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Désinformation
Réaction d'un ancien journaliste de l'AFP à l'enquête de Weill-Raynal
21 mai 2003Chers confrères, je viens de lire, transmise par un ami, la longue analyse de Weill-Raynal sur la couverture par l'AFP du conflit israélo-palestinien. [Voir : "L'agence France Presse et la couverture de l'Intifada (avril 2002)"]
Je connais bien cette agence, celle de Jean Morin et celle d'aujourd'hui. J'y ai passé 45 ans à travers le monde.
Weill Raynal a, hélas! raison sur bien des points. Et notamment au sujet de Sabra et Shatila, en 1982, pour ne prendre que cet exemple. Je crains que les "petits marquis parisiens" qui animent actuellement l'AFP ne soient les dignes héritiers de ceux qui ont vu passer, sans rien dire, les autobus qui allaient de la rue des Rosiers au Vel d'Hiv.
Je fus, en août 1982 et 83, correspondant de l'AFP au sein des Forces Multinationales qui devaient permettre d'évacuer "dans la sécurité et la dignité" les feddayin palestiniens d'Arafat.
Nous avons su très vite - aux alentours du 20 août 82 - que les "Forces internationales" s'étaient fait rouler dans la farine par Arafat. Lors d'un meeting avec des porte-parole de ces Forces nous avons appris que moins de la moitié des effectifs d'Arafat avaient en réalité quitté le Liban pour Tunis, que moins de 40 pour cent de leurs armes avaient été rendues (le reste étant caché dans les souterrains grands comme le métro, sous la ville de Beyrouth).
A la question (je rappelle qu'on était le 20 août 1982) :
- Etant donné que les Américains veulent partir avant la fin du mandat de la Force, que va-t-il se passer à Sabra et Shatila ?
- Pas de réponse.
- Qui va maintenir l'ordre ? L'armée libanaise?
- Réponse : Vous rigolez ils en sont bien incapables.
- Alors qui ? les Israéliens ? Réponse : "Ils ne sont pas fous. D'ailleurs, ils commencent à évacuer le Liban. (C'était vrai : en me rendant à Tel Aviv par la route je les ai vus en mouvement.)
- Alors qui ? Nous ?
- Réponse: "Nous, on s'en va".
- Alors que reste-t-il?
- Réponse : "Bien sûr, les Ketaheb" [Phalanges, ou Milices chrétiennes libanaises. Ndlr d'upjf.org].
Il s'est trouvé que, dans les premiers jours du mois suivant, leur chef, Gemayel a passé de vie à trépas, dans l'explosion de son immeuble. A ce moment-là, les Milices chrétiennes comptaient quelque chose comme six mille hommes armés de neuf. Convaincus de ce que les Palestiniens de Sabra et Shatila étaient les auteurs de cet attentat, ils se sont vengés.
L'ennui est que la presse internationale - et pas seulement l'AFP - a fait de cette affaire une histoire israélo-palestinienne, alors que c'était un règlement de comptes entre Libanais chrétiens et Palestiniens. Accuser Sharon fut non seulement "une faute professionnelle", mais une énorme et malveillante stupidité.
Bien à vous.
Bertrand C. Bellaigue
www.geocities.com/bertrandcbellaigue/REPORTER-WORDS.html
Auteur de Du mellah aux rives du Jourdain - La génération du désert, Publibook, Paris. L'histoire de l'immigration des Juifs du Maroc en Israël (1948-2000).
Mis en ligne le 21 mai 2003 sur le site www.upjf.org











