09/09/08
Navanetham Pillay sadresse
au Conseil des droits de lhomme,
à Genève, le 8.9.2008. Photo M. Bührer

Cétait il y a quinze ans, à Vienne. Les 171 Etats participant à la Conférence mondiale sur les droits de lhomme approuvaient une déclaration invitant lAssemblée générale des Nations unies à créer un poste de haut-commissaire aux droits de lhomme. Navanetham Pillay est la cinquième haut-commissaire après lEquatorien José Ayala-Lasso, lIrlandaise Mary Robinson, le Brésilien Sergio Viera de Mello, et la Canadienne Louise Arbour. Lundi, la juge sud-africaine de 67 ans sest adressée au Conseil des droits de lhomme pour la première fois depuis son entrée en fonction, début septembre.
« Jai grandi comme une citoyenne de seconde classe sans possibilité de recourir à la justice. Au cours de ma vie, toutefois, jai eu le privilège dêtre le témoin dune transformation complète. Aujourdhui, lAfrique du Sud a lune des Constitutions les plus solides du monde. »
Pour ses débuts à Genève, Navanetham Pillay a tenu à dire aux Etats membres doù elle venait, dans quelle mesure elle a appris de Nelson Mandela, et de la nécessité de tenir compte des expériences et sensibilités différentes pour faire avancer la justice.
Nommée par le secrétaire général de lONU, Ban Ki-moon, la nouvelle haut-commissaire était présidente du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) et, plus récemment, juge à la Cour pénale internationale, avant de sinstaller au Palais Wilson. Avocate à lépoque des victimes de lapartheid, elle relève que la mondialisation a parfois fait des souverainetés nationales des barrières difficiles à franchir pour protéger les droits humains. Face à quelques Etats africains et à certains membres de lOrganisation de la conférence islamique qui souhaitent, si ce nest mettre sous tutelle, du moins cadrer lactivité du Haut-Commissariat, Navanetham Pillay hérite dun poste difficile, quaucun de ses prédécesseurs na occupé plus de quatre ans.
Les inquiétudes quant à lindépendance du Palais Wilson sont bien réelles du côté des pays occidentaux. Parlant au nom de lUnion européenne, dont la France assure la présidence tournante, lambassadeur français, Jean-
« LUnion européenne souhaite réaffirmer le soutien quelle apporte au haut-commissaire aux droits de lhomme et son attachement à lintégrité de son mandat. Le Haut-Commissariat doit pouvoir accomplir ses missions en toute indépendance et impartialité. »
Lambassadeur de Suisse, Blaise Godet, qui sest brièvement entretenu avec son homologue pakistanais, Masood Khan, peu avant son intervention, abonde dans le même sens :
« La Suisse poursuivra son engagement en faveur de lindépendance et du renforcement du Haut-Commissariat. »
Navanetham Pillay fait face à dautres obstacles. A la tête dun organisme de près de 1 000 employés dans le monde et dun budget de 150 millions de dollars, elle a la redoutable tâche de gérer la Conférence de suivi contre le racisme (Durban II), qui se déroulera à Genève en avril 2009. En tant que Sud-Africaine de la province du Natal, dont la capitale est
Durban, le thème lui tient à cur. Elle la souligné devant les 47 membres du Conseil des droits de lhomme :
« La discrimination raciale et sexuelle, quand elle est institutionnalisée, systématique et [à laquelle] lEtat nest pas étranger, est totalement incompatible avec la Déclaration universelle des droits de lhomme et la Charte de lONU. »
Dans cette optique, elle a exhorté tous les Etats à participer à la Conférence davril, même ceux qui ont exprimé leur volonté de ne pas le faire. Cette déclaration a suscité lire dUN Watch. LONG ne comprend pas pourquoi Navanetham Pillay fait allusion aux démocraties telles que le Canada, les Etats-Unis et Israël, qui ont déjà promis de boycotter le sommet genevois. Pour UN Watch, la haut-commissaire se trompe de cible et devrait plutôt fustiger lattitude dEtats comme le Soudan, ou lIran.
Navanetham Pillay devra aussi se battre, aux côtés du Conseil des droits de lhomme, pour maintenir le mécanisme des rapporteurs spéciaux par pays, un système qui tend à séroder dangereusement. Dans le sillage de Louise Arbour, elle promet de maintenir une forte présence de son haut-commissariat sur le terrain. Enfin, toujours « hantée » par ce quelle a appris quand elle était juge au TPIR, elle estime prioritaire de combattre et de prévenir le génocide :
« Nous devons encore apprendre la leçon de lHolocauste, car les génocides continuent. »
Voir en ligne: Haut Commissariat aux droits de lhomme
Stéphane Bussard
© Le Temps
Mis en ligne le 10 septembre 2008, par











