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Désinformation
Manque d'eau, sécheresse, pour Arte, c'est la faute aux Juifs, N. Lipszyc
[Voilà le type de dossier efficace et bien fait qu'il faudrait réaliser plus souvent et adresser aux médias pour rétablir, sans agressivité, mais avec fermeté, la vérité des faits. Merci à N. Lipszyc d'avoir, une fois de plus, donné l'exemple. Menahem Macina.]Mr Jérôme Clément
Président
ARTE France
8 rue Marceau
92130 - Issy-les-Moulineaux
Neuilly, le 11 juin 2003
Monsieur le Président,
La thèse que cherchait à défendre l’émission d’ARTE du 3 juin sur la "Guerre de l’eau au Proche-Orient" avait été clairement énoncée par Mr Claude, dans son introduction : l’eau serait une des causes majeures d’affrontement au Proche-Orient. Tout devenait bon ensuite pour la démontrer et nier, en passant, que le terrorisme palestinien fût en rien responsable de la situation actuelle.
Cela commence par un mariage avec cette remarque, en voix off : «C’est un miracle qu’ils aient encore l’occasion de faire la fête», et les plaintes de Palestiniens au sujet de leur manque d’eau. Puis le commentateur affirme que «130 agglomérations n’ont pas encore l’eau courante». Ceci est suivi d’un bref reportage sur un village, où le responsable affirme qu’avec $35000, ils pourraient régler leur problème. Vient alors l’affirmation d’un villageois : «Les Israéliens nous empêchent de creuser des puits, mais eux ils creusent où ils veulent». Commentaire final de cette séquence, en voix off : «Les Colons ont toute l’eau qu’ils veulent, l’Etat assure leur approvisionnement en eau».
Toute cette séquence cherche clairement à établir dans l’esprit du téléspectateur que les Israéliens sont seuls responsables des misères des Palestiniens. Elle ne démontre rien, et plusieurs questions restent non posées et donc sans réponses :
1. Combien d’agglomérations n’avaient pas l’eau courante avant 1967, et donc combien ont pu construire leur système d’adduction d’eau sous administration israélienne ?
2. Combien d’agglomérations ont construit leur système d’adduction d’eau sous l’administration palestinienne, après Oslo, avant que ne débute la guerre actuelle, dite deuxième Intifada, en septembre 2000 ?
3. Pourquoi Arafat, avec une fortune personnelle estimée à $3 milliards (provenant en grande partie des fonds alloués par l’Union Européenne pour le développement des infrastructures), ne finance-t-il pas l’amélioration du Service des Eaux des zones sous sa responsabilité ?
4. D’où vient l’eau que l’Etat d’Israël fournit aux implantations juives en Judée et Samarie ?
5. Pourquoi les Israéliens limitent-ils le creusement de puits et les débits autorisés de ces puits ?
Les réponses à ces questions auraient vraiment éclairé la situation. On aurait ainsi pu savoir que les Israéliens avaient proposé de relier la totalité de la Judée-Samarie à la canalisation centrale d’Israël et contribuer ainsi à leur approvisionnement. Cela a été refusé d’abord par l’ONU, pour raison de "changement du statu-quo" (peu importe le bien-être des populations), puis par l’Autorité Palestinienne.
On aurait pu savoir que la sécheresse qui durait depuis 5 ans, avant les pluies abondantes de cet hiver, était la cause de la limitation actuelle des quantités d’eau prélevées sur les nappes phréatiques. Que cette limitation concerne tout autant les paysans israéliens pour lesquels les quantités d’eau disponibles ont été réduites encore plus drastiquement durant ces 5 ans, alors que le prix qu’ils paient a été multiplié presque par trois.
La séquence suivante, à laquelle on passe sans transition pour mieux marquer le contraste visuel entre la sécheresse dans la première séquence et l’abondance dans la deuxième, se situe sur les hauteurs du Golan. Le commentateur commence par affirmer que «les patrouilles militaires le long de la frontière sont là pour le contrôle de l’eau». Car bien sûr Israël n’a jamais eu à souffrir d’infiltrations de terroristes par ses frontières. Viennent ensuite toute une série d’affirmations montrant une ignorance totale de l’histoire et de la géographie des lieux :
1 – «Nasser bloquait la Mer Rouge afin de couper l’eau aux Israéliens». (Eau, quelle eau ? celle du Sinaï ?). C’est d’une telle absurdité que cela ne mérite même pas de réponse.
2 – «Les Colons (sur le Golan) cultivent les champs laissés par les paysans syriens». Quiconque est allé sur place avant la guerre de 1967 pouvait voir que la totalité du plateau du Golan sous occupation syrienne était un immense camp militaire où il n’y avait aucune culture et d’où l’armée syrienne bombardait les paysans israéliens en contrebas. Les traces en sont encore nombreuses. Ce sont les Israéliens qui en ont fait un jardin. La partie du Golan qui était exploitée par des paysans (druzes), autour de Kuneitra, a été restituée aux Syriens, lesquels n’avaient pas hésité à expulser des milliers de Druzes du reste du Golan pour établir leurs bases d’attaque contre Israël.
3 – La liste des cultures sur le Golan, donnée par le commentateur dans le film, montre qu’il n’y a pas mis les pieds. Il parle d’oranges et de pamplemousses. Si le réalisateur y était allé il n’aurait vu que des pommiers, des poiriers, des vignes et de l’élevage, toutes choses qu’il ne mentionne pas.
La séquence suivante passe sans transition au kibboutz Kinnereth - créé du temps de l’occupation turque -, où on cultive la banane. Elle cherche à démontrer que les Israéliens gaspillent l’eau sans tenir compte des besoins des Palestiniens, [accusation] qui culmine dans l’affirmation: «grâce à l’irrigation au goutte-à-goutte on pourrait économiser jusqu’à 200 millions de m3 d’eau, plus que n’en disposent les Palestiniens». Et cela se termine par l’affirmation [selon laquelle], après le pompage des eaux du lac de Tibériade, «il ne reste pas grand chose pour les Syriens et les Jordaniens».
C’est faire fi de la géographie (les Syriens sont en amont des affluents du Jourdain et ne sont pas riverains, ni ne l’ont jamais été, du Lac de Tibériade. C’est oublier que ce sont les Israéliens qui ont inventé le système du goutte-à-goutte, utilisé maintenant de manière systématique en Israël, par les Palestiniens et dans tout le Moyen-Orient, sauf en Syrie, comme on a pu le voir dans le sujet précédent de la soirée, car les systèmes provenant d’Israël y sont inacceptables. Cela aurait pu être l’occasion d['ex]poser les données physiques du problème. En voici quelques-unes, qui éclairent le sujet et dont on peut regretter l’absence dans un tel documentaire :
1. L’ONU définit le seuil de pénurie à 1000 m3 d’eau par habitant et par an. Israël dispose, par ses ressources naturelles, de moins de 500 m3 d’eau par habitant par an, la Jordanie dispose de 350 m3 d’eau par habitant par an environ et les Palestiniens de 180 m3 d’eau par habitant par an. Les trois populations vivent donc sous le seuil de pauvreté en eau.
2. Lors du traité de paix entre Israël et la Jordanie, Israël a accepté de céder à la Jordanie une partie de ses propres ressources en eau, et cette clause du traité de paix est appliquée intégralement.
3. Israël applique, dans l’exploitation du bassin hydrologique du Jourdain (qui comprend son affluent le Yarmouk), ce qui avait été défini dans le plan Lowdermilk, de 1936. Ce plan, réalisé suite à l’étude d’un expert américain, l’ingénieur Lowdermilk, fondateur de la Tennessee Valley Authority, aux Etats-Unis, à la demande de la SDN, montrait comment réaliser une exploitation optimale de ce bassin hydrologique pour l’ensemble des populations riveraines. Après sa création, Israël avait proposé à ses voisins de mettre en oeuvre ce plan. Ils avaient tous refusé, Israël avait donc décidé la mise en œuvre unilatérale de la partie du plan qui le concernait.
4. Depuis 1978, la consommation d’eau d’Israël est restée plafonnée à environ 1,8 milliards de m3 d’eau par an, malgré une augmentation de sa population de plus de 25% et un triplement (au moins), du niveau de vie. Ceci a été réalisé par [voie d']économies systématiques, au niveau agricole (par généralisation du goutte-à-goutte, et par changement de la nature et du type de cultures - sous tunnel plastique et en serres en particulier), comme au niveau domestique.
5. La productivité agricole en Cisjordanie, après 1967, a été multipliée par quatre ou cinq grâce à l’apport des technologies israéliennes aux paysans palestiniens. (voir statistiques de l’ONU et de l’OCDE).
6. Les Israéliens recyclent maintenant 80% des eaux usées et les re-exploitent pour l’agriculture et l’industrie.
Après cette séquence sur «l’abondance et le gaspillage israéliens» on revient aux Palestiniens avec des phrases comme: «alors, quel espoir pour les Palestiniens ?»; «devront-ils toujours se soumettre à la loi du plus fort, c’est-à-dire l’armée israélienne ?»; «dès l’enfance, ils apprennent que, dans un pays occupé, tout le monde n’a pas les mêmes droits». Puis on montre un paysan palestinien, qui a creusé un puits avec l’autorisation des Israéliens, [et] affirme: «on n’a plus le droit de creuser de puits, le droit ancien jordanien n’est plus reconnu». Je passe sur la contradiction (démontrée encore par une séquence suivante, où l'on apprend qu’une ONG américaine a reçu l’autorisation de creuser 4 puits près de Hébron). L’explication [selon laquelle] la sécheresse de ces 5 dernières années ayant épuisé les nappes phréatiques, exploitées conjointement par Israël et les Palestiniens, oblige le Service des Eaux, qui gère ces nappes, à limiter la consommation, pour tous ceux qui y sont raccordés, n’a pas été donnée.
Suit alors une séquence sur le délabrement des systèmes d’adduction d’eau des grandes villes de Cisjordanie, et le travail fait par des entreprises ou associations allemandes pour pallier cet état de fait en reconstruisant ces systèmes. «Tout est délabré, l’argent manque, on ne peut pas réparer les installations». Il serait utile alors de rappeler que ces villes sont, depuis 10 ans, sous administration palestinienne, suite aux accords d’Oslo, et que l’Autorité Palestinienne n’a pas mis ses priorités à améliorer la vie des gens, mais à construire des villas luxueuses pour ses dirigeants. Cela n’a pas été fait, mais la séquence visuelle cherche à faire porter la responsabilité de cet état de fait aux Israéliens, en montrant les difficultés que les mesures de sécurité actuelles (résultant de la campagne d’attentats contre les Israéliens) causent aux services d’entretien.
Durant cette séquence on a encore droit à des affirmations de Palestiniens, sans fondements mais sans contradiction, cherchant à démontrer que les Israéliens sont coupables du manque d’eau des Palestiniens. «Les Israéliens ne respectent pas les accords», dit le responsable palestinien du Service des Eaux. Quels [accords]? Qui stipulent quoi concernant l’eau ? Nous n’en saurons rien. Dans la région de Hébron, «les autorités n’ont rien fait pour remettre en état les canalisations, c’est à cause de cela qu’il y a des incidents (terme utilisé pour désigner les massacres de civils israéliens), et c’est la preuve que ce gouvernement ne veut pas la paix». Or, cette remise en état du système d’adduction d’eau de la ville de Hébron était de la responsabilité de l’Autorité Palestinienne et d’elle seule.
Cette volonté de faire de l’eau la seule cause de la campagne actuelle de violence se retrouve encore dans la séquence sur le camp de réfugiés, alimenté en eau par la Compagnie israélienne des Eaux, Mekorot, qui fait donc le travail que l’Autorité Palestinienne n['accomplit] pas. Le commentateur affirme que ce sont «des réfugiés qui ont fui les combats de Hébron, en 1948», faisant ainsi suite logique avec la séquence sur Hébron qui précédait. Mais, en 1948, la ville de Hébron était depuis longtemps "juden[rein]" [sans Juifs] car tous les Juifs en avaient été chassés par les pogromes arabes de 1929 et de 1936. Il n’y a donc pas eu de combats en 1948, et cette ville a simplement été occupée par la Légion Arabe de Transjordanie. Il n’y a donc pas eu de réfugiés de Hébron, en 1948.
Ces séquences sur la pénurie en Cisjordanie alternent avec une séquence sur les hôtels de Ein Bokek, au bord de la Mer Morte et la source d’Ein Guédi, et avec l’usine de dessalement d’Eilat, pour montrer encore que les uns gaspillent [tandis que] les autres souffrent. Soit dit en passant, lorsqu’il est dit que «nulle part on ne recommande de ne pas gaspiller d’eau», c’est faux: c’est une recommandation faite en permanence en Israël, partout, et, de par la loi, tous les équipements collectifs doivent installer des systèmes d’économie d’eau sur toutes les chasses d’eau, les douches et autres points de consommation importante.
A la suite de l’interview d’un ingénieur de l’usine de dessalement d’Eilat, le film parle des «trois usines de dessalement en construction, sans qu’Israël fasse référence aux besoins des Palestiniens». Et le film conclut alors sur Armaggedon, avec une menace claire qu’Israël disparaîtra dans la tourmente, car il ne subvient pas aux besoins en eau des Palestiniens. Aucune référence aux propositions de subvenir à ces besoins, faites par les Israéliens, par la mise en place de moyens appropriés, dans le cadre d’un traité de paix, refusé par Arafat, qui continue à affirmer sa volonté de détruire Israël [en tant qu']Etat juif. On peut espérer que les négociations en cours aboutiront à un vrai traité de paix, et tous savent qu’une [harmonisation] des consommations d’eau sera nécessaire et qu’Israël apportera la technologie requise, comme il a déjà apporté aux Palestiniens et aux Etats de la région l’ensemble des technologies de culture en zones arides, y compris celles d’économie d’eau.
La Société pour la Protection de la Nature et de l’Environnement en Israël (la plus importante ONG en Israël) étudie les problèmes de l’eau depuis des dizaines d’années. Elle a, avec le centre Truman pour la Paix, de l’Université Hébraïque, et des universitaires palestiniens, élaboré des plans d’exploitation durable des ressources en eau de la région [au] bénéfice de toutes les populations, l’objectif étant d’amener l’ensemble des populations du bassin du Jourdain (Palestiniens, Israéliens et Jordaniens) au même niveau de consommation par habitant. Ces plans sont connus et reconnus comme équitables, mais les mentionner dans ce reportage aurait détruit toute la tentative de délégitimation d’Israël, que représente le film projeté par ARTE.
ARTE est une chaîne de qualité, qui nous a habitués à l’excellence de ses documentaires et émissions d’analyse politique. Ne laissez pas le ver dans le fruit. Il semble que, malheureusement, [s'agissant] d’Israël, la chaîne ait un parti pris idéologique systématique de critique destructive, en adoptant le point de vue d’Arafat et de ses supporters, et en rapportant sa propagande comme [s'il s'agissait] de faits avérés. Cela détruit tout l’esprit d’ARTE, et ce serait dommage de vous laisser ainsi pervertir.
Merci de réagir.
Norbert Lipszyc
[Texte aimablement transmis par Netha, Paris.]
Mis en ligne le 16 juin 2003 sur le site www.upjf.org











