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Désinformation
Un chrétien témoigne en faveur d'Israël critiqué par des Juifs
02/11/02Concerne : "Pour l'honneur d'Israël" "Pour l'honneur d'Israël".
Message à Menahem Macina, honneurisrael@reinfo-israel.com
Je joins très volontiers ma voix à la vôtre, car la cause d'Israël m'est chère, et surtout parce que l'article de Marc Tobiass, et encore bien plus le courrier des lecteurs signé Daniel Cohen (parus récemment sur le site Proche-orient.info), m'interpellent comme étant préjudiciables à leur peuple et à la paix.
Français, chrétien pratiquant (catholique), je vis, depuis 8 ans, en Israël dont j'ai acquis la citoyenneté. Ma motivation a été l'amour et l'admiration pour ce Peuple, certes pas sans défauts, mais vaillant et courageux.
En lisant et relisant Marc Tobiass, je ne trouve rien de positif qui puisse déboucher sur une perspective constructive en faveur de la paix. Simplement un constat assez déprimant, d'indifférence, de résignation, de torpeur, de perte d'une "interrogation éthique au coeur de la pensée majoritaire israëlienne".
Si je souscris à certaines de ses analyses, je crois que Marc Tobiass omet de citer des actes de générosité et d'éthique. Par exemple, la greffe d'un rein provenant d'une victime israélienne d'un attentat suicide, sur une jeune palestinienne ; ou [le traitement d’] un kamikaze rescapé, soigné dans un hôpital israélien, à côté de sa victime israélienne; etc...
De même, contrairement à toute nation attaquée et ayant gagné la guerre, qui ne rend jamais les territoires conquis, Israël n'a-t-il pas restitué tout le Sinaï (avec son pétrole) ; ne s'est-il pas retiré (unilatéralement) du Liban, et n’a-t-il pas proposé de rendre "des" Territoires, contre la Paix ? [Ces auteurs] pensent-[ils] que beaucoup de puissances, [si elles avaient été] à la place d'Israël en 1967, auraient hésité à transférer les populations arabes de Judée et Samarie au-delà du Jourdain ? [De tels transferts ont eu lieu] dans bien des pays d'Europe, après la guerre, avec la bénédiction tacite de l'ONU. Pourquoi ne pas le dire ?
Oui ! l'éthique juive est bien là, et je trouve inadmissible qu'un Juif ne le reconnaisse pas !
Par contre, il est [patent] que les témoins de tueries quasi quotidiennes, qui sont de véritables boucheries, se créent instinctivement une sorte d'"écran de sauvegarde" de leur sensibilité, à la manière des soldats devant les carnages des champs de bataille, ou des déportés dans les camps de concentration : un endurcissement protecteur naturel , une sorte d'anesthésie, qui les protégent de l'effondrement de leur psychisme. [Attitude] à ne pas confondre avec l'indifférence, ( indifférence que l'on constate, par exemple, chez nombre de présentateurs des télévisions occidentales, dans leurs reportages sur les victimes israéliennes d'attentats !).
Le principal reproche que je fais à Marc Tobias, dans son analyse, c'est d'éluder totalement la réaction suivante de la population israélienne.
Après le choc et l'abattement qui suivirent l'échec de Camp David, l'effondrement d'Oslo et surtout le déclenchement de l'Intifada la plus sanglante et la plus aveugle, les Israéliens se sont ressaisis, avec le fait marquant d’un glissement des électeurs vers la droite, et pour résultat : l'élection-plébiscite de Sharon. De même, le patriotisme - le mot et la chose - ont ressurgi, comme lors des guerres précédentes. Ils ont senti que ce qui était en jeu, ce n'était plus les négociations, mais la survie de leur peuple.
[Voici ce) que dit le Cheik Abdel Aziz Bin-Baz, grand mufti d'Arabie Saoudite : "La paix avec Israël n'est permise qu'à condition qu'elle soit temporaire, jusqu'à ce que les musulmans aient la force suffisante pour EXPULSER LES JUIFS ".
Marc Tobiass s'épouvante de "l'inertie de (cette) majorité du public israélien... Moi, je m'épouvante quand j'entends des islamistes déclarer : "Nous, les musulmans, nous aimons la mort bien plus que vous, juifs, aimez la vie !"
C'est certainement cet axiome qui explique la stratégie d'Arafat . Atteindre le coeur même de l'éthique juive en tuant et massacrant aveuglement les enfants d'Israël. Provoquer ainsi, au mieux, l'effondrement du moral du pays et, à terme, sa reddition sans conditions, ou, au pire, une réaction violente et totale de Tsahal, qui amènerait la condamnation et l'intervention des puissances étrangères. Sharon a su habilement éviter le piège : c’est, quoi qu'on en dise, la modération de ses réactions militaires, orientées davantage vers la recherche et l'élimination des chefs terroristes (et non sur des représailles pures, encore moins des bombardements style B 52 !), qui ont permis de neutraliser 80% des attentats suicides. Ne pas le reconnaître relève de la mauvaise foi !
Quant à Daniel Cohen, je me garderai bien de faire un commentaire sur le ton et la forme de son écrit et de me mêler, moi non-Juif, de ses démêlés et polémiques judéo-israéliens. Par contre, quant au fond, je ne vois pas comment Daniel Cohen peut pallier le "manque d'imagination et d'audace, l'aveuglement des élites dirigeantes (toutes confondues) de son peuple ? Car j'ai cru lire qu'il a quitté son pays... Au lieu de "s'interroger sur la folie du temps et sur la pertinence des solutions brutales", j'aurais préféré lire ses solutions à lui, pertinentes, pragmatiques, susceptibles d'apporter des pierres à la construction de la paix, plutôt qu'une dissertation sur l'éthique !
Daniel Cohen est certainement un pacifiste, modèle Daladier ou Chamberlain. Soit ! Alors, je lui conseille de méditer la déclaration d'un grand pacifique, celle du Mahatma Gandhi : "S'il me fallait choisir entre la non-violence faite d'abandon et de lâcheté aveugle et la violence faite d'énergie et de courage, sans hésiter je choisirais la violence", et plus prosaïquement, le proverbe : "Si tu veux attirer les loups, conduis-toi en agneau !".
Car les pacifistes nous assènent : "Il n'existe aucune solution militaire au conflit. L'escalade de la violence conduit à une impasse totale ".
Voici la réponse d'un chrétien (Paul Thibaud, directeur des Amitiés Judéo-Chrétiennes de France, revue Sens, du 9/10/2002 ) , dont je me permets de vous citer un long extrait :
«... je renâcle un peu : qu'il n'y ait pas de solution militaire n'entraîne pas que l'action militaire soit inutile; chercher ceux qui préparent des attentats à la ceinture de dynamite, n'est-ce pas utile, du moins dans l'immédiat ? Je crains que, par facilité (les problèmes moraux – éthiques - seraient tellement plus simples si la force ne servait à rien !), vous vous enfermiez un peu dans une confusion entre l'insuffisant et l'inutile... Qu'est-ce donc qui inspire, depuis la seconde Intifada, la non-confiance israélienne, dont Sharon est l'incarnation? A travers les attentats aveugles et suicidaires - stratégie d'un certain Islam, qui ne peuvent être expliqués seulement comme une manifestation du désespoir palestinien, aussi réel que soit celui-ci -, (qui correspondent, à l'échelle d'Israël, à un "Manhattan" toutes les semaines), les Israëliens et ceux qui s'identifient à eux, y voient la preuve du refus radical de l'existence de l'Etat d'Israël par le monde islamique, et aussi, sans doute, de bien des antisémites. D'où la conclusion de beaucoup : inutile de négocier quelque compromis que ce soit ! Je ne dis pas que cette position est justifiée, mais qu'il faut la prendre en compte si l'on veut être "utile", ce qui me semble le premier requisit de toute action qui se veut éthique.
Ce qui serait utile, ce serait donc, pour les chrétiens, de s'interroger sur la logique de la défiance et sur les moyens de la lever... d'autant plus que les facteurs de défiance sont, dans ce cas, plus religieux que politiques. Vous auriez pu vous en prendre à ceux qui prêchent la guerre sainte, chez certains rabbins comme parmi les imams, demander que les autorités politiques et religieuses rompent partout avec ces gens-là ; que les attentats-suicide soient fustigés au lieu que leurs auteurs soient exaltés ; insister sur le fait que ni l'Islam ni la Chrétienté ne peuvent se penser comme des empires excluant de leur territoires les "allocroyants", interdisant toute existence politique au peuple juif...Vous auriez pu dire aussi, à l'encontre d'un anti-islamisme simpliste, que les mentalités religieuses ne sont pas fixées définitivement, comme le montre l'histoire du Christianisme, qu'elle peuvent évoluer, se corriger... ou se dégrader. Vous auriez pu enfin mettre en valeur une formule, trop peu relevée, de Mgr Sabbah, parmi d'autres bien plus contestables, disant que les Palestiniens pourraient " résister sans recourir à la violence" (déclaration à l'Ami-hebdo, de Mulhouse, du 16/12/2001). Une violence qui, surtout quand elle ne connaît pas de limites, favorise ceux des Israéliens qui pensent qu'il n'y a pas à négocier. Le drame n'est-il pas, en effet, que, faute de savoir organiser une protestation politique, Arafat reste en fait, quoi qu'il dise, dépendant du "bras séculier", que sont pour lui les kamikases ? »
André Moisan











