20/08/08
Texte anglais original : "From
Sur le site du JCPA (Institute for Global Jewish Affairs), Jerusalem
N° 71, 1er août 2008 / 29 Tammuz 5768
Traduction française : Menahem Macina pour upjf.org
Durban I : Une haine éhontée des Juifs
Pour comprendre le sinistre présage de ce quil est convenu dappeler Durban II quoiquil soit prévu que la conférence se tienne à Genève et les possibilités de meilleurs résultats que ceux de Durban I, il est nécessaire de revenir sur cette dernière conférence. Annoncée, il y a sept ans, comme une Conférence Mondiale contre le Racisme, la Discrimination Raciale, la Xénophobie et lIntolérance y Afférant, elle se transforma rapidement en une nouvelle version du "Mystère de la Passion", avec le peuple palestinien dans le rôle de la victime et Israël dans celui du crucificateur. De retour aux Etats-Unis, le défunt sénateur, Tom Lantos, membre de la délégation américaine à Durban, fit le commentaire suivant, lors dune rencontre avec lAmerican Jewish Committee :
« Pour moi qui ai eu une expérience directe des horreurs de lHolocauste, ce fut la manifestation de haine des Juifs, la plus abominable et la plus éhontée que jaie connue depuis lépoque nazie. (1)
Les pires moments de haine ont eu lieu au cours dun Forum des ONG qui dura huit jours dans un grand stade de cricket, et auquel participèrent six mille représentants de près de 2000 ONG. Parallèlement au harcèlement anti-juif, il y eut des attaques contre la mondialisation, décrites plus tard par le président de la conférence le ministre sud-africain des Affaires étrangères comme ayant
« rendu précaires les économies des pays affectés du terrible héritage de lesclavage et du colonialisme, qui avaient bénéficié aux seuls pays développés
et avait laissé dans son sillage une pauvreté déshumanisante absolue, une marginalisation économique, une exclusion sociale et du sous-développement. » (2).
Le jour de louverture de la conférence, le secrétaire de lONU à lépoque, Kofi Annan, sadressa à une table ronde de quatorze chefs dEtats et de gouvernements, dont dix originaires dAfrique, deux de petits pays anciennement communistes, originaires dEurope Lettonie et Bosnie-Herzégovine et ceux de Cuba et de Palestine, Fidel Castro et Yasser Arafat. Outre Annan, la seule autre personnalité qui sadressa à la table ronde fut le président de lUnion Sud-Africaine, Thabo Mbeki. Cette constellation de hauts dirigeants donna presque exclusivement le ton à la conférence. Elle montrait qui était là, cest-à-dire, lAfrique, Castro et Arafat, et plus important qui ny était pas, cest-à-dire, la majeure partie des dirigeants du monde.
Malgré lavertissement du secrétaire général [des Nations unies] selon qui (3),
« les accusations mutuelles ne sont pas le but de cette conférence, notre objectif majeur doit être daméliorer le sort des victimes »,
la conférence fit exactement le contraire. Le quatrième jour de la conférence, les Etats-Unis et Israël sen allèrent.
Sous le titre Rapport sur la Conférence Mondiale contre le Racisme, la Discrimination Raciale, la Xénophobie et lIntolérance y Afférant, Durban, 31 août 8 septembre 2001, le rapport final de la conférence exprimait sa préoccupation pour « le sort du peuple palestinien sous occupation étrangère ». Le reste du paragraphe portait (4):
« Nous reconnaissons le droit inaliénable du peuple palestinien à l'autodétermination et à la création d'un État indépendant, nous reconnaissons le droit à la sécurité pour tous les Etats de la région, y compris Israël, et appelons tous les Etats à soutenir le processus de paix et à lamener à une prompte conclusion. »
Même si lon pouvait arguer que ce langage navait rien de répréhensible en soi, les représentants européens à la conférence firent remarquer, à juste titre, quil navait rein à voir avec une conférence sur le racisme et lintolérance.
Dans la même veine, le rapport final reconnaissait (5)
« le droit des réfugiés à retourner volontairement dans leurs foyers et leurs biens avec dignité et en sécurité, et encourageait tous les Etats à faciliter ce retour. »
Pour ses partisans, ce texte signifiait une seule chose et rien dautre. Le représentant iranien le dit clairement : (6)
« Le droit des réfugiés palestiniens à retourner dans leur patrie. »
On peut se demander de quelle manière ce souci pour le sort des réfugiés sappliquait au Soudan, au Kenya, au Rwanda, au Zimbabwe, et également à la Tchétchénie, au Tibet et partout dans le monde où des gens ont été déplacés. Mais il eût fallu un degré dhonnêteté et de droiture qui firent défaut la plupart du temps à Durban.
A la fin de la conférence, le représentant canadien déclara :
« Le Canada est encore là aujourdhui, parce que nous avons voulu faire entendre notre dénonciation des tentatives, faites, durant cette Conférence, pour délégitimer lEtat dIsraël allusion à lappel au retour des réfugiés -, et pour déshonorer lhistoire et la souffrance du peuple juif. Nous croyons, et nous lavons dit dans les termes les plus clairs, quil était inapproprié injuste de soccuper du conflit palestino-israélien dans ce forum. »
Il avait déclaré auparavant que les propos de la conférence sur les réfugiés (7)
« touchaient au cur même de la légitimité dIsraël ».
Mais les choses ne se limitent pas à cela. On aurait tort de résumer Durban par le label d"antisémitisme", ou celui d"anti-Israël". La Conférence de Durban a été beaucoup plus nuancée et ramifiée. La représentation du Mystère de la Passion a eu lieu au Forum des ONG précédant la conférence. Elle était antisémite et anti-israélienne du début à la fin. Elle a également, de manière irresponsable, violente et sans scrupule imputé à la mondialisation la responsabilité de linjustice économique, politique et sociale qui frappe, de nos jours, les pauvres et les défavorisés dAfrique.
Lanti-mondialisation a affecté la conférence elle-même, au même titre que la condamnation de lesclavage et du commerce des esclaves. "Lesclavage transatlantique" entendez : les Etats-Unis a été mentionné comme un crime social monstrueux ce quil était, en effet alors que le commerce arabe des esclaves ne fut pas mentionné. De même aussi, le colonialisme fut accusé dêtre la principale cause de racisme et de discrimination contre les Africains et les gens dorigine africaine. Lapartheid, le génocide et toute une liste dautres maux, depuis lépidémie de SIDA jusquà la violation des droits des peuples indigènes, et jusquà la discrimination envers Rome, furent condamnés de la même manière.
Dune certaine manière, Durban fut "lépoque de la vengeance" africaine. En gros, Durban donnait la parole à lAfrique noire, sous légide de la République dAfrique du Sud. Toutefois, fut absente de Durban quelque reconnaissance que ce soit des maux que lAfrique sest infligés à elle-même depuis la fin du colonialisme, et quelle continue à infliger à son peuple sept ans après Durban, comme en ont témoigné les violentes agressions contre des immigrants/réfugiés à Johannesburg, au printemps 2008.
Une question encore plus fondamentale est de savoir si la revanche est toujours une récompense appropriée ou équitable. Une chose est de dédommager des Juifs qui ont été dans des camps de concentration nazis ou dont les biens ont été confisqués, ou les enfants des Juifs tués par les nazis parce quils étaient Juifs. Le trafic desclaves a disparu il y a plus de sept générations. Qui va payer et à qui ira la compensation ? De plus, les gens qui vivent en Afrique aujourdhui et cest la voix de lAfrique qui sest exprimée à la conférence ne sont pas tous descendants desclaves, mais de personnes restées en Afrique et qui, sils étaient esclaves, létaient de leurs compatriotes africains.
Sous plusieurs angles importants, Durban a été une occasion perdue pour le combat contre le racisme. Comme lavait dit le secrétaire général Annan, dans son discours douverture (8),
« les accusations mutuelles ne sont pas le but de cette conférence, notre objectif majeur doit être daméliorer le sort des victimes ».
Il est regrettable que lon nait pas prêté attention à son message. Comme cela se produit souvent dans les réunions des Nations unies, les cinquante-six pays islamiques réussirent à éviter laccusation de leurs crimes incessants contre les femmes, les minorités religieuses et les opposants politiques, tandis quils passaient Israël au pinceau raciste. "Sionisme égale racisme", la condamnation adoptée par lAssemblée Générale des Nations unies, en 1975, et annulée en 1991, reprit vie à Durban. Les pays européens et quelques autres, notamment le Guatemala, émoussèrent la formulation la plus extrême exigée par lIran et les pays arabes, mais acceptèrent finalement de montrer Israël du doigt dans une formulation plus modérée et équilibrée, pour proclamer que "la conférence avait été un succès".
Des positions rendues rationnelles
Une autre partie de Durban doit être examinée. La Déclaration Universelle des Droits de lHomme a été fortement réaffirmée. Tous les Etats ont été appelés à contrer lantisémitisme, et il y a eu la déclaration selon laquelle lHolocauste ne devait jamais être oublié.
Pour une grande partie du monde musulman, ces déclarations furent le prix payé aux Européens et à dautres pays qui étaient dans les mêmes dispositions desprit, en échange de leur accord sur les formules concernant Israël et les réfugiés. Chaque partie trouva des raisons à sa position en invoquant les compromis nécessaires au succès de la conférence. A Durban, les deux parties bénéficiaient à lAfrique, située au milieu et qui dirigeait la conférence, avec lintention datteindre son but dune déclaration mondiale condamnant le racisme. Ce qui fut réalisé. Mais dans quel but ? Le racisme a-t-il pris fin ? La réponse est clairement non. A-t-il diminué de manière significative ? Il serait difficile à quiconque dopiner avec beaucoup de conviction.
Les porte-parole iranien et arabe allèrent plus loin encore. Ils expliquèrent que la culpabilité pour lHolocauste incombait à lEurope, non à lislam, et que la plupart des Sémites étaient arabes, pas juifs. Telle était, dirent-ils la véritable raison de la condamnation de lantisémitisme et de lislamophobie. Les deux étaient indissociables dans la déclaration de Durban.
Il est probable que lUnion européenne attende
Durban II sera-t-il une résurgence de Durban I ? Et comment répondre à ce grief légitime sans retomber dans une rhétorique, plus vide encore, daccusations mutuelles, et dénuée de tout progrès réel concernant la théorie du racisme ?
Les pays européens participeront-ils à Durban II. Le Canada a déjà répondu par la négative. Les Etats-Unis et Israël semblent prendre la même direction, mais leurs président et Premier ministre respectifs pourraient bien laisser la décision à leurs successeurs.
Fidèle à son passé, lUnion européenne reste indécise. Les fortes critiques de la France, du Royaume Uni et des Pays-Bas nont pas mené à une décision formelle de lUnion européenne. Le président Nicolas Sarkozy a fait la déclaration publique la plus courageuse dans une allocution au dîner du CRIF (Conseil Représentatif des Institutions Juives de France), en février 2008 [1]. Après avoir attendu les résultats de la première Conférence Préparatoire, terminée à ce jour, il est probable que lUnion Européenne attende encore, dans lespoir de persuader la conférence de ne pas accéder aux exigences islamiques menaçantes de mesures de censure des caricatures du Prophète Mohammed et dautres faits perçus comme des offenses [par les musulmans], que lUnion Européenne considère, à juste titre comme une atteinte à la liberté dexpression. Sopposer au bâillonnement la presse ne signifie pas quon approuve de telles représentations graphiques.
Toutefois, le problème de la liberté dexpression comme opposée à la "défense de lislam" nest plus dactualité. La question est de savoir ce qui peut être fait pour empêcher Durban II de devenir ce que Tom Lantos décrivait comme « une manifestation éhontée de haine des Juifs » et un renouvellement de la focalisation sur Israël, en tant que coupable, et sur le peuple palestinien en tant que victime. Après la question « Que devons-nous faire ? », vient lautre question : « Que pouvons-nous faire ? ».
Trois aspects de Durban doivent être examinés : lantisémitisme, les tentatives visant à délégitimer Israël, et la manière de répondre aux revendications légitimes de manière à ce que les Juifs et Israël ne soient pas mis en position daccusés, ou, pour le dire autrement, ne se retrouvent pas du mauvais côté de lhistoire, y compris de celle qui est encore à écrire.
Combattre pour rester différent
Commençons par lantisémitisme. Pourquoi, deux générations après lHolocauste et soixante ans après la Déclaration Universelle des Droits de lHomme de René Cassin, lantisémitisme semble-t-il proliférer ?
Comment expliquer que les Protocoles des Sages de Sion, un faux tsariste qui remonte à 105 ans, soient devenus la lecture favorite de la famille royale saoudienne, et quils fassent lobjet dune série télévisée égyptienne durant le Ramadan ?
Dans lintérêt de lexactitude historique, nous devons reconnaître que lantisémitisme na pas commencé dans lEurope du XIXe siècle. En vérité, la révolte des Maccabées contre lhellénisation forcée fut une bataille culturelle, et la révolte contre Rome, une guerre dindépendance. De tels conflits se sont produits tout au long de lhistoire de lhumanité. Ils ne sont pas lapanage des Juifs. Mais les choses ont changé avec la dispersion des Juifs.
Après lexpulsion de ce qui devint plus tard la Palestine, les Juifs navaient plus de territoire à défendre. La Terre dIsraël était seulement un point de référence doù les Juifs étaient partis et auquel ils aspiraient à revenir. Jusquà ce jour, une grande partie du rituel de prière parle du retour à Sion et de la reconstruction des murs de Jérusalem.
Après la dispersion, lantisémitisme fut majoritairement un phénomène chrétien bien quil fût loin dêtre inconnu dans le monde musulman souvent attisé par des dirigeants politiques et ecclésiastiques guidés par leurs propres objectifs. Interprétations scripturaires conflictuelles, accusations de déicide, et la tendance humaine à avoir peur et à se méfier de gens dappartenance ethnique, de religion, de culture et de langue différentes, contribuaient à cette hostilité. Les Juifs étaient les boucs émissaires quon rendait responsables de tout, depuis la peste bubonique les Juifs étant accusés de causer la Peste noire en empoisonnant les puits -, jusquaux défaites militaires. Ce fut la première salve de Hitler.
La tragédie de lHolocauste fut encore plus indescriptible. Son fondement nétait ni territorial ni religieux, mais reposait sur une haine primaire uniquement basée sur la race. Sans souscrire à la thèse de La banalité du mal, de Hanna Arendt, il y a, en effet, quelque chose de banal dans les accusations raciales à lencontre dun peuple de la même race. Que ce soit banal ou non, six millions de Juifs sont morts. Les nazis ont réussi à déshumaniser le Juif, décrit comme un animal prédateur, un reptile, ou un insecte venimeux.
Aujourdhui, après plus de soixante ans, lantisémitisme est-il destiné à survivre, sous quelque forme que ce soit ? Dans des commentaires formulés devant une audience majoritairement juive, à Washington DC, en novembre 2007, le président Sarkozy affirma que lantisémitisme ne pouvait être expliqué. Il est inexplicable, dit-il, et, par définition, linexplicable ne peut être expliqué. Je suis en désaccord, non avec la logique du propos, mais avec sa forme. Expliquer nest pas excuser. Lantisémitisme ne peut jamais être excusé. Lexpliquer, comme je viens dessayer de le faire en très peu de mots, est une obligation qui nous incombe en tant que Juifs.
Les Juifs ont aussi lobligation de ne pas sestimer responsables de lantisémitisme. Quelque gênante que puisse être, pour les antisémites, notre présence individuelle ou collective, cacher ou diminuer nos différences ne devrait pas être la réponse. Par exemple, me dit-on, dans les années 1930, lAmerican Jewish Committee recommanda aux Juifs de ne pas lire des journaux en yiddish dans le métro de New York, pour ne pas attirer lattention sur eux en tant que Juifs. Jétais un jeune garçon à lépoque, mais jespère que si javais été plus âgé, jaurais dit exactement le contraire : Les Juifs auraient dû lire des journaux en yiddish dans le métro, même sils étaient incapables de lire ou de comprendre le yiddish. Cacher nos différences signifie que nous renonçons à notre judéité. Cest une oblitération de soi, non une acceptation.
Tant que nous garderons notre spécificité, nous ne serons pas considérés comme faisant partie des nations, ce qui est une manière élégante de dire que nous ne disparaîtrons pas. Et tant que nous garderons notre spécificité, il est vraisemblable quil y aura de lantisémitisme, sous une forme ou sous une autre. La spécificité suscite des détracteurs. Cela ne changera pas. Notre spécificité devrait être considérée comme un attribut positif, dont dépend notre survie en tant que peuple.
Tout en luttant pour maintenir notre spécificité, nous devons, en même temps, être absolument fermes dans notre lutte contre lantisémitisme doù et à chaque fois quil se manifeste. Lantisémitisme qui sest manifesté à Durban ne doit pas se répéter. Il na sa place nulle part, et certainement pas dans la reprise dune conférence pour combattre le racisme et lintolérance. Ce message doit être exprimé énergiquement, pas seulement à nos amis dEurope et dailleurs, mais aussi aux principaux sponsors africains de la conférence, qui ont le plus grand intérêt pour le résultat du processus de Durban.
Le même message doit être envoyé au monde musulman. Durban a lié antisémitisme et islamophobie. Durban a attiré lattention « sur lémergence dactes et de mouvements violemment racistes basés sur des concepts raciaux et diffamatoires, à lencontre des communautés juives, musulmanes et arabes. » (9). Nous devons leur rappeler que lintolérance nourrit lintolérance. Si le monde veut dépasser sa pitoyable situation actuelle, cest un lieu excellent pour commencer.
Les Palestiniens devront se doter de dirigeants responsables
Quen est-il dIsraël ? Le problème est-il seulement territorial ? Le droit dIsraël à exister en tant quEtat juif démocratique est-il seulement une question de frontières, ou, depuis lémergence dun extrémisme islamique, nest-il pas devenu quelque chose de plus : une guerre de religions, incluant un impératif moral qui ne tolère pas de compromis et encore moins de compromis territorial ?
En adoptant la solution à deux Etats, le gouvernement dIsraël a déjà offert un compromis. Il y a vingt ans, Yitzhak Rabin ma dit quil y avait trois choses quaucun gouvernement israélien naccepterait jamais : 1) la reconnaissance de lOLP [Organisation de Libération de la Palestine] ; 2) la création dun Etat palestinien indépendant en Judée et en Samarie ; 3) une présence militaire arabe dans les territoires. Ces trois choses ont été depuis offertes par quatre Premiers ministres israéliens, de Yitzhak Rabin à Ehud Olmert. Il incombe dorénavant, sans conteste, au peuple palestinien de se doter de dirigeants responsables et efficaces et de trouver la manière de créer les institutions qui leur sont nécessaires pour gouverner leur existence. Tant quils ont les yeux rivés sur Tel Aviv et non sur Ramallah, Jenine et Naplouse, la paix nest pas probable.
Le processus de paix dans toutes ses parties est fondamentalement un problème israélo-palestinien. Les Juifs, toutefois, ont une responsabilité dans la manière dont Israël est perçu dans les pays où ils vivent, où que ce soit dans le monde. Il ne peut y avoir de compromis sur la question fondamentale de la légitimité dIsraël et, en fin de compte, sur sa sécurité.
Associer Israël au racisme, comme ce fut le cas à Durban, est une évidente tentative, faite par ses ennemis, de délégitimer Israël et finalement de miner sa sécurité. Sur ce point nous devons être parfaitement clairs. Bien quil ny ait pas lieu de chercher de la logique là où lon ne peut en trouver, il reste quIsraël est le seul pays au monde, qui, en moins de deux décennies, a tendu et ouvert les bras pour faire venir dEthiopie sur son territoire cent mille Africains, et il consacre aujourdhui de grosses sommes dargent pour aider ces immigrants à faire partie de la société israélienne dans son ensemble.
Le conflit israélo-palestinien na rien à voir avec la race et ne mérite pas ce dénigrement. Si les Arabes et les Juifs sont des Sémites, comme les ennemis dIsraël lont prétendu à Durban, le conflit israélo-palestinien ne peut porter sur la race. Les affirmations contraires doivent être présentées pour ce quelles sont : des mensonges sans consistance.
Particularisme et universalisme
Cest une étrange équation que celle-ci. Pour les ennemis dIsraël, Israël = Juif = Occident = chrétienté/laïcité = anti-islamisme. Ce nest une formule raisonnable pour personne, Africain, Asiatique, ou Occidental.
Quand les Juifs parlent de lantisémitisme et dIsraël, ils parlent de leur particularisme, mais luniversalisme fait également partie de leur tradition. La foi en un Dieu unique oblige à une vision universelle des choses. On a appris aux Juifs, il y a trois mille ans, quil ne doit y avoir quune seule loi pour létranger et pour le citoyen de naissance [2]. La justice sociale a toujours fait partie de leur tradition. Beaucoup de jeunes Juifs américains daujourdhui parlent davantage de "tikkun olam" (amélioration du monde) que de "Shema Israel" (linvocation liturgique : Ecoute, Israël). On entend plus souvent parler de luniversel que du particulier. Ce nest pas le choix de tous, mais cest le choix que font de plus en plus de jeunes Américains.
Il est important que les Juifs comprennent les griefs légitimes des autres, comme ils ont été exprimés à Durban par des pays africains. Céder ce terrain aux pays islamiques serait une tragédie de dimensions historiques pour nous autres Juifs. Ce que nous récolterons en échange de notre réaction positive ne sera vraisemblablement pas de la gratitude. Cest rarement le cas. Mais la récompense consiste à savoir quon a agi quand des appels à la justice ont retenti.
Jai toujours eu une aversion pour laphorisme de Hillel « Si je ne suis pas pour moi, qui sera pour moi ? Si je ne suis pas pour dautres, que suis-je ? Et si ce nest pas maintenant, quand ? ». Cela fait trop ingénieux, trop posture morale. Mais, alors que je me tiens devant vous aujourdhui, il mest difficile de trouver des mots qui expriment mieux à la fois le particulier et luniversel dans notre tradition.
Pour conclure, passons du plan moral au terrain pratique. Nous ne pouvons rien contre le fait que ceux qui veulent détruire Israël se posent en champions de la cause antiraciste dans le monde. Il nous faut rappeler aux gens que ce sont deux Juifs sud-africains, Helen Suzman et Harry Schwarz, qui ont eu le courage de parler haut en faveur de Nelson Mandela, et de lui rendre visite en prison. Il nous faut également rappeler au monde que nous avons vêtu les pauvres et nourri les affamés, non par pitié, mais par souci de justice. Tout aussi inébranlable que notre amour dIsraël est notre conviction que la véritable noblesse consiste à aider les autres.
Appel à laction
Y a-t-il un appel à laction de notre part ? La réponse est un oui catégorique.
Premier point : Quil ny ait pas de réitérations des effluves empoisonnés dantisémitisme qui furent émis à la veille de Durban. Si nous ne sommes pas pour nous, qui le sera ?
Deuxième point : Quil ny ait pas de lien entre le conflit israélo-palestinien et le racisme. Le conflit israélo-palestinien a de nombreuses facettes, mais la race nen fait pas partie. Ce nest pas à cause du conflit entre Israël et la Palestine que limmigrant africain se voit interdire laccès à lEurope. Ce nest pas à cause du conflit entre Israël et la Palestine que la femme africaine meurt du SIDA. Ce nest pas à cause du conflit entre Israël et la Palestine que lenfant affamé se voit refuser de la nourriture. La réponse ne consiste pas à chercher une formulation équilibrée pour décrire le conflit israélo-palestinien, comme le pensent certains pays amis, elle consiste à ne pas recourir à nouveau, lors de Durban II, à ce lien insidieux, directement ou par référence rétroactive.
Les points 1 et 2 sont pour nous des lignes rouges et devraient lêtre pour les ONG qui pensent de même, et pour tous les pays qui sont décidés à dépolitiser lexercice des droits humains par les Nations Unies.
Troisième point : Le racisme est la traduction exponentielle de la spécificité. Il est de notre intérêt, en tant que Juifs, de savoir prendre la température du racisme. Une température élevée est mauvaise pour nous et pour le reste du monde. Helen Suzman le savait instinctivement quand elle vint rendre visite à Mandela en prison. De même aussi Abraham Joshua Heschel quand il marcha, bras dessus, bras dessous, avec Martin Luther King à Selma, en Alabama. Ne soyons pas embarrassés de dire aux officiels dAfrique et dailleurs que cela reste notre appel.
Alfred H. Moses *
© JCPA
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Notes
* Allocution de lAmbassadeur Alfred H. Moses, Président de UN Watch, à la conférence du Jewish International Leadership, intitulée "Que faire concernant Durban II", à Genève (Suisse), le 27 Mai 2008.
(1) Tom Lantos, "The Durban Debacle: An Insider's View of the World Racism Conference at Durban" [La débâcle de Durban: Point de vue dun initié sur la Conférence Mondiale sur le Racisme], Fletcher Forum of World Affairs, Vol. 26, No. 1 (2002). [Document en format pdf.]
(2) Déclaration de son Excellence Madame Nkosazana Dlamini Zuma, Ministre des Affaires étrangères de la République dAfrique du Sud et Présidente of la Conférence Mondiale contre le Racisme, la Discrimination Raciale, la Xénophobie et lIntolérance y Afférant, Rapport de la Conférence Mondiale contre le Racisme, la Discrimination Raciale, la Xénophobie et lIntolérance y Afférant, Durban, 31 août - 8 septembre 2001, UNGA A/CONF. 189/12, 25 janvier 2002, document au format pdf (N0221543.pdf), 172.
(3) Déclaration de M. Kofi Annan, secrétaire général des Nations Unies, in Report of the World Conference, 150.
(4) Report of the World Conference, General Issues No. 63, 18.
(5) Report of the World Conference, General Issues No. 65, 18.
(6) Report of the World Conference, General Issues No. 65, 126.
(7) Report of the World Conference, General Issues No. 65, 119-20.
(8) Déclaration de M. Kofi Annan, secrétaire général des Nations Unies, in Report of the World Conference, 150.
[9) Report of the World Conference, General Issues No. 61, 18.
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LAmbassadeur Alfred H. Moses est président de UN Watch, Genève (Suisse). De 1991 à 1994, il a été président de lAmerican Jewish Committee. Il a occupé la fonction de Conseiller Spécial et de Conseiller Spécial du Président des Etats-Unis, sous Jimmy Carter. En 1994, le Président Clinton la nommé Ambassadeur des Etats-Unis en Roumanie, poste quil a occupé durant trois ans. En 1999, le Président Clinton la nommé Représentant Présidentiel Spécial pour le conflit chypriote. Il est resté en poste jusquà la fin de ladministration Clinton. Durant plus de cinquante ans, il a fait partie du cabinet juridique Covington & Burling LLP, de Washington, DC. Il est aujourdhui co-fondateur et Directeur des Opérations du Groupe Promontory Financial, de Washington, DC.
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Notes du traducteur
[1] Voir "President Sarkozy:
[2] cf. Exode 12, 49.
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Mis en ligne le 20 août 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org











