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'Le Monde' n'aime pas Israël, 'Balagan' nous le rappelle
04/04/04Sous le titre "L’immonde tel qu’il est", notre confrère "Balagan", qui s’intitule lui-même « Le blog sioniste et pro-américain » publie un chapitre du livre, déjà ancien mais encore très pertinent d’un ancien du Monde. Nous sommes heureux de le publier ici, non sans vous recommander de consulter régulièrement ce site impertinent qui ne donne pas dans la langue de bois – c’est le moins qu’on puisse en dire (balagan.blog-city.com/).
(balagan.blog-city.com/read/549681.htm)
En 1976, un ancien journaliste du Monde Michel Legris * avait écrit un essai, Le Monde tel qu'il est **, dénonçant les dérives éditoriales et les techniques de désinformation de ce "journal".
Ce livre reste étonnamment d'actualité comme le démontre le court chapitre que Michel Legris consacrait à Israël.
Deuxième figure : Le Monde voue de l'antipathie à une cause. L'Etat d'Israël entre dans ce cas. Le journal a bien le droit de prendre, dans les conflits du Moyen-Orient, la position qu'il veut et personne ne le lui conteste. Personne non plus ne nie que les éléments de ce conflit sont complexes et excluent toute attitude manichéenne. En revanche, ce qui est contestable, c'est la façon dont Le Monde se donne l'air de se placer au-dessus de la mêlée. Il ne prend pas ouvertement parti, il se contente de manifester sournoisement son parti pris. A la défaveur quasi constante des Israéliens. Pour entamer, éroder, ruiner leur cause, il va donc recourir aux mêmes procédés dont il a usé pour soutenir une cause, mais en les inversant. Là où il mettait des bémols, il mettra des dièses.
Les associations d'idées dépréciatives seront créées en empruntant (comble de l'art !) à la réprobation de l'antisémitisme et du nazisme que le quotidien est sûr de rencontrer dans le public. Le journal l'exploite pour suggérer que les sionistes sont, en tous points - comportement, préjugés et passions -, comparables aux antisémites de la vieille Europe et notamment de France, puis, de fil en aiguille, aux hitlériens. « Une nouvelle « affaire Dreyfus? » demande un titre du Monde du 24 janvier 1974, en évoquant l'éventualité de poursuites contre le général israélien, Shamuel Gonen, auquel quelques-uns de ses pairs et une partie de l'opinion publique reprochent les revers de la guerre du Kippour.
Certes, Le Monde s'abrite en invoquant un titre voisin paru, à Jérusalem, le 9-1-1974 dans le journal Haolam Hazé (1).
Alibi douteux : un organe de presse qui se prétend sérieux examine la valeur d'une thèse avant de la répéter tout de go. Or, celle-ci est manifestement absurde. Il faudrait déjà que le général Gonen soit un officier d'origine chrétienne ou musulmane pour que la transposition tienne debout. Il faudrait aussi qu'il y ait utilisation de « faux documents » contre lui, etc.
L'analogie, particulièrement factice dès qu'il s'agit des juifs chez eux, va réapparaître en filigrane, le 21 mai 1975. Dans une série de reportages consacrés aux « Palestiniens entre le fusil et le rameau d'olivier », un article, intitulé « Le Cauchemar», commence en ces termes :
« La question ne sera pas posée. » Le lieutenant-colonel Gershon Orion, président du tribunal militaire de Naplouse, tranche sèchement : il ne permettra pas que ce procès soit «politisé».
Or, qu'est-ce que le propos mis avec les guillemets d'usage dans la bouche du lieutenant-colonel Gershon Orion ? Une reproduction textuelle d'une phrase qu'il a prononcée le jour précis où un représentant du Monde était présent dans la salle d'audience ? Cela tiendrait d'une exceptionnelle coïncidence, car elle correspond, mot pour mot, à une formule célèbre d'un autre président de juridiction dans un autre procès. Le président s'appelait M. Delegorgue. La juridiction était la cour d'assises. Et le procès se déroulait à Paris, en 1898. Quel procès ? Le procès d'Émile Zola, poursuivi pour avoir écrit « J'accuse... ! » La formule de M. Delegorgue est devenue presque proverbiale - comme symbole de l'aveuglement et de l'entêtement en matière judiciaire.
L'utiliser comme introduction permet de faire d'une pierre deux coups auprès des lecteurs cultivés (ceux que Le Monde se flatte au premier chef d'attirer). Ils ne manqueront pas de percevoir un écho lointain de l'affaire Dreyfus et seront ainsi préparés à absorber ce qui va suivre (2). Car le reste du compte-rendu de l'audience donne l'image d'une justice inhumaine, caricaturale et glacée, indulgente [pour les] tortionnaires, avec un procureur ricanant - image beaucoup plus proche des tribunaux nazis que de ceux qui ont jugé le capitaine Dreyfus. A l'appui de la ressemblance, l'auteur cite le cri d'une des avocates des Palestiniens inculpés, Me Félicia Langer : « Me Langer, rescapée des ghettos polonais, et dont le mari est l'un des survivants du camp de concentration de Buchenwald, proteste avec véhémence : "Quelle honte ! Quel déshonneur vous infligez à notre peuple!" » Le rappel des souffrances de l'avocate - comme si, d'ailleurs, son cas était unique en Israël - vient à point conférer un poids accablant à ses accusations. L'objectivité voulait sans doute que ses propos fussent cités et son cruel passé évoqué. Mais l'objectivité exigeait aussi qu'ils fussent exactement situés, au lieu d'entraîner l'esprit vers un amalgame suspect. Or, ce n'est que dans une note, en petits caractères, que Le Monde donne, en la noyant au milieu d'autres considérations, l'indication de l'appartenance de Me Félicia Langer au comité central du Parti communiste israélien - indication qui jette un éclairage autrement net sur ses prises de position que le souvenir de sa vie dans les ghettos.
Ce n'est pas tout. Autant que faire se peut, le journal de la rue des Italiens met toutes les ressources de sa poésie à faire surgir des images assimilant les Palestiniens aux Juifs et les Israéliens aux persécuteurs européens des Juifs dans le passé. Ce sera, par exemple, une notation furtive, à travers laquelle les émigrés d'URSS se verraient, pour un peu, décrits sous des traits répondant à la définition des beaux aryens, selon les critères des lois de Nuremberg :
« Il n'est pas rare qu'à l'aérodrome de Tel-Aviv, deux groupes d'hommes ployant sous leurs bagages se croisent et s'observent. Les uns, blonds au faciès slave, intellectuels moscovites ou paysans de Géorgie, retrouvent la patrie ancestrale du peuple hébreu. Les autres, le teint basané et le profil sémite, artisans d'Hébron ou intellectuels de Gaza, quittent là leur pays définitivement, parfois pour des pays aussi lointains que le Canada ou l'Australie (3). »
Le Monde ne manquera pas non plus une occasion de parler de la « Diaspora palestinienne » : « Comme les juifs pendant deux mille ans, cette "diaspora" palestinienne ne cesse de répéter depuis un quart de siècle : "l'an prochain à Jérusalem" » (4).
Une autre technique va permettre, au lendemain de la guerre du Kippour, de suggérer un parallèle entre la destruction de la ville de Kuneitra, sur le plateau du Golan, et l'anéantissement du village d'Oradour-sur-Glane, dans le Limousin, en 1944, par les SS. Après avoir publié des versions entièrement contradictoires quant à la date et aux circonstances où les murs de la cité ont été anéantis (5), Le Monde n'ira pas jusqu'à affirmer que les habitants ont été massacrés et ensevelis sous les ruines - ce serait s'exposer à des démentis trop faciles ou trop éclatants. Le journal commencera par faire paraître sur le sujet un premier texte accusateur, puis une volée de lettres « pour » et « contre ». Au terme de cette cascade de courrier, il posera la question : « Peut-on comparer Kuneitra à Oradour-sur-Glane ? » L'interrogation ainsi formulée représente un des procédés-maison. D'un côté, Le Monde se réserve le recours de plaider qu'il a voulu dire que la question ne se posait pas. D'un autre côté, en posant une question qui ne se pose pas, il lui donne de la consistance, il assure la possibilité d'y répondre par l'affirmative, il avance tout simplement un pion sur le damier de la calomnie. Puis le 26-9-74, il tranche avec un article, dû à un envoyé spécial « Quand et comment la ville de Kuneitra a-t-elle été détruite ? » On y lira cette conclusion : « A la fin de 1973, les habitants n'étaient plus qu'une dizaine : de ce point de vue, au moins, la comparaison avec le nazisme est irrecevable. »
Que signifie semblable déclaration d'irrecevabilité sinon qu'à d'autres points de vue la comparaison serait peut-être acceptable ? Mais alors, lesquels ? Pourquoi rester dans le vague?
Fort de l'assimilation qu'il a ainsi, petit à petit, établie entre les Israéliens (persécuteurs antisémites, oppresseurs de type nazi) et les Palestiniens (persécutés, sémites, et avides de libération), Le Monde, quand il a besoin d'un terme générique pour désigner les diverses actions de l'OLP ou du FNLP n'a plus qu'à employer un vocable riche de résonance affective en France : la Résistance.
Il transparaît, derrière la tactique de l'information - que Guedj et Girault ne manqueraient sans doute pas de qualifier de frauduleuse -, une étrange physionomie de la tartufferie du journal.
Le Monde (tout en mobilisant, on l'a vu, pour cette tâche, essentiellement des journalistes d'origine juive) s'évertue à montrer que les Israéliens bafouent le commandement d'inspiration chrétienne : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu'on te fît à toi-même. » Il s'acharne, en outre, à les prendre au piège de la contradiction, à les convaincre d'avoir trahi les valeurs intellectuelles, morales et politiques avec lesquelles, depuis longtemps, ils ont conclu alliance et qu'ils étaient donc, plus que quiconque, tenus de respecter.
Ainsi resurgit, mise au goût du jour, l'antique notion de malédiction. Derrière la notion de malédiction se profile celle de châtiment : les Palestiniens, ce coup-ci, tiendront lieu de Romains. Il est accordé toutefois des possibilités de rédemption : la conversion (au socialisme, mais au vrai socialisme, pas celui de Golda Meir ou de Itzhak Rabin), la fusion et l'assimilation. Prodigieux mélange de passéisme et de modernisme chrétiens !
Quelquefois, les juifs subodorent confusément que l'antisionisme du Monde contient des relents d'antisémitisme. Mais ils ne savent pas trouver l'entrée du labyrinthe, inconscient ou conscient, où les miasmes s'élaborent.
Ils s'étonneront peut-être un peu moins, désormais, de voir mise en vedette une dépêche d'agence en provenance de Bethléem, dans le ton de celle-ci.:
« Dans une grotte semblable à celle de la Nativité, une Palestinienne vit avec ses deux enfants dans le plus complet dénuement... Sur cette même colline où le Christ est né il y a à peu près deux mille ans, une Palestinienne vit aujourd'hui avec ses deux petites filles dans une grotte semblable à celle où l'enfant Jésus a vu le jour. Cette femme et ses deux enfants sont des réfugiés. On en trouve des dizaines d'autres installés sur les collines environnantes (6) ».
La dépêche explique ensuite que la femme n'a jamais voulu demander d'emploi et de logement plus décent par fierté : « Ils ont tué mon mari », dit-elle des Israéliens, auxquels elle reproche un tir d'artillerie dont il a été victime pendant la guerre des Six jours. Fallait-il, pour rendre plus sensible un cas douloureux, recourir à tant de prose saint-sulpicienne ? Et la pieuse mièvrerie du texte n'est-elle pas baroque dans un organe qui, d'autre part, à longueur de colonnes, au sein de la rubrique religieuse voisine, se moque des formes périmées du culte et de la foi, tandis qu'il prône l'iconoclasme, au nom d'un retour aux sources spirituelles ?
Mais, pour Le Monde, tout est bon : les arguments, les moyens les plus contraires sont valables, pourvu qu'ils soient propices à la démonstration du moment et servent à nuire à ceux auxquels le journal veut nuire.
© balagan.blog
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Notes de balagan.blog
(1) « L'affaire Dreyfus d'Israël », sous la signature de Uri Avnery, rédacteur en chef.
(2) Une nouvelle preuve de cette persévérance est apparue dans le numéro du 21 novembre 1975 (« Le Monde à travers les livres »). Deux ouvrages, l'un de Félicia Langer, Avocate israélienne, l'autre d'Israël Shahak, Le racisme de l'Etat d'Israël, sont réunis sous un titre commun : « Deux "J'accuse" ».
(3) C'est l'auteur du présent livre qui souligne. Le Monde du 9 janvier 1973 (Les Palestiniens au Purgatoire. I - les Apatrides).
(4) « Les Palestiniens, de l'exode au terrorisme » (Le Monde des 8-9 octobre 1974).
(5) Le Monde a dit que Kuneitra était anéantie après la guerre des Six jours. Il a ensuite affirmé qu'elle était intacte avant la guerre du Kippour.
(6) Le Monde du 26-12-1973. [Cette dépêche] est publiée, en caractères gras, et encadrée. La suite du texte admet que les 12.000 réfugiés de Bethléem et des environs ne vivent pas dans les mêmes conditions de dénuement. Mais cette concession, précisément, permet au Monde de sauvegarder les apparences de l'objectivité. Après avoir mis l'exceptionnel en relief, il note incidemment l'essentiel.
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Notes de la Rédaction d'upjf.org
* Né le 22 décembre 1931. Etudes de lettres classiques. Choisit le métier de journaliste. Entre, en 1956, au Monde - alors dirigé par Beuve-Méry. Demeure seize ans au sein de la rédaction. La quitte en 1972.
** Plon, 1976, 209 pages.
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Mis en ligne le 4 avril 2004 sur le site www.upjf.org











