17 juillet 2008
Sur le blog de lauteur.
À lépoque où jai contre-expertisé toutes les enquêtes qui avaient été faites sur lauthenticité de lassassinat de Mohammed Al Dura, capté en direct par un caméraman de France 2, jai noté que, sur la page Internet, « Les Noms de Martyrs des Martyrs dAl Aqsa », on pouvait lire : « Mohammed Jamal El Dorra : tirs à balles réelles dans la poitrine et le ventre ». Telle était lindication donnée par le Centre dInformation National Palestinien (http://www.pnic.gov.ps/arabic/quds/martyrs/martyrs1.html). Si laccès en est aujourdhui quasiment impossible, les archives demeurent. Cette explication de la mort de lenfant est dautant plus importante, quelle entre en contradiction avec les déclarations faites par le père, Jamal Al Dura. Selon lui, son fils aurait été atteint dabord au genou, puis dans le dos. Ce ne serait dailleurs que dans lambulance, et après sêtre remis dun évanouissement dû au fait quil aurait été atteint de plusieurs balles, dont la première à lépaule, quil aurait découvert que son fils était mort (in WHY, Al-Ahram Weekly On-line, 5-11 October 2000, issue No 502, published in Cairo).
Mais je ne vais pas refaire ici Contre-expertise dune mise en scène. Je veux seulement constater ceci :
1. Nul nest en mesure de reconstituer, de manière exacte et détaillée, ce qui sest passé le 30 septembre 2000, au Carrefour de Netzarim, dans la Bande de Gaza, et surtout pas Talal Abu Rahma ni Charles Enderlin, pour la raison que le premier a démenti son témoignage et que le second ne se trouvait pas sur place. Quant au père, ses premières déclarations sont contredites par un document officiel de lAutorité palestinienne
2. Il paraîtrait que Jamal Al Dura serait prêt à ce que le corps de son fils soit exhumé pour prouver que lenfant a bien été tué. Si cela est vrai, cette démarche, qui a une haute portée affective et symbolique quil faut respecter à sa juste mesure, ne pourrait se faire que dans un cadre qui respecterait toutes les dimensions judiciaires, éthiques et déontologiques.
3. En démocratie, il est légitime que lopinion publique soit interpellée par des personnes, des groupes de personnes, ou des institutions qui veulent faire valoir leurs convictions, dans un sens ou dans lautre, mais lopinion publique ne peut pas être réduite à une girouette qui se plie au sens des vents dominants.
4. Une démocratie digne de ce nom se doit de produire les outils ad hoc, qui permettront tout à la fois de faire la lumière sur lassassinat ou le non-assassinat de Mohammed Al-Dura, en direct, ce jour-là, à ce moment-là, ainsi que sur les conditions de réalisation du reportage de France 2, et, à lopinion publique, de prendre part à la découverte de la vérité.
Cest pourquoi, il ny a pas dautre issue que la Commission denquête internationale, à laquelle jai appelé, depuis le premier jour, et dont jai, récemment, demandé au Président de la République, Nicolas Sarkozy, de prendre linitiative. Selon moi, cette Commission devrait être placée sous la responsabilité dune Commission parlementaire française dirigée par un député et un sénateur, et composée au moins du Président du CSA, dun membre de la Commission Nationale Consultative des Droits de lHomme, dun expert en balistique de larmée française, dun représentant de la Knesset israélienne, dun représentant du parlement palestinien, dun médecin légiste de lOMS, dun représentant de lUnion européenne, dun représentant de lONU, dun représentant de la Fédération Internationale des Journalistes, et dun représentant dune Organisation humanitaire internationale reconnue par tous. Cette Commission devrait prioritairement auditionner tous les témoins de lévénement. Ce sera très difficile, car, depuis le début, le politique et le militaire se mêlent au médiatique, mais pas impossible, car rien nest impossible à la démocratie.
Jajoute que la portée de cette Commission denquête va bien au-delà de la question de la vérité sur les images capturées par France 2. Sa seule réalisation ouvrirait la voie à un mémorial des enfants israéliens et palestiniens tués pendant cette guerre interminable qui, si elle continue de la sorte, aura bientôt cent ans. Quoi quon dise, la vie des enfants est aussi précieuse chez les Palestiniens que chez les Israéliens. Les excès qui consistent, pour les uns, à les utiliser comme martyrs, et, pour les autres, à prendre le risque quils soient tués, lors dassauts, dattentats ou de tirs de roquette, ne sont incontestablement pas de même nature, dans le premier cas, il sagit de barbarie, dans le second, de guerre, mais rien nempêche dimaginer quun jour, Palestiniens et Israéliens se mettront ensemble pour dire la vérité sur les conditions dans lesquelles leurs enfants sont morts. Cela aura peut-être lieu dans cinquante ans, mais il nest pas sûr que les premiers travaux en ce sens ne puissent pas être lancés par les pédiatres, les psychologues, les psychanalystes, les éducateurs et les médecins plus tôt, comme une condition sine qua non du rétablissement de la confiance.
Si lon veut désespérer de la paix, il ny a quà tourner le dos à ces résolutions !
© Gérard Huber
Psychanalyste
Mis en ligne le 21 juillet 2008, par M. Macina, sur le site upjf.org











