression qu’on ne lui accorde aucune importance et être interprété comme une espèce de blanc-seing donné à la diffusion de textes pernicieux. D’autre part, réagir à chaud en accusant, trop vite et sans preuve, le site et ses modérateurs de faire preuve de complaisance pour ce genre d'écrits témoigne d'une méconnaissance totale de l'esprit et des modes de fonctionnements des sites du réseau Indymedia (voir plus loin).

Sans prétendre donner des leçons à qui que ce soit, voici le modus operandi que je préconise pour une réaction efficace et constructive.


A. Tout d’abord lire les commentaires (tous négatifs) qu’a suscités l’article sur le site même d’Indymedia, et dont voici quelques échantillons verbatim :

"A virer direct"

Mouais , de la purée ! c'est tout ce que tu as dans la tête... Je ne suis pas juif, mais je crois que n'importe lequel d'entre eux te vaut mille fois ! Franchement, faire des recherches aussi longues pour en arriver a ton article, tu dois vraiment être malheureux et xénophobe. Je te plains !..."

"Dehors".

Et surtout :

"Définition de l'infraction

La provocation à la discrimination raciale est un propos qui tend volontairement à susciter un sentiment de rejet et à adopter un comportement discriminatoire à l'égard d'une personne ou d'un groupe de personnes (article 24). Cette infraction est directement liée au délit de discrimination, puisqu'elle implique que la provocation ou l'incitation porte sur un comportement discriminatoire prohibé tel qu'il est défini par les articles 225-1, 225-2 et 432-7 du Code pénal.

Cette infraction ne doit pas être confondue avec la diffamation raciale qui est l'imputation d'un fait précis portant atteinte à l'honneur ou à la considération d'une personne ou d'un groupe de personnes déterminé, à raison de sa « race », sa religion, son appartenance nationale ou ethnique (article 32). La Cour de cassation a en effet indiqué à plusieurs reprises que « la diffamation raciale n'a pas pour conséquence nécessaire de provoquer à la discrimination », ces deux délits étant « de nature et de gravité différente » (Cour de cassation - chambre criminelle - 28 juin 1983 - bulletin n° 202).

S'agissant par ailleurs de l'injure raciale, rappelons qu'il s'agit d'une expression outrageante, terme de mépris ou invective, à l'égard d'une personne ou d'un groupe de personnes, à raison de sa race, sa religion, son appartenance nationale ou ethnique (article 33). Elle se distingue de la diffamation en ce qu'elle ne renferme l'imputation d'aucun fait et de la provocation en ce qu'elle ne tend pas à inciter à adopter un comportement discriminatoire.

La provocation à la discrimination est un délit si elle a été commise publiquement, c'est-à-dire lorsque les paroles, écrits, imprimés, dessins, gravures, peintures, emblèmes, images ou tout autre support de l'écrit, de la parole ou de l'image, sont distribués, mis en vente ou exposés dans des lieux ou réunions publics. Sont également considérés comme publics les placards ou affiches exposés au regard du public, ainsi que tout moyen de communication audiovisuelle librement accessible (TV, sites Internet, forums de discussion). Les peines encourues sont alors de 1 an d'emprisonnement et 45.000 euros d'amende."
(17/07/2004 à 00h19)


Ce dernier commentaire peut apparaître comme témoignant de l’hypocrisie inconcevable d’Indymedia-Paris, puisque tout en publiant cette dénonciation de l’infraction caractérisée, clairement appelée par son nom: "provocation à la discrimination raciale", il en laisse néanmoins le texte accessible, au moins aux membres du réseau. En réalité, avant qu’une décision de justice intervienne, suite à une plainte éventuelle dûment motivée, il est indispensable de comprendre quels sont les principes de fonctionnement du réseau Indymédia et l’éthique qui y préside.


B. Vérification des règles et du modus operandi des sites Indymedia

Lire, entre autres, la Charte du site d’Indymedia (novembre 2002) - à laquelle renvoie, d’ailleurs, l’un des commentateurs pour mieux flétrir l’auteur du brûlot antisémite.

Consulter également l’importante mise au point intitulée "IndyParis : openpublishing, principes de fonctionnement (31 décembre 2003), qui comporte un intéressant paragraphe intitulé "Concernant le conflit israélo-Palestinien".

On notera à cet égard, la précision militante suivante d’Indymedia-Paris :


"Notre mode d'organisation en groupe affinitaire, le caractère transparent de l'ensemble des décisions, la publication ouverte, l'indépendance du site et du réseau en général, bref cette liberté rédactionnelle dérangent bien des organisations politiques."

Elle me paraît digne d’attention, car elle définit l’esprit et la stratégie de ce collectif de sites pour lesquels la liberté d’expression l'emporte sur (presque) toute autre considération.

Des remarques sur les effets pervers de ce mode opératoire se sont bien entendu exprimées. Voir, entre autres, celle de l’organisation Alternative Libertaire : "Attitude irresponsable d'Indymedia Paris". Et surtout la critique du Centre des Médias alternatifs du Québec, intitulée "Analyse de la haine antisémite sur Indymedia Paris", repris textuellement, et sous le même titre, sur le site Indymedia-Paris.

On complètera ce tour d’horizon par la lecture d'un document de présentation d’Indymedia par le collectif général et international des différents sites : Independant Media Center.

Ce texte est incontournable, car il permet de mieux comprendre la nature de ce mouvement, ses motivations, et le 'credo' ethico-politique qui lui est sous-jacent, et les raisons (à défaut du bien fondé) de l'extrême tolérance dont elle fait preuve même à l'égard de propos qu'il faudrait bannir. C’est pourquoi, nous reproduisons [en Annexe 1] l’intégralité de cette présentation.

En conclusion de cette Troisième Partie, je voudrais rendre bien claire ma pensée à propos du cas d'espèce - que j'essaie de traiter ici avec fair play, mais aussi avec rigueur -, et de l'attitude qu'il convient d'adopter à son égard, en raison des graves retombées qu'ont sur les Juifs les textes incriminés auxquels Indymedia-Paris a donné involontairement tribune, et qu'il refuse de faire disparaître, par une fidélité, à mon avis mal comprise, à ses principes.

Autant j'admets que l'on puisse mettre les membres et les militants de ce mouvement en face de leurs responsabilités morales, voire pénales, en cette matière, autant je m'oppose énergiquement à ce qu'on leur fasse à un procès d'intention. J'expliciterai et argumenterai plus avant cette position lapidaire



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IV. INDYMEDIA EST-IL DE MAUVAISE FOI? IRRESPONSABLE? OU FIDELE A SES PRINCIPES ?


Un examen attentif des réactions – toutes négatives – à l'article refusé"? stigmatisé par Primo Europe et Guysen Israel News, met en lumière le point faible majeur de la philosophie éditoriale des sites Indymedia : sa perméabilité au spam malintentionné, et tout spécialement aux provocations révisionnistes et antisémites. Certains lecteurs vont même (quoique rarement) jusqu’à accuser les "sionistes" d’être les auteurs de ces provocations, ce qui a généralement pour effet d’induire de vigoureuses réponses d'autres contributeurs du même site, qui font preuve de lucidité et d’aptitude à l’analyse. Par exemple:

"Ce texte est régulièrement envoyé à toutes les organismes et medias alternatifs. Il s'agit d'un texte nazi écrit par des NS ou des skins (bloc identitaire ? autre chose ?) les citations n'en sont que la première partie. Le texte fait vingt pages et dégénère en attaque raciste contre tout le monde et en discours sur la supériorité de la race blanche. Des librairies sont citées à la fin du texte (Licorne bleue, Librairie nationale...) ce sont TOUTES des librairies d'extrême droite pur sucre. Ce texte a commencé à circuler au début de l'année et revient régulièrement depuis. Arrêtez de vous focaliser sur le sionisme c'est un texte NAZI, écrit par des NAZIS regrettant Hitler. Ce sont les mêmes qui ratonnent dans les rues de Paris. RIEN à voir, mais rien du tout, avec les sionistes."

Il n’empêche, objectera-t-on sans doute, les textes sont là et ils sont susceptibles de causer des ravages. Pourquoi donc les modérateurs ne les font-ils pas disparaître de leur site ?

J’ai tenté d’éclairer cette attitude d’Indymedia (voir plus haut, III. Commentaire et stratégie de réaction proposée. B. Vérification des règles et du modus operandi des sites Indymedia). J’y reviens ici plus en détail.

L'essence du problème m'apparaît comme idéologique, voire existentielle. Il faut garder à l’esprit l’expérience fondatrice qui fut celle des premières dizaines de milliers de militants, majoritairement gauchistes, scandalisés par la mondialisation de l’économie et la montée en puissance des sociétés multinationales, avec leur cortège de graves injustices sociales, et ce dans l’indifférence quasi totale de la presse et l’ignorance d'une opinion publique anesthésiée par le culte de la société de consommation, alors à son acmé. Que représentaient ces opposants au système, en termes de rapports de force ? A peu près rien. Et il faut bien reconnaître que ni les tenants du capital, ni les médias ne prêtèrent alors attention au bien fondé de certaines des revendications qu’exprimait ce mouvement spontané et plutôt sauvage, car sans structure, mais persuadé de la justesse de sa cause.

Pour comprendre comment Indymedia 'fonctionne' sur le plan idéologique, il est indispensable de lire attentivement le texte-cadre, mis en ligne fin 2003, par le collectif Indymedia-Paris. Il est reproduit in extenso dans notre Annexe 2, sous le titre "Open Publishing, principes de fonctionnement" .

On y apprend, entre autres, que les centres Indymedia entendent


"proposer une source d'information alternative à celle des médias commerciaux appartenant aux firmes multinationales".

Le document poursuit :

"Combien de grèves, combien d'initiatives constructives sont en effet volontairement ignorées ou minorées par les médias commerciaux ? Le but du réseau Indymedia vise justement à donner leur place et explorer ces initiatives individuelles et collectives de manière à briser l'isolement et faire converger les luttes. En quelque sorte, imposer notre réalité à l'ordre dominant et résister en existant."

L’indépendance à l’égard des pouvoirs politique, économique et médiatique en place, se traduit par le souci de

"ne pas reproduire, dans le fonctionnement du site, l'organisation hiérarchisée des médias commerciaux, ni l'organisation pyramidale des groupes politiques".

Car, s’exclame le rédacteur du document :

"Comment critiquer un système, une économie, si l'on en reproduit le fonctionnement ?"

Mais l’initiative va plus loin : elle introduit et développe le concept de 'publication ouverte' ('open publishing'). Chaque visiteur, chaque militant, chaque organisation, peuvent mettre en ligne une contribution, et celle-ci est immédiatement accessible, en lecture, sur le site.

"Le but n’est pas simplement de publier les infos et les idées partagées par le groupe qui anime le site, mais d'informer, d'ouvrir des débats et de permettre de réagir, sans jamais confiner le lecteur au rôle d'observateur passif."

Et pour que les contributeurs éventuels ne se sentent pas bridés,

"le collectif qui anime un site ne filtre pas les contributions avant leur parution, mais seulement après".

Toutefois, nous prévient-on, cette mise en ligne ne signifie pas

"que le modérateur approuve le contenu de la contribution",

mais que cette dernière

"ne contredit pas les principes du site exprimés dans la charte".

Cet esprit et le modus operandi qui en découle permettent évidemment à des contributeurs peu délicats, ou à des saboteurs, de profiter du temps mort qui s’écoule entre la mise en ligne d’un texte et son filtrage (ou 'modération') par le ou les membres du collectif dont c’est la tâche, pour répandre des propos, tel celui qui a provoqué la levée de boucliers dont traite le présent article.

Mais le plus discutable n’est pas là. En effet, même quand une contribution est 'refusée', cela "n'entraîne pas son retrait du site". On nous explique qu’elle disparaît de la page d'accueil et ne figure pas dans le moteur de recherche public du site, mais reste néanmoins


"accessible et consultable" – quoique 'cachée' – "dans une partie déterminée du site",

et qu’elle est

"accompagnée des motivations qui ont conduit le modérateur à masquer cette contribution".

Indymedia ne manque pas de préciser les avantages de ce système, déroutant à première vue :

• "Chaque contributeur peut connaître les motifs du refus et interpeller le collectif s'il le souhaite au sujet de ce choix."

• "Chaque visiteur comme chaque membre du collectif peut lui-même publier une contribution ou un commentaire qui s'oppose[à] ou complète une autre contribution."

• "Ce processus de modération et de publication permet une réelle prise de parole. Ceux qui se mobilisent pour transformer la société et abolir les formes d'exploitation disposent ainsi d'un outil de diffusion de l'information novateur, décentralisé et non hiérarchisé."

Poursuivant notre lecture de ce document important, nous entrons davantage dans le cœur du projet d’Indymedia, dont l’ambition – il l’avoue franchement, ne se limite pas à la publication ouverte, puisqu’il se définit comme

"un site militant et engagé à progresser vers un autre monde pour une société coopérative, équitable et non libérale".

Ce projet réformateur repose sur une perception du monde qui prête le flanc aux accusations de simplismes et de théories du complot. En voici un exemple concernant les médias.

"La presse commerciale, propriété en grande partie des marchands d'armes (Lagardère et Dassault) ou des multinationales ultralibérales (Bouygues...), boycotte, déforme et met en scène l'information selon ses intérêts du moment. La sphère médiatique voudrait ainsi se substituer à la multiplicité des réels et des potentialités qui constituent le monde."

Sur de telles bases idéologiques, il ne faut pas s’étonner du parti pris dont fait preuve Indymedia à propos du conflit palestino-israélien.

Partant du principe, largement admis par "le peuple de gauche", selon lequel le sionisme est une idéologie nationaliste – à l'évidence, illégitime -, qui nie ou s’oppose au nationalisme palestinien – tout ce qu'il y a de plus légitime, lui -, les contributeurs des sites Indymedia sont nombreux à traiter durement le sionisme et ses partisans, dont ils se font une représentation diabolisée.

Comme beaucoup, ils pratiquent sans le savoir un 'rousseauisme' politique naïf, dans lequel le Palestinien joue le rôle du "bon sauvage", congénitalement pacifique et sain, et vivant en harmonie avec la nature (la Palestine), jusqu’à ce que des étrangers disposent de son pays et l’attribuent à d’autres, qui revendiquent la souveraineté sur une partie de la patrie palestinienne, au nom d’une "conception théocratique" et surannée de l’histoire.

La rhétorique pro-palestinienne d’Indymedia témoigne de cette vision idyllique et manichéenne des choses, qui s’exprime dans des morceaux de bravoure, qu’on croirait sortis tout droit des manuels de propagande marxiste-léniniste de jadis, et dont voici un échantillon :


"Des bénévoles d'indymedia Paris se sont rendus dans les camps de réfugiés, ou ont rencontré des associations palestiniennes, israéliennes, juives, musulmanes qui travaillent ensemble et construisent chaque jour un espace en faveur de la paix."

Et les représentants du collectif de se plaindre de ce que le nombre d'articles consacrés au conflit

"leur audience", ainsi que leur "positionnement politique ferme" les "expose[nt] à de virulentes attaques, de part et d'autre".

Et pour mieux illustrer le fait qu’ils sont "victimes" d’attaques contradictoires, ils arguent :

"Nous sommes accusés de sionisme par les uns, et d'antisémitisme par les autres. La quasi totalité des organisations, associations et personnalités de gauche, impliquées pour une paix juste en Palestine/Israël doivent également faire face aujourd'hui à ce même procès d'intention."

Ils usent même d’un argument a fortiori - fort contestable :

"[Comme] il apparaît compliqué d'attaquer Indymedia sur ce type d'engagement en faveur d'une paix juste, on nous accuse… de publier des contributions antisémites."

Toutefois, force leur est de reconnaître :

"Nous publions en effet des contributions anti-sionistes, des articles qui dénoncent la politique coloniale, les exécutions sans procès du gouvernement actuel en Israël."

Mais c’est pour se justifier aussitôt :

"Dans le même temps, nous publions des contributions qui dénoncent les attentats de terroristes palestiniens contre des civils en Israël."

Il leur faut pourtant concéder :

"Il peut arriver que nous laissions sur le site des contributions sionistes ou pro-terroristes palestiniennes."

Mais c’est pour se justifier à nouveau :

"Pas parce que nous les approuvons, bien entendu ! Mais pour en démonter la rhétorique, parce qu'un visiteur, ou/et un membre du collectif y a ajouté un commentaire qui recadre l'ensemble."

La pilule est dure à avaler, même si on l’enrobe dans une déclaration de bonnes intentions, qui ressemble plus à une profession de foi qu’à une justification convaincante:

"Nous avons le souci, au sein du collectif indymedia-Paris, de lutter contre cette guerre et pour la paix, avec nos moyens."

Et surtout quand on se targue de...

"Parler de ce que font ces gens [des Israéliens et des Palestiniens qui 'oeuvrent ensemble à la paix'], traduire leurs actions en français pour que chacun puisse les lire. Montrer qu'il existe une réalité pour la paix quand la presse commerciale ne s'y intéresse que d'une façon anecdotique. Créer un espace de réflexion et de pédagogie pour démonter régulièrement les discours racistes de part et d'autre."

et que l'on adopte une posture victimaire…

"Est-ce cela que l'on nous reproche ? Est-ce cet engagement que l'on veut bâillonner par des rumeurs et des accusations injustifiables et profondément injustes ?"

puis martiale…

"Qu'importe, nous ne nous laisserons pas faire. Ni les organisations contre lesquelles nous luttons dans nos colonnes, ni à fortiori l'extrême-droite française ne nous empêcheront de défendre nos valeurs contre le racisme et pour une paix juste pour la Palestine et Israël."

enfin, pugnace :

"…nous ne sommes pas dupes non plus. Une part de cette rumeur vise à la fermeture du site pour d'autres raisons. Notre mode d'organisation en groupe affinitaire, le caractère transparent de l'ensemble des décisions, la publication ouverte, l'indépendance du site et du réseau en général, bref, cette liberté rédactionnelle dérangent bien des organisations politiques. Mais là non plus nous ne lâcherons pas. C'est notre part de responsabilité dans les batailles engagées contre le racisme et pour une société équitable."

Toutefois, la position de la communauté Indymedia à l'égard de la militance palestinienne est loin d'être univoque. En témoigne cette appréciation qui figure dans un article (en anglais) de l'encyclopédie Wikipedia, intitulé "Independant Media Center" :

"La préférence de la communauté d'Indymedia pour l'organisation non hiérarchique a engendré des conflits à propos de la participation du Front Populaire pour la Libération de la Palestine (aujourd’hui généralement considérée comme associée au mouvement du Fatah de Yasser Arafat), à l’IMC de Palestine, parce qu'ils ont amené avec eux un modèle d'organisation autoritaire et l’exigence que tous les membres adoptent une ligne marxiste."


J’ai ratissé large, on le voit, pour mettre en garde celles et ceux qui se sentiraient d’humeur belliqueuse et voudraient en découdre avec Indymedia-Paris, de ne pas entrer en guerre avec un ennemi qui n’existe peut-être que dans leur imagination. Je crains, en effet, que beaucoup de Juifs, ulcérés par la ligne pro-palestinienne dominante dans les pages de ces sites, n’infèrent de cette militance, que le collectif fait montre de complaisance envers l’antisémitisme et le révisionnisme (ce qui est tout sauf démontré), puisque des écrits de cette nature apparaissent de plus en plus fréquemment sur son site. J’ai mis le "puisque" en italiques, pour montrer que ce soupçon trahit le procès d’intention, en postulant implicitement qu’il y a une relation de cause à effet entre le philopalestinisme d’Indymedia et le fait qu’on y trouve des textes hostiles antisémites et révisionnistes.

Une preuve éloquente - et, me semble-t-il, irrécusable – du contraire, est administrée par la publication, sur Indymedia-Paris, en octobre 2003 (remise en page centrale, en mai 2004), d’une critique incisive de l’antisémitisme rampant perceptible dans nombre de textes parus sur ce site. On peut (on doit même !) en lire le contenu, qui figure, ci-après, dans les Annexes (Annexe 3. "Analyse de la haine antisémite sur Indymedia-Paris"). La particularité de ce document, outre sa grande utilité, est que son auteur (qui ne craint pas d'afficher son identité réelle : Michèle Rollin) a su "jouer le jeu", en utilisant les ressources de la charte et de la politique d’extrême ouverture du Collectif à la libre expression des opinions, pour le mettre en face de ses responsabilités. La mise au jour, sereine mais rigoureuse, effectuée par l'auteur, citations à l’appui, des motifs antijuifs, voire antisémites - souvent subtils, mais non moins indéniables -, dans des contributions dont le titre et l’objet ne laissaient pas soupçonner la présence, lui a gagné le respect du Collectif.

Il faut dire, à l’honneur des modérateurs de ce site, qu’ils ont tenu compte de la critique loyale de Michèle Rollin, comme en témoigne cette réaction de l'un d'entre eux, qui signe "Jeppe" :


"…beaucoup des choses signalées ici ont été corrigées ; depuis, MR [Michèle Rollin] nous aide et signale régulièrement les "horreurs" postées ici et là par des provocateurs de tous bords. Un grand nombre des attaques antisémites, révisionnistes, négationnistes ont eu lieu à une époque ou, techniquement, le collectif de modération n'était pas suffisamment équipé pour faire de la modération dans un temps raisonnable. Beaucoup de choses ont changé depuis ; de même la documentation interne du collectif sur ces questions. Nous ne prétendons cependant pas être infaillibles, ou à la hauteur des défis que posent l'"open-publishing". C'est pourquoi nous préfèrerions, plutôt que des attaques personnelles qui ne démontrent qu'une grande méconnaissance de qui nous sommes, un attitude comme celle de MR, qui, même si nous ne sommes pas toujours 100% d'accord, consiste à donner un coup de pouce, plutôt qu'un coup sur la tronche."

De son côté, Michèle Rollin revient sur la question dans un courrier en date du 25 mai 2004 :

"Je confirme que je vous ai envoyé ce texte il y a presque un an, que depuis (j'ai vérifié), les "horreurs " les plus saillantes ont disparu et que lorsqu'on vous en signale, vous les enlevez.
Le problème est que c'est une véritable hydre de Lerne, et que le temps que vous lui enleviez [une tête], d'autres apparaissent déjà. Donc c'est un peu "sans fin".
Je confirme aussi que nous sommes loin d'être d'accord sur tout, notamment sur votre démarche de fond.
Comment ce texte a-t-il pu se retrouver sur le site ? Ce sont les aléas d'internet...
Je suppose que la personne qui l'a fait croyait bien faire et voulait alerter l'opinion sur la recrudescence de dérives qu'on observe à nouveau sur le site.
Ce texte [l'auteur évoque sa propre critique, qui figure en Annexe 3] date un peu, et je n'ai pas fait, pour l'instant, la même analyse pour l'année 2003/2004.
Je dirais à priori que :
1. Les administrateurs sont plus vigilants, ou mieux outillés.
2. Qu'est-ce que ce serait s'ils ne l'étaient pas, car il y a une augmentation endémique de haine.
3. Il y a désormais aussi de plus en plus d'attaques racistes contre les Arabes.
En tout état de cause, par rapport à l'antisémitisme récurrent, qui devient quasiment obsessionnel, je ne sais pas, si, compte tenu de la démarche d'Indymedia-Paris, il y a quelque chose de possible à faire, hormis alerter périodiquement les administrateurs, voire protester sur le site.
En effet, s'il est assez facile d'enlever les insultes ouvertement antisémites, c'est autre [chose] de contrer une véritable propagande qui fonctionne sur la récurrence de certains thèmes haineux, que, finalement, on ne peut constater qu'une fois le mal fait : il faut considérer les textes globalement dans leur ensemble pour voir apparaître les procédés d'accumulation et de répétition sur lesquels elle repose…"

Constat lucide et pertinent. En résumé, Indymedia-Paris est conscient des problèmes que pose l’open publishing avec modération différée, qui laisse la possibilité à des contributeurs malintentionnés de polluer le site avec des textes extrêmement répréhensibles. Le Collectif a prouvé, sans la moindre ambiguïté, qu’il n’avait aucune complaisance ni pour l’antisémitisme, ni pour le révisionnisme. Toutefois, en se cramponnant, pour des motifs idéologiques à sa politique de modération en différé et de refus de suppression pure et simple de ce genre de textes, le Collectif se condamne à un combat incessant, épuisant et relativement inefficace, contre des agitateurs visiblement bien décidés à profiter de l’aubaine que constitue un tel système. En outre, il décourage, voire détourne de lui de nombreux internautes, qui sont souvent d’authentiques militants et partagent la plupart de ses valeurs. Témoin la lettre suivante – comminatoire et sans ménagement – adressée, en décembre dernier, au Collectif d’Indymedia, par le mouvement Alternative Libertaire.

Attitude irresponsable d'Indymedia Paris, Alternative Libertaire

03/12/03

alternativelibertaire.org/index.php?dir=communiques&page=cpD1203a.html&n=1

Le 10 novembre dernier, les organisations [qui sont] partie prenante du Forum social libertaire avaient demandé à l'équipe d'Indymedia Paris de retirer les commentaires racistes et révisionnistes qui envahissaient leur site, et de rendre publique une condamnation claire de ces écrits, s’engageant à ne plus les publier.
Indymedia Paris n'en a rien fait, et a cherché à théoriser cette pratique irresponsable qui, au nom d'une conception dévoyée de la liberté d'expression, consiste à aider les racistes à affirmer leurs thèses en leur offrant un support éditorial.
L'existence et le contenu de la charte d'Indymedia Paris incitent à la confiance, et à consulter et recommander Indymedia. Il est inconcevable qu’un site qui se réclame d'une telle charte, se dit alternatif et souhaite travailler avec les organisations libertaires, mette à disposition des textes racistes voire révisionnistes.
Nous demandons donc instamment à l'équipe d'Indymedia Paris de :
  • modérer a priori les commentaires des internautes sur les sujets publiés pour éliminer les textes non conformes à la charte d'Indymedia ;
  • nettoyer leur site de tous les propos publiés non conformes à cette charte ;
  • rendre publique une condamnation claire de ces écrits, s'engageant à ne plus les publier.

Aucune collaboration ou relation entre Indymedia Paris et nos organisations ne sera plus possible autrement.

Signataires: Offensive libertaire et sociale Paris, Alternative libertaire.


J'ignore la suite donnée à cette interpellation musclée, mais elle a l'avantage de révéler que la critique des conséquences indésirables de la détermination farouche d'Indymedia à aller jusqu'aux plus extrêmes conséquences de sa conception de la liberté d'expression, n’émane pas seulement de Juifs ou de sionistes enclins à focaliser sur tout ce qui est, ou leur semble dirigé contre eux et contre leurs valeurs spécifiques, mais est partagée par des membres du Collectif et des courants d’opinion ayant beaucoup en commun avec l’esprit, l’idéologie et le programme d’action militante des collectifs d’Indymedia.

Vue du dehors, une telle attitude prête le flanc au soupçon de rigorisme doctrinal. Mais est-ce bien le cas ? On peut en douter à la lumière d'un événement peu commun, que l'article de l'encyclopédie électronique Wikipedia, déjà cité, relate en ces termes :


"En septembre 2002, la Fondation Ford proposa de financer une rencontre régionale d'Indymedia. L’offre fut refusée parce que beaucoup de volontaires, particulièrement ceux d’IMC-Argentine, supportaient mal l'idée d’accepter l'argent d’une Fondation qu'ils considèrent comme liée à la CIA.

Cet événement semble avoir été un tournant décisif pour l'organisation. Outre qu'il durcissait la résistance aux financements liés au gouvernement, l'animosité et la difficulté causées au groupe par cette affaire eurent pour conséquence un sérieux obstacle, voire l'abandon pur et simple, d’une gestion et d’une collaboration financière du réseau au niveau mondial et d’une collaboration en matière de finance et de prise de décision de grande envergure pour la totalité du réseau. Bonne ou mauvaise, cette décision a placé Indymedia dans un modèle où toutes les décisions substantielles sont prises à l’échelon de la communauté, et où toute perspective d'un réseau organisé de manière effective à l'échelle mondiale est fondamentalement exclue."

On conviendra sans difficulté, je pense, qu'une décision aussi préjudiciale aux intérêts pratiques et même stratégiques d'Indymedia, témoigne d'un courage peu commun et d'une remarquable cohérence avec le refus catégorique d'être inféodé aux puissances d'argent et aux institutions politiques, inscrit dans la Charte du Mouvement.

C'est, me semble-t-il, à la lumière d'un tel événement et des quelques exemples positifs évoqués ci-dessus, qu'il faut tenter de comprendre, autrement que comme un rigorisme doctrinal obtus, la détermination farouche des modérateurs d'Indymedia de ne pas céder à ce qu'ils considèrent comme des pressions visant à censurer a priori, voire à bannir définitivement des contributions - si indigne qu'en soit le contenu et si douteuse que soit la moralité de leurs auteurs -, dès lors qu'elles ont été mises en ligne sur un ou plusieurs de leurs sites par des contributeurs qui se réclament de la charte du mouvement pour exiger un droit à la libre expression.

Reste à examiner la manière dont des Juifs – pratiquants ou non, sionistes ou non, loyalistes à l’Etat d’Israël ou non -, conscients des dangers qui découlent des phénomènes examinés dans cette analyse, peuvent faire face à la situation, sans s'aliéner des gens qui ne sont pas forcément leurs ennemis, et dont il apparaît que beaucoup sont très loin d’approuver de tels textes et d’en partager l’idéologie dévoyée.


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V. AGIR PLUTÔT QUE GEMIR : POUR UNE GUERRE PSYCHOLOGIQUE JUIVE


C’est volontairement – on s’en sera douté – que je fais usage, dans ce titre, d’un vocabulaire emprunté au monde - glauque et si éloigné des valeurs humanitaires, en général, et juives en particulier - de la guerre et de la subversion. L’expression de "Guerre Psychologique juive", forgée pour les besoins de la cause, renvoie à un manifeste que j’ai rédigé, début janvier 2004, et qui porte le titre de "'Guerre Psychologique Juive' contre subversion antijuive".

Avant même d’exposer l’articulation possible de ce combat d’un genre extrêmement particulier avec le cas d’espèce de la présence des textes violemment attentatoires à l’honneur et même à la sécurité de celles et ceux qui se considèrent, ou que d’autres considèrent comme Juifs, je crois utile de mettre en lumière quelques aspects – ignorés par beaucoup – de la lutte contre l’antisémitisme et le révisionnisme.

Au fil de quelque dix-huit siècles de l’ère commune (sans parler de la période hellénistique et de l’Antiquité), la marginalité sociale, l’insulte, la calomnie, les voies de fait, voire l’assassinat pur et simple, ont été le lot fréquent des Juifs, jusqu’à leur intégration culturelle, au Siècle des Lumières, puis citoyenne, au lendemain de la Révolution française. Pourtant, l’histoire nous montre éloquemment que rien n’est jamais acquis pour cette communauté humaine spécifique. L’amélioration indéniable de la condition des Juifs et leur promotion sociale, économique et intellectuelle fulgurante qui s’ensuivit leur attira une jalousie et une vindicte dont, encore aujourd’hui, les historiens ne peuvent rendre compte sans malaise, quand ce n’est pas avec mauvaise foi. Et mieux vaut ne pas épiloguer sur la destruction des Juifs d’Europe, à propos de laquelle aveux gênés et justifications plus ou moins agressives mêlent leurs eaux troubles dans le fleuve d’une histoire dont nul ne sait où et comment il déversera ses eaux rougies par cette tragédie spécifique et par bien d’autres…

Les Juifs n’étaient pas de taille à assurer eux-mêmes leur défense partout dans le monde, même s’il faut leur rendre témoignage de ce qu’ils s’organisèrent de leur mieux et vendirent chèrement leur peau, partout où ils le purent. Mais les choses changèrent radicalement quand, à la faveur de l’accession d’un nombre croissant des leurs à des postes politiques d’importance, se fit jour – non seulement chez les Juifs, mais également chez des penseurs et des hommes d’Etat non-Juifs - la conscience que les Juifs avaient droit, en tant que citoyens, à la protection de la loi contre les agressions de tous ordres auxquels leurs personnes, leurs biens et leur réputation étaient en butte.

Paradoxalement, c’est le triomphe de l’antisémitisme de presse des années 30, dont aucune loi ne réprimait les excès, et le déferlement inendiguable de calomnies et d’incitations à la haine envers les Juifs, auquel il donna lieu par le truchement de livres (dont surtout La France Juive, le best-seller de Drumont) et de journaux (dont le célèbre Je suis partout), qui finirent par inquiéter le Gouvernement. Particulièrement révélatrice, à ce propos, est le résumé de la situation, que fait Henri Colson (sous le pseudonyme de Gygès (Les Israélites dans la Société Française, 1956, p. 65), en ces termes:


"La liberté de la Presse était totale : Sébastien Faure et Lorullot pouvaient traîner dans la boue tous les curés de France et les antisémites injurier tous les juifs de la terre, sans que le parquet puisse les poursuivre, sauf bien entendu sur plainte d’un des intéressés nommément diffamé. Les organisations juives réclamaient depuis deux ans «une législation particulière à l’intention des semeurs de haine antisémites.». Le 21 avril 1939, le gouvernement Daladier leur donna satisfaction. Dans le cadre des pleins pouvoirs, le Garde des Sceaux Marchandeau signa un décret-loi interdisant, sous peine d’amende et de prison, toute attaque contre les juifs."


Depuis, la législation s’est faite plus répressive en matière de racisme et d’antisémitisme. Ce fut d'abord la Loi Pleven (1971), qui avait pour but d'empêcher que l'on considérât le racisme comme une opinion parmi d'autres. En amendant la loi sur la presse de 1881, ce texte créait le délit de "provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence" raciale et punissait plus sévèrement la diffamation et l'injure raciale. Il permettait aux associations de se porter partie civile. En 1990, cette loi est étendue à la répression de tout acte raciste, antisémite ou xénophobe. La même année, ce qu'on a appelé la "Loi Gayssot" sanctionne la contestation des crimes contre l’humanité. Enfin, en 2003, est adoptée la Loi Lellouche-Barrot, qui aggrave les peines punissant les infractions à caractère raciste et renforce l'efficacité de la procédure pénale. (Plus de détails dans l'Annexe 4 : L’arsenal répressif français en matière de lutte contre l’antisémitisme et le révisionnisme).


Avec un dispositif pénal aussi impressionnant, on pourrait croire que l’antisémitisme n’ose plus se montrer au grand jour. Ce n’est malheureusement pas le cas. Il y a à cela des raisons diverses qui tiennent en grande partie aux changements profonds intervenus dans la société au cours de ces deux dernières décennies. Tout d’abord, l’antisémitisme n’est souvent qu’un prétexte qui trahit un mal-être et une contestation radicale de la société, en général, et de l’autorité en particulier. Il participe largement du phénomène général de l’incivilité et de la violence verbale. Mais surtout, il peut s’exprimer de façon sournoise et de telle manière que son ou ses auteurs soient assurés d’une impunité quasi-totale.

Et c’est précisément le cas de l’affaire qui nous occupe ici. A la différence des sites où il faut être enregistré et donner ses coordonnées, dont au moins une adresse e-mail valide, pour être autorisé à poster, sur Indymedia, n’importe qui peut, à partir d’un ordinateur, mettre en ligne un texte quelconque sans même devoir indiquer son e-mail. De ce fait, il n’est pas toujours possible de retracer l’origine de l’internaute qui a effectué cette tentative de spam-pollution, même si, sur plainte d’un parquet, Indymedia se déclare prêt à fournir l’adresse IP du posteur, ce qui s’avère souvent inopérant dans le cas de ce type de spammeurs qui ne laisse pas de trace (p. ex. en postant à partir d’un Cyber-Café). Mais, à mon sens, surtout après les mesures que vient de prendre Indymedia-Paris, ce type d’agressions antisémite par écrit devrait devenir de plus en plus rare sur le site de ce collectif et – espérons-le tout au moins – sur les autres, si la même politique éditoriale est adoptée par tous les Indymedia du Collectif IMC.

Mon avis est donc que l’antisémitisme et le négationnisme continueront à sévir, mais majoritairement de manière homéopathique, c’est-à-dire sournoisement, par allusion ou par distorsion plus ou moins grossière des faits – par exemple, en donnant pour avérés des méfaits imaginaires ou relatés mensongèrement, ou en présentant les faits de manière à diaboliser le camp que l’on exècre, ou encore en donnant pour historiquement vérifiés des arguments controuvés, etc. A cet égard, je me permets de recommander à nouveau la lecture de l’excellente analyse de ces procédés que Michèle Rollin a réalisée pour Indimedia-Paris (Annexe 3. "Analyse de la haine antisémite sur Indymedia-Paris".

Nul doute également que la critique des actes du gouvernement israélien et de l’armée de défense d’Israël ne serve de truchement et de prétexte à un antisémitisme larvé, comme cela a
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