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Désinformation
Marianne en ses atours, Pierre Lefebvre
15/08/03www.primo-europe.org/index.php
[Merci au site de Primo Europe et au vice-président de l'association du même nom de nous autoriser à reproduire l'éditorial percutant de Pierre Lefebre. Ses traits acérés sont justes et ils portent. A lire absolument! Menahem Macina] [1]
Si seulement Martine Gozlan était un être à part, que le monde journalistique serait beau !
On se prendrait alors à aimer s’ébrouer dans les folles prairies de l’information juste, sereine et détachée.
Mais elle est loin d’être un cas isolé. Régulièrement, les sondages mettent la profession de journaliste loin derrière les politiques dans le domaine de la crédibilité. Le dernier numéro de Marianne ne contribuera pas à inverser la tendance.
Au plus fort de la canicule, force nous est de constater que le cerveau de Martine Gozlan risque, lui, la glaciation définitive. Dans le Marianne de cette semaine (N°329 – du 11 au 17 août 2003), on a droit à un des marronniers de l’été, le racisme. Un observateur attentif aura remarqué que le sujet est aussi abordé par le Nouvel Observateur, confirmant, pour la presse écrite, l’analyse de Jean Claude Guillebeaud sur "le journal unique télévisé" (www.primo-europe.org/media.php).
La capacité des journaux à aborder les mêmes thèmes au même moment est proprement stupéfiante. Avis aux pourfendeurs de la pensée unique : «réjouissez-vous, il y a encore quelques siècles de travail assuré».
Marianne veut dénoncer le racisme. C’est chose fort bonne en ces temps de disette journalistique. Et il faut bien attendre la rentrée sociale en conservant l’air intelligent.
Donc, montage du dossier !
Les papiers se succèdent sur les nouveaux racistes. Rien que le titre fait sursauter. Nos journalistes découvrent que la terre tourne - il était temps. Qu’y a t-il de nouveau dans le fait de détester son voisin ? Sans doute veulent-ils dire par là que le racisme a pris de nouvelles formes ? Le Hutu haïssant le Tutsi, le Serbe massacrant l’Albanais, le beauf français 'pogromant' le Beur. Marianne oublie distraitement l’Arabe génocidant le Berbère. Il faut dire que ce n’est pas politiquement correct en ce moment… la litanie du rejet de l’autre est amplement énoncée. Même si elle ne nous apprend rien, cette antienne a au moins le mérite d’ouvrir les yeux du lecteur 'lambda'.
Ce «dossier» de Marianne - appellation non contrôlée - s’attaque aussi au racisme juif. Le chapeau d’entrée pose la question : «Mais pourquoi donc y a t-il des racistes juifs ?» sans voir que le simple fait de poser la question est déjà du racisme. Si l’on tient pour acquis que les Juifs forment un peuple comme les autres, que ce peuple a droit à un territoire, une capitale, des frontières sûres et reconnues, le droit de vivre en paix, de manger, de jouir, de boire un café, de faire des affaires, de mener ses programmes de recherches, de subventionner ses écoles, lycées et universités, comme chaque peuple devrait normalement s’y consacrer, alors, il faut accepter que ce peuple puisse contenir en son sein des voleurs, des exploiteurs, des lâches, des violeurs, des assassins et… des racistes.
Et il faut même envisager que sa diaspora possède, en son sein, le même pourcentage de racistes que la diaspora française à l’étranger, par exemple. En quoi les Juifs seraient-ils différents ? Pourquoi donc y a t-il des racistes juifs ? Parce que, Madame, le peuple juif est un peuple comme les autres. Vous ne cessez de l’oublier depuis 2000 ans. Et parce que vous contribuez à maintenir cette image du "peuple à part", celle qui vous convient le mieux, vous justifiez par là l’acharnement millénaire dont il est victime, et qui est sans aucun équivalent dans l’histoire du monde.
Martine Gozlan demande donc aux Juifs d’être exemplaires en tout, de ne pas venir troubler son petit caléidoscope conceptuel. Martine Gozlan a une idée précise de ce que doit être un Juif. Il est encarté, défini, modelé, mis en fiche. On sait l’utilisation qui a pu être faite de ce type de raisonnement, il n’y a pas si longtemps, en Europe.
Alors, oui, il y a des racistes juifs. Il y a des extrémistes, il y a des sites nauséabonds qui exhalent l’odeur fétide de la haine, même chez les Juifs. Bernard Musicant, président du site Connec’Sion s’en est ému dans un tout récent et excellent éditorial.
Mais l’exactitude journalistique, dont Martine Gozlan nous semble somptueusement dépourvue en cette occasion, voudrait que l’on s’attaque aux véritables fauteurs de troubles, non aux militants. Cet amalgame insupportable qui rejette, d’un revers d’article, les sites Desinfos et Migdal au rang de sites racistes et extrémistes, ne fait pas honneur à la profession dont Gozlan se réclame. De déontologie, point ! Martine Gozlan se promène sur un moteur de recherche Internet, prend un ou deux exemples, sans les consulter véritablement et les jette en pâture à l’assujetti social, ou à l’intellectuel perdu, en se disant que cela fera bien l’affaire.
Reprenons les termes exacts de l’article de Gozlan :
«Sur leurs sites Web, le pays dont ils sont les citoyens est qualifié de «France Kipu» et les palestiniens de «déchets» comme les «médias pourris» accusés de soutenir le terrorisme. Canal + devient Racaille plus, la mort du petit Mohamad al-Dura au début de la seconde intifada une fiction montée de toute pièces. C’est à vomir mais c’est comme ça : il y a désormais en France des fachos juifs qui revendiquent leur racisme. Sur Migdal.org ou sur desinfos.com, des tombereaux d’insultes font désormais concurrence aux sites islamistes les plus fous».
Martine Gozlan se prend les pieds dans le tapis. Et pour plusieurs raisons.
- Tout d’abord, la phrase introductive «le pays dont ils sont les citoyens» relève d’un procédé peu élégant et largement utilisé chez le militant FN de base. Manière de dire «s’ils ne sont pas contents, qu’ils rentrent chez eux». Manière aussi de relancer la querelle de la double allégeance. On aurait pu s’attendre à quelque chose de mieux de la part de Marianne qui frôle là un précipice dangereux.
- Concernant le site Desinfos, nous la mettons au défi d’y trouver une seule phrase raciste. Desinfos a certes ce ton militant, mais celui-ci provient d’un phénomène de ras-le-bol. A force d’entendre cracher sur leur pays, des Juifs de France ayant de la famille en Israël et en contact quotidien avec eux ont remarqué la différence abyssale dans le traitement de l’information entre ce qu’ils entendaient en France et ce qui leur était transmis de là-bas. Le site Desinfos a, comme d’autres, la prétention de rappeler les journalistes à plus d’équilibre dans le traitement de l’information. Cette accusation, hystérique et non fondée, est une parfaite ignominie de la part d’une journaliste de Marianne.
- Concernant Migdal, on peut certes trouver parfois sur ce site des animations d’un goût douteux, mais aussi un amour viscéral d’Israël. Un sens de l’humour caustique, des animations poussées et, pour la plupart, fort amusantes, une certaine pratique de la caricature féroce, peuvent donner l’impression d’un racisme anti-arabe. Est-il indispensable, en cet instant, de rappeler à Martine Gozlan qu’il existe un second degré dans l’humour et qu’elle en semble bien dépourvue ! Les animations mises en cause sur le site Migdal ne doivent cependant pas faire oublier que ce dernier est l'un des seuls sites juifs où l’on trouve encore, en première page, un appel à la solidarité avec les victimes du tremblement de terre en Algérie, avec un lien direct au site des Musulmans de France, afin de récolter des dons en espèces. Raciste, Migdal ? Combien de sites musulmans manifestent ne serait-ce que le quart de la moitié d’une seconde de pitié pour les victimes d’un attentat-suicide en Israël ? Faut-il donc être mal documentée, ou pis, mal intentionnée [comme l'est notre journaliste] pour jeter l’anathème aussi facilement du haut d’un hebdomadaire à grand tirage !
- Mais, suprême horreur, selon Martine Gozlan, il y a ceux qui mettent en doute la mort du petit Mohamad Al Dura et qui se trouvent donc rejetés, ipso facto, dans le camp de l’extrême droite. «C’est à vomir, dit-elle, mais c’est comme ça : il y a désormais en France des fachos juifs». La cruelle addiction de Martine Gozlan à la propagande palestinienne lui fait perdre, semble t-il, le sens de la mesure. Il suffit donc, en France, de ne pas avoir des convictions télévisuellement formatées pour être catalogué d’extrême droite, donc de facho ET Juif.
Nous reviendrons plus loin sur l’excellente enquête menée par Metula News Agency et le livre de Gérard Huber «Contre-expertise d’une mise en scène». Mais il faut d’emblée informer Gozlan d’un fait qui lui a apparemment échappé : parmi ceux qui n’ont pas cru, une seule seconde, au bidonnage de Charles Enderlin, sur France 2, se trouvent des Français sans aucune origine juive, des journalistes allemands de la ZDF, des journalistes de grands médias américains. Il y a encore, en France, des téléspectateurs dont le sens critique n’est pas en état de coma dépassé.
Quelle est cette forfaiture intellectuelle qui consiste à traiter de "facho juif" les Français qui n’acceptent pas, par veulerie obligée, de se coucher devant la prétendue évidence d’un reportage tendancieux ? Faut-il donc condamner tout sens critique ? Selon Martine Gozlan, les journalistes seraient-ils exempts de tout a priori, présupposés, ou mauvaises intentions ? Charles Enderlin n’a pas assisté en personne au tournage de la mort du petit Mohammed. Qui donc peut nous forcer à croire ce qui a été tourné par un cameraman palestinien, payé par la redevance des foyers français ? Cette scène, qui a fait le tour du monde, a contribué pour beaucoup à augmenter une haine durable des Juifs dans le monde arabe.
La mort de Mohammed Al Dura n’est pas un simple épisode de désinformation, de la guerre des images que se livrent deux camps.
Cet événement est, bien sûr, une tache indélébile sur la profession de journaliste, mais ce n’est pas le plus grave: ils s’en remettront et nous aussi. Il convient de les rassurer, d’ailleurs, à ce sujet : nous nous en sommes déjà remis.
Mais ce drame est d’importance autrement considérable, en ce qu’il véhicule une trop forte charge symbolique pour être laissé à l’abandon par une chaîne de télévision nationale qui prétend à la respectabilité.
Plusieurs pays arabes ont édité des timbres-poste montrant l’image de l’enfant terrifié. Une des rues principales de Bagdad a été dénommée "rue du Martyr Mohammed Al Dura". Le Maroc a un parc Al-Dura. Oussama Ben Laden, après les attaques du 11 septembre et l’invasion de l'Afghanistan par les USA, débuta un de ses messages par une liste d'actes d'accusations contre "l'arrogance américaine et la violence israélienne" en disant, "au sommet de son arrogance et de sa campagne médiatique dans laquelle il se vante d'apporter la liberté, Bush ne doit pas oublier l'image de Mohammed Al-Dura et de ses camarades musulmans en Palestine et en Irak. S'il a oublié, alors nous n'oublierons pas, selon la volonté de Dieu." L’ensemble des sites Internet favorables à la cause palestinienne portent en effigie la photo du drame. On ne compte plus les incidents antisémites dans les collèges et lycées français au prétexte de venger le petit Mohammed.
Il se trouve, en effet, au grand dam de Martine Gozlan, des citoyens ordinaires qui aimeraient trouver réponse aux multiples questions soulevées par ce reportage. Ces questions ont été posées, depuis 2 ans, par Metula News Agency, en Israël, et par Gérard Huber, en France (lire, à ce sujet, la rubrique les dossiers de Primo Europe - www.primo-europe.org/dossier1.php - et l’enquête de Metula News Agency).
Que l’on ose, un instant, mettre en doute le reportage d’un journaliste français, et c’est toute la corporation qui se dresse, se secoue et fait corps. Une telle unanimité est, certes, touchante de la part de professionnels plutôt habitués à se crêper le chignon, mais il n’en demeure pas moins que d’autres voix, tout aussi légitimes que celles de nos journalistes 'cachetonniers' ou mensualisés, ont fait l’analyse inverse. Il y a donc tout lieu de penser que l’épisode du carrefour de Netzarim est une mise en scène grossière, dont l’autorité palestinienne est coutumière, et dont France 2 s’est rendue, consciemment ou non, complice.
Affirmer que le petit Mohammed Al Dura n’est pas mort sous les balles israéliennes n’est ni l'indice d’un glissement vers le fascisme, ni même l’apanage des Juifs. Le raccourci est trop simple pour être honnête. Il est simplement le signe d’une conscience critique que l’on ne peut taxer comme étant d’extrême droite sans se déshonorer.
Ce n’est pas être d’extrême droite que de souligner le peu de cas, fait par certains régimes arabes, de la vie de leurs sujets. Ce n’est pas être d’extrême droite que d’oser envisager que Yasser Arafat, sixième fortune du monde, au sein des têtes couronnées, se comporte comme un vulgaire dictateur corrompu, jouant des circonstances et des médias comme un prince joue aux échecs.
Le reste de l’article de Martine Gozlan, est à l’avenant. Ses références ne procèdent pas d’une véritable enquête mais de conclusions hâtives, jetées sur le papier en sirotant un café, Rue des Rosiers, histoire de truffer son écrit de la «chose vécue». Martine Gozlan en est même à s’appuyer sur les conclusions d’un rapport du MRAP, qui est à la lutte contre le racisme ce que le pompier pyromane est à la lutte contre les incendies.
Pourquoi donc y a t-il des Juifs racistes ? - semble s’interroger fort opportunément Marianne.
Il est vrai qu'il existe des Juifs racistes. Il est clair qu'une minorité de Juifs français cède à la tentation de la violence verbale, parfois physique. Il existe des sites juifs racistes dont le contenu suscite la honte et le désarroi (il faut se réjouir de l’arrestation, en Russie, du webmaster français du site SOS Racailles, passée sous silence par nos médias nationaux). Mais ce n'est pas le cas des sites et organismes cités par Martine Gozlan, qui devra trouver des exemples plus crédibles à l'appui de sa thèse.
N'en déplaise à la journaliste de Marianne : Quand Baruch Goldstein massacrait allègrement, au fusil mitrailleur, une foule d'Arabes venue prier à Hébron, nous sommes de ceux qui pensent qu’il se comportait exactement comme le kamikaze qui se fait sauter dans un restaurant de Tel Aviv.
Une notable différence, toutefois, au delà de simples considérations arithmétiques sur le nombre d’attentats et de morts depuis 30 ans, un peu trop triviales pour Marianne :
L'acte de Goldstein a suscité l'horreur et l'effroi chez ses concitoyens, qui n'ont pas cru devoir ouvrir une exposition à sa mémoire dans un campus universitaire, afin de glorifier son acte de «bravoure» [2].
Et, jusqu'à plus ample informé, il n'existe pas de colonies de vacances portant son nom en Israël. [3]
Pierre Lefebvre
© Primo Europe
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Notes de la Rédaction d'upjf.org
[1] Certains ont regretté la concession faite par P. Lefebvre au dénigrement, par le MRAP et Marianne de Juifs au langage agressif, parce qu'exaspérés, arbitrairement qualifiés de "racistes juifs". Voir, par exemple : "En matière d’extrémisme, il ne faut pas se tromper d’ennemis", J. Schemba.
[2] Allusion à l'indécente commémoration palestinienne de l'attentat de la pizzeria "Sbarro" de Jérusalem, où un terroriste-suicide avait tué 15 adolescents, en août 2001. Voir : www.chretiens-et-juifs.org/article.php?voir[]=636&voir[]=8846.
[3] Voir: www.upjf.org/detail.do?noArticle=5609&noCat=115&id_key=115#.
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Mis en ligne le 16 août 2003 sur le site www.upjf.org











